jeudi 14 mars 2019

LE ROYAUME DE JOSEPHINE

Malmaison, le royaume enchanté de Joséphine

Malmaison, l'art de vivre à la campagne sous l'Empire

la préciosité du Salon Doré


Ce délicieux petit château de pierre blanche ayant appartenu à l’impératrice Joséphine n’est qu’à une demi-heure du centre de Paris. Entièrement meublé et décoré comme lorsqu’elle y demeurait, il permet de s’immerger dans l’univers précieux et raffiné de cette belle créole de Martinique, Joséphine Tascher de la Pagerie, plus tard vicomtesse de Beauharnais et mère de la future reine Hortense et d’Eugène. Devenue veuve, elle épouse le 9 mars 1796 Napoléon Bonaparte et achète la Malmaison trois ans plus tard. Le couple fait appel aux architectes Percier et Fontaine pour moderniser et mettre au goût du jour la bâtisse datant du XVII è siècle.
Des tons tendres pour la salle à manger de style pompéien

De larges portes-fenêtres donnant sur le jardin

Un décor plus solennel pour la Salle du Conseil

Boiseries d'acajou pour la bibliothèque

Même si ce sera toujours une demeure privée, le séjour enchanté de Joséphine, son mari, devenu empereur le 2 décembre 1804, y séjourne volontiers, y reçoit ministres, amis ou hôtes plus officiels. Férue de botanique, Joséphine s’y retire après son divorce d’avec l’empereur en 1809 et s’attache à planter ses jardins d’espèces rares et en particulier d’hortensias qui ont sa prédilection. Elle y meurt le 29 mai 1814, léguant la propriété à son fils, le prince Eugène. C’est son petit-fils, l’empereur Napoléon III, qui la rachète en 1861 et veut en faire un musée, projet qui ne sera concrétisé que bien plus tard, en 1903, par le nouveau propriétaire Daniel Iffla, dit Osiris, qui en fait don à l’Etat.

Les appartements privés sont à l'étage,
ici le salon de l'empereur

La chambre de l'empereur dans des tons miel et grège

Splendeur de la chambre d'apparat de l'impératrice

Et douce intimité de sa chambre ordinaire

Parmi les pièces les plus somptueuses de Malmaison, citons, au rez-de-chaussée, le salon doré, le salon de musique au mobilier exécuté par Jacob et aux peintures de Moench, la romantique salle à manger au décor pompéien et la bibliothèque aux boiseries d’acajou également réalisées par Jacob. Au premier étage, on peut voir le salon de l’empereur, réalisé dans des tons blancs et turquoise, sa chambre toute tendue de soie grège et celle d’apparat de l’impératrice aux majestueuses draperies d’un profond rouge incarnat. Le dernier étage, particulièrement émouvant, contient les souvenirs de Sainte-Hélène, nécessaire de toilette, lit de camp et mobilier et surtout le beau masque funéraire de l’empereur exilé.
Les proportions humaines de Malmaison, son décor préservé, tous les souvenirs et la précieuse vaisselle qu’il contient font de cette visite une agréable promenade dans le temps.


Château de Malmaison, 92500 Rueil-Malmaison, Tél. : 01 41 29 05 55. 

UN PARADIS DANS L'HIMALAYA

Srinagar et ses jardins de l’amour

L'élégant Monréal Houseboat à Srinagar


Située au nord-ouest de la péninsule indienne, à la même latitude que Leh, capitale du Ladakh, Srinagar, capitale d’été du Cachemire, fait rêver par sa situation exceptionnelle. C’est à la fois une ville d’eau alanguie le long de la rivière Jhelum et des lacs Dal et Nagin et d’altitude, puisqu’elle est située à 1700 m, jouit ainsi d’un climat tempérée tout en étant enserrée par les pics aigus de ce que l’on nomme le Petit Himalaya. A l’est le Ladakh, également état membre de l’Union Indienne, au nord la Chine et à l’ouest son dangereux voisin, le Pakistan. Longtemps lieu de résidence préféré des empereurs moghols, dynastie venue de Turquie qui régna sur l’Inde durant trois siècle, à partir du XVI è, puis des Anglais quand ils voulaient fuir mousson ou étés caniculaires, Srinagar garde de son passé ses vieilles maisons de brique et de bois un peu branlantes, certes, mais aux belles ouvertures en arches, balcons aux balustres sculptées.

La romantique petite mosquée du lac

Des mosquées grandioses

Reconstruite lors de son âge d’or au XVII è siècle, la Grande Mosquée ou Jama Masjid, ouverte aux non musulmans figure une impressionnante forêt de piliers de cèdre sculpté de quinze mètres de haut, fait d’une seule pièce, entourant un jardin à fontaine évoquant un cloître. En revanche, celle de Shah Hamden, shah d’Iran arrivé là à la fin du XIV è siècle en introduisant l’Islam dans la région est interdite aux touristes et ne peut se visiter que de l’extérieur. Rebâtie à l’identique après un incendie, elle offre une décoration moins austère que la Grande Mosquée, presque rococo, que l’on peut apercevoir des fenêtres. Tout près, le mausolée offert par le sultan Zain-Ul-Abidin à sa mère ne se visite pas, mais on est séduit d’emblée par ses harmonieuses proportions, grande coupole centrale flanquée de quatre coupoles semi-circulaires. Autour se blottissent les tombes d’un petit cimetière et surtout, c’est de là que l’on a sans doute la plus belle vue sur la vieille ville.
L'élégante mosquée Hzratbal de Srinagar

La Jamamasjid et son bassin

La plus sacrée, mais pas la plus jolie des mosquées de Srinagar, celle d’Hazratbal, au nord-ouest du lac, fut construite en 1979 et son minaret fut inspiré de celui de La Mecque. C’est pourtant la plus vénérée car elle contiendrait des cheveux de Mahomet. Bizarrement, elle est ouverte aux touristes, qui peuvent même contempler la précieuse relique !

La vieille ville et son bazar

Un fumeur de narguilé

Le vieux bazar de Srinagar

Des petits pots de braises pour se réchauffer

Quand on oublie les laides casemates militaires, les rouleaux de fil de fer barbelé et les sacs de sable entassés dans les rues, les militaires patrouillant partout et même sur le toit des maisons, Srinagar est vraiment un rêve amoureux. Depuis l’entrée du Cachemire dans l’Union Indienne en 1947, le peuple cachemiri a été coupé en deux, trois millions côté pakistanais et huit millions côté indien. Les frontières sont à présent stables, ce qui n’empêche pas des éléments extrémistes venus du Pakistan de causer parfois des incidents, notamment du côté de Jammu, ville sans intérêt qu’il vaut mieux éviter. Il faut errer dans la vieille ville et son pittoresque Bazar fleurant bon les épices, cannelle, gingembre et safran, du vrai, composé des étamines de crocus, puis explorer les ravissants villages d’altitude, tels que Gulmarg, Pahlgam ou Sonamarg, où l’on peut se rendre par bus, monter à cheval et louer une chambre.
Srinagar est faite pour vivre sur l’eau, dans l’un de ces house-boats anciens mis à la mode par les Anglais. Leur mobilier évoque souvent le règne de la reine Victoria, les chambres sont équipées de toilettes et salles de bains. Les gardiens font la cuisine et les plus soignés possèdent des terrasses fleuries. Il y en aurait trois mille, groupés en village face à la vieille ville, non loin du célèbre marché flottant où se rassemblent chaque jour les paysans venus vendre en shikara, pirogue plus ou moins luxueuse, les fleurs et légumes issus de leurs jardins. Certains, gagnés sur le lac, offrent une débauche de choux, concombres, tomates, haricots et petits pois, roses par montagnes entières, œillets d’Inde, roses et lotus.

Ajouter une légendeMarié et ses copains à Sonamarg

Jeunes lavandières à Sonamarg

Un bébé peu frileux à Sonamarg

Les jardins moghols

Flânerie en famille à Shalimar Bagh
Ce qui fait la renommée de Srinagar, ce sont ses jardins moghols et le plus renommé, le fameux Shalimar Bagh, qui inspira son parfum à Jacques Guerlain, venu en 1925. Trois surtout sont célèbres, le Shirazi Bagh, tout proche des house-boats, Nishat Bagh, situé près d’un bois de cèdres et d’érables, sur les hauteurs. Composé de onze terrasses situées face au lac, il essaime ses chemins ponctués de fontaines et bordés de fleurs. Il faut garder pour la fin Shalimar Bagh, en sanscrit le Jardin de l’Amour. On l’attribue à tort au seul empereur Jahangir, empereur amoureux qui recréa ce jardin mythique pour sa femme Nur Jahan, Lumière du Monde. Shalimar exista dès la fondation de Srinagar par le roi Praversena II en 79 après JC. Traversé par un canal qui le relie au lac Dal, il est composé de trois terrasses flanquées de kiosques, palais et pavillons propices aux rencontres amoureuses, de cascades et d’une explosion de roses.

Les exquis pavillons moghols de Shalimar Bagh, le Jardin de l'Amour
qui inspira Guerlain pour son célèbre parfum

Fiche pratique
Comment y aller :

Soit en bus de Delhi, comptez 26 h de trajet mais la route est superbe.
Soit en avion de Delhi par Air India, 124, Jeevan Bharati Building, Connaught Circus, Tél. : 23 73 12 25.

Où dormir :

Sur l’un des trois house boats Montreal tenus par la même famille, délicieusement kitch et confortables, Tél. : 25 00 323.

Où manger :

A Alka Salka près de la grande poste, savoureuses viandes cuites au tandoor (four traditionnel). Au Shahnawaz Shamyana restaurant, Bd Dalgate, excellents currys, Tél. : 45 33 60.

Que rapporter :

Pashmina, tapis, tuniques brodées, tentures, objets en papier mâché, meubles et sculptures sur bois au Shaw Art Palace, sur la route du Nishat Garden, Tél. : 246 19 69 ou au Shahjee Arts Emporium, dans la vieille ville, Tél. : 247 83 51. Très belles soies et tapis au Village Art Gallery, Tél. : 246 20 36. Des petits marchands viendront vous proposer l’artisanat de leur village à des prix très bas sur votre house boat.

Comment l’organiser :

De Delhi, India Tours Development Co., 22 Outer Circle, Connaught Place, Tél. : 23 41 61 99. 

lundi 4 mars 2019

TROIS ARTISTES DE TALENT

Les découvertes du Grand Palais

 
L'Arbre généalogique de Claude Verlinde
Trois salons en même temps au Grand Palais au mois de février dernier, c’était déjà beaucoup trop. Et si l’on ajoute à cette profusion une sélection imparfaite, on comprend que bien des visiteurs ne savaient plus où donner de la tête et il fallait du temps pour décanter tant d’informations et choisir parmi cet excès de peintures et de sculptures des artistes vraiment prometteurs.

Un nu inspiré de Cranach
dans un décor fantastique

Un paysage onirique où les monstres
hésitent à se montrer

A l’invité d’honneur, le peintre flamand Claude Verlinde, surnommé par les critiques d’Art le Jérôme Bosch du XXI è siècle, était réservé un espace privilégié où l’on pouvait se promener presque tranquillement parmi ses étonnantes compositions, pour la plupart des peintures sur bois, mais aussi des esquisses au crayon, des sculptures. Si ses expositions innombrables, sa biographie sur wikipédia reste plus que succincte, dénuée de toute illustration et n’apporte que peu d’éclaircissements sur ce personnage énigmatique, né de parents flamands en 1927, ayant étudié à l’Ecole des Beaux Arts de Paris puis à l’Académie de la Grande Chaumière, fortement influencé par les monstres étranges de Jérôme Bosch ou les femmes graciles de Cranach. On l’a parfois associé à la peinture fantastique, voire au surréalisme, mais Claude Verlinde, en dépit des influences certaines, exprime un monde onirique, tour à tour poétique ou effrayant, qui demeure très personnel.

Une belle endormie préservée... pour un temps

Macabre rencontre

Deux jolies découvertes dans l’espace réservé aux sculptures : les dernières compositions de Cristina  Marquès dont nous avions déjà évoqué dans un numéro précédent l’originale faculté de métamorphoser en formes sensuelles et aériennes une matière aussi rarement utilisée que le verre acrylique ou plexiglas. Cette fois, ses vagues ourlées d’écume semblent toujours animées d’une pulsation secrète infiniment séduisante. L’autre découverte concerne les étranges sculptures et inclusions sur verre de Claire Montoya qui apprivoise comme personne lumière et reflets.
www.cristinamarques/eu et http://claire.montoya.free.fr

Cristina Marquès et ses vagues somptueuses 
Jeux de lumière dans une sculpture de Claire Montoya

Autour de Claire et de son oeuvre



samedi 2 mars 2019

ESCAPADE A SANTORIN

Santorin, la belle engloutie

 
Campanile chaulé de blanc à Théra


Loin de la splendeur du Parthénon, de la fournaise d’Athènes, du fourmillement du Pirée, les îles grecques, fragments de mosaïque étalés sur le bleu de la Méditerranée, peuvent se découvrir à petits prix, si possible hors saison, en sautant d’un ferry à l’autre, de préférence les rapides Flying Dolphins. On loge chez l’habitant pour se faire dorloter par les mamas tout en noir. L’une de ces îles est particulièrement impressionnante par la catastrophe qu’elle évoque encore et ses hautes falaises torturées plongeant à la verticale vers la mer : Santorin.

Santorin la volcanique


L'arrivée à Santorin

Vue générale de la caldéra

Perchée sur un ancien volcan dont on devine encore fort bien la forme, Santorin est la plus spectaculaire des îles grecques. L’éruption, qui aurait eu lieu vers 1500 av.J-C, serait à l’origine du mythe de l’Atlantide, le continent perdu chanté par Platon. L’éruption dut être terrible car on a trouvé des fragments de roches volcaniques jusqu’en Egypte et Palestine, à près de mille kilomètres de là. Cette explosion fut peut-être aussi à l’origine de la légende de l’ouverture de la Mer Rouge devant Moïse et son peuple, formidable raz-de-marée ou tsunami produit par la violence du choc. L’île en forme de fer à cheval épousant la courbe de l’ancien cratère est donc dominée à l’ouest par de hautes falaises s’élevant à 120 mètres et basculant abruptement dans le bleu de la mer rayé par le sillage des bateaux. Sous l’eau, la « caldeira » du cratère a formé des fosses marines se creusant à 400 mètres sous la surface. La côte est s’allonge au contraire jusqu’à la mer en formant de belles plages.

Chapelle à Théra

Vue générale de Théra


Théra, la ville multicolore

Une vieille tout en noir dans le cimetière

La capitale de l’île, appelée Théra ou Fira, est juchée sur la crête des falaises, pourvue d’un minuscule port en contrebas que l’on atteint en téléphérique. Il y a peu de place et les maisons multicolores, les délicieuses chapelles également peinturlurées se serrent les unes contre les autres pour gagner de l’espace et ménager de tortueuses ruelles. La vue est saisissante, surtout au bout de la corniche, dans le quartier de Firostéfani où elle porte sur 360°. Même hors saison, Théra est si resserrée qu’il y a toujours du monde. Mais l’île ne manque pas de petits bistros où s’attabler pour déguster de merveilleux cafés glacés aromatisés au rhum.

Une promenade en caïque

C’est au port en bas de la falaise que l’on peut retenir un bateau pour explorer les autres îlots de la caldeira. Un sentier escarpé y mène, mais aussi le téléphérique. La plus spectaculaire de ces îles est aussi la plus grande, Néa Kaméni, surgie des flots en 1573, donc très récemment pour un géologue ! Dans un paysage désolé évoquant les cratères lunaires, on distingue coulées de lave noire et fumerolles. L’îlot plus ancien et plus exigu de Paléa Kaméni, apparu quant à lui en 196 av. J-C, borde une crique d’eau sulfureuse et chaude, excellente pour la peau, où l’on peut se baigner depuis le bateau car il n’y a pas moyen d’y aborder. Mais on peut atteindre l’îlot habité de Thirassia, en face de Thera, d’où la vue est également splendide. Il faut la mériter car la montée est rude.
 
Minuscule port en bas de la falaise

Une vie de chat


Les paisibles villages du centre de Santorin

Coupole des Dominicains

Pour fuir la foule qu’attire en toute saison l’étonnante petite capitale de Santorin, rien de mieux que de louer un scooter pour sillonner la campagne plantée de vignes et d’oliviers et découvrir la côté est où s’étalent de belles plages où l’on peu se baigner sans danger, certaines de sable noire, telle Périssa ou Kamari avec ses gravillons sombres. Si les routes sont tournantes et plus ou moins bonnes, les distances restent courtes et il est facile de rayonner à partir de Théra pour découvrir les villages du centre de l’île, Kartérados, Messaria ou Pyrgos. Ils charment surtout par leur calme et leur rythme de vie si paisible, offrant à leurs visiteurs des pensions de famille bien moins chères que les hôtels, permettant de partager la vie d’une famille. En pleine campagne, d’austères monastères blottis parmi les oliviers renferment encore de belles icônes, comme ceux de Prophitis Ilias et de Mégalochori.


Finikia et le port d’Oia au nord

Finikia aux vieilles maisons chaulées et aux sombres ruelles invite aux paresseuses flâneries. Tout près, le port d’Oia est le plus beau village de l’île, avec sa rade paisible et ses demeures troglodytes creusées dans le roc, où habitaient jadis les marins. Très prospère au XIX è siècle, ce port abritait alors plus d’une centaine de navires de commerce avant de péricliter. On y voit encore d’élégantes demeures patriciennes juchées sur la falaise et les vestiges d’un ancien chantier naval.

Les sites archéologiques


Chemin de la corniche à Firostefani

Moulin à Firostefani

A Firostefani, autant de chapelles que de
maisons

A 9km au sud-ouest de Théra, vers la pointe de la caldeira, après le paisible village d’Akrotiri, s’étend un champ de fouilles de 12 000 m2.
Un archéologue grec, Spyridon Marinatos, passionné par Santorin, obtint la permission d’y faire des fouilles, qu’il conduisit pendant huit saisons. Il ne recherchait pas la mythique Atlantide, mais une rade bien abritée qui aurait convenu aux marins de l’Antiquité et son choix se porta sur Akrotini. Il n’avait pas tort. La masse des cendres du volcan avait recouvert tout l’ancien port comme à Pompéi et il dut creuser sur 40 à 50 m d’épaisseur pour trouver les ruines bien conservées d’un port important. Sa mort suspendit les fouilles, reprises ensuite par le professeur Doumas, mais Akrotiri est loin d’avoir livré tous ses secrets.



Musicien à Firostefani

Le joli port d'Oia

Le village perché d'Oia

La rade de Santorin à la tombée du jour


Le second site est celui de l’ancienne Théra, au sud-est de la capitale actuelle, perché au-dessus de Périssa, au sommet d’un piton rocheux désolé s’élevant à 369m au-dessus de la mer, poste d’observation idéale pour surveiller les abords de la mer Egée. Les vestiges sont surtout grecs et romains. Avec un peu d’imagination, quand on atteint la terrasse des Fêtes, au sud du site, on croit revoir et entendre les beaux éphèbes nus chantant et dansant en l’honneur d’Apollon, le dieu de la musique et de la poésie, honoré par les Grecs comme par les Romains.

N° 53

                            N° 53 Janvier-février


La danse de l'Apsara

SOMMAIRE :


. Immersion dans Angkor

. Du Tonlé Sap au Mékong

. Du Mékong à Saïgon



vendredi 4 janvier 2019

LE BOURDONNANT VIETNAM

Du Mékong à Saïgon

Coucher de soleil sur le Mékong

Toujours sur le Mékong à bord de notre bateau, nous ignorons avec superbe le passage de la douane, Kevin se chargeant des formalités pour l’ensemble des passagers avec son efficacité habituelle et toujours parfaitement zen. Et tout l’équipage de se transformer en pères Noël. Après un déjeuner passé à bord, la navigation reprend sur un fleuve plus fréquenté qu’auparavant. En particulier les barges chargées du sable du Mékong se font plus nombreuses, ainsi que les péniches porteuses de matériel divers, de construction pour la plupart. On devine déjà que le Vietnam est une ruche bourdonnante plus affairée que le paisible Cambodge. Pour le dîner du réveillon, plus soigné encore que d’habitude si possible, tout l’équipage s’est métamorphosé en pères Noël et les cuisiniers ont sculpté les fruits exotiques en déco de fête.


Insolite grignotage

Que c'est bon, le serpent frit !

L'équipage transformé en pères Noël

Le bourdonnement de Tan Chau

Nous débarquons le lendemain matin à Tan Chau, bourgade fluviale plus affairée également que ses rivales cambodgiennes. Nous visitons une ferme piscicole, une fabrique de nattes, puis de soie synthétique où les métiers sont mécaniques, les cannettes s’abattant toutes seules dans un fracas assourdissant. La promenade dans le village en rickshaw, version un peu plus moderne et confortable du tuk-tuk, donne bien sûr lieu à une compétition serrée entre les diverses équipes.


Gamins à Tan Chau

Déco de Noël taillée dans des fruits

Barque à Tan Chau


Sa Dec et les premiers émois de Marguerite Duras

L'Amant

Marguerite Duras en Indochine

Puis nous voguons vers Sa Dec, ville du delta assez prospère à l’époque coloniale, célèbre surtout par deux romans de Marguerite Duras « Un barrage contre le Pacifique » et « L’amant », étrange et poignante histoire d’une adolescente quasiment prostituée par sa famille ruinée. Roman d’amour pourtant, même si l’auteur ne prend conscience de cet amour perdu qu’une fois à bord du paquebot qui l’éloigne pour toujours de l’Indochine et la mène vers la France, la guerre, puis la notoriété. Bien sûr, Kevin a prévu dans la soirée une projection de l’émouvant film de Jean-Jacques Annaud, si censuré au Vietnam pour cause d’érotisme que le public local ne peut en voir que 25 mn. Le duo amoureux des deux protagonistes principaux est joué par le beau et élégant Tony Leung Ka-fai, qui incarne le riche Chinois, et par Jane March, adorable avec ses deux nattes dépassant à peine de son canotier, ses airs à la fois candides et trop avertis… Ce roman, une courte autobiographie déguisée, valut à Marguerite Duras le Prix Goncourt. En voici un extrait :
"Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c'est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l'accent de la Chine. Il savait qu'elle avait commencé à écrire des livres, il l'avait su par la mère qu'il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu'il avait été triste pour elle. Et puis il n'avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort."


La maison de l'Amant à Sa Dec

On peut encore voir à Sa Dec la maison de l’Amant dans laquelle la romancière n’est bien sûr jamais entrée, une riche demeure un peu décatie où l’on vous propose de passer la nuit pour 50E, même si j’en vois peu l’intérêt.


Marché de Sadec

Marché de Sa Dec


Gamin au marché

Les copains à Sa Dec

Temple caodaïste de Sa Dec

Entrée du temple

Intérieur digne de Disney Land

Cathédrale française de Sa Dec

A Sa Dec aussi, l’on visite, planté au bord de l’eau, un curieux édifice très kitch et tourmenté, tout doré sur tranche et peinturluré de teintes criardes, un temple caodaïste. Religion syncrétiste se proposant d’unifier bouddhisme, hindouisme et christianisme, le caodaïsme fut fondé en 1921 et officialisé en 1925 dans le Vietnam du Sud. Ngô Van Chiêu, un fonctionnaire vietnamien, prétendit être entré en contact avec un esprit nommé « AAA », les trois premières lettres de l’alphabet vietnamien, qui lui commanda de créer cette religion dans un but de paix et de conciliation universelles. Le caodaïsme compte aujourd’hui cinq millions d’adeptes, surtout au Vietnam. Si le but est méritoire, l’esprit en question ne m’a pas frappée par son bon goût…
Même au marché local, on dirait que les vendeurs ont perdu la nonchalance souriante des Khmers. Ca marchande sec !
Le Mékong Prestige vogue à présent entre deux bras du Mékong, au centre de la province de Vinh_Long dite aussi Dragon Majestueux. Va pour le dragon et sa majesté !

Caï Bé et son marché flottant


Fabrique de feuilles de riz à Caï Be

Dégustation de friandises à base de feuilles de riz

Gamine à la fabrique

Musique traditionnelle vietnamienne

la vie moderne vietnamienne à My Tho

Le lendemain matin, nous débarquons à Caï Be, situé à environ 140 km de Saïgon et célèbre pour son marché flottant. Dès l’aube, des centaines de fragiles embarcations regorgeant de produits locaux, fruits, légumes, mais aussi crevettes, coquillages et poissons de tout acabit, se pressent au fil de l’eau jusqu’à créer de véritables embouteillages, les vendeurs proposant leurs produits au bout de longues perches. Les petites lampes allumées à la proue des barques semblent cheminer seules sur l’eau. Nous cheminons à pied le long des berges du fleuve jusqu’à une fabrique de feuilles de riz et de bonbons à la noix de coco. La visite est bien sûr suivie d’une dégustation de ces friandises ressemblant assez à du pop corn.
Le soir venu, une surprise nous attend sur le Mékong Prestige, un spectacle de musique traditionnelle vietnamienne. Les instruments sont étonnants : dan kn’i à deux cordes taillé dans un bambou, qui se joue avec un archet, dan bau, sorte de cithare pratiquée de la main gauche tandis que la droite pince la corde, dan da ou lithophone pourvu de trois à quinze plaques, klongput à vent évoquant la flûte de pan. Les harmonies, inhabituelles et un peu aigres, sont pourtant mélodieuses.

Saïgon, riche de son passé colonial

Le marché chinois de Cholon

Le marché de Cholon

Monument à la gloire du communisme

Fabrique de laque

Le lendemain, la course de notre Mékong Prestige s’achève pour nous à My Tho, toujours au cœur du delta, et des bus nous mènent parmi les rizières jusqu’à Saïgon, reconvertie en Hô-Chi Minh-ville depuis sa prise par les communistes en 1975, même si tout le monde préfère lui garder le nom de sa rivière. Principale ville du pays avec sa population de plus de huit millions d’habitants et son vrai poumon économique, Saïgon est toujours riche de son centre historique semé de beaux monuments tels la cathédrale française, la poste gigantesque dessinée par Eiffel qui est devenue un lieu touristique mais fonctionne toujours, ses hôtels coloniaux gardant le souvenir d’Hemingway ou de Kessel, ses anciennes ambassades et ses marchés foisonnants, ses musées d’Histoire ou des Beaux Arts. 


L'immense poste conçue par Eiffel

L'intérieur de la poste

La cathédrale de Saïgon en 1880

En dehors de ce rectangle presque parfait, les buildings fleurissent un peu partout de façon anarchique, mêlés à des masures plus branlantes. Là aussi, les Chinois sont à l’œuvre. Partout sur le trottoir, les Vietnamiens, assis presque par terre, dévorent à toute heure du jour leurs fameux bo bun, soupes agrémentées de tout ce qui leur tombe sous la main, y compris, hélas, chats, chiens, rats, serpents ou même de malheureux crapauds dépecés vivants. Tout ce petit monde mange, boit, dort, se fait masser ou couper les cheveux en pleine rue mais gare à l’heure de l’entrée ou de la sortie des bureaux ! Alors une nuée mugissante de scooters de tout acabit sur lesquels il n’est pas rare de voir juchés quatre ou cinq personnes, y compris enfants ou bébés, ou un monceau de chargement indéterminé se rue à l’assaut des rues, des trottoirs, des passants. On ne peut que s’étonner que le bilan des accidents de la route n’excède pas les 9000 morts par an recensées cette année…
L'arche et le sapin aux monuments du Sofitel

Le marché central

Propagande communiste

A  Saïgon également, les décors de Noël sont aussi inventifs que surprenants. Celui du Sofitel exhibe un immense sapin portant en guise de cadeaux tous les plus beaux monuments du monde, sapin lui-même planté dans une véritable arche de Noé. Vraiment joli ! Et la nuit venue, toujours brutalement sous les tropiques, tous ces décors scintillent de mille feux… C’est la fin du voyage.
Saïgon temple bouddhiste
Saïgon temple hindouiste

Marchande de fleurs

Peinture du Musée des Beaux Arts
Carnet d'adresses :
. Atelier de soie : Minh Phuong Art Co,  40 Phung Khac Khoan St, Da Kao Ward, Dist. 1, Tél . : 848 38 24 77 38
.  Artisanat : Cuu Long Workshop, 93 A Zone 3 Caïbe Dist, Tien Giang Pro, Tél. : 8473 6283534 
. Fabrique de laque : Minh Phuong Art, 41 Phung Khac Khoan Street, Dust I, Tél. : 84 8 38 24 76 89
. Sofitel, 17 Le Duan Boulevard District 1, Tél . : 84 28 38 24 1555
. Restaurant : Home Finest, 252 Dien Bien Phu Str. Ward 7, Tél. :  84 28 3932 26 66.