mercredi 31 janvier 2018

EXPO

Les affinités de Yo Marchand


« Affinities », tel est en effet le titre de la présente exposition de Yo Marchand, puisqu’en art, tout est question d’affinités, d’émotion personnelle, de ressenti - une vision intérieure. « Affinités chromatiques, affinités sensorielles, affinités tactiles sont autant d’indices révélateurs pour apprécier la dimension et la singularité d’une œuvre », affirme sa fille, la poétesse et écrivain Valère Marie Marchand. Malheureusement, la photo ne peut rendre un hommage suffisant à l’oeuvre si attachante de Yo. Elle ne saurait montrer les superpositions de couches de peinture révélant une autre profondeur, une lueur indécise. Elle ne saurait rendre les infimes plissements de la toile, semblables à ceux d’une âme, ou cette brusque insertion, en bordure de la peinture, de calligraphies ou ces incrustations d’une bande de métal faisant tout à coup vibrer plus fort encore cette nouvelle série dédiée au bleu et au rouge. Ecoutons encore Valère expliciter l’œuvre de sa mère, qu’elle connaît sans doute presque aussi bien que son auteur, et c’est un bien joli hommage qu’elle lui rend :


« Dans l’œuvre de Yo Marchand, les affinités entre lignes et couleurs contribuent à la plénitude du regard. La superposition de plusieurs couches de pigments offre ainsi à la toile une certaine profondeur de champ. Lorsqu’on s’en approche, la surface peinte s’ouvre à des lumières sous-jacentes. Lorsqu’on s’en éloigne, d’autres nuances apparaissent. La couleur devient forme et, ce faisant, instaure un nouvel espace-temps. Il en ressort une réelle présence picturale, une verticalité silencieuse qui absorbe et capte le regard du spectateur par ses aplats énigmatiques. »


Exposition jusqu’au 18 février 2018 à la Galerie Claudine Legrand, 49, rue de Seine, 75006 Paris.

jeudi 25 janvier 2018

L'ISTRIE ROMANTIQUE

L’Istrie, la Croatie romantique

Le somptueux porche de la cathédrale de Zagreb

Moins connue que la région de Dubrovnik ou que la pléiade d’îles croates de l’Adriatique, l’Istrie, qui forme un triangle pointé vers la mer au nord-ouest de la Croatie, constitue la plus vaste presqu’île du pays, la plus sauvage et la plus authentique peut-être. Appréciée dès l’Antiquité par les Phéniciens, les Grecs, puis les Romains, ensuite par les armateurs italiens de la Renaissance, elle comporte de nombreux vestiges de ce riche passé, à découvrir par tous les amoureux de nature, d’Histoire et de vieilles pierres.

Un arrière-pays encore sauvage

Amusant bistro à Zagreb

En face de l'église, la tête sculptée de
Matja Gubec, chef de la révolte
paysanne du XVI è siècle


L’arrière-pays verdoyant est couvert de forêts où abonde truffe noire ou blanche coupé de profondes gorges, mais la côte est parfois si accidentée, avec la mer remontant loin dans les terres, qu’elle évoque des fjords de Norvège. Là s’est installée dès le Moyen-âge une série de ports de pêche encore préservés, côtoyant parfois de nouvelles stations balnéaires aux prix plus attractifs qu’au sud, telles que Rabac, Pula, Porec ou Rovinj. En saison, un aéroport dessert Pula. Autrement, il faut atterrir dans la capitale, Zagreb, qui vaut le détour, puis effectuer en car trois heures et demie de trajet jusqu’à la pointe de Pula, mais les routes de Croatie sont excellentes.

Le centre historique de Zagreb
Connue dès le XI è siècle, la ville de Zagreb n’a pris son nom définitif qu’en 1850, lors de la fusion des deux bourgs qui la formaient initialement et que séparait une rivière aujourd’hui souterraine : Kaptol au nord et Gradec, la place forte érigée sur les hauteurs qui défendit plus tard la ville lors des incessantes invasions turques que connut cette partie de l’Europe du XIV è au XVIII è siècle. De cette période demeurent les remparts, la massive tour Lotrscak et la vieille porte de la rue Tkalciceva abritant un sanctuaire. L’ancienne cathédrale Saint-Stéphane édifiée jadis par le roi Ladislas fut hélas détruite au XIX è siècle par un tremblement de terre et reconstruite dans un style néo-gothique exubérant, mais la délicieuse église baroque Saint Marc exhibe toujours les tuiles colorées de ses toits. En face, une vieille maison porte en sculpture la tête torturée du héros Matija Gubec, qui fut le meneur de la révolte paysanne du XVI è siècle. Vaincu et capturé, il fut coiffé d’une couronne de fer chauffée à blanc…
Un tram tout moderne pour la vieille ville
Sur la grande place, un joli marché

Sur la place centrale du ban Josip Jelacié, où se dresse la statue équestre du général autrichien qui fut aussi le gouverneur de la ville, se retrouvent les étudiants ou les ménagères venues y faire leur marché de fruits, légumes, huile d’olive ou de pépins de courge et champignons dont les célèbres truffes d’Istrie.
Ville universitaire, Zagreb est aussi une cité  vouée à l’art ne comptant pas moins de vingt et un musées et quatorze galeries, promouvant notamment un mouvement d’avant-garde apprécié. C’est là que se tient chaque année, en juin, le Festival International du Film d’Animation.

Les vestiges romains de Pula

Noyé dans la brume, le délicieux port de Rabac
A Pula, l'amphithéâtre de Vespasien

Porte romaine à Pula

Point stratégique proche de l’Italie actuelle, Pula fut un important port romain et l’empereur Vespasien, qui aimait son séjour, le dota au I er siècle d’un élégant  amphithéâtre en forme d’ellipse pouvant contenir 20 000 spectateurs venus applaudir les gladiateurs. Il le relia au port par une large voie qui constitue encore  la rue principale de la ville. Cet amphithéâtre était toujours utilisé au Moyen-âge pour les tournois de chevalerie ou pour abriter les foires itinérantes. De la même période datent plusieurs portes, arc de triomphe et tombeau. Un peu plus ancien est le temple d’Auguste, dédié à la déesse Rome et à l’empereur, qui se dresse toujours près de l’hôtel de ville. Dans les ruelles bien droites pavées de dalles blondes, de nombreux palais ou maisons aux élégantes sculptures rappellent l’influence de la Sérénissime en Croatie, à partir de la Renaissance.

De Porec à Rovinj
L’agréable port de Porec, plus au nord, est surtout connu pour sa basilique Saint Euphrasius. L’édifice actuel, dédié à la Vierge Marie, a été construit à partir de 553 par l’évêque Euphrasius sur le site d’églises plus anciennes. Il s’agit en fait de tout un complexe comprenant la basilique elle-même, une sacristie, un baptistère et le clocher de l’archevêché, un musée renfermant diverses statues religieuses dont un Christ à l’émouvant visage. Sous le sol demeurent des vestiges des anciennes mosaïques  du V è siècle en partie détruites lors du tremblement de terre de 1440. Derrière le maître autel, les splendides mosaïques murales ont été exécutées à la demande de l’évêque Euphrasius par des maîtres byzantins dans le style de la Sainte-Sophie de Constantinople. Depuis 1997, la basilique a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et fort bien rénovée.
L'élégant port de Porec

Et ses maisons colorées, de style italien

Du port de Porec, de nombreux bateaux proposent diverses croisières vers Rovinj, Pula ou même les différentes îles de l’Adriatique. Deux heures à peine de navigation, le temps de savourer un  apéritif au miel suivi d’un déjeuner de poissons dégusté à bord, suffisent à atteindre le port de Rovinj, perché sur son éperon rocheux et rassemblé autour de la blanche façade de la cathédrale Sainte Euphémie, érigée en souvenir d’une jeune martyre de treize ans. Puis on emprunte le canal de Limski, sorte de fjord s’enfonçant de plus d’une dizaine de kilomètres à l’intérieur des terres. Ça et là, des fermes lacustres permettent aux pêcheurs de surveiller leurs élevages d’alevins ou leurs parcs à huîtres et à moules.

Les élégantes voûtes de l'église
Saint-Euphrasius

Détail d'une mosaïque

Marché coloré à Porec

Et pourquoi ne pas terminer la soirée au son d’un accordéon ponctuant les danses croates, pour savourer la cuisine aux truffes de l’auberge Konoba, à Bani, à l’intérieur des terres, Tél. : 385 (0) 52/621 762 ?

Le joli port de Porinj 

Et ses ruelles toujours fraîches

Soirée folklorique à Bani


Ce voyage organisé par Visit Europe, 44, rue Alexandre Dumas, 75011 Paris, Tél 01 44 82 29 00, peut aussi être aménagé de façon individuelle à la demande.
A voir à Zagreb :
. Le musée d’art naïf, Cirilometofska 3, Tél. : 385 148-51911, montrant les œuvres d’artistes bien typiques de la région.
. Le Croate d’histoire, Matoseva 9, Tél. : 385 148-51900, pour en savoir plus sur le passé mouvementé de l’Istrie.



mercredi 24 janvier 2018

LE CHARME D'ISTANBUL

Istanbul,
La ville au deux mille… dix mosquées

Toute la splendeur de Sainte-Sophie devenue mosquée

Hésitant encore entre l’Europe et l’Asie, à la fois moderne et fière de ses racines, Istanbul a tout le charme des villes lacustres. Baignée par la mer de Marmara et le Bosphore, traversée par la flèche liquide de la Corne d’Or, cette antique cité au passé tourmenté semble puiser sa force dans toute cette eau.

Du haut du Marmara Hotel, on voit se déployer la ville magique

Le chantier du port de l'Antiquité

Saint-Sauveur in chora


Marchand ambulant dans le quartier
si animé de Taksim 
Dès l’arrivée à Istanbul par la compagnie low cost de Pegasus Airlines, le flambant aéroport international de Sabiha Gokcen annonce par son moutonnement de coupoles de verre et de béton  rappelant celles des mosquées un futurisme largement inspiré du passé. C’est peut-être du restaurant panoramique du Marmara Hotel, sur la place de Taksim, le nouveau quartier branché, que l’on a la plus belle vue sur cette cité tentaculaire se déployant vers les quatre coins cardinaux. La ville s’insinue entre ses innombrables chemins d’eau délimitant vieux et nouveaux quartiers : la Vieille Ville au sud-ouest, qui a peu à peu débordé ses rives en essaimant ses monuments le long de la Corne d’Or et du Bosphore ou vers les rives d’Üsküdar, à l’est. Les quartiers modernes et plus populaires se concentrent à Beyoglu, au nord, tandis que les palais à la richesse un rien ostentatoire des derniers sultans, Dolmabahçe ou Ciragan,  s’alignent sur la rive gauche du Bosphore. Restauré à grands frais, ce dernier fait à présent partie du Kempinski Hotel où la nuit dans les anciens appartements impériaux ne coûte pas moins de 35 000 euros… On peut y dîner d’un somptueux buffet de fruits de mer face aux eaux dorées du Bosphore. De l’autre côté se mirent avec des grâces désuètes les Yalis – les délicieuses maisons de bois –, demeures des plus riches marchands ou banquiers d’Istanbul.
Vendeur de glaces à Taksim



L'un des célèbres passages de Taksim

Le pub irlandais si populaire de Taksim

Ici, l’Histoire se lit à ciel ouvert. L’ancienne Byzantion du XII è siècle av JC, devenue Byzance et la capitale des puissants « basileus » d’abord alliés puis rivaux de Rome, prit le nom de Constantinople quand l’empereur Constantin en fit sa capitale en 233 ap. JC. Lorsque déferlèrent les hordes turques venues d’Asie Centrale, la ville tomba entre leurs mains et devint à partir de 1453, sous le nom de Stanboul, le centre du puissant empire ottoman.
Entre 1923 et 1938, le plus populaire général du dernier sultan ottoman, plus tard connu sous le nom d’Atatürk, le Père des Turcs, bouleversa le système et fonda la Turquie moderne en déposant le sultan et en abolissant le califat. Il fit de cet empire religieux une république laïque quoique en large majorité musulmane, il accorda bien avant la France le droit de vote aux femmes et se tourna vers l’Occident, sans toutefois renier ses origines. De même que les remparts byzantins s’étaient appuyés aux murailles romaines et que les églises orthodoxes, dont la fastueuse Sainte-Sophie, avaient été flanquées de minarets, la ville nouvelle commença à planter ses tours sans rien détruire. Les vestiges d’un passé prestigieux continuent de bien cohabiter sans briser le charme magique d’Istanbul, tandis qu’à Taksim éclosent bars et boutiques branchées.

Tout le complexe de luxe du Ciragan Palace Kimpinski,
ancien palais ottoman
Sa somptueuse façade

Le salon d'une de ses suites et sa vue sur le Bosphore


Au pied du Marmara Hotel à l’opulence toute orientale, on suit le tramway filant par la rue Istikhal. Par cette large artère piétonnière surencombrée, on se faufile dans ce quartier de Taksim où les ados en jeans et mini jupes consomment de la marque : Top Ship, Lush, Mango, Adidas… Partout s’ouvrent de ravissants passages Art Déco regorgeant de bars, restaurants, galeries de peinture contemporaine ou de photos. Dans l’immeuble Art Déco dit « la maison égyptienne » s’abritent galeries contemporaines et restaurant tendance tel le 360, d’où la vue est également superbe. Dans les nouveaux quartiers poussent comme des champignons des outlet centers, comme cet Olivium éclos dans la périphérie de Zeytinburnu.
Le nouveau métro, qui ne cesse d’ailleurs de s’agrandir, permet de circuler facilement dans ce grouillement de vie. C’est d’ailleurs en travaillant à l’extension de ce métro vers l’ouest des rives de la mer de Marmara que les ouvriers découvrirent, il y a six ans, les vestiges, à Yenikapi, de l’ancien port de Théodose. Sans arrêter les travaux en cours, une équipe de 21 archéologues et 205 ouvriers continue aujourd’hui à fouiller une aire de 58 000 m2 livrant peu à peu ses secrets. Amphores, jarres, monnaies, ossements s’entassent dans des containers dûment numérotés, tandis que sous une vaste tente, les archéologues reconstituent morceau par morceau la quille d’une nouvelle découverte.

Dans la Vieille Ville, les vestiges de trois empires

Photo de famille à l'Hippodrome,
trois styles bien différents...

L'élégance de la Mosquée Bleue

Sortie de l'école dans la vieille ville


La Vieille Ville, presqu’île fermée au sud et à l’est par la mer de Marmara, bordée au nord par le Bosphore et à l’ouest par la Corne d’Or, a pu, à cause du vaste espace existant au nord comme à l’ouest et à l’est, garder intacts les vestiges de trois empires : romain, byzantin, puis ottoman. Il faut errer à pied par les petites ruelles de la colline de Sultan Ahmet regorgeant de mosquées, marchés et belles fontaines, jardins plantés de cyprès et de roses. La visite commence en général place de l’Hippodrome, là où les Romains organisaient leurs courses de chars, pour se continuer par cette merveille de grâce et de légèreté, la Mosquée Bleue aux 22 000 carreaux de faïences azurées. En face s’élève Sainte-Sophie, audacieuse basilique byzantine à la large coupole édifiée en cinq ans, à partir de l’an 532, par l’empereur Justinien Ier. C’est des galeries du premier étage que l’on voit le mieux l’orgueilleux étalement de Sainte-Sophie et les détails des mosaïques formant les hiératiques visages des saints byzantins. Dans toute la ville, il n’y a que l’église de Saint-Sauveur in Chora pour rivaliser avec les siennes.
L’est de la Vieille Ville est occupé par le vaste palais de Topkapi, à la fois résidence des sultans ottomans à partir de Soliman le Magnifique, siège de l’appareil étatique, demeure des sultanes, des quelques trois cents femmes du harem impérial et des eunuques qui les servaient. Il était gardé par les Janissaires, redoutables guerriers formant une caste à part. On ne trouve aucun bâtiment pompeux dans les jardins et les différentes cours de Topkapi, mais une succession de kiosques richement ouvragés, à la délicatesse digne d’un conte des Mille et Une Nuits. Il faut se perdre dans les dédales du harem ou admirer les fabuleux diamants et émeraudes du Trésor.

A la différence de l'ambiance de Taksim,
la plupart des femmes
sont voilées au Grand Bazar

Boutique de lampes au Grand Bazar

Les boutiques de bijoux ont toutes les
faveurs des femmes en noir

Le tramway permet de se rendre facilement de Topkapi au Grand Bazaar. Ce parfait quadrilatère formé de ruelles couvertes aux arches dorées, ponctué de fontaines, fut aussi l’œuvre de Soliman. Le plus simple est d’y accéder par la porte Nurusmaniye. Il faut ensuite se laisser absorber par ce grouillement d’acheteurs et de femmes voilées contrastant avec les adolescentes de Taksim, errer parmi boutiques de faïences, luminaires, bijoux, soieries ou tapis, vêtements plus modernes. C’est aussi le temple de la contrefaçon…
A l’ouest abondent encore les chantiers : restauration du Darüssifa accolé au complexe de la mosquée de Süleymaniye, œuvre de l’architecte de génie Sinan commandée par la sultane Roxelane, unique épouse de Soliman. Restaurations encore tout autour de l’aqueduc romain de Valens… Vers le sud de la Vieille Ville, de nombreux restaurants insinués entre les remparts byzantins également restaurés à grands frais accueillent les cars de touristes, mais il est plus amusant d’entrer au hasard dans l’un des innombrables vieux bistrots du bas de la colline. Là, les croulantes maisons de bois ont aussi été restaurées pour ressembler à des « mews » aux couleurs acidulées de bonbons anglais. Elles servent d’hôtels de charme ou proposent des chambres d’hôtes.

Sur le Bosphore, vers la mosquée de Soliman

La splendeur du palais de Dolmabahçe étalé sur l'eau
La vue incomparable du Sunset Restaurant


En fin d’après-midi, il faut s’embarquer près de la mosquée de Dolmabahçe dans l’un des ferries sillonnant le Bosphore pour voir le soleil s’abîmer dans ses eaux en faisant luire une dernière fois les croissants d’or ornant les cimes des mosquées. Un dîner à la terrasse du Sunset Restaurant, composé de metzés, toutes sortes d’entrées turques, agneau au curry et pâtisseries orientales, arrosé de vins locaux bien corsés, permet un dernier regard sur la vieille ville.


Carnet pratique :
-        Vol bon marché par Pegasus Airlines, www.flypgs.com/fr/ et Odéon Tours, 9 bis Bd Hippolyte Pinaud, 95880 Enghien-les-Bains, Tél. : 01 39 89 00 71, site Internet : www.odeon-tours.com. Escale obligatoire à Istanbul puis vol jusqu’à Nicosie.
-        Où loger à Istanbul : le Marmara, Taksim Meydani, Tél. : 90 212 251 46 96, www.themarmarahotels.com.
-        Juste sous la Mosquée Bleue, le long du Bosphore, un hôtel de charme pourvu d’une bonne table : www.armadahotel.com.tr.

-        Pour y dîner comme un sultan : Ciragan Caddesi N° 32, Tél. 90 212 326 46 46.




dimanche 7 janvier 2018

N°46 NOVEMBRE-DECEMBRE



                        N°46 Novembre-Décembre 17

Jeune fille au Temple du Soleil

Sommaire :

. En terre d'Israël

. L'art de l'amour en Inde

. Cat Hémery un peintre d'Honfleur





vendredi 17 novembre 2017

ISRAËL

EN TERRE D’ISRAËL

Tel-Aviv vue de l'hôtel Herods

Vieille maison du quartier Bauhaus
Elégante demeure du quartier Bauhaus

Difficile d’imaginer un pays plus contrasté qu’Israël. Contraste entre la luxuriance des terres fertilisées et l’aridité du désert et de la Mer Morte, entre le modernisme affiché de Tel Aviv et le poids de traditions millénaires à Jérusalem ou dans les autres lieux saints, entre les traditions si diverses de tous les immigrants venus de plus de soixante-dix pays pour se rassembler sur cette bande de terre longue de quatre cents kilomètres et parfois large de quinze kilomètres à peine. Brassage ici de l’Orient et de l’Occident, de la technologie et du mysticisme, des croyants et des agnostiques et malgré tout, ces diversités forment un peuple uni et fort. Outre les 4 800 000 Hébreux, sur cette bande de terre vivent aussi 1 200 000 Arabes, plus le million et demi d’habitants des territoires autonomes palestiniens. Pas facile, bien sûr, de concilier tout ça, de toujours réconcilier les frères ennemis…

Les racines du passé
L’histoire d’Israël se nourrit des récits bibliques évoquant David, le prophète Isaïe ou la rébellion des Maccabées, la fuite d’Egypte, où s’étaient établis les descendants d’Isaac, sous la conduite de Moïse, la conquête progressive de la plaine du Jourdain par les douze tribus hébraïques à partir de 1200 avant Jésus-Christ, la reconquête après l’invasion babylonienne, puis l’arrivée des armées de Pompée en 65 av.J.-C. et le règne d’Hérode le Grand, la naissance du christianisme.
Après la Seconde Guerre mondiale, les survivants de l’holocauste, dans une Europe ensanglantée par le nazisme, se réfugièrent sur la terre ancestrale occupée par les Anglais et proclamèrent le 14 mai 1948 la fondation de l’Etat d’Israël d’après une résolution des Nations-Unies. Rien n’était réglé pour autant, puisque les Etats arabes voisins passèrent le jour-même à l’attaque, premier conflit armé entre Israël et le monde arabe, suivi d’autres guerres en 1956, 1967 et 1973. On le voit, l’équilibre demeure fragile et une présence militaire active, en particulier à Jérusalem, rappelle assez la difficulté de la cohabitation. Même au sein de la communauté juive, les divergences restent profondes, souvent difficiles à concilier. Outre la différence fondamentale existant entre Séfarades venus d’Orient et Ashkénazes issus d’Europe de l’Est, en redingotes et chapeaux noirs, avec leurs drôles de paillotes, quoi de commun entre Bédouins du désert, chrétiens du monde entier, mais aussi Kurdes, Druzes, Circassiens ou Samaritains ? Dans les temps héroïques de la fondation d’Israël, la vie collective du kibboutz, communauté à vocation le plus souvent agricole, a bien contribué à rassembler toutes ces différences. Ces temps-là ne sont plus et un univers sépare les commerçants ou ingénieurs aisés de Tel-Aviv des Juifs traditionnels du quartier de Mea She’Arim, à Jérusalem, qui continuent de refuser le monde actuel et ses lois pour se consacrer à l’étude des textes saints, un peu comme si mes frères s’obstinaient à chevaucher en armures leurs blancs destriers…

Tel-Aviv, le modèle de la ville sioniste


Dans la maison-musée d'Ilana Goor à Jaffa

Son salon

L'église franciscaine de Jaffa

Le souvenir du passage de Napoléon à Jaffa

Fontaine sculptée à Jaffa

Un pope à Jaffa

Tel-Aviv, fondée en 1909, est une ville neuve construite par les immigrés juifs russes et polonais dans l’urgence, pour absorber les masses de leurs frères fuyant les persécutions en cours, ce qui explique la persistance de bâtiments évoquant encore l’Ukraine ou Odessa. Avec son centre urbain dynamique, ses larges avenues grouillantes de vie, le cœur de Tel-Aviv bat à un rythme frénétique. Bâtie en bordure de mer, la cité a pourtant été édifiée par des hommes ignorants tout de l’univers de la mer, et la ville portuaire de Jaffa, bien plus ancienne, est d’origine arabe, même si elle est devenue à présent un vrai petit village d’artistes émaillé de galeries et de musées, telle l’étonnante maison-musée du sculpteur Ilana Goor (4, rue Mazal Dagim, Tel-Aviv Jaffa, Tél. : 972 3 683 76 76). Magasins élégants, cinémas, bars et restaurants, grands hôtels et night-clubs font de Tel-Aviv une ville bien moderne, frénétique et décomplexée, patrie des créateurs de tout poil, même si certains petits ilots du passé subsistent ça et là, insolites et pleins de charme. Et les rabbins les plus traditionnalistes de Jérusalem, située à tout juste 62 kilomètres de là vers l’intérieur des terres, de tonner contre cette version moderne de Sodome la dépravée…

Césarée, en hommage à César


Tel-Aviv vue des hauteurs de Jaffa

Césarée, construite ne hommage à César

Son théâtre très restauré

Colonnes face à la mer

En filant vers le Nord en longeant la bande côtière et ses hectares de culture de bananiers sous leurs serres de toile, on parvient au petit port de Césarée, la cité érigée par Hérode le Grand en hommage à César. Un théâtre et un hippodrome un peu trop restaurés, des vestiges de belles villas aux précieuses mosaïques, des colonnes toujours érigées face à la mer évoquent les fastes romains et se mêlent aux remparts de la cité médiévale jadis édifiés par les Croisés de Saint-Louis et peu à peu mise à jour, car les fouilles se poursuivent.
L'aqueduc romain amenant l'eau à Césarée

Le musée Mizgaga, autrefois une fabrique de bouteilles

Le souvenir d'Edmond de Rothschild à Mizgaga

Musée Mizgaga

Non loin, au pied des monts Carmel, dans le domaine du kibboutz Nashholim, de curieux bâtiments autrefois dédiés à la fabrique du verre sur l’initiative du baron Edmond de Rothschild abritent à présent le musée Mizgaga, témoin de cette entreprise qui se révéla vite peu rentable (voir www.mizgaga.com). Outre les vestiges romains de fouilles tels que mosaïques, amphores, pièces ou sculptures, il renferme le témoignage de cet essai de fabrique et les œuvres, toujours en verre, d’artistes contemporains.

Haïfa et son temple bahaï
Bien située au bord d’une baie paisible, Haïfa est le port industriel et touristique le plus important d’Israël avec ses 270 000 habitants, ainsi qu’une ville industrielle active abritant un centre de recherche scientifique de pointe. Des collines surplombant la rade, on a une vue surprenante sur la coupole d’or du temple bahaï, dressé dans un luxuriant jardin persan organisé en terrasses.
Née en 1790 en Iran, cette école chiite ésotérique fondée par le maître Sayyid Kazim donna naissance à la religion du Bab (porte) et au babisme. Les dix-huit premiers disciples du Bab, nommés les « Lettres du Vivant », annoncèrent l’arrivée imminente du messie. Ils furent bien sûr persécutés par le clergé chiite traditionnel car ainsi vont les choses entre croyants trop convaincus…

Haïfa, le temple et les jardins bahaï

Acre au passé tourmenté
Cerné par les remparts érigés par les Croisés et plongeant en maints endroits vers la mer, Acre serre ses ruelles étroites et sombres autour de la vaste mosquée ottomane el-Jazzar, construite au XVIII è siècle, la plus grande d’Israël. On peut visiter le caravansérail de Khan El Umdam, bâti pour accueillir les marchands se pressant vers ce port important, l’imposante citadelle des Hospitaliers, dernier bastion de la résistance chrétienne en terre sainte, sa série de cryptes impressionnantes mises à jour depuis une trentaine d’années, le Tunnel des Templiers, vrai réseau souterrain permettant fuite ou ravitaillement en cas de siège, avant de déjeuner, d’un mezzé bien sûr, au restaurant Doniana, idéalement situé pour surplomber les flots.

Saint-Jean d'Acre, port et mosquée

Saint-Jean d'Acre, crypte aux gros piliers dans la
forteresse des Hospitaliers

Jérusalem la ville d’or
« L’année prochaine à Jérusalem ! » n’ont cessé de psalmodier avec nostalgie tous les juifs de l’exil. La ville de David, la ville éternelle reste le croisement par excellence entre Orient et Occident. Un espace restreint de quelques centaines de mètres carrés concentre en effet les lieux les plus saints des trois grandes religions monothéistes : le Mur des Lamentations, le Dôme du Rocher et sa coupole d’or et le Saint-Sépulcre, pour ne citer qu’eux. Tout y parle de religion et de souffrance. La plus belle vue sur la ville sainte, on l’a depuis la colline du mont des Oliviers, où le Christ se retira avec ses disciples avant d’être livré aux Romains. De là on distingue l’étalement de la large esplanade abritant le Dôme du Rocher, construit en 699 par le calife Abd al-Melik, lieu d’où le prophète Mahomet serait monté au ciel et la mosquée d’El Aksa, hélas à présent difficile d’accès car rarement ouverte.

Jérusalem, le cimetière du Mont des Oliviers,
des tombes comme des HLM

Vue du Dôme du Rocher et d'El-Aksa
La chapelle Dominus Flevit,
le Seigneur pleura

En descendant les pentes de la colline de Getsemani, on trouve l’église du même nom blottie dans son jardin d’oliviers millénaires et, en face, l’église orthodoxe de Sainte-Marie-Madeleine aux coupoles typiquement russes. Puis l’on remonte vers la vieille ville en suivant les diverses étapes de la Via Dolorosa, également ponctuée de chapelles, émouvant chemin du calvaire du Christ. A la station N° 3, il ne faut pas manquer l’hospice autrichien et son reposant jardin faisant face à une mosquée d’où retentit à intervalles réguliers l’appel du muezzin. Le café viennois, la bibliothèque du XIX è siècle, les expositions temporaires et même les chambres qu’il faut retenir au moins six mois à l’avance en font une halte agréable avant de repartir à l’assaut de la vieille ville (Tél ; : 00972 2 626 58 00 et voir www.austrianhospice.com). Peu après, cette même Via Dolorosa traverse le souk et ses boutiques, toujours animé et bruissant de vie, étonnant contraste.
Même si la foule est dense, plus de trois millions de pèlerins cette année, on ne peut rester insensible à l’atmosphère de dévotion baignant cette population si diverse, priant dans des langues multiples jusqu’au lieu le plus saint, la basilique du Saint Sépulcre, édifiée par l’empereur Constantin sur l’emplacement du Golgotha et abritant le tombeau de Jésus, puis la chapelle où Marie découvrit son fils ressuscité. Ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas ne peuvent rester insensibles à la poignante ferveur qui s’y manifeste dans une atmosphère de pénombre mystérieuse.

Blottie parmi ses oliviers millénaires,
l'église de Getsémanie
La célèbre Porte du Lion ouvrant sur la vieille ville

Les coupoles de l'église

L'église du Saint-Sépulcre
Cierges au Saint-Sépulcre

Eglise de la Dormition

Vers le Cénacle
Ferveur à l'intérieur du Saint-Sépulcre
En revanche, le Mur des Lamentations, ce qu’il reste de l’enceinte du Temple de Salomon, avec ses grues et ses fouilles qui n’en finissent pas, coupé par une hideuse passerelle permettant aux musulmans l’accès à une mosquée, enlaidi encore par sa forêt de chaises en plastique blanc reste assez décevant, même si l’on se laisse ensuite gagné par la foi qui s’y manifeste. Femmes séparées des hommes, les filles et fils d’Israël y viennent pour manifester leur douleur éternelle devant la ruine de leur temple le plus sacré.


Prosternation


Drapeau israélien dans le souk

Ambiance du souk

Autre lieu de souvenir, le sanctuaire d’Yad Vashem, édifié sur le mont de la Mémoire, est dédié aux millions de juifs exécutés par les nazis. Pour ne pas oublier et pour que le cauchemar ne se reproduise jamais…

Vue de la terrasse de l'Hospice Autrichien

Militaire sur la Via Dolorosa

La première chute du Christ

Fontaine aux ablutions devant le Mur des Lamentations

Ackhenaze en redingote noire au Mur des Lamentations

Femmes en prières devant le Mur

Etudiants devant le Mur des Lamentations
    Office National de Tourisme israélien : 94 Rue Saint-Lazare, 75009 Paris