mardi 9 avril 2013

EN VOYAGE N°19 MARS-AVRIL 2013


A Kume, île voisine d'Okinawa, chanteuse s'accompagnant
de castagnettes


. Beata de Robien : Fugue polonaise
. Les peintres de Pont-Audemer
. Tintine en haute-Marne sur les
pas de Diderot, Renoir et de Gaulle
. Hôtel de charme à Colombey-les-Deux-Eglises
. Tintine entre geishas et karatékas
. Festival à Hémis, au Ladakh
. Un mariage chez les Berbères troglodytes
de Matmata

COUP DE COEUR


Fugue polonaise

de Beata de Robien

Béata de Robien travaillant dans son bureau
 

       La narratrice, Bashia, serait une adolescente comme les autres, un peu rebelle, à la fois effarouchée et attirée par l’amour et tous les gestes défendus, un peu amoureuse aussi de sa meilleure amie de collège, si elle n’avait été Polonaise. Elle vivote au jour le jour avec sa drôle de famille dans une Cracovie muselée, affamée, censurée par le régime soviétique. Nous sommes en 1953, Staline vient de mourir mais l’étau ne se desserre pas pour autant. Et le mépris des Russes à peine masqué pour les Polonais ressemble bien à du racisme. C’est le règne du système D, depuis la carpe engraissée dans la baignoire en vue du réveillon, jusqu’à l’obtention par tous les moyens des indispensables tickets de rationnement. Quand Bashia rédige pour un peu d’argent les différentes rédactions à la gloire du Parti pour ses camarades, ce n’est pas encore trop grave, mais quand son amour pour un Français pas vraiment recommandable la force à la délation, elle perd alors beaucoup de son estime pour elle-même. Une mère disparue, un père alcoolique, une grand-mère trop grande dame pour s’abaisser à faire des concessions, un oncle génial mais presque autiste, un grand-père revenu in extremis d’un bagne sibérien, des locataires farfelus, tels sont les ingrédients de Beata de Robien pour faire revivre sa Pologne natale aux pires moments du communisme, même s’il n’y a plus d’exécutions ou de déportations en séries. L’ambiance est plus sournoise mais tout aussi malsaine qu’aux temps des ghettos sous les nazis. Et pourtant Beata sait nous faire rire, nous émouvoir ou nous indigner, l’air de rien, comme sans y toucher, avec le savoureux récit de sa drôle de Bashia qui lui ressemble. Un style élégant et précis, un humour à fleur de peau, ce qui est toujours le moyen le plus radical pour s’attaquer à la barbarie d'un système politique.

 

Albin Michel, 21,50E

NOUVEAUX TALENTS


Les AA de Pont-Audemer

 
Ambiance des AA de Pont-Audemer lors d'un vernissage
 et le peintre Annie Roffé

Jeune fille à la capeline de Annie Roffé

Elégante à la voilette de Annie Roffé


Yeux bandés de Françoise Désert
Depuis que Tintine a découvert cette galerie Théroulle de Pont-Audemer, dans l’Eure, nichée dans une charmante vieille maison près de l’église,  et exposant régulièrement les AA de Pont-Audemer, association remarquablement active sous l’impulsion de sa présidente, Marie-France Levillain, elle essaie de ne pas rater un vernissage. Pour ces expositions de qualité regroupant parfois une trentaine de peintres, on choisit un thème, comme c’est le cas aujourd’hui avec celui de « voile », sans article, que chacun peut donc décliner à sa guise, se presse chaque fois plusieurs centaines d’invités. On ne lésine ni sur les fleurs, ni sur la sangria et les petits canapés, ce qui change agréablement Tintine des tristes biscuits plus ou moins rassis des vernissages parisiens ! De plus, il y a toujours des découvertes à faire. Ici les beaux pastels d’Annie Roffé, émouvants visages de femmes parés de voiles ou de voilettes, là une curieuse figure bleue aux yeux bandés, par des voiles bien sûr, peinte par Françoise Désert, là quatre petits formats d’Erik, un peintre que Tintine avait déjà remarqué, montrant ses « voiles au vent », du linge poétiquement mis à sécher, montrant ainsi une autre facette de son étrange et attachant univers.

 
Vent dans les voiles d'Erik


Sèche-linge d'Erik

Parure de voiles d'Erik
Galérie Théroulle, impasse Saint-Ouen, 27500 Pont-Audmer, du 6 au 20 mars prochain,

roffe.artistes-cotes.com et

www.erik-peintre.com