lundi 24 septembre 2018

POEME

                                                Mon saule m’attend



Déjà mon saule m’attend quand ses feuilles gémissent
Je n’ai pas sa verdeur et ressens les prémices
De ce long chemin noir qui mène vers ma fin
Pour que toute douleur et chagrin cessent enfin
Et surgit dans mes nuits son paisible sourire
Qui se pose sur moi et arrête mon rire
S’en vont tous mes désirs et mes pas hésitants
Sans aucun but précis n’auront jamais le temps
De me porter ailleurs, loin de l’aube naissante
Qui ne m’offre plus rien lorsque la mort me hante
Tous ces morts vont dansant sur mes noirs souvenirs
Ils me rappellent hier, un semblant d’avenir
Mais le ciel reste vide et les étoiles absentes
Aucun soleil n’est là, j’amorce la descente
Vers un oubli sauveur quand ce monde s’éteint
La comédie se joue sous la glace sans tain
Mais je passe mon tour et ne goûte le conte
Où tout s’agite en vain et se trahit sans honte
Je ne suis plus d’ici et ne vais nulle part
Demeurant immobile avant le grand départ
Quand je ne suis que cendre et m’enfouis sous mon saule
Que l’on nomme pleureur et plutôt que le môle
Conduisant à al mer, j’ai préféré les bois
Pour abriter mon cœur et mon âme aux abois.


Saint Pierre septembre 18

vendredi 21 septembre 2018

LA FÊTE A VANG VIENG

Au Laos, Vang Vieng entre tradition et transgression




La paix des temples



Soleil couchant sur Vang Vieng
Intraste avec la principale rue de Vang Vieng

Il y a quinze ans à peine, ce paisible village de pêcheurs et d’agriculteurs récoltant riz et légumes surtout, situé en pleine jungle à 150 km au nord de Vientiane, blotti le long de la rive sud de la rivière Nam Song n’attirait personne. Ses monastères ne justifiaient pas à eux seuls un tel détour, non plus que les minuscules villages H’mongs des environs (une des ethnies minoritaires du Laos).

Le paradis des routards sportifs


Le départ des kayaks

Ambiance sur la rivière

On pratique le tubing même dans les grottes

Le spectaculaire paysage karstique aux falaises creusées de nombreuses grottes, la beauté de la Nam Song formant une île parfaite juste au nord du village, les roches propices à l’escalade ont peu à peu incité les tours opérateurs lao à y développer la pratique de sports nature. De petites agences se sont installées, proposant aux visiteurs de louer kayak ou chambres à air pour descendre sportivement ou plus passivement la rivière (tubing). Elles ont aussi organisé des treks et des excursions de spéléologie pour explorer les innombrables grottes perçant les roches dont certaines, connues depuis des siècles, étaient des lieux de dévotion bouddhistes. Puis des voies équipées de cordes et crampons (les via ferrata de chez nous) ont été mises en place – il y en a maintenant plus de 200 – et Vang Vieng est considéré comme le meilleur lieu d’escalade de toute l’Asie du sud-est.

Les fêtards remplacent les routards


C'est la fête sur chaque passerelle

On tague les nouveaux venus

Une jolie serveuse sur un bar-passrelle

Peu à peu, les premiers routards à investir les lieux, incitant les habitants à développer guest houses et petits restaurants, ont été imité par tous les fêtards parcourant le sud-est asiatique. Plus que les grandes villes, souvent chères et très contrôlées, telles que Bangkok, Phnom Pen ou même Vientiane, ce cadre idyllique en pleine nature a prouvé qu’il se prêtait aussi à la fête. Et les Lao, tout d’abord stupéfaits par les accoutrements et la descente des nouveaux arrivants, n’ont pas tardé à y voir une nouvelle manne. Que leur importe finalement les tatouages, percings, tags fluorescents, t-shirts provocateurs vantant par exemple les bienfaits de l’héroïne, insolites coiffures ? Le tempérament tolérant des Lao, leur immuable sourire et leur proverbiale gentillesse les incitent à s’accommoder de tout.
Pour satisfaire les demandes de ces nouveaux arrivants, ils ont installé en amont de l’île de Don Khang ou se situent les boîtes de nuit (Rock Bar, Smile Bar ou Sunset Bar) de vastes plates-formes équipées de bars, de tyroliennes et de toboggans géants, de nattes pour prendre le soleil. Les fêtards ont inventé une nouvelle version de la pétanque nationale : on remplace le cochonnet par des choppes de bière que le lanceur assez adroit pour y placer sa balle sans rien renverser doit aussitôt vider. Des haut-parleurs qui se font concurrence d’une plate-forme l’autre diffusent une musique assourdissante qui s’apaise heureusement une fois dépassé l’île de tous les plaisirs.

Signification du mot « happy » en lao


On se promène partout en vélo

Même pour se rendre dans les villages
h'mongs

Un amour de bébé h'mong

Passage d'une montgolfière

Pour corser un peu ces rave parties, les Lao ont inventé le concept de « happy ». Une crêpe, une bière, un whisky « happy » sont corsés de bien des mélanges : opium, marijuana, champignons hallucinogènes ou amphétamines (yaba). Et les Lao n’ont pas toujours la main légère. Mieux vaut le savoir.
Si on veut éviter les excès nocturnes, on peut tout de même goûter à l’ambiance de ces plates-formes sans forcément consommer d’alcool ou de petits mélanges « happy ». De toute façon, les tours qui vous amènent avec kayaks ou tubs sur le toit de leurs véhicules s’arrêtent toujours à l’une ou l’autre des plates-formes. L’accueil reste bon enfant pour tous. On vous offre un verre de bienvenue, on vous tague de ravissants petits cœurs ou papillons fluos sur les parties que laisse à découvert votre maillot et vous pouvez gratuitement et sans grand danger vous exercer aux toboggans ou tyroliennes, pourvu que vous soyez resté sobre.

Ensuite, pourquoi ne pas se restaurer « à la romaine », vautré sur de moelleux coussins, dans l’un des restaurants-passerelles du village donnant sur la rivière et diffusant non stop des épisodes des Simpson ou de Friends ? La nourriture est bonne et bon marché. Seule contrainte imposée par les autorités du village, ne pas se promener dans les trois rues existantes en bikini ou maillot. La police ferme pudiquement les yeux sur les possibles excès des falang, les étrangers. Si de jolis bungalows pour touristes se sont peu à peu construits le long de la Nam Song, le centre de Vang Vieng bourdonne à présent du travail des excavatrices et autres bétonnières. Les Vietnamiens construisent au beau milieu du village un énorme hôtel de béton qui n’a bien sûr rien à faire là et la plupart des bars édifient partout de nouvelles passerelles. A vouloir devenir trop rentable, Vang Vieng verrait-il bientôt le déclin de ses beaux jours ?

EN VOYAGE N° 50

                               N°50 Juillet-août 18

Au temple du lac Beira à Colombo


Sommaire :

. L'art du jardin au Japon

. Refuge d'écrivains

. Découverte du Sri Lanka

. Mes parents


vendredi 7 septembre 2018

POUR CELLE QUI VIENDRA

Sa vie durant, mon père n’a cessé d’adresser des poèmes d’amour à ma mère. Voici quelques lignes retrouvées…

Pour celle qui viendra
 
Mariage de mes aprents en décembre 1943
en l'église de La Madeleine, à Paris

            Tu es l’amour. Tu es la musique, et le rêve de mes rêves. Tu es le cri que je lance pour défier les matins et pour supplier les soirs. Tout cela, toi à qui je dédie les mots d’or et de damas, de neige, de soleil dont je compose, pour Toi, de petites chambres précieuses et de grands horizons. Et je t’ai dit à quelle tension était venue l’âme de ton ami, de ton amant – une âme qui s’est faite ascétique et mendiante – une âme de bure.
            Mais je ne puis tout te dire. Et je te parle comme malgré moi. Car entre nous se dresse la pudeur de l’homme. Je te parle, et me voilà presque timide. Je connais cependant les nuits sans joie, les matins vides où je sens le douloureux désir, cette prière du corps.
            C’est vers toi telle que je t’avais dans mes bras que vont ma rage et ma douceur. Je n’oserais jamais dire à quels baisers je songe, de quels noms je t’appelle dans ma colère d’amour ! Il m’arrive d’embrasser l’une après l’autre toutes les fleurs de ton corps. Et quelles caresses ne t’ai-je pas données dans le lent voyage de mes mains ?
            Ne me laisse pas seul.

            

mardi 4 septembre 2018

UN ARTICLE DE MON PERE

En rangeant avec ma sœur Sylla la jolie orangerie où vécurent nos parents, je suis tombée sur cet article de mon père consacré à deux de mes livres. Je ne connaissais pas ce texte, j’ignore quand il fut écrit et s’il fut un jour publié… Le voici :



Isaure et l’aristocratie

A Saint Pierre avec mon père Michel de Saint Pierre

            J’aime beaucoup ma fille Isaure – et je suis assez fier d’avoir donné le jour à ce bout de femme au nez provocant, à l’énergie masculine, aux yeux noirs, à la grâce toute féminine.
            Oh, bien sûr, elle m’a souvent irrité ! Parfois, elle s’adonne en effet à la provocation que son nez annonçait. Or je suis extrêmement chatouilleux, touchant certains sujets brûlants. Mais qu’on se rassure : il n’existe aucun sujet tabou, ni de part ni d’autre, entre ma fille et moi.
            Je n’ai pas goûté ni approuvé l’érotisme de ses premiers romans, pour cette raison que je trouve l’érotisme assommant. Cela dit, aucun livre d’Isaure ne m’a jamais ennuyé ; elle sait enlever un récit, piquer un dialogue, décrire une féerie ou un enfer, et ce que je préfère en elle, c’est le style – qui me semblera toujours l’essentiel, dans les livres et dans la vie.

            Isaure est, d’abord et avant tout, une aristocrate. Elle sait parler avec désinvolture des sujets graves ; sa vie, son œuvre, qui déjà se dessine, marquent bien autre chose que la puérile recherche du bonheur – dont nous savons qu’il n’existe qu’en rêve ici-bas. Et cela est cent fois plus vrai pour les créateurs, que leur ouvrage tourmente et tourmentera jusqu’au dernier jour.
            En guise d’avertissement à mon roman Les Nouveaux Aristocrates, j’ai écrit : « L’élite n’est pas seulement supérieure : elle est différente. » Les aristocrates se reconnaissent à des traits de raffinment, d’exigence et d’inquiétude. Ils veulent autre chose au monde qu’être heureux – ou, plus précisément, être heureux ne représente jamais pour eux le véritable but. Et si je disais encore, dans mon avertissement : « Car une lumière, parmi d’autres signes, marque le front de celui qui est appelé à mener les hommes : son indifférence au bonheur. »
Est-ce à dire que, selon moi, Isaure est appelée « à mener les hommes » - et qu’elle est « indifférente au bonheur » ? Sur le premier point, je me contenterai d’affirmer, selon Vauvenargues et Maistre, que tout écrivain peut devenir conducteur de peuple sans jamais descendre à la politique. Exemple : Jean-Jacques Rousseau, malgré l’absurdité de ses constats et de ses principes. Je me demande, d’ailleurs, si Isaure en viendra un jour à la défense et à l’illustration d’une grande idée. Allais-je dire : « J’espère que non » ? Je me méfie toujours un peu des écrivains à marotte. Quoi qu’il en soit, l’acharnement d’Isaure au travail, son étonnante capacité de créer, peuvent l’amener plus loin qu’elle ne le croit elle-même. Isaure est de ces êtres imprévisibles qui me donnent envie de vivre longtemps – car je veux connaître la suite…
            J’en viens à la deuxième question posée plus haut : est-elle indifférente au bonheur ? Certes non, et c’est fort heureux ! Mais elle me semble encline à faire passer, avant le bonheur, l’œuvre. Ce qui nous promet d’intéressants développements.

            Les deux meilleurs romans d’Isaure me paraissent être L’œil d’Osiris – et surtout, le dernier qu’elle a publié chez Belfond, Monsieur le Marquis. L’œil d’Osiris est la transposition d’une histoire vraie, celle du peintre Richard Dadd, espoir de l’école anglaise et compagnon de Dante-Gabriel Rossetti (plus tard fondateur de l’école préraphaélite). Le malheureux Richard est atteint d’une folie qui ne fera qu’empirer : il se prend pour « le Vengeur de Dieu », et sa vie ricochera de drame en drame jusqu’aux ténèbres définitives de l’internement psychiatrique. Isaure, dans ce livre, ne maîtrise pas encore ses propres ardeurs ni ses propres élans. Mais elle possède éminemment ce que La Varende appelait « le sens du drame ».
            Au contraire, dans Monsieur le Marquis, le déroulement de l’action est nuancé, en alternance, de tendresse et d’ironie – d’une ironie qui peut devenir mordante. Isaure y déploie, et pour la première fois à ce degré, une vis comica, une drôlerie qui aboutit parfois à des scènes inestimables : telle celle qui nous montre le marquis aux prises avec des industriels japonais auxquels il prétend vendre un robot de son invention. (Pour parvenir à ses fins, le marquis de Barfleur-l’Eglise les abrutit de blasons et de généalogie, les ensevelit sous les faits d’armes de l’antique et chevaleresque tribu Barfleur – et les Japonais, toujours nostalgiques de leurs Samouraï, passeront à ce féodal la commande tant désirée !)
            La fin est dramatique. Mais qu’importe. Nous nous sommes précisément distraits. Henry de Montherlant (oncle d’Isaure) n’affirmait-il pas : « Un vrai écrivain est d’abord celui pour qui écrire est un amusement » ,

            Je pense qu’Isaure montre en tous ses livres au moins le bout du nez de son aristocratie. Facilement, dans un mouvement spontané qui ne se fabrique pas, dans un élan qu’elle a reçu de naissance, elle sait prendre de la hauteur, quelle que soit la situation de ses personnages. « Une certaine hauteur. » Et Monsieur le Marquis nous confirme cette disposition du cœur et de l’esprit.
            En ce qui me concerne, à propos du dernier roman d’Isaure, j’ai dû répondre à deux ordres de questions :
            - Tout d’abord, vous reconnaissez-vous dans la personne de M. le Marquis de Barfleur-l’Eglise ? Réponse : non. Le marquis d’Isaure a sans doute, quelque peu, mon visage lourd et mon épaisse chevelure. Mais il se laisse abattre par l’adversité ; il a peur de la mort ; il pense que l’aristocratie se meurt (ou se dilue, ce qui revient au même) ; il est un scientifique – ce qui le place fort loin de moi ; et ses lunettes se teintent d’un rose de socialiste-libéral ; alors que je suis aux antipodes du socialisme, et que le libéral me semble, selon le mot terrible de Léon Daudet, « un monsieur qui croit que son adversaire a raison ».
            Voici la seconde question : l’aristocratie authentique, selon vous, est-elle en péril de mort ? Réponse : je ne le crois pas. Isaure, dans son livre, nous montre le marquis faisant parfois « semblant de croire un peu au monde ». Or cette disposition fait vraiment partie de l’héritage de la noblesse, rejoignant la désinvolture dont nous pensons, Isaure et moi, qu’elle est un signe essentiel. « Notre siècle, dit Barfleur, s’achève dans le chaos. Notre civilisation a honte d’elle-même, de son confort, de ses rebuts, de ses déchets, de sa pollution, de son saccage de la planète, de son gaspillage tandis que la moitié du monde crève de faim ! »
            Quel tableau ! Puis encore : « Tu veux dire à ces gens qui ne souhaitent qu’un peu de distraction que les justes meurent, et que les tourterelles n’ont de place nulle part ? »
            Quel désenchantement : La drôlerie évoquée plus haut a du mérite à s’y faire jour. Mais Isaure a plus d’un tour dans son sac : et je sais bien qu’en elle l’espérance prend la même place que prennent chez moi, dans ma campagne de l’Eure, les libres tourterelles qui se portent fort bien…
            L’aristocratie ne meurt pas, ni ne se dilue. Elle bouge, comme totu corps vivant. Le désoeuvré sublime, le héros de château ou de manoir qui se laissait saisir au piège de sa maison à demi détruite, font partie d’un passé que je ne songe pas à renier. Mais il s’agit tout de même d’un passé. « Nous sommes ce qu’il y a de plus dur et de plus résistant au monde » disait, voici trente ans, le marquis de Maubrun de mes Aristocrates. Si les préjugés matrimoniaux de Maubrun sont passés de mode, en revanche, aujourd’hui, je dirais volontiers la même phrase. Observant le monde autour de moi, en Normand rhumatisant, réaliste et rêveur, je vois des jeunes gens de la noblesse qui n’abdiquent rien de leurs exigences. Et je trouve que c’est bien ainsi.
            Isaure enfin, dans son roman, nous livre une phrase de son frère Richard : « Et vous apprendrez à marcher sans roi. » Etonnante prédiction ! Les aristocrates ont appris à marcher, c’est vrai. Mais que vienne un roi : la noblesse, que je sache, marcherait mieux encore.


Michel de Saint Pierre

samedi 18 août 2018

DECOUVERTE DU SRI LANKA

Sri Lanka, la terre des dieux

Colombo temple du lac Beira

Colombo Gangaramaya temple


Sri Lanka, « l’île sacrée », est le nouveau nom de Ceylan depuis 1972, remplaçant celui d’ « île des lions ». Grande comme l’Irlande, Sri Lanka est un vrai patchwork de culture. On y parle le cinghalais, le tamoul et l’anglais et cette république socialiste démocratique à la grosse majorité bouddhiste (69% de la population) compte aussi musulmans, hindouistes et chrétiens.

Colombo, la capitale économique
Colombo Gangaramaya temple

Située à seulement 31 km de la côte est indienne, cette île de moins de vingt millions d’habitants, à la jungle presque intacte, laissant place surtout dans le sud à des rizières étagées ou aux plantations bien alignées de théiers toujours verts, enthousiasma les Anglais qui la considéraient comme un paradis. Ses lagunes du nord, ses kilomètres de plages blondes bordées de cocotiers, ses nombreux parcs nationaux protégeant une végétation sauvage encore superbe en font un lieu de villégiature incomparable. On croit en général que sa capitale est Colombo, le principal port de l’île, situé sur la côte ouest, mais Colombo n’est en fait que la capitale économique. La vraie capitale est Kotte, à 15 km au sud-est de Colombo, là où siège le gouvernement. Le président en est Mahinda Rajapakse, ancien Premier ministre, qui attaque cette année son deuxième mandat présidentiel.
Le pays est parfaitement sûr depuis les accords de paix passés avec les Tigres tamouls en 2001. Ce mouvement extrémiste, responsable trois ans plus tôt d’un sanglant attentat dans le temple de la Dent, principal sanctuaire bouddhiste de Kandy, n’a pas touché, comme on le pense parfois, l’ensemble de la population tamoule venue autrefois d’Inde. On peut donc aller à présent partout.

Bazar de Colombo

Festival hindouiste à Colombo

Alanguie au bord d’une mer toujours bleue, Colombo, l’ancienne capitale coloniale de l’île, ne cesse de s’étendre, repoussant sans cesse plus loin ses quinze quartiers. Hôtels bien modernes s’élevant en bordure de mer, maisons coloniales, merveilleux temples, vieux marchés, beaux jardins ornés de pièces d’eau et avenues plus trépidantes, c’est tout cela, Colombo. Un mélange plutôt harmonieux formant une ville propre, qui s’ouvre au XXI è siècle et semble parfois à des années lumières du reste de l’île. Il est très facile de s’y balader à pied, en taxi et surtout en tuck-tuck, ces petits véhicules à trois roues que l’on voit dans tout le sud-est asiatique, à condition de marchander le prix à l’avance, comme partout !
S’il n’y a plus rien à voir dans l’ancien Fort de Colombo dont le périmètre est devenu un quartier d’affaires, c’est juste à l’extérieur, dans le quartier de Petah, que l’on commence à goûter la vraie ambiance de la ville. C’est le souk, le bazar fait d’un lacis de ruelles encombrées où il ne faut surtout pas tenter de s’aventurer en taxi. Bijoutiers, marchands de tissus ou d’aromates, de fruits et de légumes se disputent le chaland à grands cris. C’est une enclave tamoule semée de temples hindouistes et de mosquées où il fait bon se perdre et flâner. Il est rare de ne pas tomber sur une de ces processions hindouistes qui sillonnent la ville avec éléphants sacrés, tambourins, cymbales et danseurs mimant les combats de jadis, quand les vieux royaumes repoussaient, déjà, les envahisseurs tamouls. Prodigieux spectacles auxquels se mêle la population.
Deux des plus beaux temples de Colombo se trouvent également dans cette zone. L’un, minuscule enclave sacrée bâtie sur pilotis sur le lac Beira où canotent les amoureux a pris son nom au lac et est un délicieux lieu de prières bouddhistes. L’autre, situé à une cinquantaine de mètres de là, sur Sri Jinarathna Road, le Gangaramaya Temple, se visite surtout pour ses vastes salles encombrées d’un amoncellement d’offrandes les plus diverses,  nombreuses défenses, sculptures, peintures…
Même si Lovinia Beach, à Colombo, est propre et attire les promeneurs, les égouts se déversent dans la mer et mieux vaut ne pas s’y baigner, mais on trouve de ravissantes plages au sud de la ville, vers Dehiwala et Moratuwa.

Le triangle culturel
Bouddha couché de Anuradhapura

Annuradhupura les réservoirs

Sculpteur près de Polonnaruwa

Cinnaman Gardens

Pour les amoureux des vieilles pierres, Sri Lanka est un véritable rêve permettant d’alterner visites des anciennes capitales avec celles de parcs nationaux et de charmants villages encore épargnés par le tourisme de masse.
Six heures d’une route plutôt cahotante, traversant une alternance de forêts tropicales peuplées de singes, de rizières étagées et de plantations de bananiers mènent à Anuradpura, non loin du parc national de Wilpattu, au nord de Colombo. Cette ville sainte bouddhiste fondée au V è siècle av.J.-C., demeura capitale de l’île durant quatorze siècles, dominée par trois grands monastères bouddhistes. Il en reste aujourd’hui les immenses reliquaires édifiés en briques, nommés stupas ou chortens au Tibet ou au Népal, dagobas ici. Thuparama est le plus ancien de l’île, Ruvanveliseya, à la blancheur irréelle, est toujours vénéré aujourd’hui, mais les plus grands sont Jetavanarama et Abbhayagiriya. Cette véritable « ville sainte » est inscrite depuis 1982 au Patrimoine mondial de l’Unesco, ce qui explique sans doute le bon état du site et son extrême propreté, en pleine jungle.

Pollannaruwa, la seconde capitale
A partir du X è siècle, la capitale se transporta à Polannaruwa, plus au sud-est, avec la dynastie des rois Cholas, venus du sud de l’Inde, qui en furent chassés un siècle plus tard par un roi originaire de l’île, Parakrama Bahu, qui en fit une éclatante cité bouddhiste. Ce roi visionnaire fit construire un immense réservoir de 2400 ha, pour irriguer les rizières de son royaume en lui apportant une prospérité jamais vue auparavant. Ce véritable lac existe toujours et se nomme Parakrama Samudra, la mer de Parakrama. Puis ce fut le déclin au XIII è siècle. La jungle envahit la vieille cité oubliée et redécouverte au XIXè siècle par les Anglais, pas encore terminée de fouiller. L’ensemble est déjà prodigieux : temple circulaire du Poth Gul Vihara et sa statue du roi bâtisseur, pavillon circulaire aussi du Vatadage flanqué de quatre bouddhas faisant face aux quatre points cardinaux, avec une magnifique pierre de lune représentant les signes du zodiaque, le Hatadage ou temple de la Dent datant du XII è siècle, le gigantesque Livre de pierre relatant les exploits guerriers du roi Nissanka Malla face aux envahisseurs indiens, la salle du chapitre, massif ensemble de sept étages, le temple un peu plus tardif du Shiva Devale puis, plus au sud, l’ancienne forteresse de Bahu I er. On eput encore voir l’immense dagoba de 55 m de haut de Rankot Vihara et, véritable trésor exposé à ciel ouvert, le Gal Vihara, un ensemble de quatre bouddhas datant du XII è siècle reflétant une sérénité inhumaine. Grandiose…

Ruines du palais royal de Dalada Maluwa

Indicible sérénité de ce Bouddha couché de Gal Vihura

Singes à Gal Vihura
Pêcheurs à Gal Vihura


La forteresse de Sigiriya et ses sensuelles Demoiselles
Fermant le triangle, à 90 km au nord de Kandy, Sigiriya, ancienne forteresse bâtie sur un piton rocheux émergeant de la plaine à 370 m de haut, signifie « le rocher du lion ». Un immense lion sculpté dans la pierre, dont il ne reste aujourd’hui que les pattes, en gardait en effet l’entrée. Au V è siècle, le roi Dhatusena qui régnait à Anuradhyapura, eut deux fils, Kasyapa, l’aîné, dont la mère n’était pas de sang royal, et Mogallana, le cadet. Craignant de ne voir la couronne lui échapper, Kasyapa fit emprisonner puis tuer son père, tandis que Mogallana s’enfuyait en Inde. Le roi parricide édifia alors cette formidable forteresse de Sigiriya, pour s’y retrancher en cas de nécessité, tandis que son Palais d’Eté orné de merveilleux Jardins d’Eau dont on devine toujours les emplacements, s’élevait au pied du rocher.  Il resta dix ans à Sigiriya, le temps pour son frère de réunir une armée et de revenir l’assiéger.  A bout de vivres, le roi félon préféra alors se suicider en se jetant du haut de son roc inexpugnable.

L'impressionnant rocher de Sigiriya

Fresque des célèbres Demoiselle

Les restes de la forteresse de Sigirya

Les pieds du lion gardien aujourd'hui détruit

1200 marches mènent à la première plate-forme, où l’on peut encore voir la piscine du roi servant aussi de réserve d’eau et la place de son trône. Puis on monte encore par des passerelles métalliques remplaçant les anciennes marches creusées dans la pierre.
Un abri sous roche protège la merveille de Sigiriya : des peintures rupestres dont une partie se trouve aujourd’hui au musée de Colombo. Elles représentaient à l’origine 500 Demoiselles, des courtisanes d’une beauté sensuelle, à la taille flexible, aux seins épanouis. Aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une vingtaine, mais quelle beauté !
Tout en haut de la forteresse, la vue porte à 380 ° sur la jungle environnante et, plus près, les féeriques Jardins d’Eau.

Le Temple d’or de Dambulla


Dambulla l'entrée des grottes

Rangée de statues des Sages

Produits de jardin d'épices

Egalement classé au patrimoine de l’Unesco depuis 1991, ce Temple d’Or est un lieu de pèlerinage depuis vingt-deux siècles, avant même l’apparition du bouddhisme. Ce fut là que se réfugia en 103 av. J.-C. le roi Valagamba, chassé de son royaume par les Tamouls, encore eux ! C’est un ensemble de grottes troglodytes, naturelles ou non,  dont cinq principales furent aménagées en sanctuaires bouddhistes entre le XII è et le XVIII è siècles. Des peintures murales religieuses couvrent une superficie de plus de 6000 m2 et les grottes principales renferment 157 statues de rois ou de bouddhas, dont certaines en or et en argent.
Après avoir gravi 180 mètres à flanc de roche, on débouche sur une vaste esplanade arrangée en sanctuaire, où s’ouvrent les cinq grottes que l’on peut visiter. Toute la vie de Siddharta, le futur Bouddha historique, est retracée là, dans les entrailles de la terre. Cette visite, jamais oppressante, se charge au contraire de plus de mystère et de sacré au fur et à mesure de la découverte des grottes…
Partout dans la région de ce district de Matale sont cultivés les fameux Spice Gardens de Sri Lanka, les Jardins d’Epices. Une visite n’est pas inintéressante, mais attention aux prix proposés pour le moindre produit ! Quant aux massages prétendument ayurvédiques, mieux vaut les choisir à Kandy, en comparant les prix.

Kandy, Temple de la Dent, jardin botanique et bain des éléphants


Kandy, le temple de la Dent, reconstruit après un terrible massacre

Offrande de lotus au temple de la Dent

Représentation théâtrale à Kandy

Fabrique de batik à Kandy

Seconde ville de l’île avec ses 100 000 habitants après Colombo, Kandy a pourtant su garder son charme colonial. Située dans les collines, à 500 mètres d’altitude, elle jouit d’un climat sain, rarement étouffant. C’est là que vit la population la plus «aristocratique » de Sri Lanka, les habitants des Hautes Terres appartenant à la plus haute caste, par opposition à ceux de la région de Colombo appartenant aux Basses Terres…
Aujourd’hui, l’attentat de 1998 au célèbre Temple de la Dent n’est heureusement plus qu’un souvenir, mais c’est toujours là, au bord d’un paisible lac, que se concentre la vie religieuse de la cité. Ce monastère, célèbre parce qu’il conserverait une dent de l’Eveillé (encore une…), fut achevé en 1782 et est surtout remarquable par l’atmosphère de dévotion qui y règne de nouveau, à présent que le site a été réparé. Le temple lui-même est flanqué d’innombrables bâtiments, le Mangui Maduwa, salle d’audience autant politique que religieuse, puis un ensemble de plus petits temples, les Devala, dont le Natha Devale mi-bouddhiste mi-hindouiste, comprenant aussi les anciennes écuries royales, et le Vishnu Devale datant aussi du XVIII è siècle. Ne pas manquer de faire un petit tour à l’Elephant Museum, consacré à Rama, l’éléphant mort à 84 ans qui portait la dent sacrée lors des processions et qui eut droit à des funérailles nationales, ni la collection de costumes et vaisselle du National Museum installé dans l’ancien palais de la reine !
Si les boutiques de pierres précieuses sont nombreuses à la sortie de la ville, évitez celles qui ne portent pas le label d’Etat. Une promenade au jardin botanique de Peradeniya, sur la route de Colombo permet de déambuler parmi 60 ha plantés d’arbres tropicaux dont les fameux palmiers royaux et un figuier Javan couvrant de ses branches 1600 m2. La maison des orchidées n’est pas mal non plus, mais  ses fleurs ne valent pas celles cultivées en plein air de Singapour.

Le bain quotidien des éléphants sous la surveillance
d'un gardien

Avec mes petits copains

Fabrique artisanale de beau papier grâce aux fibres végétales
récupérées dans les excréments des éléphants !

Toujours sur la même route, à 38 km de Kandy, l’orphelinat d’éléphants de Pinnawala contient en ce moment une bonne centaine d’animaux dont certains infirmes ou orphelins. Le spectacle clef est le moment de leur bain dans un vaste étang naturel. L’un d’eux, à la jambe coupée, propulse, en un effort pénible à voir, toute sa masse vers l’eau qu’ils aiment tant. Un tout-petit, à peine âgé d’une semaine, est soigneusement encadré par sa mère et ses deux tantes pour éviter qu’un mâle maladroit n’aille le piétiner. Il se fait rabrouer d’un bon coup de pied s’il se trompe de mamelle, ce qui ne l’empêche de se livrer à toutes les facéties possibles : disparition soudaine sous l’eau, bain de poussière sur le rivage.
Comme il ne faut rien gâcher de ces mastodontes qui se nourrissent principalement de végétaux, une fabrique de beau papier offre ses réalisations obtenues à partir… des larges bouses des pachydermes. Elles sont bien sûr nettoyées, désinfectées mais si riches en fibres qu’elles donnent un beau papier soyeux.
Puis il faut revoir, bien sûr, la blondeur des plages et, non loin de l’aéroport, cette charmante station balnéaire de Negombo où les pêcheurs hissent le matin de bonne heure leurs voiles triangulaires ressemblant à celles des felouques égyptiennes.

Carnet d’adresses :
A Colombo
. Charme d’un hôtel colonial, Flower Drum Hotel, 26, Thurstan Road, Tél. : 2574216.
. National Museum of Colombo, nmdep@slt.Ik
Dans le triangle culturel
. Hôtel Randiya, ourhome@slnet.Ik, 394 Muditha Mawatha, à Anuradhapura.
. Ramboda Falls Hotel, 76 Nuwara Eliya Road à Ramboda, rambodafall@gmail.com
. Ranwali Spice Gardeen à Matale, ranspicem@sltin.Ik, achetez la célèbre crème d’aloevera et demandez des conseils de soins à Selva.
A Kandy
. Un élégant et savoureux restaurant, le Bakery, 21, Dalada Veediya, non loin du marché, foodlandswhitehouse@gmail.com
. Un salon de massages sérieux, Ayurveda Spa, 51 Srimath Kudarathwaththa Mw, roshan@kandyayurvedaspa.com
. Le Jardin Botanique, royalbotanicgardens@yahoo.com
. La fabrique de papier de Pinnawala, pinnawalaelephantdungpaper@yahoo.com
. Boutique de batik à Pinnawala, sasanka.gunarathne@gmail.com
A Negombo
. Délicieux restaurant de fruits de mer sur la plage, Fisk &Lobster, Ethukala, Negombo.
. Confortable hôtel tranquille, Windmill Beach Hotel, N°70 Etthukala, priyan2@sltnet.Ik


jeudi 16 août 2018

MA MERE


Ma mère est morte à Saint Pierre ce ler août 2018. Voici ce que j'aurais voulu lui dire :

Ma mère à Vieux-Port devant la Seine

En guise d'adieu

On voudrait, pour sa mort, assécher les étangs,
On voudrait, aujourd'hui, abolir le printemps,
Retirer du cosmos une étoile, encore une,
Décrocher le soleil et balancer la lune,
Apaiser les remous planant dessus les mers,
Ne plus jamais croquer dans les citrons amers.
On voudrait refermer tous les boutons de roses,
Empêcher que les fleurs à jamais soient écloses,
Bâillonner pour toujours la voix du Requiem,
Commencer un amour sans écrire un grand "M",
Remplacer les questions par un ultime somme,
Oublier tout à fait notre condition d'homme.
Ne perdure une peur que le temps d'un matin,
Mais pourtant, dans la mort, le chagrin nous atteint.
Là-bas, dans cet enclos dont je sais chaque pierre,
Cimetière alangui dans les bois de Saint Pierre.
Et je lève ma coupe au ciel de rouge et d'or,
Parure un peu barbare ou fantastique alors,
Au sourire et aux fleurs, au fleuve de musique
Novatrice, profane ou même liturgique,
Aux ivresses encore et aux songes si beaux,
A l'ultime baiser qui caresse nos peaux,
A l'accord expirant se brisant sur la lyre,
Au si tendre sanglot, au monstrueux délire,
Au bateau qui s'enivre et aux poissons chantants,
A de grands brasiers d'or, aux triomphants instants,
Aux étoiles d'argent sur la brume violette
Pour lancer dans les airs ma fièvre de poète.


Saint Pierre, ler août 2018.