vendredi 17 décembre 2010

Propos d'écrivain

Eros et Thanatos

Les vieux dieux grecs forment toujours un bien étrange couple aux antipodes l’un de l’autre, même si la psychanalyse les a réunis pour un temps, au XIX è siècle. L’érotisme, Eros, et son prétendu opposé, la mort ou Thanatos sont toujours au centre de nos préoccupations. Pulsions de vie contre pulsions de mort, dirait  Sigmund Freud. Energie de la vie sexuelle ou libido, un processus dynamique du corps tendant à réduire l’état de tension par une satisfaction charnelle, contre la recherche de la mort pour en revenir à un état antérieur et sans souffrance, d’avant la vie.
Est-ce pour trouver une solution à ces oppositions que les grandes amoureuses se forgent le plus souvent des destins tragiques ? Parce que la satisfaction sexuelle que l’on préfère nommer amour, n’a qu’un temps. Le temps désespérément bref d’une passion. Fulgurante. Ephémère et saccageuse. Je viens de tuer mes deux héroïnes. La reine Marie Stuart a tendu son joli « col », comme l’on disait alors, à la hache du bourreau. La reine des Aurès, que l’on appelle à tort La Kahina, la sorcière, s’est transpercée le sein pour ne pas plier devant les envahisseurs arabes. On se défait d’un livre comme on le fait d’un amant. Il sort de votre corps, de votre vie. On ne sait pas toujours ce que devient l’amant. On espère que le livre reprendra vie, ailleurs, pour d’autres. Mon « Ardente Marie Stuart » sera publié en mai chez Perrin et ma « Reine des Aurès » probablement à la rentrée prochaine chez Albin Michel. Toutes deux furent de grandes amoureuses tôt promises à la mort. Seule amante, peut-être…


Le Kama Sutra ou art d'aimer fut illustré
 de délicieuses miniatures mogholes
Durant mes derniers trois mois de périple indien, j’ai  admiré de nombreux sanctuaires dédiés à l’art amoureux, le Kama Sutra. J’ai hanté bien des temples voués à Kali, la séductrice, la maîtresse du temps et de la vie. Kali dansant sur un lit de cadavres, un collier de têtes de mort autour du cou. Kali promettant la venue d’enfants aux couples stériles et s’enivrant de la beauté des ibiscus rouge sang. Toujours ces mêmes paradoxes…
J’espère qu’un livre est en train de naître de ces rencontres.


Kali en vieille femme dansant...


... Un collier de têtes de mort autour du cou

2 commentaires:

  1. "Parce que (...) l'amour n’a qu’un temps. Le temps désespérément bref d’une passion." Mais n'est-ce donc pas cela, la brièveté, qui fait tout le charme de la passion ? Une passion se pourrait elle supporter durant de longues années ?

    Je ne suis pas sur d'avoir bien saisis le sens du paradoxe de Kali. N'ayant aucune connaissance de cette.. déesse? je ne puis qu'avancer cette hypothèse : la morbidité de Kali face à sa bienveillance.
    Je vous serais gré d'éclairer ma lanterne.

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  2. Je pense que le paradoxe se voit plutôt dans l'idée de Vie et de Mort. La Mort avec les cadavres à ses pieds et les têtes de morts, la Vie avec l'annonce d'enfants à des parents stériles.

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