vendredi 17 décembre 2010

EN VOYAGE

Décembre 2010
N°2





Maternité : nomade du Thar et son enfant

Assister à la foire de Pushkar
Choisir sa crèche
Préparer le traditionnel repas de Noël
Profiter des derniers jours d'Istanbul, capitale européenne
Essayer un futur "Trois Etoiles"
 

Propos d'écrivain

Eros et Thanatos

Les vieux dieux grecs forment toujours un bien étrange couple aux antipodes l’un de l’autre, même si la psychanalyse les a réunis pour un temps, au XIX è siècle. L’érotisme, Eros, et son prétendu opposé, la mort ou Thanatos sont toujours au centre de nos préoccupations. Pulsions de vie contre pulsions de mort, dirait  Sigmund Freud. Energie de la vie sexuelle ou libido, un processus dynamique du corps tendant à réduire l’état de tension par une satisfaction charnelle, contre la recherche de la mort pour en revenir à un état antérieur et sans souffrance, d’avant la vie.
Est-ce pour trouver une solution à ces oppositions que les grandes amoureuses se forgent le plus souvent des destins tragiques ? Parce que la satisfaction sexuelle que l’on préfère nommer amour, n’a qu’un temps. Le temps désespérément bref d’une passion. Fulgurante. Ephémère et saccageuse. Je viens de tuer mes deux héroïnes. La reine Marie Stuart a tendu son joli « col », comme l’on disait alors, à la hache du bourreau. La reine des Aurès, que l’on appelle à tort La Kahina, la sorcière, s’est transpercée le sein pour ne pas plier devant les envahisseurs arabes. On se défait d’un livre comme on le fait d’un amant. Il sort de votre corps, de votre vie. On ne sait pas toujours ce que devient l’amant. On espère que le livre reprendra vie, ailleurs, pour d’autres. Mon « Ardente Marie Stuart » sera publié en mai chez Perrin et ma « Reine des Aurès » probablement à la rentrée prochaine chez Albin Michel. Toutes deux furent de grandes amoureuses tôt promises à la mort. Seule amante, peut-être…


Le Kama Sutra ou art d'aimer fut illustré
 de délicieuses miniatures mogholes
Durant mes derniers trois mois de périple indien, j’ai  admiré de nombreux sanctuaires dédiés à l’art amoureux, le Kama Sutra. J’ai hanté bien des temples voués à Kali, la séductrice, la maîtresse du temps et de la vie. Kali dansant sur un lit de cadavres, un collier de têtes de mort autour du cou. Kali promettant la venue d’enfants aux couples stériles et s’enivrant de la beauté des ibiscus rouge sang. Toujours ces mêmes paradoxes…
J’espère qu’un livre est en train de naître de ces rencontres.


Kali en vieille femme dansant...


... Un collier de têtes de mort autour du cou

Périple en Inde

La grande foire de Pushkar,
quand des chevaux aux yeux bleus observent
les chameaux grimés ou les vaches roses


Pour la foire de Pushkar, on se fait beau en famille

L'immense camp de Pushkar où l'on vient
 de tout le Rajasthan

Chaque année, à la mi novembre, lors de la pleine lune, 200 000 pèlerins adorateurs de Brahma le créateur, se rendent avec famille, cheptel et bagages à Pushkar où ils peuvent adorer leur dieu dans l’unique sanctuaire qui lui ait jamais été consacré.

Des talents d’artistes pour leur bétail
Ils arrivent à Pushkar parfois de fort loin, des immensités désertiques du Thar et des quatre coins du Rajasthan, dans des chariots bâchés. Ils sont tirés par des chameaux hautains, impassibles. Les suivent leurs plus belles bêtes, chevaux, chameaux encore ou vaches sacrées. Pushkar est d’ordinaire une paisible bourgade au nord d’Ajmer, serrée autour de son lac dominé par de molles collines. Les nouveaux venus dressent leurs tentes dans une vaste plaine spécialement aménagée pour cette foire, avec abreuvoirs pour les bêtes, le plus important, attractions foraines, petits bistrots ambulants. Aussitôt, les marchands de fruits, légumes ou beignets s’installent aussi sur le terrain. Les femmes des éleveurs préfèrent habiter en ville, dans des dharamsalas, des centres hôteliers bon marché, organisés pour les pèlerins. Bientôt, ce n’est plus qu’un concert de cris divers : les chameaux blatèrent, les chevaux hennissent, les vaches et taureaux meuglent à qui mieux mieux.


Les derniers éleveurs arrivent au camp en famille

Les nomades du Thar sont à juste titre
 renommées pour leur beauté

Nomade du Thar et son bébé

Partout dans le camp, on s’affaire. On peigne, on lisse, on tresse poils et crinières. Chevaux et vaches sont peints et chacun laisse libre cours à son imagination. Cette vache-ci a les cornes bleues, cette autre est teinte en rose et affublée d’un gros nœud passé autour de ses cornes. Des dessins de mains ocrées ornent la robe de ce cheval blanc. Cet autre, albinos, a de merveilleux yeux tendres, d’un bleu rivalisant avec celui du ciel. En fait, ce n’est pas l’iris qui est bleu, mais toute la cornée. De quoi rendre jalouses nos plus fameuses stars. Quant aux chameaux, on coupe leur toison laineuse de façon à y inscrire des motifs géométriques et on farde de khôl leurs grands yeux pensifs avant de piquer sur leur front une rose rouge leur donnant l’air de pompons girls. Il ne reste plus qu’à enfiler autour de leurs cous des séries de colliers – la place ne manque pas. A dix-huit heures précises, la nuit tombe brutalement, comme un rideau que l’on baisse.

Le premier soin est pour les bêtes
8 heures du matin, le camp s’éveille, les bêtes ont faim. Partout, avant de songer à faire chauffer pour eux-mêmes chaï (thé) ou chapatis (sortes de crêpes), les hommes sortent des chariots le fourrage emporté avec eux, foin souvent mêlé de grain. On mène les bêtes aux abreuvoirs. Les acheteurs commencent ensuite à examiner les bêtes qui les intéressent, scrutant les dents des chameaux pour en connaître l’âge exact, enfourchant soudain un cheval pour se lancer à plein galop dans le camp sans trop se soucier des gamins qui courent partout, palpant le flanc des vaches ou les attributs virils des taureaux.
9 heures du matin. Déjà, les palabres commencent, interminables comme il se doit en Orient. Simple question de politesse. Une affaire trop rondement menée serait un manque de considération pour le vendeur comme pour l’acheteur.
10 heures du matin, les femmes, revenues des dharamsalas et ayant terminé leurs dévotions à Brahma peuvent maintenant s’occuper des tâches qui leur incombent : empiler les matelas, laver le linge s’il y a lieu et surtout, préparer l’indispensable marmite de riz, curry et légumes, viande et alcool étant interdits dans l’enceinte de la ville sacrée. Ces préparatifs vont mijoter toute la journée sur les braises. Chacun se sert quand il veut, puisant à pleine main dans la marmite, car en Inde, il n’y a pas d’heures fixes pour les repas. On mange lorsqu’on a faim.   


Cheval dansant
    

La jalousie d’une femme
11 heures, bêtes et humains repus, ceux qui ne sont pas encore allés priés leur créateur s’entassent dans des chariots ou chevauchent des motos, de la marque Tata, bien sûr. Une légende explique pourquoi ce temple de Brahma, situé à l’ouest du lac Pushkar, serait unique dans son genre. Le dieu, désireux de célébrer, comme chaque matin, une puja ou cérémonie d’offrandes, avait besoin de la présence de son épouse Savitri pour ce faire. Or cette coquette n’était pas prête. Lassé de l’attendre, Brahma épousa alors une belle fille de Pushkar pour que la cérémonie puisse avoir lieu. Furieuse, Savitri lui jeta un sort : aucun autre temple ne lui serait jamais consacré.
Ce temple, qui aurait un millier d’années et est l’un des plus sacrés d’Inde, est curieusement accessible aux non hindous. Une volée de marches au portail gardé par des oies, bordée de murs couverts d’ex-voto mène au sanctuaire. On ne peut le photographier et il ne faut y introduire aucun objet de cuir, réputé impur. Les vieilles pierres sont gaîment peinturlurées d’orange et de bleu et rivalisent d’éclat avec les saris multicolores ou les lourdes jupes rouges des femmes du Rajasthan aux bras couverts de dizaines de bracelets d’ivoire. La foule est très dense. On se presse pour apercevoir l’effigie du dieu, disparaissant presque sous ses offrandes de fleurs. C’est une statue à trois têtes, assez grossière. Pour tout dire, plutôt moche…



Jument albinos et son poulain














De merveilleux yeux bleus

Elégantes aux courses

Un lac sacré né d’un pétale de lotus
12 heures, les pèlerins doivent encore accomplir leurs ablutions sacrées dans le lac, né paraît-il d’un pétale de lotus. C’est dire s’il est sacré ! Un peu partout autour du lac ont été crées de vastes bassins réservés à ces ablutions et empêchant les noyades de pèlerins trop zélés, ayant oublié qu’ils ne savaient pas nager. L’eau est glacée à cette période, mais qu’importe. Chacun s’y immerge par trois fois. Les gamins barbotent. Tous ressortent passablement frigorifiés, mais dûment purifiés.
13 heures, retour au camp. Les bains ont donné faim. On se presse autour des marmites, on nourrit les bêtes, on les abreuve ou leur fait une nouvelle toilette, de la tête aux sabots. Les palabres reprennent avec vigueur.

Les périlleuses courses de chameaux
14 heures, début des premières courses de chameaux dans le stade. La foule se presse sur les gradins. Les « jockeys », assis très en arrière de leurs bêtes, n’ont aucun étrier et ne les dirigent qu’à l’aide d’une corde passée dans les naseaux. Les tournants sont secs et les chutes nombreuses. Certaines bêtes ne parviennent pas à les prendre et foncent droit sur la foule, que les policiers font vite reculer. Un « jockey » à la longue chevelure noire lui battant les reins est l’incontestable vainqueur d’une première course, une seconde, une troisième. Acclamé par la foule, il est porté en triomphe. Les acheteurs se pressent déjà autour des trois bêtes qu’il a menées à la victoire. Les courses se succèdent tout l’après-midi. Les enjeux deviennent frénétiques. On parie. On achète dans la fièvre.
17 heures, certains profitent du jour finissant pour aller examiner dans leurs tentes aussi chamarrées que celles des maharajas en campagne les plus beaux coursiers qui disputeront le lendemain d’autres courses. Si un chameau de course peut s’acheter jusqu’à 45 000 roupies (un euro vaut environ 60 roupies), un riche Indien n’hésitera pas à mettre 100 000 roupies ou plus dans ces magnifiques purs sangs nerveux et aussi rapides, dit-on, que le vent du désert.
18 heures, les derniers pèlerins quittent les ghâts (les marches) sacrés menant au fleuve. Les chariots, déguisés en palanquins avec leurs drôles de bâches rouges, regagnent le camp. La grande roue s’arrête. Le soleil teinte de rose le lac né d’un lotus. Une nouvelle nuit tombe sur la plus grande foire de l’Inde.


Les courses de chameaux sont follement populaires
  

Belle aux cornes bleues





















Fiche technique
. Un visa est obligatoire. Allez sur le site de VFS France, vfs-in-fr.com pour une pré inscription ou passez par Action-Visas.com, 10, 12, rue du Moulin-des-Prés, 75013 Paris.
. Vols directs Paris-Delhi, Air France, tarifs intéressants si on s’y prend d’avance, voir airfrance.fr, Air India, airindia.com, Delta Air Lines en partenariat avec Air France, voir delata.com ou Gulf Air, voir gulfair.fr.
. Comment organiser votre voyage. Si vous êtes précis et savez ce que vous désirez, avoir recours à une agence de voyages de Delhi vous reviendra bien moins cher que si vous vous adressez à un tour français, mais n’oubliez pas de discuter les prix. Demandez Muna, à India Tours Development Co, au L-23/7, Middle Circle, Connaught Place à Delhi, indiatoursco@live.com. Il peut vous fournir un chauffeur, réserver vos vols intérieurs, vos hôtels, confirmer vos vols retours, etc.
Si vous préférez tout organiser d'avance, adressez-vous à Compagnie du Monde, 5, av de l'Opéra, 75 Paris, Tél. : 01 53 63 33 42.

Cette chamelle en rit encore
Deux copines buvant un pot
Rencontre amoureuse



Un éleveur assorti à sa  vache


Les nouvelles crèches

Tintine s'en va-t-en quête d'une crèche

      Bien sûr, Notre-Dame-de-la Garde montant la… au lever du soleil, devant le vieux port, et vue en prime depuis la fenêtre de sa chambre de l’Hôtel Résidence Vieux-Port de Marseille, quoi de plus beau (Hôtel Résidence Vieux-Port, 18, quai du Port, 13002 Marseille, Tél. : 04 91 91 91 22 et hotel.residence@orange.fr) ? Bien sûr, les santonniers de Marseille demeurent incomparables et Tintine en reste tout ébahie, musardant entre les expressives figurines de Marcel Carbonnel (www.santonsmarcelcarbonnel.com), les petits ports et calanques de Dominiques Pagliai (d.pagliai@wanadoo.fr), les tendances au blanc d’Arterra (www.santons-arterra.com) et tant d’autres représentant avec une précision délicieuse tous les petits métiers de Provence, les Cent Tons de mamie (martine.morino@neuf.fr), ceux de Castelin Peirane ayant remporté une médaille d’or (www.santons-castelin-peirano.com) ou ceux de Lise Berger, meilleur ouvrier de France (santonsliseberger@yahoo.fr). Impossible de se décider. C’est trop joli, il y en a tant… Elle en repose un, en prend un autre, sourit aux enfants éblouis, redevenue elle-même une gosse émerveillée. Elle voudrait… Que voudrait-elle au juste ? Peut-être seulement regarder, toucher, admirer…


Les crèches aux harmonies bleues...
... de Véronique Dornier sont si belles...
     Et puis on lui vante les santonniers d’Aubagne, différents, plus novateurs, conciliant traditions et innovations. Va pour Aubagne ! Là, les santonniers se sont laissés aller à toutes les fantaisies, personnages aux grands yeux naïfs de Marinette Frapolli (Tél. : 04 66 89 78 20), santons aux débonnaires rondeurs d’Evelyne Ricord (06 12 46 63 88), petits cochons aux queues tirebouchonnées… Encore une fois, comment choisir ? Et puis, c’est l’éblouissement devant les crèches d’un bleu ardent de Véronique Dornier (http://santons-dornier.monsite.orange.fr). Ce bleu du ciel ou des profondeurs marines, on ne voit que lui. Il domine, il s’impose. Plus besoin de choisir et les crèches sont déjà toutes composées si on le souhaite. Catastrophe, il y en a trois, toutes plus belles les unes que les autres…
... que Tintine ne sait laquelle choisir



Gourmandises

Tintine joue les gourmets à Marseille et à Aix-en-Provence

Les Noëls provençaux sont peut-être ceux qui ont gardé la plus grande authenticité en France, et particulièrement à Marseille, où l’on est gourmet par tradition. Tintine, le nez au vent, flaire de bien délicieuses odeurs. Hum, ça sent le chocolat au 28, Grand’rue. Il suffit de pousser la porte pour être accueillie à chocolats offerts par Serge et Thierry Maino, maîtres chocolatiers ayant baptisé leur magasin du joli nom de Xocoati, ce qui signifie chocolat en aztèque. Et ils sont bariolés de mille couleurs fantastiques, comme des papillons prêts à s’envoler, tous ces chocolats merveilleux. Et il y en a au coriandre, pastis, absinthe, safran ou épices. Tintine ne sait plus où donner des papilles, tout est si appétissant, les saveurs si étranges… (xocoati.chocolateriemaino@orange.fr).


Les célèbres chocolats de Serge et Thierry Maino

Et là, au 68, rue Caisserie, pas de doute ça fleure farine et pâte chaude, biscuits et « navettes ». Tintine a tôt fait d’apprendre de la bouche du grand spécialiste en la matière, José Orsoni, que si ses « navettes » se dégustent traditionnellement à la Chandeleur, pour commémorer la présentation de Jésus au Temple, elles accompagnent toute l’année un repas provençal et spécialement celui de Noël. Ces savoureux biscuits en forme de barque évoquent aussi « la Nave », embarcation de fortune ayant mené de Terre Sainte à Marseille Marie-Madeleine, Marie-Salomée, Marthe et Lazare. Ouh, que c’est bon, à peine tiédi entre les mains ! (www.les-navettes-des-accoules.fr).



Les bûches de Noël aux treize déserts du Glacier du Roi

Encore un irrésistible parfum, à deux pas de là, sur la petite place de Renche, au 4 exactement. Dans une ravissante boutique décorée d’un énorme lustre de Murano, Florence Bianchi et Sandrine Innocenti font déguster à Tintine tous les parfums faits maisons de leurs glaces rassemblant toutes les saveurs du Midi, mais aussi amarena, fleur de lait ou réglisse. Quant aux bûches de Noël, de vraies œuvres d’art, elles contiennent les traditionnels treize desserts provençaux. Le nom vient d’un séjour que fit le jeune Louis XIV chez Riqueti Mirabeau, dont l’hôtel particulier se trouvait juste à l’emplacement du Glacier du Roi (http://www.leglacierduroi.lesite.pro/).


Les calicocktails de la Confiserie du Roi René

Et les calissons ? Comment oublier les célèbres calissons d’Aix-en-Provence inventés à l’occasion du mariage du roi René d’Anjou avec Jeanne de Laval par son pâtissier Tiste ? Maurice Farine, au nom prédestiné pour un confiseur, tient à faire perdurer une si jolie tradition et son magasin s’appelle bien sûr la Confiserie du Roy René (royrené@calisson.com). S’il est passé maître dans la réussite du calisson du roi, composé d’un tiers d’amandes, un tiers de sucre et un tiers de melon et emploie jusqu’à 70 salariés, lui non plus ne craint pas d’innover. Et Tintine de goûter et regoûter les nouveaux « calicocktail », calissons aux olives, ratatouilles ou tomate. Pas mal non plus, ses petits plateaux des treize desserts si joliment présentés.




Et ses plateaux des treize desserts

Repas de fête

Le Noël provençal


La Sainte-Barbe
Sous le doux ciel de Provence, Noël commence dès le 4 décembre, jour de la Sainte Barbe. Ce jour-là, on couvre trois soucoupes, les « sietouns », de coton humide sur lequel on dépose du blé à germer, qui viendra ensuite décorer la crèche et la table de Noël, en guise bien sûr de symbole de fertilité. Chaque famille compose évidemment sa crèche, qui s’enrichit d’un ou plusieurs nouveaux santons au fil des ans. Une crèche traditionnelle doit comporter les personnages religieux, la Sainte Famille entourée de l’âne et du bœuf, les trois Rois Mages, l’ange Boufareu, le troubadour de l’enfant qui annonce la bonne nouvelle et les bergers ou « pastres ». Tous les petits métiers de Provence sont aussi représentés, meunier et son sac de farine, marchande de poissons, fileuse et bien d’autres. Le « ravi » ou « fada » est souvent représenté les deux bras en l’air pour clamer naïvement sa joie. Le pistachier, le garçon de ferme, est aussi simplet que lui. Il y a encore l’aveugle et son fils, l’enfant lui rendra la vue, le pauvre rémouleur, les vieux plus ou moins acariâtres, le couple sentimental des vieux Grasset et Grasseto., le bohémien qui fait peur aux enfants, mais aussi, pourquoi pas, le maire, le gendarme, la maîtresse d’école, le chasseur…

La table de Noël
Le repas de Noël, le plus solennel de l’année, suppose une grande table recouverte de trois nappes blanches disposées par grandeur décroissante. On y dispose du houx à boules rouges, des roses de Noël, mais surtout pas de gui, censé porter malheur ! Une place est réservée au pauvre qui peut ainsi s’inviter dans n’importe quelle maison.
Une fois la famille réunie dans ses beaux vêtements de fête, on procède au Cacho-Fio, l’allumage de la bûche de Noël, un bois fruitier. Le plus âgé prend alors un verre de vin cuit et prononce la bénédiction provençale :
« Alègre ! Alègre ! Alègre ! Que Nostre Segne nous alègre !
S’un autre an sian pas mai, moun Dieu fugen pas men ! »
Ce qui signifie :
« Allégresse ! Allégresse ! Allégresse ! Que Notre Seigneur nous emplisse d’allégresse !
Et si, une autre année, nous ne sommes pas plus, mon Dieu, ne soyons pas moins ! »
La bûche est alors arrosée par trois fois du vin cuit, puis l’  aïeul et le plus la portent ensemble en faisant trois fois le tour de la table avant de la déposer dans l’âtre. Une fois la bûche allumée commence la veillée, ponctuée de chants et contes de Noël.

Table de Noël provençal


Le gros souper
Il est maigre et se passe le soir du 24, avant la messe de minuit. Le menu type a été établi par Frédéric Mistral et comprend : de la morue sous n’importe quelle forme, bouillie, frite, rôtie ou en brandade, du mulet aux olives, des escargots accompagnés de cardons et céleri. Le gros pain rond ou Pain Calendal, représentant le Christ, est accompagné de douze petits pains figurant les apôtres. L’aïeul y trace le signe de la croix de la pointe de son couteau avant de le distribuer à la ronde. Les vins du terroir sont servis en pichets et le vin cuit accompagne les fameux treize desserts que l’on ne dégustera qu’au retour de la messe de minuit. Ils comprennent « la pompe à huile », petit pain très absorbant, les nougats noir et blanc, les fruits secs ou quatre mendiants (noix ou noisettes pour les Augustins, figues sèches pour les Franciscains, amandes pour les Carmes et raisins secs pour les Dominicains), plus dattes, mandarines, pommes, poires, raisins frais et oranges. 


Hôtel de charme

Tintine se laisse cocoonner
 à l’Ours Blanc


Au pied des pistes des Menuires, l'hôtel de l'Ours Blanc
Une déco de Noël bien sûr placé sous le signe de l'ours blanc











Située entre Val Thorens et Méribel, en Haute Savoie, la station des Ménuires, avec son vaste domaine skiable des Trois Vallées, était autrefois plus réputée pour ses pistes et son ensoleillement que pour la beauté de son habitat, des blocs de béton pas toujours heureux. A présent, le domaine et le soleil sont toujours là et le bois commence à remplacer le béton d’antan. Ainsi, Margaret et Pascal Casali ont ouvert en décembre 1990 une suite de trois chalets en bois, bien savoyards, placés sous le signe de l’Ours Blanc, collection de Margaret ayant donné son nom à leur hôtel. Des ours, il y en a en effet partout, au pied de l’arbre de Noël, sur les oreillers, les couvertures, en luminaires, en peluches, en guise de poignées de portes, en peinture… Ce sympathique habitant des glaces se fait pour nous aussi accueillant que le sourire et le joli accent de Margaret ou les petits plats mitonnés par Pascal.  Une cheminée, du bois sur les murs, des plafonds peints offrent au décor un mélange de confort anglais et savoyard, à l’image de ce couple si chaleureux.  Un spa bien aménagé permet de se remettre en forme après le ski. Voir info@hotel-ours-blanc.com.


Des coins salons chaleureux, avec boiseries
 et plafond peint


L'éclairage multicolore du bar

Istanbul, la ville aux 2010 mosquées

Istanbul, encore capitale européenne jusqu’à la fin 2010


Hésitant toujours entre l’Europe et l’Asie, à la fois moderne et fière de ses racines, Istanbul a tout le charme des villes lacustres. Baignée par la mer de Marmara et le Bosphore, traversée par la flèche liquide de la Corne d’Or, cette antique cité au passé tourmenté semble puiser sa force dans toute cette eau.



Les célèbres minarets aériens de la Mosquée Bleue


La neige ajoute à la féerie de la Mosquée Bleue


Du haut du Marmara Hotel, on voit se déployer la ville magique
Dès l’arrivée à Istanbul par la compagnie low cost de Pegasus Airlines, le flambant aéroport international de Sabiha Gokcen annonce par son moutonnement de coupoles de verre et de béton  rappelant celles des mosquées un futurisme largement inspiré du passé. C’est peut-être du restaurant panoramique du Marmara Hotel, sur la place de Taksim, le nouveau quartier branché, que l’on a la plus belle vue sur cette cité tentaculaire se déployant vers les quatre coins cardinaux. La ville s’insinue entre ses innombrables chemins d’eau délimitant vieux et nouveaux quartiers : la Vieille Ville au sud-ouest, qui a peu à peu débordé ses rives en essaimant ses monuments le long de la Corne d’Or et du Bosphore ou vers les rives d’Üsküdar, à l’est. Les quartiers modernes et plus populaires se concentrent à Beyoglu, au nord, tandis que les palais à la richesse un rien ostentatoire des derniers sultans, Dolmabahçe ou Ciragan,  s’alignent sur la rive gauche du Bosphore. Restauré à grands frais, ce dernier fait à présent partie du Kempinski Hotel où la nuit dans les anciens appartements impériaux ne coûte pas moins de 30 000 euros… On peut y dîner d’un somptueux buffet de fruits de mer face aux eaux dorées du Bosphore. De l’autre côté se mirent avec des grâces désuètes les Yalis – les délicieuses maisons de bois –, demeures des plus riches marchands ou banquiers d’Istanbul.


Marchand de bottes brodées
Ambiance du Grand Bazaar














L’Histoire à ciel ouvert
Ici, l’Histoire se lit à ciel ouvert. L’ancienne Byzantion du XII è siècle av JC, devenue Byzance et la capitale des puissants « basileus » d’abord alliés puis rivaux de Rome, prit le nom de Constantinople quand l’empereur Constantin en fit sa capitale en 233 ap JC. Lorsque déferlèrent les hordes turques venues d’Asie Centrale, la ville tomba entre leurs mains et devint à partir de 1453, sous le nom de Stanboul, le centre du puissant empire ottoman. Entre 1923 et 1938, le plus populaire général du dernier sultan ottoman, plus tard connu sous le nom d’Atatürk, le Père des Turcs, bouleversa le système et fonda la Turquie moderne en déposant le sultan et en abolissant le califat. Il fit de cet empire religieux une république laïque quoique en large majorité musulmane, accorda bien avant la France le droit de vote aux femmes et se tourna vers l’Occident, sans toutefois renier ses origines. De même que les remparts byzantins s’étaient appuyés aux murailles romaines et que les églises orthodoxes, dont la fastueuse Sainte-Sophie, avaient été flanquées de minarets, la ville nouvelle commença à planter ses tours sans rien détruire. Les vestiges d’un passé prestigieux continuent de bien cohabiter sans briser le charme magique d’Istanbul, tandis qu’à Taksim éclosent bars et boutiques branchées. Grâce à ce savant cocktail, Istanbul a bien mérité le droit d’être nommée « capitale européenne 2010 ».
Au pied du Marmara Hotel à l’opulence toute orientale, on suit le tramway filant par la rue Istikhal. Par cette large artère piétonnière surencombrée, on se faufile dans ce quartier de Taksim où les ados en jeans et mini jupes consomment de la marque :  . Partout s’ouvrent de ravissants passages Art Déco regorgeant de bars, restaurants, galeries de peinture contemporaine ou de photos.
Le nouveau métro, qui ne cesse d’ailleurs de s’agrandir, permet de circuler facilement dans ce grouillement de vie. C’est d’ailleurs en travaillant à l’extension de ce métro vers l’ouest des rives de la mer de Marmara que les ouvriers découvrirent, il y a six ans, les vestiges, à Yenikapi, de l’ancien port de Théodose. Sans arrêter les travaux en cours, une équipe de 21 archéologues et 205 ouvriers continue aujourd’hui à fouiller une aire de 58 000 m2 livrant peu à peu ses secrets. On vient d’y découvrir un 37 ème bateau. Amphores, jarres, monnaies, ossements s’entassent dans des containers dûment numérotés, tandis que sous une vaste tente, les archéologues reconstituent morceau par morceau la quille de cette nouvelle découverte de 16m de long.



Kiosque sous la neige à Top Kapi

Dans la Vieille Ville, les vestiges de trois empires
La Vieille Ville, presqu’île fermée au sud et à l’est par la mer de Marmara, bordée au nord par le Bosphore et à l’ouest par la Corne d’Or, a pu, à cause du vaste espace existant au nord comme à l’ouest et à l’est, garder intacts les vestiges de trois empires : romain, byzantin, puis ottoman. Il faut errer à pied par les petites ruelles de la colline de Sultan Ahmet regorgeant de mosquées, marchés et belles fontaines, jardins plantés de cyprès et de roses. La visite commence en général place de l’Hippodrome, là où les Romains organisaient leurs courses de chars, pour se continuer par cette merveille de grâce et de légèreté, la Mosquée Bleue aux 22 000 carreaux de faïences azurées. En face s’élève Sainte-Sophie, audacieuse basilique byzantine à la large coupole édifiée en cinq ans, à partir de l’an 532, par l’empereur Justinien Ier. Pour illuminer cette année 2010, l’Unesco finance la restauration toujours en cours de ses mosaïques qui retrouvent peu à peu leurs ors. C’est des galeries du premier étage que l’on voit le mieux l’orgueilleux étalement de Sainte-Sophie et les détails des mosaïques formant les hiératiques visages des saints byzantins. Dans toute la ville, il n’y a que l’église de Saint-Sauveur in Chora pour rivaliser avec les siennes.
L’est de la Vieille Ville est occupé par le vaste palais de Topkapi, à la fois résidence des sultans ottomans à partir de Soliman le Magnifique, siège de l’appareil étatique, demeure des sultanes, des quelques trois cents femmes du harem impérial et des eunuques qui les servaient. Il était gardé par les Janissaires, redoutables guerriers formant une caste à part. On ne trouve aucun bâtiment pompeux dans les jardins et les différentes cours de Topkapi, mais une succession de kiosques richement ouvragés, à la délicatesse digne d’un conte des Mille et Une Nuits. Là aussi oeuvrent les ouvriers restaurant les imposantes cuisines et le musée, mais les travaux n’empêchent pas de se perdre dans les dédalles du harem ou d’admirer les fabuleux diamants et émeraudes du Trésor.
Le tramway permet de se rendre facilement de Topkapi au Grand Bazaar. Ce parfait quadrilatère formé de ruelles couvertes aux arches dorées, ponctué de fontaines, fut aussi l’œuvre de Soliman. Le plus simple est d’y accéder par la porte Nurusmaniye. Il faut ensuite se laisser absorber par ce grouillement d’acheteurs et de femmes voilées contrastant avec les adolescentes de Taksxim, errer parmi boutiques de faïences, luminaires, bijoux, soieries ou tapis, vêtements plus modernes. C’est aussi le temple de la contrefaçon…
A l’ouest abondent encore les chantiers : restauration du Darüssifa accolé au complexe de la mosquée de Süleymaniye, œuvre de l’architecte de génie Sinan commandée par la sultane Roxelane, unique épouse de Soliman. Restaurations encore tout autour de l’aqueduc romain de Valens… Vers le sud de la Vieille Ville, de nombreux restaurants insinués entre les remparts byzantins également restaurés à grands frais accueillent les cars de touristes, mais il est plus amusant d’entrer au hasard dans l’un des innombrables vieux bistrots du bas de la colline. Là, les croulantes maisons de bois ont aussi été restaurées pour ressembler à des « mews » aux couleurs acidulées de bonbons anglais. Elles servent d’hôtels de charme ou proposent des chambres d’hôtes.
En fin d’après-midi, il faut s’embarquer près de la mosquée de Dolmabahçe dans l’un des ferries sillonnant le Bosphore pour voir le soleil s’abîmer dans ses eaux en faisant luire une dernière fois les croissants d’or ornant les cimes des mosquées. Un dîner à la terrasse du Sunset Restaurant, composé de metsés, toutes sortes d’entrées turques, agneau au curry et pâtisseries orientales, arrosé de vins locaux bien corsés, permet un dernier regard sur la « capitale européenne 2010 », qui laissera bientôt ce titre à Marseille et sa région...

Carnet pratique :
-     Ce voyage a été organisé par Pegasus Airlines, www.flypgs.com/fr/ et Odéon Tours, 9 bis Bd Hippolyte Pinaud, 95880 Enghien-les-Bains, Tél. : 01 39 89 00 71, site Internet : www.odeon-tours.com.
-      Où loger à Istanbul : le Marmara, Taksim Meydani, Tél. : 90 212 251 46 96, www.themarmarahotels.com.
-      Pour y dîner comme un sultan : Ciragan Caddesi N° 32, Tél. 90 212 326 46 46.



Marchande de galettes dans la Vieille Ville

Réveillon du 31 décembre

Réveillonner à La Bouitte,
« petite maison » en patois savoyard

Le joli chalet de La Bouitte donnant sur les montagnes

Un balcon comme une loge de théâtre

Pour son 31 décembre, Tintine a choisi de réveillonner à la Bouitte, le chalet magique de Saint-Martin-de-Belleville, en Haute Savoie. On pourrait croire qu’il se niche depuis toujours dans son écrin de pins et de montagnes. Or il n’en est rien. Créée de toute pièce et ouverte en 1976 par Marie-Louise et René Meilleur dans un esprit bien savoyard, avec vieux bois et meubles anciens, La Bouitte est deux fois étoilée au Michelin depuis 2008. Leur fils Maxime les a rejoints et l’on murmure qu’une troisième étoile ne serait pas impossible.

 

Sous la collection de cloches, une table de fête

La naïve vaisselle savoyarde







Cuisine donc à quatre mains pour ces deux chefs hors du commun utilisant les produits de leur région, jambons, perches des lacs, légumes oubliés comme le potimarron, champignons de toute sorte, fromages rares, mais aussi herbes des alpages telles que reines des prés, ail des ours ou chénopodes… Tous deux jouent sur textures et saveurs, cherchent des alliances nouvelles pour toujours étonner et surprendre, pour faire chanter la Savoie toute entière.
Sur leurs conseils, Tintine a choisi le Menu Carte Blanche. Après s’être enquis de ses goûts, de ses envies et des limites de son appétit, le père et le fils lui ont proposé 3 à 5 compositions que je ne vous livrerai pas, pour ménager la surprise. Il vous suffira de savoir qu’ils aiment à mêler tous les registres avec une dextérité de vrais jongleurs du goût, sucré/salé, amertume légère et acidité, croquant et liquide, chaud et froid. Jamais ils ne laissent vos papilles en repos, en compositeurs agiles à toujours surprendre leur public.


Le royaume du père et du fils, la cuisine bien sûr

Info@la-bouitte.com et www.la-bouitte.com