vendredi 17 novembre 2017

ISRAËL

EN TERRE D’ISRAËL

Tel-Aviv vue de l'hôtel Herods

Vieille maison du quartier Bauhaus
Elégante demeure du quartier Bauhaus

Difficile d’imaginer un pays plus contrasté qu’Israël. Contraste entre la luxuriance des terres fertilisées et l’aridité du désert et de la Mer Morte, entre le modernisme affiché de Tel Aviv et le poids de traditions millénaires à Jérusalem ou dans les autres lieux saints, entre les traditions si diverses de tous les immigrants venus de plus de soixante-dix pays pour se rassembler sur cette bande de terre longue de quatre cents kilomètres et parfois large de quinze kilomètres à peine. Brassage ici de l’Orient et de l’Occident, de la technologie et du mysticisme, des croyants et des agnostiques et malgré tout, ces diversités forment un peuple uni et fort. Outre les 4 800 000 Hébreux, sur cette bande de terre vivent aussi 1 200 000 Arabes, plus le million et demi d’habitants des territoires autonomes palestiniens. Pas facile, bien sûr, de concilier tout ça, de toujours réconcilier les frères ennemis…

Les racines du passé
L’histoire d’Israël se nourrit des récits bibliques évoquant David, le prophète Isaïe ou la rébellion des Maccabées, la fuite d’Egypte, où s’étaient établis les descendants d’Isaac, sous la conduite de Moïse, la conquête progressive de la plaine du Jourdain par les douze tribus hébraïques à partir de 1200 avant Jésus-Christ, la reconquête après l’invasion babylonienne, puis l’arrivée des armées de Pompée en 65 av.J.-C. et le règne d’Hérode le Grand, la naissance du christianisme.
Après la Seconde Guerre mondiale, les survivants de l’holocauste, dans une Europe ensanglantée par le nazisme, se réfugièrent sur la terre ancestrale occupée par les Anglais et proclamèrent le 14 mai 1948 la fondation de l’Etat d’Israël d’après une résolution des Nations-Unies. Rien n’était réglé pour autant, puisque les Etats arabes voisins passèrent le jour-même à l’attaque, premier conflit armé entre Israël et le monde arabe, suivi d’autres guerres en 1956, 1967 et 1973. On le voit, l’équilibre demeure fragile et une présence militaire active, en particulier à Jérusalem, rappelle assez la difficulté de la cohabitation. Même au sein de la communauté juive, les divergences restent profondes, souvent difficiles à concilier. Outre la différence fondamentale existant entre Séfarades venus d’Orient et Ashkénazes issus d’Europe de l’Est, en redingotes et chapeaux noirs, avec leurs drôles de paillotes, quoi de commun entre Bédouins du désert, chrétiens du monde entier, mais aussi Kurdes, Druzes, Circassiens ou Samaritains ? Dans les temps héroïques de la fondation d’Israël, la vie collective du kibboutz, communauté à vocation le plus souvent agricole, a bien contribué à rassembler toutes ces différences. Ces temps-là ne sont plus et un univers sépare les commerçants ou ingénieurs aisés de Tel-Aviv des Juifs traditionnels du quartier de Mea She’Arim, à Jérusalem, qui continuent de refuser le monde actuel et ses lois pour se consacrer à l’étude des textes saints, un peu comme si mes frères s’obstinaient à chevaucher en armures leurs blancs destriers…

Tel-Aviv, le modèle de la ville sioniste


Dans la maison-musée d'Ilana Goor à Jaffa

Son salon

L'église franciscaine de Jaffa

Le souvenir du passage de Napoléon à Jaffa

Fontaine sculptée à Jaffa

Un pope à Jaffa

Tel-Aviv, fondée en 1909, est une ville neuve construite par les immigrés juifs russes et polonais dans l’urgence, pour absorber les masses de leurs frères fuyant les persécutions en cours, ce qui explique la persistance de bâtiments évoquant encore l’Ukraine ou Odessa. Avec son centre urbain dynamique, ses larges avenues grouillantes de vie, le cœur de Tel-Aviv bat à un rythme frénétique. Bâtie en bordure de mer, la cité a pourtant été édifiée par des hommes ignorants tout de l’univers de la mer, et la ville portuaire de Jaffa, bien plus ancienne, est d’origine arabe, même si elle est devenue à présent un vrai petit village d’artistes émaillé de galeries et de musées, telle l’étonnante maison-musée du sculpteur Ilana Goor (4, rue Mazal Dagim, Tel-Aviv Jaffa, Tél. : 972 3 683 76 76). Magasins élégants, cinémas, bars et restaurants, grands hôtels et night-clubs font de Tel-Aviv une ville bien moderne, frénétique et décomplexée, patrie des créateurs de tout poil, même si certains petits ilots du passé subsistent ça et là, insolites et pleins de charme. Et les rabbins les plus traditionnalistes de Jérusalem, située à tout juste 62 kilomètres de là vers l’intérieur des terres, de tonner contre cette version moderne de Sodome la dépravée…

Césarée, en hommage à César


Tel-Aviv vue des hauteurs de Jaffa

Césarée, construite ne hommage à César

Son théâtre très restauré

Colonnes face à la mer

En filant vers le Nord en longeant la bande côtière et ses hectares de culture de bananiers sous leurs serres de toile, on parvient au petit port de Césarée, la cité érigée par Hérode le Grand en hommage à César. Un théâtre et un hippodrome un peu trop restaurés, des vestiges de belles villas aux précieuses mosaïques, des colonnes toujours érigées face à la mer évoquent les fastes romains et se mêlent aux remparts de la cité médiévale jadis édifiés par les Croisés de Saint-Louis et peu à peu mise à jour, car les fouilles se poursuivent.
L'aqueduc romain amenant l'eau à Césarée

Le musée Mizgaga, autrefois une fabrique de bouteilles

Le souvenir d'Edmond de Rothschild à Mizgaga

Musée Mizgaga

Non loin, au pied des monts Carmel, dans le domaine du kibboutz Nashholim, de curieux bâtiments autrefois dédiés à la fabrique du verre sur l’initiative du baron Edmond de Rothschild abritent à présent le musée Mizgaga, témoin de cette entreprise qui se révéla vite peu rentable (voir www.mizgaga.com). Outre les vestiges romains de fouilles tels que mosaïques, amphores, pièces ou sculptures, il renferme le témoignage de cet essai de fabrique et les œuvres, toujours en verre, d’artistes contemporains.

Haïfa et son temple bahaï
Bien située au bord d’une baie paisible, Haïfa est le port industriel et touristique le plus important d’Israël avec ses 270 000 habitants, ainsi qu’une ville industrielle active abritant un centre de recherche scientifique de pointe. Des collines surplombant la rade, on a une vue surprenante sur la coupole d’or du temple bahaï, dressé dans un luxuriant jardin persan organisé en terrasses.
Née en 1790 en Iran, cette école chiite ésotérique fondée par le maître Sayyid Kazim donna naissance à la religion du Bab (porte) et au babisme. Les dix-huit premiers disciples du Bab, nommés les « Lettres du Vivant », annoncèrent l’arrivée imminente du messie. Ils furent bien sûr persécutés par le clergé chiite traditionnel car ainsi vont les choses entre croyants trop convaincus…

Haïfa, le temple et les jardins bahaï

Acre au passé tourmenté
Cerné par les remparts érigés par les Croisés et plongeant en maints endroits vers la mer, Acre serre ses ruelles étroites et sombres autour de la vaste mosquée ottomane el-Jazzar, construite au XVIII è siècle, la plus grande d’Israël. On peut visiter le caravansérail de Khan El Umdam, bâti pour accueillir les marchands se pressant vers ce port important, l’imposante citadelle des Hospitaliers, dernier bastion de la résistance chrétienne en terre sainte, sa série de cryptes impressionnantes mises à jour depuis une trentaine d’années, le Tunnel des Templiers, vrai réseau souterrain permettant fuite ou ravitaillement en cas de siège, avant de déjeuner, d’un mezzé bien sûr, au restaurant Doniana, idéalement situé pour surplomber les flots.

Saint-Jean d'Acre, port et mosquée

Saint-Jean d'Acre, crypte aux gros piliers dans la
forteresse des Hospitaliers

Jérusalem la ville d’or
« L’année prochaine à Jérusalem ! » n’ont cessé de psalmodier avec nostalgie tous les juifs de l’exil. La ville de David, la ville éternelle reste le croisement par excellence entre Orient et Occident. Un espace restreint de quelques centaines de mètres carrés concentre en effet les lieux les plus saints des trois grandes religions monothéistes : le Mur des Lamentations, le Dôme du Rocher et sa coupole d’or et le Saint-Sépulcre, pour ne citer qu’eux. Tout y parle de religion et de souffrance. La plus belle vue sur la ville sainte, on l’a depuis la colline du mont des Oliviers, où le Christ se retira avec ses disciples avant d’être livré aux Romains. De là on distingue l’étalement de la large esplanade abritant le Dôme du Rocher, construit en 699 par le calife Abd al-Melik, lieu d’où le prophète Mahomet serait monté au ciel et la mosquée d’El Aksa, hélas à présent difficile d’accès car rarement ouverte.

Jérusalem, le cimetière du Mont des Oliviers,
des tombes comme des HLM

Vue du Dôme du Rocher et d'El-Aksa
La chapelle Dominus Flevit,
le Seigneur pleura

En descendant les pentes de la colline de Getsemani, on trouve l’église du même nom blottie dans son jardin d’oliviers millénaires et, en face, l’église orthodoxe de Sainte-Marie-Madeleine aux coupoles typiquement russes. Puis l’on remonte vers la vieille ville en suivant les diverses étapes de la Via Dolorosa, également ponctuée de chapelles, émouvant chemin du calvaire du Christ. A la station N° 3, il ne faut pas manquer l’hospice autrichien et son reposant jardin faisant face à une mosquée d’où retentit à intervalles réguliers l’appel du muezzin. Le café viennois, la bibliothèque du XIX è siècle, les expositions temporaires et même les chambres qu’il faut retenir au moins six mois à l’avance en font une halte agréable avant de repartir à l’assaut de la vieille ville (Tél ; : 00972 2 626 58 00 et voir www.austrianhospice.com). Peu après, cette même Via Dolorosa traverse le souk et ses boutiques, toujours animé et bruissant de vie, étonnant contraste.
Même si la foule est dense, plus de trois millions de pèlerins cette année, on ne peut rester insensible à l’atmosphère de dévotion baignant cette population si diverse, priant dans des langues multiples jusqu’au lieu le plus saint, la basilique du Saint Sépulcre, édifiée par l’empereur Constantin sur l’emplacement du Golgotha et abritant le tombeau de Jésus, puis la chapelle où Marie découvrit son fils ressuscité. Ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas ne peuvent rester insensibles à la poignante ferveur qui s’y manifeste dans une atmosphère de pénombre mystérieuse.

Blottie parmi ses oliviers millénaires,
l'église de Getsémanie
La célèbre Porte du Lion ouvrant sur la vieille ville

Les coupoles de l'église

L'église du Saint-Sépulcre
Cierges au Saint-Sépulcre

Eglise de la Dormition

Vers le Cénacle
Ferveur à l'intérieur du Saint-Sépulcre
En revanche, le Mur des Lamentations, ce qu’il reste de l’enceinte du Temple de Salomon, avec ses grues et ses fouilles qui n’en finissent pas, coupé par une hideuse passerelle permettant aux musulmans l’accès à une mosquée, enlaidi encore par sa forêt de chaises en plastique blanc reste assez décevant, même si l’on se laisse ensuite gagné par la foi qui s’y manifeste. Femmes séparées des hommes, les filles et fils d’Israël y viennent pour manifester leur douleur éternelle devant la ruine de leur temple le plus sacré.


Prosternation


Drapeau israélien dans le souk

Ambiance du souk

Autre lieu de souvenir, le sanctuaire d’Yad Vashem, édifié sur le mont de la Mémoire, est dédié aux millions de juifs exécutés par les nazis. Pour ne pas oublier et pour que le cauchemar ne se reproduise jamais…

Vue de la terrasse de l'Hospice Autrichien

Militaire sur la Via Dolorosa

La première chute du Christ

Fontaine aux ablutions devant le Mur des Lamentations

Ackhenaze en redingote noire au Mur des Lamentations

Femmes en prières devant le Mur

Etudiants devant le Mur des Lamentations
    Office National de Tourisme israélien : 94 Rue Saint-Lazare, 75009 Paris


jeudi 9 novembre 2017

INDE : L'ART DE L'AMOUR

Fête des chars à Puri et

apprentissage amoureux à Konârak
  
Fête des chars à Puri, dans l'Orissa

Chaque pèlerin doit toucher l'un des chars

Les trois chars renfermant les vieux dieux de Puri emmenés en procession

 A Puri, pendant le festival de Ratha Yatra ou Fête des Chars, en juin ou juillet selon le calendrier lunaire, le dieu Jagannat, accompagné de sa sœur et de son frère, sont sortis de leur temple, le Sri-Jagannat. On les porte sur trois chariots jusqu’à leur résidence d’été.

Sur les côtes de l’Orissa, des villages de pêcheurs dénués de tout confort

Puri est une agréable bourgade de l’Orissa, sur la côte du nord-est de l’Inde, région méconnue. Pourtant, les kilomètres de plages blondes devraient attirer les touristes, à condition que le rivage soit assaini. Pour l’instant, les pêcheurs qui s’y sont établis dans des huttes de palmes entrecroisées n’ont qu’une seule pompe à eau. Ni électricité ni égout. Il n’y a que la plage pour y déverser des ordures jamais ramassées ou s’y soulager. On ne peut donc s’y baigner. Pourtant, les gamins surfent avec les moyens du bord sur des rouleaux géants et des petites filles parées comme des princesses jaillissent de leurs masures. Le poisson n’y est jamais consommé frais, faute d’installations frigorifiques, mais mis à sécher sur le sable, ce qui ajoute à la pestilence.
Si l’on fait abstraction de ces inconvénients, la vision est paradisiaque : mer bleue déroulant ses vagues, barques de même teinte, huttes pouvant, de loin, paraître issues d’un village du Club Med. Ce qui fait tout oublier est l’accueil des habitants, qui invitent à entrer chez eux boire un chai, thé indien sucré et aromatisé, déguster un chapati, crêpe de froment, ou un samosa, beignet fourré de viandes ou légumes. Tous revêtent leurs plus beaux atours pour se rendre au centre ville de Puri, pour le dernier jour du festival de Ratha Yatra, le plus important.
Les trois dieux, trônant dans leurs chars parés d’or et de fleurs, tractés par des centaines de pèlerins, sont revenus de leur résidence de Gundicha Mandir, à trois kilomètres de là, pour retrouver leur temple. Il suffit d’entendre les chars rouler sur les cailloux ou mieux, de les toucher, pour être assuré de stopper la Roue de la Vie et le cycle des réincarnations. On accède ainsi au nirvâna, la paix céleste.

Puri, bourgade aux maisons peintes

Les offrandes dont les pèlerins vont
parer les chars

Un char au somptueux dais

Des heures à l'avance, les pèlerins s'agglutinent
dans les rues de Puri

L'entrée du temple de Sri Jagannat où sont remisés
les chars le reste de l'année

            Puri, petite ville assoupie au bord de la mer, revit le temps des festivals. Il y en a deux par an : le Chandan Yatra en avril-mai, une fête vishnouïste et celle des Chars. La foule se presse devant le Sri-Jagannath aux innombrables sanctuaires et aux 752 fours jamais éteints depuis son inauguration au XII è siècle et capables de cuire 200 000 repas par jour. La plus grande cuisine du monde…
            Il fait 40° dans la bourgade, les fronts ruissellent. Des brahmanes en pagnes orange, abrutis par la chaleur, somnolent avec une décontraction toute indienne. Certains pèlerins papotent à l’écart de la foule ou s’arrachent des boissons fraîches, mais pas d’alcool ni de viande durant une fête religieuse. Puis la foule s’écoule lentement vers la rive, devant l’hôtel Mayfair où la plage est entretenue. Des familles jouent parmi les vagues. Les femmes entrent dans la mer avec leurs saris brodés d’or.
            Quand la nuit tombe sur Puri, une forêt de lumières rivalise avec les étoiles. La foule est dense de plus d’un million de pèlerins. La police a été mobilisée, les rues barrées. On approche du temple par l’avenue principale, après une marche de deux bons kilomètres. Les brahmanes hurlent des prières que les pèlerins reprennent en chœur, bras droit levé. Des fenêtres des balcons jaillissent des jets d’eau rafraîchissants. Ces pèlerins doivent faire le tour des trois chars en touchant chacun des trois. Autant dire que cela prendra des heures avant que Jagannath et sa famille retrouvent leurs pénates…
          
La procession se forme

Et s'avance majestueusement

Escortée par les ascètes sadhus

Un autre saint homme

A Konàrak, un chariot de pierre pour enseigner l’amour

La nuit n'arrête pas les pèlerins

Qui au petit matin vont se purifier dans la mer

Par familles entières, sans égard pour les
vêtements de fête

Descendus de leurs chars de parade, les vieux dieux
de Puri n'ont plus si fière allure

            «Ici, le langage des pierres est plus puissant que celui des hommes », disait l’écrivain indien Rabindranath Tagore en évoquant ce char de pierre édifié au XIII è siècle par le roi Narasimhadeva pour honorer Surya, dieu du Soleil. Le temple reproduit la forme des chars de Puri. Celui-ci est équipé de 24 roues de pierre de trois mètres de diamètre chacune.    
Les pèlerins se rendent ensuite au Temple du Soleil
 datant du XIII è siècle 

Dont les chars de Puri ont pris la forme

Sur chacune des quatre immenses roues, des
illustrations du Kuma Sutra, une initiation à l'amour
    
C’est un étonnant spectacle que de voir ces femmes et ces jeunes filles venues en pèlerinage, prudes par tradition, regarder fellation, cunnilingus, partie à plusieurs, les animaux copulant aussi allègrement que les hommes. Le moindre guide, gamin ou sage vénérable, s’échauffe en commentant les sculptures d’une telle beauté que le temple est Patrimoine mondial de l’Unesco.
On s’est demandé pourquoi le roi avait commandé aux sculpteurs un tel délire érotique. Puis on a pensé à une nouvelle illustration du Kama-Sutra.

La crudité de certaines scènes de pierre ne semble nullement
gêner ces jeunes filles

L'éveil de la Kundalini, le serpent sacré
de l'extase amoureuse

Miniature moghole du Kama Sutra

Le Kama-Sutra, science de l’amour et de la vie

            Vers le IV è siècle, sur les ghâts ou marches du Gange, à Vârânâsi (Bénarès), le sage Vatsayayana a écrit ce Kama-Sutra ou science de l’amour. Il ne s’agissait pas seulement d’énumérer et expliquer les 64 fameuses positions, mais d’apporter aux pèlerins une meilleure connaissance de la science amoureuse, pour éviter de se trouver assujettis à leurs sens.
           

Partout sur le Temple du Soleil, l’éveil de la kundalini

En attendant la venue de l'aimé...

            Le roi bâtisseur, tout en connaissant l’œuvre de Vatsayayana, avait d’autres savoirs. Parmi le foisonnement des sculptures, chaque étreinte, chaque posture sexuelle est suivie de la représentation d’un serpent, qui se déploie vers la tête des partenaires pour former parfois une vraie coupole. Ce serpent figure la kundalini, représentation tantrique de l’éveil du désir atteignant une dimension cosmique. Le Temple du Soleil célèbre donc le Tantrisme ou science des tantras, mot sanscrit signifiant trame, et par extension ce qui développe la compréhension d’une sexualité cosmique. Pour les hindous, l’univers est engendré par le jeu sexuel de la déesse Shakti, pénétrée par l’invisible Shiva. Le monde étant né du désir, les adeptes du Tantrisme ne réfrènent pas les leurs, mais réorientent leur énergie. En éveillant par la pratique sexuelle bien dirigée le serpent, la kundalini lovée à la base de la colonne vertébrale, on la fait remonter jusqu’au sommet de la tête, puis au-delà, de chakra en chakra (roues toujours, points du corps concentrant les énergies). L’adepte recrée ainsi en lui l’union de Shakti et de Shiva, tout en retenant sa semence pour produire de l’énergie. Plaisir ineffable…