lundi 10 mars 2014

A L'ECOUTE

 Sur Europe

Une évocation d'Aliénor d'Aquitaine

 


Franck Ferrand, l'animateur vedette de l'émission "Au coeur de l'Histoire", évoquera sur Europe N°1, le 14 mars prochain,  à partir de 14h, la vie hors du commun d'Aliénor d'Aquitaine, reine de France puis d'Angleterre, mère de deux rois, Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre et de deux reines, Alliénor de Castille et Jeanne de Sicile. Cette grande reine participa à la Seconde croisade, osa divorcer du roi de France Louis VII auquel elle avait pourtant donné deux filles pour épouser le jeune duc de Normandie Henri Plantagenêt, de dix ans son cadet qu'elle fit roi d'Angleterre, elle favorisa l'essor des villes et le sort des femmes en devenant l'égérie de l'amour courtois. Quand son second mari voulut l'éloigner du pouvoir, elle n'hésita pas à soulever ses fils contre lui et le paya par quinze ans de captivité. Son magnifique gisant repose aujourd'hui à l'abbaye de Fontevraut, aux côtés d'Henri. La seconde partie de l'amission sera une interview de l'auteur.

A Fontevraut, les émouvants gisants d'Aliénor et d'Henri Plantagenêt
 
 

ALLERGIE


Tintine allergique aux touristes


 

Sur le site de l’AJT, l’Association des Journalistes du Tourisme dont elle fait bien sûr partie, Tintine confie son peu d’accointance avec cette faune, bien sûr responsable d’une nouvelle façon de voyager qui n’est pas la sienne et cause souvent bien des dommages.

 
Durant la Kumba Mela d'Haritwar

1. Te sens-tu plutôt touriste ou voyageur ?


Je déteste le mot « tourisme » et les « touristes » en général. Même si je comprends qu’une association que j’aime bien l’ait mis dans son sigle pour l’amour du jeu de mots – c’est vrai que la définition d’AJT nous va bien ! – je ne me considère en aucune façon comme une journalisme de tourisme, encore moins comme une journaliste spécialisée, quelle horreur et quelle signification cela peut-il avoir ? Je suis un reporter si l’on en croit les « ours » des diverses publications pour lesquelles j’ai travaillé et même un « grand reporter », titre que d’aucuns trouveront ronflant, mais qui n’a qu’une signification, que je travaille surtout à l’étranger. Je ne me sens pas non plus spécialement l’âme voyageuse. Les journalistes sont des éponges qui absorbent certaines sensations ressenties lors de reportages et s’efforcent de les restituer le mieux possible et sans inutiles clichés. Par pitié, évitons des phrases de ce genre : « la sérénité d’une mer diaphane constellée de milliers de nénuphars ». Où est l’info ? Est-ce vraiment du travail de pro ? Même pas de poète…

 

2. Pratiques-tu plutôt le tourisme urbain, la découverte des grands espaces ou la visite des sites connus ?

Puisque j’évite comme la peste la détestable engeance des touristes, je recherche surtout les grands espaces encore difficiles d’accès, peu envahis, donc à faire encore découvrir aux lecteurs qui me font l’amitié de me lire. J’y recherche des personnages hors du commun, des coutumes tendant à disparaître, des cérémonies extraordinaires. Je pratique donc assez peu le tourisme urbain, du moins dans les sentiers battus, même si je reviens souvent, par exemple dans la Cité des Morts de Dehli, lieu réputé à tort dangereux où l’on ne risque donc pas de croiser le moindre touriste. Quand il s’agit de sites connus, j’y arrive pour l’ouverture et les visite à contrecourant. Un truc simple qui m’a toujours réussi. Quand c’est possible, j’y dors sur place, mais de préférence ailleurs que dans un hôtel. 

3. La veille d’un départ, excitée ou angoissée ?

Il me semble être toujours à la veille d’un départ ou du moins de pages qui se tournent, et je ne suis donc pas le moins du monde angoissée. Excitée, oui, car je sais que je vais vivre entre parenthèses, dans une liberté totale, pendant un laps de temps que je souhaite toujours plus long. Ma difficulté, c’est de rentrer.
 

4. Un objet que tu emportes toujours dans tes voyages ?

    Un bon guide, l’inévitable carnet de notes le plus résistant possible, deux appareils photos tenant de préférence dans la paume d’une main et mon immuable grande gueule, indispensable quand on est une femme voyageant seule dans des contrées pas toujours très sécures.

5. Dans quel pays ou quelle ville pourrais-tu revenir indéfiniment ?

    Toutes les contrées d’un accès assez difficile pour décourager… les touristes bien sûr, régions himalayennes, déserts, jungles. Je ne me lasse pas de mes villages gypsies d’altitude, au Cachemire par exemple. 

6. Quel voyage ne feras-tu plus jamais ?

Ceux de mes vingt ans, évidemment, mais c’est amusant de revenir bien plus tard dans un endroit qu’on a adoré et de noter les différences, pas toujours aussi désagréables que l’on pourrait le croire.
 

7. Que rapportes-tu dans tes bagages ?

Comme je voyage avec des bagages plus que réduits et préfère m’équiper sur place, je rapporte déjà les vêtements achetés localement, souvent ravissants, surtout lorsqu’ils proviennent d’un artisanat local. J’ai récemment dû me séparer, la mort dans l’âme, d’un éléphanteau d’une semaine qui m’avait prise pour sa mère de substitution et que je voulais adopter. Nos adieux furent déchirants, mais ma végétation normande n’était pas idéale, m’a-t-on expliqué, pour son régime alimentaire.
 

8. Peux-tu partir sur un coup de tête ?

Je ne pars que sur des coups de tête et mon emploi du temps restant toujours très souple, j’ai souvent la surprise de constater que j’ai finalement fait un voyage bien différent de ce que j’avais initialement prévu. Je prévois donc de moins en moins.

 

9. Quel genre de lecture t’accompagne en voyage ?

Si j’ai pu dénicher avant mon départ un bon roman restituant l’âme du pays où je compte aller, je l’emporte, sinon, j’achète sur place. Pour tous les amoureux de l’Inde, par exemple, je ne saurais trop conseiller le très émouvant « Loin de Chandigarh », qui n’a rien à voir avec la capitale sikh bien ratée par Le Corbusier.

 

10. Quel lieu ou pays rêves-tu de découvrir ?

J’aimerais assez aller sur la lune, mais attention, pas en groupe !

 

mardi 4 mars 2014

SPIRITUALITE


Japon : vivre parmi les moines bouddhistes,

dans le sanctuaire de Koyasan

 
L'imposant Dato de Garan

Le poétique cimetière d'Okunoin propice à la méditation

 

 

Il y a douze siècles, le moine Kukaï, de retour de Chine, fonda dans le massif montagneux de Koyasan, à cent kilomètres au sud de Kyoto, un lieu de prières et d’enseignements bouddhistes.

 



La prière du matin au monastère d'Henjokoin

Le petit déjeuner des moines servi par Koyo

Koyo prend soin de la propreté de la cour du monastère


Koyo distribue « la nourriture de Bouddha »

Depuis lors, les portes monumentales, pagodes et monastères se sont multipliés à Koyasan, si bien que l’on compte aujourd’hui cent dix-sept édifices religieux érigés le long des trois rues principales. S’il n’y a pas d’hôtels proprement dits, on peut loger dans les monastères où les moines permettent à leurs hôtes, même non bouddhistes, de participer à leurs prières.



Cours de calligraphie

Koyo méditant devant le portrait de Kukaï

Méditation collective
Dans celui d’Henjokoin datant du XVII è siècle, le jeune moine Koyo est chargé du bien-être des hôtes. Il prépare les chambres, vastes, spacieuses et dénudés, donnant sur un petit jardin zen fait de roches et de mousses, déroule le futon pour la nuit, simple matelas pourvu d’un oreiller et d’un édredon. C’est lui encore qui sert dans les chambres les repas végétariens, à base d’algues. Avant de se coucher, on va se purifier dans les bains collectifs, une salle étant réservée aux femmes et une autre aux hommes. On se baigne nu dans une grande cuve de bois à l’eau bouillonnante. Auparavant, par courtoisie, on s’est entièrement savonné et rincé.

Sous la direction du maître ou Dojun, les moines psalmodient des mantras, des prières, dans le Goma Hall. Richement décoré de statues de Bouddha, il est pourvu de centaines de lanternes en fer forgé projetant sur les murs leurs lueurs mouvantes. A 4h 30 du matin, Koyo prépare dans une cuisine réservée à Bouddha, le riz qu’il dispose dans de petits bols déposés devant chaque statue. Il nourrit le Bouddha.

La salle la plus sacrée d’Henjokoin, dite de l’empereur, est celle où l’on conserve encore le trône et l’éventail de l’empereur Kano Fujirama Salrin, venu visiter le sanctuaire il y a trois cents ans…

 

Une profusion de portes sacrées, pagodes et monastères

          Kukaï cherchait un lieu où se retirer dans le silence et la prière pour enseigner cette nouvelle religion, le Bouddhisme, qu’il avait connue en Chine. Deux chiens, un noir et un blanc, le menèrent dans ce massif montagneux de Koyasan. Il y trouva une grotte une grotte où s’abriter avec son disciple Shinzen. Peu à peu, la réputation de sainteté de Kukaï et ses enseignements attirèrent d’autres disciples. Quand il se retira dans sa grotte le 21 mars 835 pour une dernière méditation et pour y attendre la mort, la première communauté bouddhiste était née à Koysan. Elle y perdura sous la direction de Shinzen et de ses successeurs et se dota d’une multitude d’édifices religieux, portes monumentales, pagodes parfois peintes d’orange tirant sur le rouge, telles celles du Daimon ou de Konpondaito, monastères blottis dans des jardins zens propices à la méditation, au sable ratissé tous les matin par les moines et ornés de roches symbolisant la création du monde : Kongobuji ou Kondo Hall.

 

Un cimetière magique

          L’itinéraire particulier de Koyo est singulier. Né à Hiroshima où il fit des études de Philosophie, il ne se destinait pas à la vie monastique. Son premier travail, à Tokyo, dans une société d’édition et d’audiovisuel bouddhistes décida de sa vocation. Depuis lors, il reste à Koyasan, passant de monastère en monastère, pour y suivre l’enseignement d’un maître et se perfectionner dans la calligraphie ou la méditation. Son maître actuel, Keika Ajari, est d’origine chinoise. A trente-deux ans, pas encore marié, il a décidé de consacrer sa vie à l’adoration de Bouddha.

         
Les touchantes petites tombes des enfants morts en bas âge

Groupe de pèlerins se rendant au cimetière d'Okuno-in

 
Les visiteurs du cimetières offrent aux statues du Bouddha eau ou d'encens
 
Pour parvenir au lieu le plus sacré de Koyasan, le monastère d’Okunoin abritant la fameuse grotte, il faut accomplir un véritable parcours initiatique parmi des pins centenaires. Là se dressent des milliers de stèles aux effigies des moines morts. Il y a aussi de naïves statues de femmes et de leurs bébés, les moines de Koyasan pouvant se marier. Ces petites figures pathétiques sont parfois dotées de bonnets et d’écharpes rouges, tricotées ou taillées dans un beau tissu, comme si l’on avait voulu protéger du froid, dans l’au-delà, ces fragiles petits morts…

 

lundi 3 mars 2014

LES LARMES DES DIEUX


Les perles, larmes des dieux


La statue de Kokichi Mikimoto veille encore sur son île
 

Un Japonais de Toba, Kokichi Mikimoto, pour soigner son père, consacra sa vie à la culture des perles, appelées au Japon « larmes des dieux » et réputées pour leurs vertus médicinales...

 

Des parents marchands de nouilles

Kokichi Mikimoto naquit le 25 janvier 1858 dans la bourgade de Toba, au sud-est de Kyoto. Son père, Otokichi, et sa mère, Moto, vivaient modestement des revenus de leur restaurant. Les petits frères et sœurs naissant avec une ponctualité désolante – onze garçons et filles – , les nouilles suffisaient à peine à nourrir la nichée.

Quand il eut vingt ans, Kokichi obtint la permission d’effectuer un voyage de onze jours à Tokyo. Son père, vieilli avant l’âge, déclinait doucement et son fils aurait voulu lui faire absorber, comme le médecin l’avait prescrit, de la poudre de perles broyées, la région étant renommée pour ses huîtres, mais ils n’étaient pas assez riches pour acheter la potion à base de perles.

Durant ce voyage, Kokichi rendit visite à maître Narayoshi Yanagi, spécialiste de la mer et lui exposa son idée. Puisque les vraies perles restaient trop chères pour sa bourse, pourquoi ne pas tenter d’en produire artificiellement ? Le professeur reconnut que l’opération n’était pas impossible, mais nul ne l’avait encore réussie. Il lui promit sa visite à Toba pour le mois d’août et tint parole.

 
Les précieux radeaux à huîtres

Une plongeuse ou ama, à présent,
elles ne pêchent que d'autres coquillage

Culture des embryons d'huîtres en laboratoire

Premiers essais de production de perles de culture

Le vieux professeur et son « élève » parcoururent ensemble les rivages de Toba pour trouver un endroit où la mer était assez chaude, les courants pas trop forts, les prédateurs rares. Et ce furent les premiers essais. Kokichi et les amas  plongeaient, ramassaient des huîtres et les parquaient sur des claies, puis Kokichi tentait de les ouvrir sans les tuer et d’introduire un morceau de coquille entre leurs lèvres. Il revenait trois ans plus tard, examinait ses huîtres, mais rien ne se produisait. Pourtant, il ne se découragea pas

Son père mourut sans avoir goûté aux bienfaits de la poudre de perles. Kokichi épousa la jolie Ume qui aida sa belle-mère au restaurant, tandis que son mari pêchait tout continuant à visiter ses parcs à huîtres. Et le 11 juillet 1893, après trente ans d’essais infructueux, il trouva enfin la fabuleuse perle qu’il n’espérait plus, grosse, bien ronde, d’un orient merveilleux. Contre toute attente, il avait réussi !

Il fallait persévérer, intéresser des hommes d’affaires à ses recherches, peaufiner sa technique, engager d’autres amas.

 


Installation des huîtres perlières sur des claies



Récupération des huîtres après trois ans de culture

Ce qui donne les célèbres perles de Mikemoto,
célèbres pour leur incomparable orient


Une perle sur cent huîtres

Au fil des ans, il avait appris combien la réussite restait aléatoire. Même en remplaçant le bout de coquille par un greffon de nacre et en l’introduisant avec une seringue, sur cent spécimens, un seul livrait la perle du miracle au bout de trois à cinq ans de soins. Il fallait donc produire plus, beaucoup plus.

Il sut s’entourer des meilleurs chercheurs, fit cultiver les huîtres en laboratoire avant de les implanter sur leurs claies. Les cultures prospérant, ses perles furent vendues dans le monde entier, spécialement à Paris. Kokichi était enfin riche et célèbre.

Aujourd’hui, en visitant Toba et la baie d’Ago, on est surpris du nombre de « radeaux » posés sur l’eau et supportant les claies à huîtres. On les change chaque mois de place pour que le plancton dont se nourrissent les mollusques se renouvelle, mais on laisse les huîtres sur leurs claies entre trois et cinq ans suivant leur taille, avant de les sortir de l’eau et de les ouvrir pour voir ce qu’elles contiennent.

La principale curiosité de Toba est l’Île aux Perles, sanctuaire édifié par la société Mikimoto à la gloire de celui qu’on appelle toujours « le roi des perles » et qui mourut en 1954, à l’âge de 96 ans. A l’Île aux Perles, est exposée une collection de bijoux en perles. On peut y assister à la démonstration des amas plongeant en tuniques blanches pour ramasser les huîtres, comme du temps de Kokichi. Aujourd’hui, il y a encore un millier d’amas dans la région, mais elles ramassent concombres de mer ou abalones.

 

Comment y aller : Par Japon airline, 4, rue de Ventadour 75001 Paris, Tél. : 01 44 35 55 72 et en consultant le site de l'Office du Tourisme, même adresse et Tél. : 01 42 96 28 89, www.tourisme-japon.fr.

 

AU PAYS DES MILLE PAGODES


Ferveur au Myanmar
 


Rangoon, pagode Shwedagon

Petites nonnes

 

Le régime militaire qui sévit au Myanmar, ancienne Birmanie, incite bien des voyageurs à éviter cette contrée, mais plus elle s’ouvrira au monde, moins la junte au pouvoir pourra oppresser le peuple birman et surtout les minorités ethniques massées aux frontières.

 

La pagode Shwedagon de Yangon, une ville religieuse dans l'ancienne capitale

          Cette ancienne capitale du Myanmar concentrée sur la rive nord de la rivière Yangon avait autrefois la réputation d’être une des villes les plus polluées de l’Asie du sud-est, mais les hauts fourneaux où l’on raffinait la houille ont été par bonheur déplacés du centre ville vers la périphérie et la ville a retrouvé ses allures de grosse bourgade tranquille. Le centre ville, construit par les Britanniques au siècle dernier, présente toujours de larges avenues bordées d’arbres, des immeubles cossus et des rues se coupant à angle droit, mais le plus joli quartier est plus au nord, autour des lacs Kandawgyi et Inya où se blottissent les élégants hôtels de la ville et de jolies villas en teck noyées sous une débauche de palmiers, bananiers ou ibiscus.

          Le vrai cœur de Yangon, on le découvre en pénétrant dans l’hallucinante pagode Shwedagon, qui n’usurpe pas sa réputation de plus belle pagode du monde. C’est une véritable ville religieuse où trottinent bonzes et bonzesses en robes d’or ou ravissantes tuniques roses et où les habitants de la capitale s’adonnent librement à leurs pratiques religieuses dans une atmosphère fervente que les militaires n’ont par bonheur pas réussi à briser. L’édification de la première pagode remonte à la nuit des temps, à l’existence de Bouddha, 2500 ans plus tôt, lorsque deux marchands, touchés par sa maigreur, lui offrirent des gâteaux pour qu’il pût enfin se restaurer après sa méditation sous le banian, qui avait duré quarante-neuf jours. Pour les remercier, ce dernier leur offrit huit de ses cheveux, précieuses reliques que les marchands remirent à leur roi et celui-ci fit édifier pour les conserver un premier stûpa, ces constructions en forme de cloche ponctuant tout le paysage bouddhiste. Au fil des siècles, cette première construction ne cessa d’être agrandie, enrichie, jusqu’à devenir une vraie pagode.

          Après avoir gravi un obscur escalier, on débouche face au grand stûpa central, débauche d’or et d’éclatantes couleurs. Partout, des centaines de petites pagodes, temples, autres stûpa, pics, clochetons, simples autels affolent les regards. Le grand stûpa est une gigantesque construction de cent mètres de haut pour une base de quarante-trois mètres, au bulbe recouvert de plus de sept cents kilos d’or qui étincellent au soleil. Des dizaines de fidèles en font le tour dans le sens des aiguilles d’une montre. Tout autour, d’autres petits stûpa offerts par des croyants représentent chacun des jours de la semaine et les fidèles viennent prier le Bouddha devant celui correspondant à sa date de naissance.    Il faut se perdre dans les méandres de la pagode Shwedagon, suivre les pèlerins d’un oratoire à un autre, d’un pavillon à un temple ou encore un stûpa. Là, une foule de pèlerins jette bruyamment des pièces de monnaie dans des marmites qui tournent pour s’attirer les bonnes grâces de bouddha et obtenir santé, argent ou réussite. La ferveur est intense.

          Pour se reposer de l’agitation de la pagode Shwedagon, il faut aller flâner sur les délicieuses rives du lac de Kandawgyi où se promènent de pudiques amoureux. Au sud de la grande pagode s’élève le dernier monument religieux érigé à Yangon, la pagode Maha Wizaya, offerte à la ville par l’ancien dictateur à la retraite Ne Win. De là, on peut gagner en rickshaw le Nilar Win’s, sur Maha Bandoola, dans le centre ville, et y dîner d’un délicieux aung pin le, mélange de coquillages et crustacées aux pâtes frites, aye myit tar ou gros haricots et kan yan chin thee ou salades de tomates aux oignons.

Un charmant hôtel du quartier de la Golden Valley est l’Aurora Inn, maison traditionnelle enfouie dans un joli jardin, collectionnant meubles anciens, statues de bois doré, vieux coffres et peintures naïves.

Il ne faut pas manquer l’usine de bijoux du 66 Kaba Aye Pagoda Road, et la fabrique de verre filé du 152 Yawgi Kyaung Street, puis faire un tour au marché couvert de Bogyoke ou au marché indien de Thein Gyi Zei, sur Konze Ydan Street, débauche de senteurs et de couleurs.

 

Kyaik-Hti-Yo, le Rocher d’Or
 
L'emblématique Rocher d'Or



Le mont Popa et sa pagode

Divinités domestiques à Kyaupadaung

          Cet emblème de la Birmanie situé à 190 km à l’est de Yangon figure en couverture de la plupart des guides. Il faut quatre heures de route pour parvenir au village de Kinn Pun Cmp, au pied du site. D’une vaste esplanade part un sentier escarpé menant au Rocher d’Or. Il faut compter cinquante bonnes minutes de grimpette ou prendre place dans un palanquin. Au XI è siècle, dit la légende, le roi Tissa reçut d’un vieil ermite un cheveu du bouddha, mais il dut s’engager à trouver un rocher en forme de crâne pour y faire construire la pagode destinée à renfermer le cheveu saint. Le roi trouva le rocher au bord de la mer, le fit rouler jusqu’au sommet de la montagne et édifia la pagode promise.

          Ce Rocher d’Or de plus de six mètres de diamètre, coiffée d’une élégante flèche dorée de près de sept mères de haut, semble posé en équilibre instable au bord d’un précipice de plus de mille mètres de profondeur. Au fil des siècles, des millions de pèlerins l’ont couvert de minces feuilles d’or. Tout autour se dressent des dizaines de chapelles et oratoires où vont se prosterner les pèlerins, tandis qu’en contrebas scintillent les lueurs du village.

          On peut y dormir au Golden Rock Hotel, avant de prendre un vol intérieur pour Pagan, ancienne capitale de l’empire mongol renfermant les ruines de quelques deux mille temples.

 


Monastère Shwe Nanday à Mandalay

Pagode de Mandalay


Toilette des moines à la pagode de Mandalay


L’âge d’or de Pagan, au début du XIII è siècle

          En contemplant cette immense plaine jalonnée de ruines, on pense  aux dix mille monuments qu’elle abritait au début du XIII è siècle, à la veille de l’invasion mongole. L’empereur Qubilai Khàn, petit-fils de Gengis Khàn, prit en effet la ville en 1287 et  Pagan retomba dans l’oubli, avant d’être restaurée par l’Unesco après le tremblement de terre de 1975. Des calèches permettent des promenades romantiques dans le vieux Pagan et ses environs. On entre dans le site par la porte de Sarabha, ultime vestige de la ville fortifiée édifiée du IX  siècle avant de gagner le temple d’Ananda, qui s’élève sur cinq terrasses dominées par une ombrelle de cinquante-six mètres, les niches intérieures contenant chacune un bouddha debout de plus de dix mètres de haut. De la terrasse de la pagode Bupaya, la vue est ravissante sur le fleuve Irrawaddy sillonné d’embarcations à fond plat.

Au Moe Moe Tun Handicrafts, dans New Pagan, on fabrique des objets de laque avec la sève de l’arbre à laque des rives du lac Inle, que l’on applique sur un cadre tressé en bambou. On laisse sécher  une semaine, on ponce, on applique des couches successives de laque.

A l’embarcadère de l’Aye Yar Hotel, dans la vieille ville, on peut louer une barque pour une promenade de trois heures au gré nonchalant du courant de la Shwezigon.

 

L’ascension du mont Popa et Mandalay

          Pour une vingtaine de dollars aller et retour, on peut se rendre en taxi à cinquante kilomètres de là, au mont Popa, lieu de pèlerinage bouddhique juché au sommet d’un ancien volcan aujourd’hui éteint, aux flancs couverts d’une forêt tropicale. Trois heures de montée abrupte mènent au sommet du mont, d’où la vue est superbe sur l’ancien cratère noyé de jungle où s’ébattent des singes.

Un saut de puce en avion mène à Mandalay, dernière capitale royale birmane située à 650 km au nord de Yangon. Même si le palais royal fut détruit par un incendie et s’il n’en reste aujourd’hui qu’une partie ceinte de profondes douves, la Cité d’or aux cent cinquante monastères et au soixante dix mille moines demeure le cœur de la vie bouddhique en Birmanie.  La ville est bien située au creux d’un vaste coude de l’Irrawaddy. Deux pagodes surtout valent le détour, celle de Mahamuni au sud de la ville, la plus vénérée de Mandalay, et celle de Kuthodaw, au pied de la colline, le plus grand livre ouvert du monde, car elle comprend sept cent vingt-neuf stèles d’albâtre, d’un blanc éclatant, où est gravé le canon bouddhique, prodigieux travail qu’il faudrait quatre cent cinquante jours pour lire en entier !

 


 
Chats sauteurs à la pagode du lac Inlé

Moinillons à la pagode du lac Inlé


Prière à la pagode du lac Inlé


Le lac Inle, patrie des Intha

          Long de cinquante kilomètres et large de sept, le lac Inle abrite dans de jolies maisons sur pilotis juchées sur ses eaux bleues une population originale : les Intha, tribus du sud, vaincues par les Birmans au XII è siècle. Ils construisirent leurs maisons sur l’eau et fabriquèrent des jardins flottants. Leurs mains étant la plupart du temps occupées avec les filets, les Intha ont équipé leurs rames d’une forte encoche pour la manœuvrer avec le pied.  Comme le lac Inle se trouve à mille mètres d’altitude, il y fait toujours délicieusement frais. Au bord du lac, s’élèvent la grande pagode Yatamamanaug et celle des Souhaits. Le marché de Nan Pan, l’un des plus importants des bords du lac Inle, permet d’y rencontrer les membres des tribus montagnardes, pa-O, padaung ou taungyo, shan aux sobres robes noires.         On tisse la soie à Inn Paw Khon, ensemble de ravissantes maisons de bois sur pilotis, un savoir-faire typiquement intha.

Au sud du lac, au monastère de Nga Phe Chaung, posé sur l’eau par la magie de ses 650 poteaux de teck, vivent cinq moines et leurs célèbres « chats sauteurs » s’amusant à traverser le cerceau qu’on leur tend. Le gong résonne, c’est le temps de la prière, recueillie comme toujours en Birmanie. Car en dépit de la rigueur d’un régime interdisant le libre déplacement de la population d’une province à l’autre sans permis, de conditions de travail parfois dures et d’un niveau de vie encore fort bas, règne ici aussi cette atmosphère de ferveur joyeuse propre au bouddhisme.