mardi 4 juillet 2017

ISTANBUL ET CHYPRE

Istanbul,
La ville au deux mille… dix mosquées

Sainte-Sophie, fleuron de l'art byzantin

Hésitant encore entre l’Europe et l’Asie, à la fois moderne et fière de ses racines, Istanbul a tout le charme des villes lacustres. Baignée par la mer de Marmara et le Bosphore, traversée par la flèche liquide de la Corne d’Or, cette antique cité au passé tourmenté semble puiser sa force dans toute cette eau.

Du haut du Marmara Hotel, on voit se déployer la ville magique


Istanbul, fouilles de l'ancien port théodose à Yenikapi
La quille d'un bateau marchand

Eglise Saint-Sauveur in chora, mosaïque du recensement 
des Juifs
Dès l’arrivée à Istanbul par la compagnie low cost de Pegasus Airlines, le flambant aéroport international de Sabiha Gokcen annonce par son moutonnement de coupoles de verre et de béton  rappelant celles des mosquées un futurisme largement inspiré du passé. C’est peut-être du restaurant panoramique du Marmara Hotel, sur la place de Taksim, le nouveau quartier branché, que l’on a la plus belle vue sur cette cité tentaculaire se déployant vers les quatre coins cardinaux. La ville s’insinue entre ses innombrables chemins d’eau délimitant vieux et nouveaux quartiers : la Vieille Ville au sud-ouest, qui a peu à peu débordé ses rives en essaimant ses monuments le long de la Corne d’Or et du Bosphore ou vers les rives d’Üsküdar, à l’est. Les quartiers modernes et plus populaires se concentrent à Beyoglu, au nord, tandis que les palais à la richesse un rien ostentatoire des derniers sultans, Dolmabahçe ou Ciragan,  s’alignent sur la rive gauche du Bosphore. Restauré à grands frais, ce dernier fait à présent partie du Kempinski Hotel où la nuit dans les anciens appartements impériaux ne coûte pas moins de 35 000 euros… On peut y dîner d’un somptueux buffet de fruits de mer face aux eaux dorées du Bosphore. De l’autre côté se mirent avec des grâces désuètes les Yalis – les délicieuses maisons de bois –, demeures des plus riches marchands ou banquiers d’Istanbul.
Marchand de glaces à Taksim

Charme des passages couverts de Taksim

Ambiance à Taksim

Le célèbre pub irlandais de Taksim

Ici, l’Histoire se lit à ciel ouvert. L’ancienne Byzantion du XII è siècle av JC, devenue Byzance et la capitale des puissants « basileus » d’abord alliés puis rivaux de Rome, prit le nom de Constantinople quand l’empereur Constantin en fit sa capitale en 233 ap. JC. Lorsque déferlèrent les hordes turques venues d’Asie Centrale, la ville tomba entre leurs mains et devint à partir de 1453, sous le nom de Stanboul, le centre du puissant empire ottoman.
Entre 1923 et 1938, le plus populaire général du dernier sultan ottoman, plus tard connu sous le nom d’Atatürk, le Père des Turcs, bouleversa le système et fonda la Turquie moderne en déposant le sultan et en abolissant le califat. Il fit de cet empire religieux une république laïque quoique en large majorité musulmane, il accorda bien avant la France le droit de vote aux femmes et se tourna vers l’Occident, sans toutefois renier ses origines. De même que les remparts byzantins s’étaient appuyés aux murailles romaines et que les églises orthodoxes, dont la fastueuse Sainte-Sophie, avaient été flanquées de minarets, la ville nouvelle commença à planter ses tours sans rien détruire. Les vestiges d’un passé prestigieux continuent de bien cohabiter sans briser le charme magique d’Istanbul, tandis qu’à Taksim éclosent bars et boutiques branchées.
Escalier de secours dans une rue de Taksim

Restaurant dans une galerie de Taksim
Vue d'Istanbul depuis l'hôtel Marmara

Le palais de Ciragan reflété dans l'eau de la piscine
Dans la suite impériale, le salon victorien

Au pied du Marmara Hotel à l’opulence toute orientale, on suit le tramway filant par la rue Istikhal. Par cette large artère piétonnière surencombrée, on se faufile dans ce quartier de Taksim où les ados en jeans et mini jupes consomment de la marque : Top Ship, Lush, Mango, Adidas… Partout s’ouvrent de ravissants passages Art Déco regorgeant de bars, restaurants, galeries de peinture contemporaine ou de photos. Dans l’immeuble Art Déco dit « la maison égyptienne » s’abritent galeries contemporaines et restaurant tendance tel le 360, d’où la vue est également superbe. Dans les nouveaux quartiers poussent comme des champignons des outlet centers, comme cet Olivium éclos dans la périphérie de Zeytinburnu.
Le nouveau métro, qui ne cesse d’ailleurs de s’agrandir, permet de circuler facilement dans ce grouillement de vie. C’est d’ailleurs en travaillant à l’extension de ce métro vers l’ouest des rives de la mer de Marmara que les ouvriers découvrirent, il y a six ans, les vestiges, à Yenikapi, de l’ancien port de Théodose. Sans arrêter les travaux en cours, une équipe de 21 archéologues et 205 ouvriers continue aujourd’hui à fouiller une aire de 58 000 m2 livrant peu à peu ses secrets. Amphores, jarres, monnaies, ossements s’entassent dans des containers dûment numérotés, tandis que sous une vaste tente, les archéologues reconstituent morceau par morceau la quille d’une nouvelle découverte.

Dans la Vieille Ville, les vestiges de trois empires

Trois amies de styles différents

La Vieille Ville, presqu’île fermée au sud et à l’est par la mer de Marmara, bordée au nord par le Bosphore et à l’ouest par la Corne d’Or, a pu, à cause du vaste espace existant au nord comme à l’ouest et à l’est, garder intacts les vestiges de trois empires : romain, byzantin, puis ottoman. Il faut errer à pied par les petites ruelles de la colline de Sultan Ahmet regorgeant de mosquées, marchés et belles fontaines, jardins plantés de cyprès et de roses. La visite commence en général place de l’Hippodrome, là où les Romains organisaient leurs courses de chars, pour se continuer par cette merveille de grâce et de légèreté, la Mosquée Bleue aux 22 000 carreaux de faïences azurées. En face s’élève Sainte-Sophie, audacieuse basilique byzantine à la large coupole édifiée en cinq ans, à partir de l’an 532, par l’empereur Justinien Ier. C’est des galeries du premier étage que l’on voit le mieux l’orgueilleux étalement de Sainte-Sophie et les détails des mosaïques formant les hiératiques visages des saints byzantins. Dans toute la ville, il n’y a que l’église de Saint-Sauveur in Chora pour rivaliser avec les siennes.
L’est de la Vieille Ville est occupé par le vaste palais de Topkapi, à la fois résidence des sultans ottomans à partir de Soliman le Magnifique, siège de l’appareil étatique, demeure des sultanes, des quelques trois cents femmes du harem impérial et des eunuques qui les servaient. Il était gardé par les Janissaires, redoutables guerriers formant une caste à part. On ne trouve aucun bâtiment pompeux dans les jardins et les différentes cours de Topkapi, mais une succession de kiosques richement ouvragés, à la délicatesse digne d’un conte des Mille et Une Nuits. Il faut se perdre dans les dédales du harem ou admirer les fabuleux diamants et émeraudes du Trésor.

La cour intérieure de la Mosquée Bleue

Sainte-Sophie ensuite flanquée de minarets
Ses étonnantes mosaïques

Au Grand Bazar, les burkas
             se font plus nombreuses

Le tramway permet de se rendre facilement de Topkapi au Grand Bazaar. Ce parfait quadrilatère formé de ruelles couvertes aux arches dorées, ponctué de fontaines, fut aussi l’œuvre de Soliman. Le plus simple est d’y accéder par la porte Nurusmaniye. Il faut ensuite se laisser absorber par ce grouillement d’acheteurs et de femmes voilées contrastant avec les adolescentes de Taksim, errer parmi boutiques de faïences, luminaires, bijoux, soieries ou tapis, vêtements plus modernes. C’est aussi le temple de la contrefaçon…
A l’ouest abondent encore les chantiers : restauration du Darüssifa accolé au complexe de la mosquée de Süleymaniye, œuvre de l’architecte de génie Sinan commandée par la sultane Roxelane, unique épouse de Soliman. Restaurations encore tout autour de l’aqueduc romain de Valens… Vers le sud de la Vieille Ville, de nombreux restaurants insinués entre les remparts byzantins également restaurés à grands frais accueillent les cars de touristes, mais il est plus amusant d’entrer au hasard dans l’un des innombrables vieux bistrots du bas de la colline. Là, les croulantes maisons de bois ont aussi été restaurées pour ressembler à des « mews » aux couleurs acidulées de bonbons anglais. Elles servent d’hôtels de charme ou proposent des chambres d’hôtes.
Boutique de lampes au Grand Bazar

Achat de bijoux au Grand Bazar

Marchands de tapis du Grand Bazar

En fin d’après-midi, il faut s’embarquer près de la mosquée de Dolmabahçe dans l’un des ferries sillonnant le Bosphore pour voir le soleil s’abîmer dans ses eaux en faisant luire une dernière fois les croissants d’or ornant les cimes des mosquées. Un dîner à la terrasse du Sunset Restaurant, composé de metzés, toutes sortes d’entrées turques, agneau au curry et pâtisseries orientales, arrosé de vins locaux bien corsés, permet un dernier regard sur la vieille ville.

En bateau sur le Bosphore vers la mosquée de Soliman

Le palais de Dolmabahçe, résidence d'été
 des derniers sultants

Vue du Sunset restaurnt
Le Ciragan Palace vu du Bosphore
La Chypre du Nord, un Etat de non droit recelant des merveilles

Nicosie, au-delà de la ligne verte s'étend la Chypre du Nord
Le casino de l'hôtel Merit

Nicosie, la cathédrale Sainte-Sophie

Encore peu connue du grand public, la Chypre du Nord s’ouvre aux touristes français grâce à un vol de Pégasus Airlines au départ de Paris, après un bref arrêt à Istanbul. Arrivée à Nicosie, la capitale de l’île coupée en deux par la trop fameuse « ligne verte ». S’il n’y a plus de conflit armé entre le nord de l’île, occupé par les Turcs, et le sud grec comprenant les deux tiers de Chypre, on ne parvient toujours pas à une réunification pacifique. On ne franchit la ligne verte qu’à pied, en montrant son passeport, sous l’œil débonnaire de policiers turcs battant le carton à la terrasse d’un bistro, le vrai problème restant la redistribution des terres aux anciens propriétaires, d’un côté comme de l’autre. Et l’on est arrivé à cette kafkaïenne situation politique d’une Chypre du Nord non reconnue par la communauté internationale, proche bien sûr de la Turquie, faisant partie de l’Europe comme le reste de l’île, alors que sa grande soeur n’y est toujours pas entrée… Privilège jalousement conservé par la Chypre du Nord, les casinos des grands hôtels faisant tourner toute la nuit la bille de leurs roulettes et la tête des innombrables joueurs venus d’Israël, Syrie, Jordanie ou Grèce…
Cathédrale de Bellapais

Cloître de Bellapais

Au village de Bellapais

La jolie plage de Bellapais

Même traversés par la « ligne verte », les 5 km de murailles ottomanes de la vieille ville de Nicosie forment toujours un cercle parfait. Ainsi qu’à Istanbul, les musulmans n’ont pas détruit les églises chrétiennes, se contentant de les transformer en mosquées, comme l’étonnante cathédrale Sainte-Sophie aux massifs piliers blancs, édifiée en 1209 par les Lusignan, souverains de l’île. Non loin de là, l’élégant Caravansérail ottoman à la cour et aux arcades bien restaurées sert en plein air tout un assortiment de brochettes et salades.
Partout sur la côte pullulent les vestiges romains, telles les ruines de Salamis, et médiévaux, œuvres de ces Lusignan qui devinrent rois de l’île à partir de 1196, jusqu’à l’arrivée des Vénitiens en 1489 puis des Ottomans en 1571. Ces rois de Chypre laissèrent une œuvre gothique grandiose : cathédrale de Nicosie, mais aussi monastère de Bellapaïs, forteresse de Kyrenai, cathédrale de Famagouste et tour Othello qui inspira Shakespeare, châteaux de Kolossi et Lacarna… Toute la pointe est de l’île est par bonheur protégée et forme une réserve naturelle à laquelle les promoteurs n’auront pas accès, mais ils semblent déjà d’une redoutable activité le long de la côte nord. Ils construisent sans beaucoup d’ordre au bord d’une mer d’un bleu turquoise et de kilomètres de sable blond où viennent en été pondre les tortues marines.

Le port de Kelleria, au pied de sa puissante forteresse

Kelleria et sa mosquée du bord de l'eau
Carnet pratique :
-        Vol bon marché par Pegasus Airlines, www.flypgs.com/fr/ et Odéon Tours, 9 bis Bd Hippolyte Pinaud, 95880 Enghien-les-Bains, Tél. : 01 39 89 00 71, site Internet : www.odeon-tours.com. Escale obligatoire à Istanbul puis vol jusqu’à Nicosie.
-        Où loger à Istanbul : le Marmara, Taksim Meydani, Tél. : 90 212 251 46 96, www.themarmarahotels.com.
-        Juste sous la Mosquée Bleue, le long du Bosphore, un hôtel de charme pourvu d’une bonne table : www.armadahotel.com.tr.
-        Pour y dîner comme un sultan : Ciragan Caddesi N° 32, Tél. 90 212 326 46 46.
-        Où loger en Chypre du Nord : Merit Lefkosa Hotel et Casino à Nicosie, Tél. : 90 392 228 45 70, www.merithotels.com.


ESCAPADE EN SARDAIGNE

Précieuse Sardaigne


Terrasse du château de Cagliari


Des envahisseurs successifs
Rarement, île fut plus convoitée que la Sardaigne. Peuplée dès 350 000 ans avant JC, sans doute par des marins toscans, la Sardaigne, terre âpre et sèche, tira toujours ses ressources de la mer, tout en devant se protéger des pilleurs venus des flots. Vers 1800 avant JC, durant l’âge de bronze, des villages fortifiés s’organisèrent autour de puissants nuraghi, tours de pierre faites de blocs cyclopéens, entourées de plusieurs enceintes, dont il existe encore les vestiges d’une centaine d’entre eux dans l’île. Une vingtaine est toujours bien conservée et peut comporter jusqu’à trois étages.

Cagliari, la tour de l'Eléphant

Sainte-Marie, vers la crypte

La marina piccola

La délicieuse chapelle d'Uta

Entre les IX è et VII è siècles avant JC, les Phéniciens établirent des comptoirs à tous les points stratégiques des côtes, attirés surtout par les richesses des mines de plomb et d’argent du sud-ouest de l’île. Lors de la troisième guerre punique entre Rome et Carthage, au III è siècle avant JC, les Phéniciens, alliés de Carthage, furent chassés de l’île que Rome annexa en 238 avant JC. Sa domination dura jusqu’au début du V è siècle. Ensuite, Vandales, Byzantins et Arabes furent successivement attirés par la position avantageuse de l’île, avant que Pise et Gênes ne se la disputent. En 1323, 300 vaisseaux de guerre catalo-aragonais débarquèrent sur la côte sud-ouest et commencèrent sa conquête, occupant el pays jusqu’au tout début du XVIII è siècle et l’accablant d’impôts. La Sardaigne passa alors à l’Autriche, puis à la Savoie sans pouvoir enrayer de terribles famines. Des réformes au XIX è siècle n’empêchèrent pas misère et banditisme et, en 1847, l’île fut régie par Turin sans devenir beaucoup plus riche lors de l’unité italienne. Elle paya un lourd tribut humain pendant la Première guerre mondiale. Mussolini tenta ensuite de la sortir de la pauvreté, créant notamment l’exploitation minière du lignite. En 1948, la Sardaigne et quatre autres régions italiennes se virent accordé leur propre parlement. Encore aujourd’hui, elle jouit du statut de région autonome gouvernée par un président, depuis juin 2004, Renato Soru, un milliardaire sarde ayant fait sa fortune par Internet et s’attaquant enfin aux grands problèmes de l’île, chômage, assainissement de l’administration et développement touristique, la dotant de routes admirablement entretenues et d’une structure hôtelière de qualité, même pour les chambres d’hôtes, très peu chères et toujours rigoureusement propres.

Le majestueux château de Salvaterra

La plage de Tharros dominée par sa forteresse

Ruines phéniciennes de Tharros

Le féerique site de Tharros


Le pari de l’Agha Khan
Dans les années soixante, Karim Agha Khan et quelques uns de ses amis décidèrent d’investir en Sardaigne et d’y créer un port capable d’accueillir les gros yachts des célébrités du moment. Pour ce faire, ils achetèrent à des paysans désargentés huit mille hectares de terre, dont dix kilomètres de littoral entre le Golfo de Cugnana et le Golfo d’Arzachena, au nord-est de l’île, qu’ils baptisèrent la Costa Smeralda, la Côte Emeraude. A Porto Cervo, capitale miniature de ce royaume de privilégiés, ils voulurent exprimer la quintessence du style méditerranéen, chargeant leurs architectes d’y créer le port idéal, avec des emprunts aussi bien au style du Maghreb qu’à celui des villages grecs. Même si l’actuel Agha Khan n’en est plus propriétaire, le jet set international continue de s’y presser et les yachts les plus somptueux d’y mouiller.

Le célèbre nuraghe de Losa

Bosa et ses maisons multicolores se reflétant dans l'eau

Bosa, dominée par sa forteresse
Une fraîche ruelle de Bosa

Comment visiter la Sardaigne
Un fort contraste oppose toujours l’intérieur de l’île, parfois montagneux ou au contraire creusé d’étangs et de lagunes longtemps infestés par la malaria, au littoral. Dans les terres, les paysans vivent péniblement de maigres cultures et de leurs troupeaux de chèvres et de moutons, mais bénéficient à présent des subventions européennes et la plupart des villages ont été modernisés, perdant en pittoresque mais gagnant en confort. Sur la côte au contraire, les heureux propriétaires ont fait des affaires en or en lotissant leurs terrains. Pourtant, la Sardaigne a réussi à ne pas trop gâcher son littoral en évitant le béton et les tours de la Costa Brava par exemple, et en gardant de nombreuses zones sauvages, ce qui permet de somptueuses découvertes de criques couleur turquoise, intactes et préservées.
A part le mois d’août où les touristes italiens se ruent sur la Sardaigne, le reste de l’été permet de voyager paisiblement et l’on trouve toujours à se loger chez l’habitant pour très peu cher, à quelques kilomètres seulement du rivage. Des cars confortables sillonnent l’île, mais le plus agréable est bien sûr de louer une voiture pour en faire tranquillement le tour en dix jours à peine, sans oublier quelques incursions vers l’intérieur du pays. Partout, forteresses et antiques tours de guet attestent le passé agité de la Sardaigne.

La côte ouest de Cagliari à Alghero


Promenade en calèche le long de la jetée d'Alghero

La vertigineuse descente vers la faille de Capo Caccia

Cagliari offre depuis des siècles un mouillage confortable aux bateaux de tout tonnage dans une rade bien abritée, bordée de lagunes où nichent les flamants roses. La vieille ville, nommée « la marina », commence tout de suite sur le port et s’élève jusqu’aux hauteurs d’Il Castello, remparts médiévaux de pierre blanche veillés par deux grandes tours carrées et creuses, celle de l’Eléphant délimitant l’ancien ghetto devenu le quartier de Santa Croce et celle de Saint-Pancrace, devant le château neuf. A l’intérieur des murailles courent les ruelles étroites de la cité médiévale avec l’université, la cathédrale à l’admirable crypte toute en marbre, les musées et les palais pisans. Du Bastione San Remy, la vue porte sur toute la ville et sur le nouveau château à la sobre façade classique. Deux jours suffisent pour bien connaître la ville, ses petits cafés et restaurants de fruits de mer, puis il est agréable de se baigner sur la longue plage blonde d’Il Poetto et de pousser jusqu’au port de Plaisance de Marina Piccola, bien sûr gardé par une vieille tour.
De Cagliari, on prend la route d’Iglesias vers la côte ouest, en faisant un détour par la délicieuse chapelle romane d’Uta, plantée en pleine campagne. Quelques vieilles rues à Iglesias, le Dôme et l’église baroque de Sainte Claire d’Assises. De la tour du château très endommagé de Salvaterra, on a une jolie vue sur la vieille ville. D’Iglesias à Oristano, on longe les lagunes et les dunes molles de la Costa Verde, où l’on peut se baigner sans voir personne. A oristano, la vieille ville et ses ruelles animées se serrent autour du Dôme aux élégantes pierres ocrées, puis on continue par une route montagneuse aux vues splendides jusqu’à Capo San Marco pour voir les impressionnants vestiges de ce qui fut le puissant port phénicien de Tharros. Le site est enchanteur, près d’une crique bordée d’une plage accueillante, encore une belle tour de guet et les colonnes antiques dressées contre le bleu de la mer.

Castelsardo et le château des Doria

Castelsardo et sa jolie baie

Les luxueux yatches de Porto Cervo

Un peu au sud de Paulilatino s’élève le fameux nuraghe de Losa, sans doute le plus imposant de l’île. Des blocs cyclopéens de pierre forment des clefs de voûte laissant filtrer la lumière. Des couloirs partant de la pièce centrale mènent à deux tours latérales et un escalier s’élance vers les étages. On se demande encore par quels moyens on put, à partir de 1800 avant JC, amasser de tels blocs de défense et les agencer si savamment qu’après presque quatre mille ans, ils tiennent encore.
Si l’on a la chance d’arriver en fin de journée à la petite ville de Boasa construite sur les berges du Temo et blottie aux pieds de son massif Castello Malapisna, le soleil dore ses maisons bariolées et les eaux du fleuve. On peut dîner en terrasse, au bord de l’eau, de savoureux antipasti sardes, multiples entrées de charcuterie, fromages et crudités. Quelques kilomètres plus loin, à l’estuaire du Temo, a été construite une harmonieuse marina moderne.
Alghero est surtout célèbre par la visite qu’y fit Charles Quint en 1541 et l’on peut encore voir l’altière maison l’ayant hébergé. Il reste de nombreux témoignages des remparts médiévaux, tours et bastions contre lesquels viennent mourir les vagues. La côte, découpée avec de nombreux à pics, est très belle jusqu’à Capo Caccia, où un vertigineux escalier plonge vers les ondes.

De Sassari à la Costa Smeralda et la côte est

Golfo Aranci face à cette imposante roche

Petite passagère en route pour la grotte Marine

La perfection sauvage de la grotte Marine


De l’ancienne ville universitaire du XVI è siècle, il reste peu de vestiges, quelques maisons gothiques, quelques vieux palais, des bouts de remparts. Le dôme gothique de Saint Nicolas fut édifié au XV è siècle, mais sur la façade a été plaqué un décor baroque.
L’arrivée à Castelsardo, port de la côte nord dominé par la puissante forteresse Doria, est un ravissement. Le château et ses remparts, les maisons de teintes pastel du bourg, le port prolongé par une jetée forment un ensemble parfait. Il faut monter par les ruelles et pénétrer à l’intérieur de la forteresse dont plusieurs pièces ont été restaurées et évoquent le souvenir d’une épouse Doria, la célèbre Eleora d’Arborea, qui gouverna sagement, au XIV è siècle, l’une des principales provinces sardes portant son nom et élabora un code de lois très en avance sur son époque, la Carta de Logu. Des remparts, al vue embrasse toute la côte. En contrebas du château, la cathédrale se signale par son sévère clocher noir. Elle renferme les émouvantes œuvres du mystérieux Maestro du Castelsardo que l’on n’a jamais pu identifier. Ce paradis en miniature imaginé par l’Agha Khan et ses amis couvre donc un vaste territoire au nord e la côte est, la Côte d’Emeraude et sa capitale de Porto Cervo. Tout autour de al baie s’élèvent de somptueuses villas blanches et roses dont les yachts sont ancrés à Porto cervo. Dès que l’on quitte cette enclave de luxe, on retrouve des paysages tout aussi beaux et bien plus accessibles au commun des mortels.
C’est une succession de baies paisibles et de ports de plaisance, de plages cachées dans la pinède, certaines vierges de tout estivant : Golfo Aranci et l’immense roche lui faisant face, Porto San Paulo et sa profusion de palmiers, Cala Gonone cernée par les pics du Monte Tului et du Monte Bardia, délicieux port mis à la mode par les dignitaires nazis dans les années trente, depuis la découverte par un pêcheur d’une profonde grotte à présent aménagée, la Grotta del Blue Marino, à laquelle on accède après une promenade en bateau.
Jour de fête à Bauner

Bordée d'abruptes collines, la rade de san Stephano

Les majestueuses ruines de Lena

Ensuite, la route délaisse un peu la mer pour escalader les montagnes, d’où la vue porte loin sur les gorges de Tortolli que l’on peut explorer à pied. Dans les villages de montagne tels que Bauner, on peut avoir al chance de voir la jeunesse, filles et garçons, en chemises blanches bien amidonnées et fleuries, monter sur de fringants poneys, faire la course par les ruelles.

La côte sud et ses vestiges romains
Les lagunes s’étendent aussi à l’ouest de Cagliari, toujours hantée par des colonies de flamants roses peu farouches. Puis on parvient à Nora, ancienne cité romaine ayant succédé à une colonie phénicienne. Le site occupe tout un cap s’avançant vers la mer, ombragé de pins centenaires. Colonnes, mosaïques, théâtre bien conservé, fondations de maisons, thermes et temples, tout prend un relief plus harmonieux contre le bleu de la mer sillonnée de voiles blanches. La côte s’étant beaucoup érodée, bien des vestiges sont maintenant sous l’eau et une plongée organisée par le centre de la Laguna di Nora permet d’évoluer avec les poissons parmi colonnes couchées et amphores. Du port de Portocuso où les pêcheurs usent de spectaculaires filets rouges, un ferry peut vous mener à l’île de San Pietro, d’origine volcanique, toujours habitée par une majorité de Génois.

Les filets sanglants de Portoscuso

Noyée parmi les fleurs, la belle auberge d'Urru 
Survol de Cagliari