mardi 1 février 2011

EN VOYAGE

N° 4
Février 2011


Jeune danseuse à Ubud


S'éclater à l'Espace Diamant
Voyager dans le passé maltais
S'offrir une escapade exotique

Propos d'écrivain

La Saint-Valentin et l’art de l’attente



Jolie coutume que celle de cette Saint-Valentin, depuis le Moyen-Age fête des amoureux. En fait, l’église catholique s’était contentée, comme souvent, de reprendre une antique célébration romaine vouée au culte de l’amour et de la fertilité. Sur le calendrier, elle correspondait à celle de la Saint-Valentin, célébrée le 24 février – il s’agit en réalité de trois martyres chrétiens fêtés le même jour. Depuis lors, il est de mise qu’un couple amoureux s’offre de petits présents, s’invite à passer ensemble un week-end ou une soirée de rêve. Qui dit Amour dit aussi culte d’Eros et art érotique. Et Tintine d’abandonner à regret ses meurtres en série pour dire le meilleur d’un amour. Le temps de l’attente.




« Temps de l’attente, de l’attention, de la crainte délicieuse. Meilleur moment d’un amour. Temps de la séduction et du paraître, quand on ne se voit que dans le regard de l’autre. Quand on redoute la moindre fausse note. Du moins est-ce le comportement féminin…
Enfin, Laure se résout à signaler sa présence en ouvrant la porte du mini bar.
- Comme vous ne vouliez rien boire, j’ai tout remis au frais. Je vous propose ce jus de mangue relevé d’une pointe de vodka pour corser les choses.
- Eh bien, corsons !
Il prend l’un des deux verres qu’elle lui tend. Puis il pioche une poignée de cerises gorgées de soleil et les tient au-dessus d’elle, pour qu’elle les happe. Ils trinquent. Adoucie par la mangue, la vodka cache ses effets, mais tous deux ont envie de se laisser emporter par une griserie légère, en ce moment privilégié.
Toujours, Laure a eu l’impression que ces petits instants de bonheur restaient des moments volés. Jamais, elle n’a su croire au bonheur et se dit qu’elle n’est probablement pas douée pour ça. Cette fois, elle se défend de penser trop loin pour se laisser porter par les circonstances. Ne rien prévoir. Ne rien décider. Lui laisser l’initiative, alors qu’elle a sans cesse voulu mener et contrôler sa vie. En cet instant, elle ne souhaite que le plaisir de Shan.
- Que puis-je faire pour vous, juste maintenant ? lui demande-t-il.
Elle lui sait gré de ne rien hâter, de se délecter aussi de l’attente en ne se souciant que d’elle.
- Un massage de pieds à la tibétaine ?
- Je crains de n’être incompétent, mais je peux toujours essayer.
- Il y a un flacon de lait d’amande sur le bord du lavabo.
Avec un soupir d’aise, elle s’allonge sur le canapé – le lit aurait été un choix peu subtil. Peignoir sagement fermé, jambes étendues, elle mordille une cerise puis goûte sa boisson. Tandis que Debussy continue de dérouler ses vagues, elle savoure l’instant. Shan est beau, mais elle n’est pas certaine de souhaiter faire l’amour avec lui.
Elle se sent trop bien.
Il revient avec le lait, se penche sur elle et, tout doucement, avec un excès de précautions, verse la crème sur ses pieds, ses chevilles et mollets. Ses mains se font tendres et expertes pour prendre lentement possession de sa peau. Elles l’effleurent, d’abord, puis la pétrissent plus fermement. Assis contre elle, Shan guette son approbation et cette façon d’explorer avec assurance ses pieds et ses jambes lui paraît soudain plus intime, plus érotique qu’une étreinte.
La main remonte un peu et le massage commence à ressembler à une caresse. Laure aussi a envie de connaître cette peau d’un grain foncé contrastant si bien avec la teinte neigeuse du peignoir. Qui serait d’un si bel effet contre la sienne. Sa main effleure la nuque de Shan. Ses ongles courent lentement sur sa chair, mais elle résiste à la tentation d’y enfoncer ses griffes. Tout doit, pour l’instant, n’être que douceur.
- Je vais faire des bêtises, dit-il avec un petit rire.


Sans répondre, elle l’attire à elle. Il pose ses lèvres sur sa joue et veut se relever, mais elle est plus vive que lui. Tournant la tête, c’est sa bouche qu’elle lui offre et le baiser s’enfièvre. Laure a l’impression de fondre sous cette bouche. Sa chaleur humide l’attire comme un vertige. Avec ses mystères et ses promesses. Shan ne prolonge pourtant pas le baiser et se relève en prononçant ces paroles étranges :
- Il vaut mieux que je vous laisse à présent. Merci pour les cerises et la vodka à la mangue.
Pendant qu’il ouvre la porte, elle le rejoint et reprend le baiser interrompu qui se charge, cette fois, de violence. Presque de férocité. Il la plaque à lui et le baiser les emporte. Encore une fois, c’est lui qui l’arrête, comme s’il reprenait rudement le contrôle d’une force ayant failli les submerger.
- Je m’en vais, dit-il alors qu’elle attend d’autres mots.
- Un papillon qui butine les femmes et ne s’attarde pas. Je vous ai observé durant cette soirée de gala. C’est vrai que vous butinez les femmes. Pour votre seul plaisir ? Je ne sais pas… Au revoir, papillon.
Il lui sourit. Un désarmant sourire qui s’offre ou se reprend, elle l’ignore, puis il ferme doucement la porte sans qu’elle essaie de le retenir. Ils sont après tout presque prisonniers de cette ville dans la ville. Même si tout y est monstrueux, surhumain, ils se croiseront forcément, un jour ou l’autre.
A présent, elle doit effectuer son travail de journaliste et explorer les coins pittoresques de Singapour, China Town et Little India, les quartiers encore épargnés par le futurisme de l’immense cité. Elle aura aussi un autre but. Elle sera occupée à l’attendre. »


Tintine à l’Espace Diamant

La Grande Odyssée à trav ers
 la forêt des Saisies
En raquettes vers La Montagnette


Pas facile de skier en s’appliquant à faire de belles boucles tout en cherchant à résoudre l’énigme de « La légende du diamant », c’est-à-dire trouver les sept indices menant au trésor caché par Louis, puis foncer à travers les sapins des Saisies en les évitant de préférence, mais sans gêner les attelages  de la sixième étape de La Grande Odyssée, la plus belle course de chiens de traîneaux d’Europe. Mais l’effort ne s’arrête pas là. Son dîner, Tintine devra le mériter en gravissant en raquettes les 150 mètres de dénivelé menant à La Montagnette, un ancien chalet d’alpage familial situé à côté du Lac des Evettes et rénové par Daniel Grosset-Grange. Heureusement, il y sert la meilleure des fondues que Tintine arrose immodérément. Catastrophe, on doit aussi redescendre en raquettes, ce qui promet un circuit pour le moins sinueux. Pour le lendemain, nos attachées de presse chéries, jamais en mal d’imagination, prétendent l’initier au difficile métier de musher ou conducteur d’attelages de chiens de traîneaux. Si Tintine est toujours à l’aise avec les animaux, les bonds et rebonds de son traîneau lancé sur le domaine accidenté de La Palette ne laissent pas de la surprendre. Elle n’a encore rien vu tant qu’elle n’a pas expérimenté le circuit de la Moutain Twister, 750 mètres à dévaler sur une drôle de luge paraissant chérir surtout les virages bien relevés du circuit. Et hop, on enchaîne par le biathlon : ski de fond en plus ou moins gracieux pas des patineurs, puis tir à plat ventre, supposé atteindre une cible  située à cinquante mètres de là au 22 Long Rifle. Aucune cible atteinte… Le moniteur scrute avec inquiétude le bois situé derrière les cibles. Aucun râle d’agonie ne se fait entendre, ouf…


Tintine et ses chiens vers La Palette

La course des chiens

L’Espace Diamant, situé à 45mn d’Annecy, 1h de Chambéry, 1h15 de Genève, 1h30 de Grenoble et 2h de Lyon englobe un regroupement de six communes principales, Crest-Voland et Cohennoz, Flumet et Saint Nicolas-la-Chapelle, Hauteluce et les Saisies, Notre-Dame-de-Belecombe, Praz-sur-Arly. Ce vaste domaine skiable ne comprend pas moins de 185 km de pistes et 154 pistes, 87 remontées mécaniques et 120 km de pistes nordiques. La Grande Odyssée 2011 traverse ce domaine trois jours durant.



Les Mountains Twisters

Au tir, Tintine est un vrai danger...
. La Montagnette, Tél. : 06 88 46 62 92.
. Chiens de traîneaux, voir www.reves-passion.com
. Pour avoir un guide, voir www.guides-megeve.com
. Pour toutes informations, voir aussi www.savoie-mont-blanc.com

Voyage dans le passé

Malte sur les pas des chevaliers de Saint Jean



En parcourant ce petit caillou aride aux maigres cultures de coton , de blé et de légumes de 320 km2, on est frappé par la magnificence de son architecture : profusion de splendides églises baroques, même dans les plus petits villages, fastueux palais mais surtout puissantes fortifications, autant d’oeuvres des chevaliers de Saint Jean arrivés là au XVIè siècle. Une longue et riche histoire...

Le pavement de la cathédrale Saint-Jean
est fait des dalles funéraires des chevaliers
Le port bien fortifié de La Valette

Du royaume chrétien de Jérusalem au supplice de Jacques de Molay

Quand Jérusalem tomba aux mains des Croisés lors de la Première Croisade, le 15 juillet 1099, les blessés étaient innombrables dans les rangs des combattants chrétiens. Les moines bénédictins ayant suivi les chevaliers dans leur périple édifièrent alors le premier hôpital catholique de Jérusalem, non loin du Saint-Sépulcre. Leur vocation hospitalière s’affirmant, leur abbé, le bienheureux Gérard dont on ne sait d’ailleurs pas grand-chose, fonda alors l’ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem vers 1113 et en devint le premier Grand Maître. Peu à peu, avec l’insécurité grandissante, ces moines suivant toujours la règle bénédictine devinrent à leur tour des combattants, des moines chevaliers chargés de la sécurité des pèlerins, sans perdre pour autant leur vocation hospitalière. Lors du Concile de Troyes réuni en 1129, le pape leur rendit hommage et précisa leur statut. Pour se différencier des autres bénédictins, ces moines chevaliers arborèrent alors sur leurs robes noires une croix à huit branches, connue maintenant comme la croix de Malte.
Si loin de leurs bases européennes, chevaliers et moines soldats devenaient très vulnérables, une fois l’élan de la croisade retombé et le petit royaume de Jérusalem bien exposé. A la fin du mois de juin 1187, le sultan musulman Saladin, régnant alors sur l’Egypte et la Syrie, assiégea Jérusalem. Les forces en présence étaient prodigieuses pour l’époque, 1500 chevaliers et plus de 16 000 fantassins du côté chrétien, sans doute le double côté musulman. Le siège fut long et meurtrier et Jérusalem tomba le 2 octobre 1187. Tous les chevaliers faits prisonniers furent exécutés. Chassés de Jérusalem, les chevaliers de Saint Jean qui parvinrent à s’échapper se regroupèrent à Acre et y fondèrent un nouvel hôpital.
La paix n’était pas revenue pour autant entre chrétiens et musulmans. L’assaut fut donné à Acre le 5 avril 1291 et les chevaliers de Saint Jean durent abandonner leur nouveau couvent-forteresse le 8 mai pour gagner l’île de Chypre, d’où ils continuèrent leur combat contre les musulmans, sur mer cette fois. En 1309, ils quittèrent Chypre pour s’installer dans l’île de Rhodes, plus facile à défendre.
En France, le roi Philippe le Bel, inquiet du pouvoir grandissant et des richesses d’un autre ordre guerrier, celui des Templiers, fit arrêter le vendredi 13 octobre 1307 tous les chevaliers du Temple présents sur le sol français et leur Grand Maître Jacques de Molay. Ce fut un procès ignoble et falsifié, les Templiers étant injustement accusés de tous les crimes, dont la sorcellerie et la bougrerie, c’est-à-dire l’homosexualité. Tous leurs biens furent bien sûr confisqués au profit de la couronne. Jacques de Molay et Geoffroy de Charney, commandeur de Normandie, furent brûlés vifs à Paris le 18 mars 1314 en continuant de clamer leur innocence après des aveux arrachés par la torture.
Rendus prudents par cet horrible exemple, les autres ordres chevaliers et les Hospitaliers de Saint-Jean se gardèrent de rentrer dans leurs pays et se retranchèrent dans leurs diverses forteresses.

Le quartier de Vittoriosa
Et celui de Trois Cités

L’autorité du Grand Maître

Né de la Première Croisade, l’ordre militaire et hospitalier des chevaliers de Saint Jean accueillait des membres de la noblesse issus de tous les empires ou royaumes de la chrétienté. Pour en devenir membre, il fallait au moins prouver quatre quartiers de noblesse, c’est-à-dire être noble depuis quatre générations. Ordre souverain gouverné par un Grand Maître élu à vie par l’ensemble des chevaliers, l’ordre des chevaliers de Saint Jean était et est toujours considéré comme un véritable état. Le Grand Maître concentrait tous les pouvoirs dans ses mains : gardien de la stricte observance de la règle de saint Benoît, administrateur des immenses richesses de l’ordre, chaque chevalier léguant à sa mort ses biens à son ordre, maître du chapitre général qu’il convoquait et présidait en rendant la justice et enfin chef militaire de ses chevaliers. Sa réputation de piété et de bravoure attirant sans cesse de plus nombreux chevaliers, l’ordre comprenait environ quatre cents chevaliers durant par exemple la période de Rhodes.
L'Auberge de Castille
Chacun appartenant à une nationalité distincte et parlant une langue différente, même si le français fut longtemps leur langue officielle, ils furent regroupés par langue, habitant dans des Auberges regroupant tous les chevaliers d’un même pays ou, s’ils étaient trop nombreux, d’une même province et chargés de la défense militaire du territoire où se trouvait située leur Auberge.
Mais il ne faudrait pas croire que les chevaliers  hospitaliers de Saint Jean restèrent cantonnés à Rhodes. Au fur et à mesure de son pouvoir grandissant, l’ordre essaima ses commanderies un peu partout en Europe, toujours sous les ordres du Grand Maître qui, lui, résidait à Rhodes.
De leur base puissamment fortifiée de Rhodes, les chevaliers et leurs galères harcelaient sans cesse sur mer les puissants navire ottomans, si bien que le sultan Soliman décida d’en faire le siège et arriva devant l’île le 24 juin 1522. Après une héroïque résistance qui dura six mois et força l’admiration de Soliman, le Grand Maître Philippe de l’Isle Adam dut se rendre avec ses chevaliers. On lui accorda les honneurs de la guerre, la vie sauve pour lui et tous les siens, le droit d’emporter sur leurs galères toutes leurs richesses.

La petite ville forte de Victoria
Blue Lagoon, une rade féerique

L’arrivée à Malte et le Grand Siège

Après sept ans d’errance sans savoir où se fixer, les chevaliers de Saint Jean reçurent enfin des mains de l’empereur Charles Quint la libre jouissance de l’archipel maltais, composé de Malte, Gozo et Comino, contre la redevance symbolique d’un faucon maltais par an !
Lorsqu’ils parvinrent à Malte en 1530, les chevaliers furent dans l’ensemble bien accueillis par la population qui vivait dans la terreur des attaques de pirates, moins bien par la noblesse locale qui devina la fin de ses prérogatives. D’abord déçu par l’aridité de l’île, les chevaliers comprirent vite l’intérêt stratégique de la rade aux dix anses que présente aujourd’hui le port de la Valette et ses environs, où ils mouillèrent leurs galères, tout en organisant les fortifications de la capitale de Médine, à l’intérieur des terres. Ils s’occupèrent ensuite des défenses de cette rade naturelle, édifiant d’abord à l’emplacement d’un vieux fort l’actuel château Saint Ange, puis le puissant fort de Saint Elme à l’extrémité de la péninsule séparant les deux principales rades. Enfin, à Birgu prolongeant l’actuel quartier de Vittoriosa ils bâtirent un hôpital et un autre fort.

Vers le fort de Comino
 Soliman, bien que vieillissant, regretta amèrement d’avoir laissé la vie sauve aux chevaliers vaincus et lança deux attaques contre l’ordre en 1547 et 1551, ne réussissant à prendre que l’île de Gozo dont tous les habitants furent emmenés en esclavage. Le vieux sultan regroupa ses forces et lança quarante huit mille de ses meilleurs soldats contre Malte le 18 mai 1565. En face de lui, il n’y avait que huit mille hommes, 540 chevaliers, 4000 Maltais et des mercenaires.

L’héroïque Jean de la Valette

Le Grand Maître, Jean de la Valette, replia ses maigres troupes sur les places fortifiées de Médine et du nouveau port. Assiégé de toute part, le fort Saint Elme dut se rendre après une résistance acharnée de 31 jours. Résistant à toutes les attaques turques dans les autres place fortes, les chevaliers purent attendre l’arrivée des renforts venus de Sicile qui démoralisèrent les forces ottomanes et les forcèrent à reprendre la mer. En tenant le verrou de Malte, Jean de la Valette et ses chevaliers avaient sauvé toute la chrétienté et furent fêtés comme des héros. D’importantes aides financières arrivèrent de partout et Jean de la Valette put enfin réaliser son rêve : construire une belle cité qui porta son nom face au port si bien défendu. Le pape Pie IV lui envoya même son meilleur architecte militaire, Francesco Laparelli, qui traça les plans de la future ville, telle qu’on peut encore la voir aujourd’hui, avec ses rues bien droites, ses églises et ses superbes palais, ses Auberges destinées à abriter les chevaliers. Puis, six ans après le Grand Siège, la bataille maritime de Lépante à laquelle participèrent les chevaliers et leurs galères consomma la défaite ottomane.

Le fort de Comino, puissante machine de guerre
Avec la défaite ottomane, les chevaliers perdirent peu à peu leur mission guerrière et s’amollirent dans le luxe, si bien que lorsque Napoléon vint envahir Malte en 1798, le Grand Maître allemand, Ferdinand Von Hompesch, ne lui opposa aucune résistance. C’en était fait de la suprématie de l’ordre de saint Jean à Malte, mais cette présence de deux siècles et demi fit la beauté et la richesse de l’île. On doit aux chevaliers la plupart des monuments : la superbe co-cathédrale de Saint-Jean, le palais des Grands Maîtres devenu musée des armes, les hospices, les Auberges, forts et fortins, les innombrables églises et couvents de l’île.

Collection

Les objets de l’amour




Pour vous donner de tendres idées pour la Saint-Valentin et pour toute cette année 2011, allez visiter le musée amoureux de René Marly, à Oger, en Champagne.

Ce viticulteur, qui exploite huit hectares de vignes dans son village natal d’Oger, ne se passionne pas uniquement pour le vin et le champagne ou pour son jardin, l’un des plus soignés d’Oger. Il possède aussi une rare collection d’objets de l’amour, que l’on peut visiter. (S’adresser à Champagne Henry de Vaugency, 1, rue d’Avize, 51190 Oger, Tél. : 03 26 57 50 89).


René Marly dans son jardin d'Oger

Les œuvres des « boutonneuses »
Inauguré par Denise Fabre, cette collection est devenue un musée selon le souhait de René Marly, qui aime à montrer ses objets et à faire partager sa passion. Son musée, donc, comporte quelques sept cents pièces curieuses, émouvantes, naïves ou tout simplement belles. Parmi elles, un étonnant ensemble de près de quatre cents globes de mariées. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, on avait l’habitude, dans les familles de la France entière, de mettre sous globe le bouquet de fleurs d’orangers de la mariée, sa couronne et ses boucles d’oreilles. Petit à petit, les compositions sont devenues de plus en plus élégantes et même sophistiquées. Dans ces globes, on trouve de nombreux symboles : la cerise pour vaincre la guigne, le tilleul qui portait chance, le chêne, en gage de longévité du couple, le raisin pour l’abondance, la colombe pour la paix au foyer. Souvent, un miroir central était disposé au milieu du globe, pour refléter l’image du bonheur. Quant aux miroirs latéraux, de taille plus modeste, ils indiquaient le nombre d’enfants souhaités par le couple. C’étaient alors les « boutonneuses » qui fabriquaient ces jolis bouquets de mariées que l’on conservait sa vie durant.


Les globes de mariées qui le firent tant rêver dans son enfance

Les « arbres d’amour » des marins
Outre ces globes, on peut admirer de curieuses compositions faites à partir de cheveux, gage d’amour que les futurs se donnaient souvent au cours de leurs fiançailles ou action de grâce que l’on portait le lendemain des noces à l’autel de la Vierge. D’exotiques et tendres « arbres d’amour » étaient composés par les marins pour leurs femmes durant leurs trop longues absences. Il s’agissait la plupart du temps de subtiles compositions faites grâce aux oiseaux morts trouvés sur le pont du bateau. L’amoureux les empaillait pour sa belle et les perchait sur des branches.
Il y a encore d’innombrables cadeaux de mariage, vaisselle ou verres à l’effigie des mariés, les célèbres jarretières de la mariée ou une collection d’alliances. Jusqu’en 1830, elles étaient faites de deux anneaux entrelacés portant la date du mariage. De 1830 à 1850, ces anneaux furent remplacés par deux fils d’or tordus ensemble, puis de 1850 à 1870, la mode fut à un seul anneau, très large. Il devint plus étroit après cette date. Enfin, à partir de 1930, on mélangea la couleur des ors. On peut voir aussi de nombreuses coupes en argent ou en étain, dans lesquelles les mariés devaient boire « la trempée » censée porter bonheur au soir de leur noce. Lointain écho des philtres d’amour de jadis, tel celui que burent par mégarde Tristan et Iseult.
Des armoires de mariage ornées des traditionnelles pigeons roucoulant servaient jadis à serrer le trousseau de la mariée. Les provinciales soucieuses de suivre la mode des villes et surtout celle de Paris se faisaient envoyer à domicile des poupées vêtues en mariée, ce qui leur permettait de se choisir la tenue de leur rêve.
Sa pièce la plus rare est sans doute un biscuit datant du début du siècle, représentant une jeune femme tenant un flacon et qui servit au lancement d’une eau de toilette appelée « le bouquet de noces ». Il l’a acquise dans une salle des ventes de l’Hôtel Drouot et il n’en existe à sa connaissance que trois au monde. L’une appartient aux parfums Fragonard, à Grasse, et l’autre à son ami Pierre Davy, qui avait à Dôle-de-Bretagne une collection un peu identique à la sienne, qu’il a vendue depuis lors car il n’avait plus assez de place pour l’exposer.

Globes de jumeaux, quenouilles ou treizins
S’il devient à présent fort difficile de trouver de nouvelles pièces René et son fils, Pascal, lui aussi atteint du virus, recherchent des globes de jumeaux, ce qui est fort rare, de même que des « quenouilles », des globes tout en hauteur renfermant d’immenses bouquets de fleurs ou de fruits ou encore des « treizins ». On appelle ainsi, les treize pièces, en or, argent ou bronze, autrefois frappées spécialement lors d’un mariage. La gageure étant de trouver  les treize !
Chaque été, le père et le fils se rendent très ponctuellement à deux grands marchés bien achalandés, celui de Barjac dans l’Ardèche, ou celui d’Île-sur-la-Sorgues, entre Cavaillon et Fontaine-de-Vaucluse.
Pour être un bon collectionneur n’acquérant que des objets de qualité, l’expérience ne suffit pas. René Henri a beaucoup appris des traditions amoureuses des Français dans les dictionnaires d’Arnold Vangenette, « De la naissance à la tombe », ce qui lui permit de ne plus rien laisser passer.
A découvrir sa collection, on l’impression d’effectuer un nostalgique voyage dans le temps. Au pays de l’amour.



Exotisme

Bali, le paradis des dieux

Sa végétation de rizières en terrasses et de forêts emplies de singes et de fleurs tropicales, ses kilomètres de plages baignées d’eaux toujours bleues, ses coraux propices à la plongée sous marine, ses falaises et ses vagues pour surfeurs en font une destination de rêve. Seule île d’Indonésie à avoir conservé de ses origines ses croyances hindouistes, Bali a pourtant une religion fortement teintée d’animisme, bien différente de celle de l’Inde. On y adore aussi l’eau et certains animaux comme les chauves-souris...

Barque de pêche à Lovina Beach

Puja à Gilimanuk

Dès le premier siècle, une population venue d’Inde

Déjà, au premier siècle après JC, le grand géographe grec Ptolémée attestait de la présence en Indonésie, qu’il nommait alors l’Insulinde, d’une population venue des Indes. Cette influence se fit encore plus sentir aux IV è et V è siècle et une inscription en sanscrit, la langue religieuse indienne, faisant mention de sacrifices rituels d’animaux fut découverte à Java.

Filet de pêche à Lovina Beach
Jusqu’à l’arrivée de marchands arabes au XV è siècle dans l’archipel, l’hindouisme fut partout la religion prépondérante des Indonésiens, mais aujourd’hui elle ne subsiste qu’à Bali, où elle s’est fortement teintée d’animisme. Ces pratiques religieuses originales, la beauté des temples uniques en leur genre jointes à des paysages uniques font de Bali une île à part.
Les temples balinais existent par milliers au sein de l’île, parfois perdus au fond d’une forêt, égarés le long d’un lac ou de ces magnifiques rizières cultivées en gradins, ils semblent abandonnés, presque en ruines, et revivent soudain lors d’une puja ou cérémonie d’offrandes, lorsque tombe le soir. Chaque Balinais prie les dieux dans plusieurs temples qu’il fréquente régulièrement et où un Occidental respectueux de leurs croyances sera toujours le bienvenu, pourvu qu’il adopte le port d’un sarong à la balinaise, sarong auquel les femmes devront ajouter une ceinture et des manches longues. Il y a ainsi un temple pour s’attirer des bienfaits pour la famille ou banjar, un autre pour le village ou subak, un enfin pour la profession...

Sources sacrées à Air Panas Banjar
Les temples plus importants, dits « temples directionnels », sont indifféremment fréquentés par toute la population. Tous, du plus humble au plus imposant, sont faits de la même manière : un mur d’enceinte, une ou plusieurs cours auxquelles on accède par un porche symbolisant le mont Meru, la montagne sacrée des dieux, une tour dite kulkul, des autels à étages multiples couverts de chaume dits merus qui servent à adorer un dieu, un ancêtre ou aussi bien l’eau, un volcan, un padmasana ou trône en forme de lotus.

L’hindouisme à la balinaise

Le culte balinais s’est forgé autour de trois croyances : hindouisme, culte des ancêtres et animisme, c’est ce qui le rend si riche et si varié. De l’Inde et de l’hindouisme, il a pris la vénération des trois principales divinités : Brahma, Visnu et Siva, sans compter les innombrables divinités locales ponctuant de fêtes le calendrier du Balinais. Pour se conformer aux principes de base de la constitution indonésienne prévoyant la croyance en un Dieu unique, les Balinais ont inventé le concept de Sanghyang Widi Wasa, le Dieu de l’Ordre Universel, ce qui leur permet de vaquer tranquillement à leurs diverses cérémonies !

Pagode à étages de Pura Ulun Daru Bratan 

Immense plage d'Amber

Personne n’est dupe, mais cela offre une apparence d’unité à ces îles si diverses. En fait, ces trois croyances balinaises se mêlent intimement et les fêtes religieuses, toujours somptueuses, bariolées et très gaies, se caractérisent toutes par des offrandes de fleurs, fruits et légumes à la divinité que l’on veut honorer, des danses au son argentin des joueurs de gamelan, sortes de tambours de diverses tailles et sonorités.
Les danses balinaises, stylisées et associées aux croyances religieuses, sont à juste titre célèbres et de plusieurs types, mais la plus renommée et la plus émouvante, le Legong, est directement issue des traditions des rajas indiens. Toujours interprété par de très jeunes filles de huit à douze ans environ, parées de riches bijoux comme de véritables déesses, revêtues de brocarts d’or, aux gestes à la fois hiératiques et gracieux, il mime l’histoire légendaire du roi de Lasem dont on ne sait même pas s’il exista et l’éternel combat du bien et du mal.

Adoration des chauves-souris à Goa Lawa

Plus étranges encore sont les danses d’extase, les Sanghyang, interprétées cette fois par de jeunes garçons vêtus de pagnes à carreaux noir et blanc. Au cours de la danse, ils entrent en transes et leurs corps sont, croient-ils, alors investis par les esprits des nymphes célestes qui manifestent ainsi leurs exigences, une nouvelle puja bien sûr. Elles sont destinées à protéger le village contre les mauvais esprits.


Mélancolie de la danse du Legong

Rizières en gradins près d'Ubud
Le sud si prisé des surfeurs
Arriver à Bali de Java par bus et bateau et voir le soleil de l’aube illuminer lentement, en les faisant rougeoyer, les environs de Gilimanuk et la côte du détroit de Bali est un féerique spectacle. Les barques de pêche à la proue bizarrement sculptée de monstres ou dragons sans doute inspirés des varans de Lombok émergent lentement de la nuit. Les balanciers assurent la stabilité des embarcations, les filets tournoient dans les airs…
La côte ouest, plate et monotone, n’offre pas grand intérêt. Denpasar, au sud de l’île, est une grande ville moderne, encombrée, bruyante et sans grand charme. Une fois que l’on a vu le Bali Museum recelant un échantillon de tous les styles architecturaux de l’île, subi l’animation trépidante du Pasar Badung, le plus grand marché de la capitale où l’on trouve à peu près tout, écouté les gazouillis des petits prisonniers du marché aux oiseaux et admiré l’artisanat de l’Art Center Sanggraha Kriya Asta, à cinq kilomètres du centre mais plus cher qu’à Ubud, on a épuisé les charmes de la ville. Il serait dommage de ne pas se rendre à l’extrême sud de Bali et de pousser jusqu’à Uluwatu, hautes et sauvages falaises plongeant vers des rouleaux de vagues impressionnants sur lesquels dansent les surfeurs.
Même si les touristes affluent dans la bourgade d’Ubud, il faut y rester pour en goûter l’étrange charme, ainsi que les célèbres canards laqués ! Une animation extraordinaire y règne jour et nuit, reflétant toute la gaîté de vivre des Balinais.

 
Fiche pratique
Ce voyage peut être réalisé par :
. Atalante, 5, rue de Sommerard, 75005 Paris, Tél. : 01 55 42 81 00.
. Compagnie du monde, 5, av de l’Opéra 75Paris, Tél. : 01 53 63 33 42.
Comment y aller
De Paris, par Garuda, la compagnie nationale indonésienne qui assure un vol par jour à partir de Londres, Francfort ou Amsterdam et peut s’occuper de votre pré-acheminement. 75, av des Champs-Elysées, 75008 Paris, Tél. : 01 44 95 15 50.
De Jakarta, par Malaysia Airlines, 12, Bd des Capucines, 75009 Paris, Tél. 01 44 51 64 20.

Hôtel de charme

                                 L’hôtel de La Griyotire, à savourer en amoureux !

La Griyotire en habits de lumière


Bois, pierre et confort pour le coin salon
Créé dans les années 60, refait en 96, racheté ensuite par Christophe et Sylvie Bontaz qui y a mis sa touche personnelle et ses tableaux au point de croix, La Griyotire a séduit Tintine par son ambiance confortable et montagnarde, sa situation exceptionnelle aux portes de Megève et son accès au beau domaine skiable de l’Espace Diamant.

Bois naturel et faïences savoyardes
pour un dîner en amoureux
Comme d’habitude, ses copines attachées de presse lui en font fait voir un vrai arc-en-ciel avec leur quête au trésor – comme si skier ne lui donnait pas déjà assez de mal -, leur promenade certes très romantique, et épuisante, en raquettes sous la lune avec un retour tardif et pas très assuré après des agapes nocturnes, leur apprentissage du dur métier de musher, leur circuit en luge et autre triathlon, mais qu’il est bon de se chauffer au coin du feu à La Griyotire avant de déguster la cuisine maison de la chef Frédérique Gauge : farcement du Val d’Arly, gâteau de pommes de terre bardé de lard avec raisins et pruneaux, accompagné de Diots au vin blanc, les saucisses de Savoie, suivis de délices au chocolat. Les élégantes assiettes de faïence en forme de cœur, les cœurs encore sur les oreillers lui donnent de jolies idées pour fêter la Saint-Valentin. Promis, elle essaiera de convaincre son chéri de l’y inviter !

La Griyotire, chalet-hôtel de 16 chambres, 50, route de la Tonnaz, 74120 Praz sur Arly, Tél. : 04 50 2186 36.


Des fenêtres comme un décor

Coeurs encore sur les oreillers