vendredi 16 septembre 2022

VILLA KERYLOS

 

                     Les meubles grecs de la villa Kérylos

 

Une grande villa blanche à piliers et poutres rouges s’élève sur un promontoire, au-dessus de la baie des Fourmis, non loin de Saint-Jean-Cap-Ferrat. C’est la villa Kérylos (hirondelle de mer en grec), le rêve fou de l’helléniste Théodore Reinach.

 

L’œuvre d’un amoureux de la Grèce antique

Curieux personnage que ce docteur en droit et docteur ès lettres réputé pour ses traductions d’Aristote et amoureux de la Grêce antique. Après avoir acquis ce beau 





Une élégante villa évoquant l'Antiquité

Un  faune sans un jardin

Une collection de statuaires


terrain surplombant la mer  l’avoir planté d’essences méditerranéennes, Théodore était fin prêt pour « l’aventure Kérylos ». Il savait fort bien ce qu’il voulait : inventer une villa grecque dans le genre de celles de l’île de Delos. Il ne voulait pas copier telle ou telle villa mais s’inspirer du style qu’il aimait pour vivre là à la grecque avec son épouse, née Fanny Kann. Ce fut d’ailleurs grâce à la fortune de Fanny que le rêve put se réaliser. Le couple n’entendait pas pour autant se priver de tout le confort moderne, pourvu qu’il fût invisible. Restait à trouver l’architecte. Le choix des Reinach se porta sur un Grand Prix de Rome 1890, un certain Emmanuel Pontremoli, lui-même expert dans la Grêce antique. Les travaux commencèrent en 1902, en employant des matériaux nobles, pierres, bronze et non fer forgé inconnu de la Grêce ancienne, mosaïques à foison, certaines anciennes d’autres inspirées par des peintures ou des vases, fresques sur les murs, tissus de lin brodés également sur des modèles antiques. Tout ou presque est neuf, copié de l’antique, mais d’un réalisme saisissant, réalisé dans une harmonie de teintes sépia, sienne, ocre brûlé ou marron d’Inde qui offre vie et chaleur à la villa blanche. Il s’agissait moins de pasticher ou de copier sans esprit la Grêce antique que de la réinventer car cette maison, aujourd’hui propriété de l’Institut de France, ne fut pas toujours un musée. C’était un endroit où savourer un certain art de vivre précieux et oublié.

 

Le Thyrôreion, le Proauleion et le péristyle

Le péristyle orné de douze colonnes de marbre

La salle d'attente des hôtes de marque

La bibliothèque et ses colonnes rouges

De belles fresques murales et une limi-re douce


Aussitôt franchie la porte de la villa Kérylos, on se trouve transporté plusieurs siècles en arrière, dans un autre monde et une autre civilisation. Dans le Thyrôreion ou entrée, le visiteur foule une mosaïque alexandrine du IIè siècle avant J.-C. représentant un coq, une poule et ses poussins. La vue porte jusqu’au Proauleion ou avant-cour ou un moulage représente Sophocle méditant. Des torchères de bronze à godets d’opaline et coupes d’albâtre électrifiées par la maison Yung reproduisent le chaud éclairage des lampes à huile de jadis. Il y en a dans toute la maison et c’est le seul éclairage utilisé. Dans le Balneion ou thermes, le bassin est pourvu d’une discrète vidange tandis que les robinets d’eau chaude et d’eau froide sont dissimulés sous des plaques de bronze ajourées. En revanche, porte-savon et porte-éponge sont inspirés de modèles que l’on peut voir au musée de Naples.

Des sièges à l'antique

Le confort de la Grèce d'autrefois

Et la somptuosité des mosaïques

Pour l'art de la conversation


On débouche ensuite sur le péristyle orné d’une vasque et de lauriers roses, soutenu par douze colonnes en marbre de Carare. Pour les fresques évidemment inspirées de dessins antiques, Théodore Reinach a engagé les peintres décorateurs Jaulmes et Karbowsky qui ont enduit de poudres de marbre du mortier frais et ont ensuite passé leurs compositions à l’encaustique. Une scène représente la dispute à la lyre d’Apollon et d’Hermès, une autre la mort de Talos, le retour d’Héphaïstos dans l’Olympe ou la légende de Pélops.

 

Un mobilier exécuté par l’ébéniste Bettenfeld d’après les dessins de Pontremoli



La chambre d'hôte est spartiate

Le balnéion pour se rafraîchir



La chambre de Fanny

Sa chambre de bain si confortable


Pour leur mobilier, Fanny et Théodore
choisirent les essences les plus rares, poirier, citronnier, mais aussi prunier d’Australie, bois de violette, noyer d’Amérique. Les sièges furent ensuite tressés de cuir et tous les meubles incrustés d’ivoire et d’ébène. La diversité du mobilier est grande, rien n’ayant été oublié pour assurer le confort des hôtes, portes épaisses et richement travaillées, coffres, bahuts, tables, guéridons, chaises et lits de repos, tabourets disséminés un peu partout. Là aussi, on n’a pas tenté d’imiter servilement mais de réaliser « à la manière de ». Il s’agissait de trouver un esprit plutôt que réaliser Pour une copie sans grâce. Dans la pièce la plus spectaculaire de la maison, la bibliothèque où Théodore travaillait debout à ses chères traductions - comme Balzac - , s’appuyant à de hauts pupitres, bahut et armoires sont en chêne à incrustations inspirés de modèles trouvés à Herculanum et les chaises montrent des courbes douces, à l’égyptienne. Orientée à l’est pour jouir de la meilleure lumière comme le prescrivaient les Anciens, cette pièce ornée de mosaïques étoilées reçoit la lumière par trois larges portes-fenêtres encadrées de rideaux de lin brodé. Elle donne directement sur la mer et la vue est exquise. Sur le mur sud, Reinach fit inscrire la devise de la villa : « C’est ici qu’en compagnie des orateurs, des savants et des poètes grecs, je me ménage une retraite paisible dans l’immortelle beauté. ». Le mobilier très clair se compose de tables massives aux pieds largement torsadés, d’une chaise-longue richement sculptée, réplique d’un meuble gréco-romain. Quant au vaste lustre central, c’est une copie de celui de Sainte-Sophie, à Constantinople. Les colonnes cannelées, peintes d’un beau vermillon, achèvent de réchauffer l’espace.

Des fresqyes délicates

Des recoins charmants pour se reposer

Et toujours la grâce des statues


Dans la pièce voisine, le Trikinos, la salle à trois lits servant de salle à manger – on mangeait alors à demi couchés sur des lits de repos – , trônent trois tables et un lit de banquet, un peu plus haut que les tables, comme on le voit sur de nombreux vases antiques, ce qui permettait au maître de maison de présider le banquet. On mangeait dans de la vaisselle de grès peintes de motifs ocres et sépia, toujours à l’antique, et réalisée par les ateliers Lenoble. Il existe d’ailleurs toujours aujourd’hui un atelier de céramique à la villa Kérylos, où l’on apprend à restaurer les poteries.


Au premier étage, les chambres et les salles de bain

Après avoir passé le vestibule d’Hermès, ainsi nommé pour la statue qui en fait toute l’ornementation, on parvient dans les chambre, toujours conçues selon le même principe : mosaïques pour le sol, peintures à fresques sur les murs, meubles et lits à l’antique. Ceux-ci sont couverts de somptueuses étoffes et coussins brodés par la maison Ecochard tandis que les objets usuels des salles de bains ont été réalisés également par l’artisan Lenoble, qui a su respecter la pureté des lignes grecques. Dans la chambre de Mme Reinach, baptisée Ornitès pour les oiseaux peints à fresques qui en ornent les murs, si le lit n’est qu’une simple banquette de bois aux pieds contournés, rien n’a été ménagé pour dégager une impression de douce féminité : on retrouve la même chaise de repos que dans la bibliothèque et les chaises à l’égyptienne. Tandis que la chaise de repos est entièrement tendue de cuir, les autres sièges sont tressés, de cuir aussi.

La chambre du maître de maison, symétrique à celle de sa femme et séparée d’elle par deux salles de bain et un petit salon,  fut baptisée Erotès car les murs portent des figurations d’Eros ailés, occupés à faire les vendanges, peints sur un fond d’un beau rouge vermillon, assorti aux teintes des colonnes, les mêmes que celles de la bibliothèque. Le lit de bois et de bronze fut copié lui aussi sur un modèle existant au musée de Naples. Peut-être Théodore Reinach fut-il influencé, pour réaliser son rêve grec, de la mode antique sévissant alors ? N’oublions pas que l’impératrice Elisabeth d’Autriche elle-même fit réaliser à Corfou en 1890 son Achilleion, devenu aujourd’hui un casino, une construction assez pompeuse qui ne dégage pas le charme de la villa Kerylos...

Quant aux salles de bain séparant les deux chambres, elles exhibent des murs ornés de stucs réalisés par le sculpteur Paul-Jean-Baptiste Gasq qui s’était largement inspiré des Thermes de Rome. Les baignoires aux pieds griffus sont en marbre de Carrare et les robinets sont ornés de têtes de cygnes, de dauphins ou de fauves. Le petit salon ou Triptolème doit son nom à la mosaïque l’ornant, dont le motif central, emprunté à une coupe que l’on peut voir au Vatican, représente le héros sur son char. Les fresques des murs représentent des arbres pleureurs aux branches retombant avec délicatesse vers le sol.

A la mort de Théodore Reinach en 1928, ses héritiers occupèrent quelque temps la villa avant de la céder en 1967, comme il l’avait demandé, à l’Institut de France qui, pour respecter les voeux du grand helléniste, en a fait davantage un lieu de vie qu’un musée en y ouvrant par exemple cet atelier de céramique. Dans la Galerie des Antiques faisant tout le tour de la villa au sous-sol, certaines statues sont des moulages tardifs, d’autres proviennent de diverses villas romaines mais c’est un lieu enchanteur, situé au ras de l’eau, la mer venant lécher les murs avec tendresse...

 

Pour  savoir plus :

Villa Kérylos, 06310 Beaulieu-sur-mer, à 10 km de Nice et de Monaco, Tél. : 04 93 01 01 44, ouverte tous les jours, toute l’année.

 


vendredi 9 septembre 2022

Braemar

 

Les jeux de Braemar qu’aimait la reine

 

La reine Elisabeth II

Le port de Mallaig

Vers Plockton, de la lande et des moutons

Le légendaire train d'Harry Potter

Passage d'une écluse à Fort Augustus

 

         La reine Elisabeth II s’est paisiblement éteinte hier après-midi en son château préféré de Balmoral, en Ecosse, entourée de sa famille, après un règne de plus de 70 ans, l’un des plus longs de l’Histoire. Adorée par son peuple, populaire dans le monde entier pour son courage, son humour, ses tenues follement colorées, sa proximité avec tous, la reine régnait mais ne gouvernait pas. Affaiblie ces derniers temps, elle put pourtant assister à son jubilée et recevoir la nouvelle premier ministre, Liz Truss. Depuis le 9 septembre 2022, son fils Charles, à 73 ans, est donc roi d’Angleterre sous le nom de Charles III. Pourquoi ne pas explorer en l’honneur d’Elisabeth cette Ecosse qu’elle aimait tant ?

 

Les spectaculaires Highlands

Les ruines romantiques de Urguharf Castle

Les innombrables effigies de Nessie

L'ouverture des jeux de Braemar

 
Les porteurs de grosses caisses


Pour s’immerger d’emblée au sein des paysages les plus tourmentés d’Ecosse, il est bon de choisir un vol pour Inverness, capitale régionale des Highlands, à l’extrémité nord du célèbre Loch Ness. Cette paisible ville provinciale se blottit au bord de la rivière Ness que domine un château de grès rouge d’époque victorienne. Son principal intérêt est le centre piétonnier, où l’on rencontre joueurs de cornemuse et magasins de pulls et écharpes en cachemire et où le Scottish Kiltmaker Center fait découvrir l’histoire du kilt. Ce seyant costume traditionnel des clans écossais est encore très en vogue lors des fêtes. Il est constitué pour les hommes d’une jupe plissée s’arrêtant aux genoux et pour les femmes aux chevilles. On l’accompagne d’un tartan, large écharpe posée sur l’épaule. Chaque clan se différencie par le motif de l’écossais qu’il arbore, à fond rouge pour les Stuart. Les boutiques de souvenirs ne manquent pas à Inverness et la plupart proposent de drôles effigies d’un beau vert de Nessie, le prétendu monstre préhistorique qui hanterait les eaux bleues du Loch Ness, même si les diverses expéditions scientifiques n’ont jamais rien trouvé…

Si le temps est beau, il faut réserver une place sur un bateau pour explorer cet étroit Loch Ness, long de 37 km et rejoignant Fort Augustus au sud. Bordé par de molles collines, le loch est dominé par les ruines grandioses d’Urquhart Castle. A huit kilomètres à l’est s’étend la plaine de Culloden, qui n’aurait pas grand intérêt si elle n’avait été le théâtre de la terrible défaite des Jacobites (les partisans des Stuart), commandés par Charles, le dernier des Stuart, au nom de son père Jacques. A midi, en ce 16 avril 1746, à l’issue de l’affrontement, près de 2000 hommes gisaient sur le champ de bataille… comme le retrace le NTS Visitors Center, près d’Inverness.

         Une mer furieuse et noire battant des roches tout aussi noires, une lande austère traversée de torrents, peuplée de masures, des champs d’un vert cru forment le romantique tableau des Highlands. Fort William, principale ville de la côte ouest, n’est guère éloigné de Fort Augustus, sur le Loch Ness où certains ont cru voir Nessie, un monstre préhistorique. Dans la ville pullulent ses effigies !

A Mallaig, des eaux grises lèchent des roches sombres, une lande austère est semée de masures à toits de chaume et alterne avec des prairies d’un vert cru où paissent moutons ou vaches à frange rousse. Non loin du port, sur le Loch Cluanie, se dresse l’impressionnant château d’Eilean Donan, ancienne place forte jacobite détruite en 1719 et reconstruite à l’identique.

 

Les jeux des Highlands à Braemar

Le lancer de tronc

Le jeu de la corde

Spectaculaire costume de clan

 

A 40 kilomètres au nord, Braemar est renommée pour ses jeux. Un spectacle que la reine ne manquait jamais lorsqu’elle résidait dans son château préféré de Balmoral, là où elle aimait regrouper sa famille, loin du protocole londonien, là où elle souhaitait probablement mourir… Autrefois, ces jeux écossais avaient lieu lors de chaque rencontre de clans, au son des cornemuses : épreuves de force, lancer de tronc, poids, marteau, et bonds de délicieuses petites danseuses. Depuis 1820, ceux de Braemar ont lieu chaque premier week-end de septembre. S’y rassemblent en plein air 16 000 spectateurs venus saluer les exploits de 2000 participants. Tous sont vêtus du kilt aux couleurs de leur clan, bonnet à plumes d’aigle, plaid drapé sur l’épaule, poignard au côté, poche en blaireau sur le ventre, longues chaussettes. Les jeux terminés, on se retrouve à la distillerie de Lochnagar aux antiques alambics de cuivre pour déguster un choix de vieux whiskies aux puissants aromes. Puis on dîne d’un plat des délicieuses langoustines écossaises…


        

Spectateurs écossais en kilts





Entraînement d'une danseuse

Les délicieuses petites danseuses écossaises

L'indispensable pause boisson

Edimbourg sur la Forth

En prenant la direction d’Edimbourg, on passe par Blair Atholl, où s’élève toujours l’élégante façade blanche de la demeure ducale. 

La distillerie de whisky de Lochnagar

Le traditionnel plat de langoustines


 

Située sur l’estuaire de la Forth, Edimbourg, capitale de l’Ecosse, comprend la vieille ville et la nouvelle, au nord, plus commerçante et composée de belles maisons georgiennes. La vieille ville s’étend de l’important château fort juché sur son piton rocheux, à l’ouest, jusqu’au palais d’Holyrood, à l’est, résidence préférée de la reine Marie Stuart au tragique destin. La rue principale, Lawn Market, prolongée par High Street, traverse la vieille ville et permet de découvrir les principales curiosités, maison d’un marchand de Gladstone’s Land, musée des écrivains de Lady Stair’s House, Royal Museum, magnifiques voûtes à nervures de la cathédrale Saint Giles, Maison du Parlement ou la plus ancienne demeure de la ville, celle de John Knox, fanatique prédicateur protestant opposé à la très catholique Marie Stuart et qui contribua beaucoup à la séparer de ses sujets. Quand la vieille ville médiévale déborda de ses remparts, le maire d’Edinburgh confia à l’architecte James Craig, au XVIIIe siècle, le soin de concevoir une ville nouvelle. Et il imagina cette succession d’élégants hôtels particuliers, espaces verts et places aérées. Au n°7 de Charlotte Square, la Georgian House offre aux visiteurs un bel échantillon du mobilier écossais de cette époque. Au château de Traquair, au sud de la ville, ancienne maison forte du XVe siècle toujours habitée, le cinquième comte décida, quand Charles Stuart eut quitté le pays, de fermer son portail principal jusqu’au couronnement d’un futur roi catholique. Nul ne l’a rouvert depuis…

 

ECOSSE PRATIQUE

 

·        S’y rendre

- En avion : British Airways propose des vols directs de Paris-Roissy à Londres-Heathrow. Comptez 1 heure 20 de vol. Puis des vols directs assurent la liaison de Londres-Gatewick à Inverness, 1h45 de vol. Tél. 08 70 789 789. www.british-airways.com

- En train : prenez l’Eurostar gare du Nord  jusqu’à Londres-Saint Pancras (2h20). De là, gagnez la gare de King Cross pour vous rendre en train jusqu’à Edimbourg, 4h de trajet, par la compagnie GNER, www.nationalexpress.com. Eurostar, Tél 01 70 70 60 99. www.eurostar.com

 

Hôtels de charme

- Le Glenmoriston Town House à Inverness : situé au bord de l’eau, au décor moderne, offre 30 chambres confortables et des salles de bain avec baignoires en marbre. 20, Ness Bank. Tél.00 44 14 63 22 37 77, www.glenmoriston.com

- Le Viewfield House à Skye : dans le délicieux port de Portree, a gardé tout le charme d’une demeure vieille de 200 ans. 12 chambres d’hôtes. Adresse, Portree suffit car il n’y a qu’une seule rue, Tél. 00 44 14 78 61 22 17, wwwviewfieldhouse.com  

- Le Bank Hotel à Edimbourg : dans Old Town, près du Royal Mile, c’est une ancienne banque reconvertie en hôtel. Chacune des 9 chambres commémore un Ecossais célèbre. 1 South Bridge. Tél. 00 44 13 15 56 99 40, www.bankhotel.com

- l’Albany Hotel : dans New Town, il se compose de trois belles maisons georgiennes classées monument historique avec 43 chambres. Son restaurant en sous-sol, le Haldanes, sert poissons et fruits de mer. 39 Albany Street. Tél. 00 44 13 15 56 03 97, www.albanyhoteledinburgh.co.uk

 

·        Se renseigner

-         Visitscotland : c/o Agence TQC, 59, rue du Fb Saint-Antoine, 75011 Paris, Tél. 01 47 66 63 37 vous organisera un voyage à la carte.

-         Internet : consultez geraldineenecosse.over-blog.com, l’amusante expérience pendant plus de trois mois d’une étudiante, avec des photos sympas.

-         Formalités : carte d’identité ou passeport en cours de validité.

 

jeudi 1 septembre 2022

CRISTINA MARQUES


Cristina Marquès n’est plus

Vernissage au Grand Palais en 2014
  

    En ce beau mois d’août 2022 si ensoleillé, trop peut-être diraient certains, ma chère amie Cristina Marquez n’est plus. Elle vient de nous quitter, emportée par un cancer généralisé foudroyant. Du moins n’aura-t-elle pas eu la douleur de se voir longtemps malade, diminuée, amoindrie. Lorsque j’avais rendez-vous avec elle pour l’un de ses vernissages, je pouvais la retrouver très vite, guidée par la flamme rousse de ses cheveux et son rire si chaleureux, si communicatif. Pour moi, que nos rencontres aient lieu à Nice où elle avait son atelier, ou à Paris où elle vivait, je l’ai toujours entendue rire. Cristina était en effet la joie de vivre incarnée. Et joie de créer. Avec un courage jamais démenti, une opiniâtreté sans faille, ce petite bout de femme s’attelait à forcer la matière à ses goûts sur ses machines si lourdes, à la façonner pour en faire jaillir ses étranges sculptures. Fleurs marines ou terrestres. Etoiles mystérieuses. Oiseaux aux folles parures. Cristina ne cessait jamais de créer, d’insuffler la beauté à la matière brute. Souvent, elle exposait avec une autre grande amie, le peintre Josy Moreau-Peter, la dernière fois, elles se partageaient une serre du jardin de Vincennes, Josy exposant sa série de paons, Cristina ses créatures ailées. Et Josy, qui m’apprit sa mort si soudaine, de me confier : «  Si le paradis existe, je suis sûre que Cristina s’y trouve et qu’elle s’y ait arrangé son atelier pour continuer ses merveilleuses sculptures ! »

   Voici le portrait que j’avais fait d’elle il y a quelques années.

 

Black Ice Monolith

 

Ses étranges sculptures

 

      Fluides fleurs marines étendant mollement leurs tentacules (univers de son père, qui était marin), cathédrales de verre, cubes hérissés de couleurs s’entremêlent parmi d’innombrables machines dans le vaste atelier de Cristina Marquès, blotti au fond d’une ruelle du vieux Nice. Petite et rousse, un sourire et une démarche de gavroche, Cristina évolue parmi barres de plexiglas, œuvres aériennes et machines aux noms barbares : scie à ruban, perceuse à colonne, tank meuleuse, tank polissage ou vaste four de 1m60 sur 1m80 dans lequel elle cuit ses sculptures.

Cracked Red Ice

 

       Depuis qu’elle était enfant, à Vallauris, elle rêvait de devenir sculpteur, mais sa famille trouva plus raisonnable de faire des études et de devenir secrétaire de direction dans le secteur bancaire. Cette passion, pourtant, ne la quitta pas. A quarante ans, toute raison balayée, elle s’inscrivit à l’école parisienne de MJM Graphique Design, à la République, et en sortit diplômée après deux ans d’études, ayant appris à maîtriser des matières aussi diverses que grillage, forex, un plastique opaque, ou polystyrène, puis elle commença à créer de petits objets en diverses matières qu’elle colorait, drôles de bracelets en forme de manchettes ou porte stylo aux lignes tourmentées. Ces créations lui valurent de remporter une médaille d’argent au concours Lépine, mais Cristina se cherchait encore. Ce fut alors qu’un visiteur, intéressé par son travail, lui conseilla d’aller trouver à Menton celui qu’il considérait comme le maître du plexi, un certain Nino Bavari.

- Toute intimidée, se souvient Cristina, je pris rendez-vous avec lui, poussai la porte de son atelier et lui présentai mes travaux. Il trouva intéressant le fait que je recherche dans le plexiglas des effets de bulles, ce qui est en général considéré comme un ratage, puis il détacha une clef de son trousseau. C’était celle de son atelier. Il m’invita à venir y travailler quand je voulais. C’est lui qui m’a tout appris et qui, à sa mort, me légua ces merveilleuses machines que je n’aurais jamais pu m’offrir. Restait à me trouver un atelier et je finis par dénicher ce réduit dans le vieux Nice.

Elle travaille en ce moment pour le jeune styliste Tarquin Benel, peaufinant les ailes de la Reine des abeilles et la vertigineuse collerette de la robe du Roi Soleil pour son prochain défilé de la Fashion Week, au Salon des Miroirs du passage Geoffroy, à Paris, qui se déroulera le 26 avril prochain. Elle y présentera aussi deux nouvelles sculptures, Black Eyes Monolith et Cracked Red Eyes, des barres verticales rouges et noires faisant un peu songer à cette mystérieuse Chaussée des Géants d’Irlande du Nord.

A force d’expériences, Cristina a acquis de nouvelles façons bien à elle d’obtenir bulles et empreintes semant le plexiglas de multiples aspérités ou technique du Pleats en hommage au couturier japonais Issey Miakey, si savant dans l’art du plissage.

Du 10 au 20 mars prochain, elle exposera à La Bouille, près de Rouen, une dizaine d’œuvres dont Pétales, Sombrero Galaxy en mémoire de David Bowies si inspiré par le cosmos, Estrella ou Milky Way, sa vision bien à elle de la Voie Lactée.

 

Vous pouvez retrouver les sculptures et l’atelier de Cristina Marquès sur son site wwww.cristinamarques.eu.

 

 

mardi 30 août 2022

N° 74 juillet-août 2022

                                                     N° 74 Juillet-août 22

  

A Vang-Vieng dans un restaurant flottant

                                            
Sommaire :

                                             . Préparer le prochain carnaval de Venise

                                             . La fête à Vang-Vieng au Laos

                                              . Cérémonie des lumières à Rshikesh en Inde

samedi 20 août 2022

 

Venise, le carnaval selon Antonia

Venise vue du campanile de San Giorgio

Une mouette peu farouche

Petit visiteur près dè Rialto

Derniers préparatifs avant le grand soir

Même les boutiques se parent

de lumières pour la fête

Pas grand mais il s'amuse bien

 

Le carnaval de Venise marque certes le début de l’hiver, mais il a tant de succès qu’il devient difficile de réserver hôtels ou chambres d’hôtes si l’on ne s’y prend pas très à l’avance. C’est alors un véritable scintillement, quand toute la ville semble revivre pour une semaine au temps des doges ou de Casanova. La plus belle soirée est celle du Bal des Doges, une féerie signée Antonia Sautter.

 

Une élégante du siècle dernier

Sous les masques tout est permis

Harmonieuse mélancolie

Belle à son miroir

Costumes couleur de muraille

Ralliez-vous à mon panache blanc

La belle et la bête

Un palais en habit de lumière

Sur le Grand Canal, le palais Pisani Moretta, propriété du comte Maurizio Sammartini, a revêtu son habit de lumière pour ce quinzième Bal du Doge, le plus couru de Venise. Les premières gondoles arrivent, portant belles à paniers ou crinolines, petits marquis de cour poudrés à frimas, gandin en gants jaunes. Cette année, sur le thème du « jardin des délices », les éclairages figurent un Eden enchanté, tandis que retentissent les sanglots des premiers violons. Tous attendent bien sûr la reine du bal, Antonia Sautter, qui paraît enfin, faisant bruisser sa large robe de soie. Le bal peut commencer, par un menuet bien sûr, mené par Antonia.

Ce que l’on ne devine pas, à la voir souriant à tous, c’est qu’il y a des nuits qu’Antonia ne dort pas, veillant au moindre détail du décor, étudiant éclairages, menus, candélabres parant les tables, mettant la dernière main aux costumes de ses hôtes. Ce bal, célèbre pour son élégance, ne comptera jamais plus de quatre cents invités, qui doivent être parrainés, même si la soirée est payante et coûteuse, 800 euros, plus le costume, que l’on peut louer chez Antonia pour un prix variant de 150 à 1000 euros, certains préférant bien sûr les acheter. 

Gondole sur le Grand Canal

Cour intérieure du Palais des Doges

Couple à la parade

Mystérieux trio

Duo en noir et blanc

Un charlot triste

 

Au même moment, place Saint Marc, dans les rues voisines ou dans d’autres palais, ils sont un millier à déambuler en costumes, prenant la pose devant les photographes, en couples ou par groupes, dégustant un chocolat au Café Florian, le plus vieux de la ville, puisque sa création date de 1720.

La fascination d’Antonia pour le carnaval remonte à son enfance. Avec sa mère Italia, elle dessinait son futur costume, cherchait l’inspiration dans les livres anciens, les gravures des bals de jadis.

- Pourtant, dit Antonia, je n’ai pas suivi d’école de graphisme ou de stylisme et je dessine toujours comme une petite fille, épinglant sur mes dessins les échantillons de tissus et de broderies, comme Marie-Antoinette le faisait avec sa couturière Rose Bertin ! En fait, j’ai suivi des études d’interprète et ai été engagée par une compagnie américaine de mode, Hohenberg LTD. Quand ils ont vu que j’avais le sens des couleurs, ils m’ont permis de travailler avec les stylistes. C’est ainsi que tout a commencé. Puis, à 26 ans, j’ai ouvert ici ma première boutique d’accessoires. J’en ai à présent quatre ! L’histoire du Bal du Doge est aussi survenue par hasard. Un client est un jour entré dans ma boutique pour y acheter des masques. Nous avons sympathisé. Il s’appelait Terry John et était le chef du groupe Mounty Python. Il m’a expliqué que la BBC l’avait chargé d’organiser une fête autour du personnage légendaire d’Enrico Dandolo, le doge aveugle qui avait participé au financement de la Première Croisade. J’ai affirmé être la grande spécialiste des fêtes vénitiennes, ce qui était absolument faux. 

Même les petits chiens se déguisent

Antonia créant des costumes dans son atelier

C'est Antonia qui reçoit au Bal du Doge

 

A cette fête filmée par la BBC, Antonia avait convié tous ses amis, qu’elle avait elle-même costumés. Et ce fut le premier Bal du Doge. L’idée était née, avec la réussite que l’on sait…

- Ce bal est à chaque fois une gageure, explique–t-elle. Je dois chaque année me surpasser, surprendre mes invités, trouver d’autres spectacles, de nouveaux jeux de lumières, des costumes plus spectaculaires. C’est une soirée que j’offre à ma mère, morte bien avant tout ça. Elle aurait été si heureuse de voir que je reste fidèle à mes rêves d’enfant. En fait, je travaille dur pour toutes ces fêtes que j’orchestre, mais surtout pour ce bal. Le secret est que tout doit paraître simple, réalisé d’un coup de baguette magique.

 

Antonia Sautter, San Marco, Frezzeria 1286, Tél. : 39 041 5224426, www.ballodeldoge.com.