samedi 8 janvier 2011

EN VOYAGE

 3
Janvier 2011
Danseuse, chanteuse de Muscat, lors d'un mariage


Découvrir Oman, patrie de Sinbad le marin
Adopter les dessous coquins de Chantal Thomas
Se griser au carnaval de Venise
Apprendre à éveiller la Kundalini par des pratiques amoureuses
3

Propos d'écrivain

Friandise indienne

On n'en finit plus de décliner les 64 positions
décrites dans le Kama Sutra ou précis de l'Art d'Aimer

"Le serviteur, dûment enturbanné, comme il se soit, apporte avec des gestes solennels les jus de mangue au gingembre commandés et leur inévitable cortège de pâtisseries et fruits confits. Tandis qu’il les sert, Laure s’amuse, à l’abri de la table basse en argent qui les protège à peine en leur ménageant un petit semblant d’intimité, à provoquer Shan. Elle aime ces jeux furtifs, entre eux, surtout quand tout lui semble si menaçant, si dangereux, même en cet écrin de luxe. Sa main flâne vers la cuisse de Shan, s’égare plus haut, s’agite et se pose, continue sa reptation jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite du résultat obtenu. Repart à l’assaut de cette citadelle, tandis que Laure affecte un air impassible. Elle exige d’ailleurs la même apparente insensibilité de Shan, guettant le point de rupture. Quand il ne pourra plus résister à l’étreinte aimante des doigts de Laure, saura-t-il faire durer encore ce lent supplice amoureux avant de jouir sans proférer un son ? Sans une plainte.
Shan, qui sait que Laure n’a aucune intention de l’épargner, veut congédier le serviteur d’un geste après un bref remerciement, mais Laure le retient exprès, s’enquérant du nom de chaque friandise et de sa composition. Et pourtant, c’est seulement Shan qu’elle entend grignoter, déguster, mordiller jusqu’à la limite du supportable.
L'ombre de la maharani de Samode, toujours aussi complice, les guette depuis le coin de son miroir. Son sari, de bleu et d'argent également, assorti à ce salon lunaire, accroche brièvement l'éclat d'une bougie et bruisse dans la paix de ce chaud après-midi indien. Proprice à toutes les fièvres et les folies. Les meurtres, les trahisons, les abandons. La vie d'un zanana indien, tout simplement."

Et j'écris ces lignes sous la neige parisienne, quand il serait si délectable de retrouver les émois du salon d'argent de Samode, la courtoisie complice des serviteurs si dignes et si bien enturbannés. Je peux aussi troquer Samode, son palais et ses secrets pour mon houseboat de Srinagar, où une grande ombre sait me retrouver à la nuit tombante, lorsque les shikaras glissent lentement sur le lac Dal, dérangeant à peine la cohorte des aigles marins. Oh, les magies de l'Inde...

Superbe impudeur amoureuse prônée dans le
Kama Sutra


Les bons plans de Tintine

Tintine en voyage de presse en Oisans




La visite aux flambeaux de Vaujany

Tous ses copains et copines jalousent la pauvre Tintine qui passe son temps en voyages de presse, invitée dans des super hôtels, dégustant les spécialités des meilleures tables, essayant avec une admirable conscience professionnelle tout ce que les AP (nos gentils attachés de presse) ont imaginé pour la distraire, elle et ses lecteurs. Et la plupart du temps, on ne peut reprocher à nos AP préférés de manquer d’imagination. Ainsi, en trois jours de voyage en Oisans, magnifique région s’étendant de Vaujany à l’ouest à Auris-en-Oisans à l’est en passant par Oz, l’Alpe d’Huez et les 2 Alpes, Tintine a tenté bien des expériences. Elle s’est bien sûr lancée sur les pistes avec plus ou moins de brio, mais elle a aussi exploré aux flambeaux l’adorable village de Vaujany, expérimenté, à Vaujany encore, le « Fauteuil ski » avec Ludovic Bernard, retrouvé l’ambiance des grandes épopées polaires chère à Nicolas Vannier grâce aux chiens de traîneau de Michaël Mesas-Ruiz, erré dans les galeries, glacées bien sûr, de la grotte de glace de l’Alpe d’Huez, admiré les ânes de la ferme aux ânes de Venosc et engouffré… On n’ose pas vous dire… Quantité de raclettes, fondues et crémeux de pommes de terre au parmesan agrémentée de charcuteries et viandes des grisons. Manqué couler à pic dans la dive piscine du Chalet Mounier à la suite de tous ces excès pour finir, exténuée, dans le somptueux lit de la suite décorée de peaux de vache du même chalet. Quelle vie…

Avec le fauteuil ski, les sensations sans les chutes
Devant le portrait de Coluche dans la Grotte de Glace
. Office du Tourisme de Vaujany, voir info@vaujany.com
. Office du Tourisme d’Oz en Oisans, voir www.oz-en-oisans.com
. Office du Tourisme de l’Alpe d’Huez, voir info@alpedhuez.com
. Office du Tourisme de Venosc, voir info@venosc.com
. Office du Tourisme des 2 Alpes, voir info@les2alpes.com
. Restaurant l’Eliz, 10, rue de Champarne, 38860 Les 2 Alpes, Tél. : 04 76 79 23 77.
. Chalet Mounier, hôtel, spa et restaurant, voir www.chalet-mounier.com.
. La ferme aux ânes, voir didier.franconville@free.fr.

. Pour ceux qui ne se sentent pas sûrs d’eux sur des planches, fatigués, blessés ou tout simplement inexpérimentés, ce fauteuil ski dont s’est équipée la station d’Oisans, dirigé par le moniteur Ludovic Bernard, 35 ans, offre toutes les sensations du ski – et même un peu plus car on est assis à ras du sol – sans le moindre danger. On est assis dans un fauteuil de voiture de course monté sur skis articulés, bien bouclé dans un harnais, conduit par Ludovic, lui-même à ski. Les 200 kg que représentent fauteuil, passager et moniteur filent en souplesse sur la neige. Virage à droite, virage à gauche, le fauteuil s’incline dans les courbes. Tintine n’a jamais si bien dévalé une piste de sa vie… 65 euros les deux heures. Se renseigner à www.esf-vaujany.com.

Michaël et son attelage

L'effort des chiens
Comme dans le Cercle Polaire...

. Après avoir passé huit ans à seconder un copain « musher », conducteur de chiens de traîneau, Michaël Mesas-Ruiz, 33 ans, a installé son propre chenil au centre équestre de l’Alpe d’Huez. Soit une bonne cinquantaine de chiens nordiques rescapés des diverses SPA de la région, groenlandais, huskies, malamuts, samoyèdes ou alaskans, des chiens croisés. En deux mois, ils savent parfaitement distinguer leur gauche de leur droite et obéir aux moindres ordres de Michaël, impatients de s’élancer sur les pistes, attelés par huit ou dix à leur traîneau. Une heure coûte 50 euros pour les adultes, 35 pour les enfants. secondsouffle@yahoo.fr.

Oman et les Mille et Une Nuits

Oman, dans le sillage de Sinbad le marin





La légende veut que Sinbad le marin, héros des Contes des Mille et Une Nuits, soit originaire d’Oman et natif de la petite ville côtière de Sohar, sur la côte nord de Muscat. De tout temps, les Omanais, amoureux de leurs montagnes et de leur désert, se sont tournés vers la mer pour y puiser ses ressources et furent de grands navigateurs.


L'actuel sultan d'Oman
Le Musendam, la minuscule et montagneuse enclave du Nord
Sinbad, un marin d’Oman
Avec ses 1700 km de côtes s’étirant au nord, du détroit d’Hormuz jusqu’au-delà de Daikut, à l’extrême sud, à la frontière du Yémen, le sultanat d’Oman ne pouvait qu’être un grand pays maritime. Bien sûr, l’auteur anonyme de ces Mille et Une Nuits intitulées à l’origine Mille contes, fut un persan du VIII è ou IX è siècle qui compila divers contes existants. Le personnage de Sinbad, « fameux voyageur qui a parcouru toutes les mers que le soleil éclaire », gagné la Chine et qui est revenu fabuleusement riche de ses sept voyages, fut probablement un Omanais, à l’époque parmi les plus habiles navigateurs du monde. La légende est belle et pourquoi ne pas croire, comme l’affirment les Omanais, que Sinbad est en effet né à Sohar, fils d’un pauvre pêcheur ? Dans le modeste dhow familial, longue barque plate servant encore aujourd’hui à la pêche, il commença par sillonner dès son plus jeune âge le Golfe d’Oman, allant là où les bancs de poissons l’attiraient et ramenant dans ses filets sardines, thons, requins, raies altières et même ces immenses tortues vertes à présent protégées. Gonflée par la brise, sa voile le mena maintes fois vers les côtes escarpées du Musandam où abondent dauphins et baleines.
C’est au Musendam, baigné à l’est par le Golf d’Oman, au nord par le détroit d’Hormuz et à l’ouest par le Golfe d’Arabie, que l’on peut admirer les reliefs les plus abrupts de la bande côtière d’Oman. Ils font songer aux fjords de Norvège, avec leurs eaux limpides, leur myriade d’îlots, côtes escarpées, hautes montagnes arides plongeant vers le bleu de la mer.

Le Musendam et les fjords omanais
Situé face à l’Iran, le Musendam se présente comme une enclave dans le territoire des Emirats Arabes Unis, enclave en réalité cédée volontairement par l’actuel sultan, Qabous bin Said, qui prit le pouvoir en 1970 en déposant son père. Adulé par son peuple pour avoir permis à Oman d’accéder à la modernité grâce aux gisements de gaz et de pétrole, mais sans renier ses traditions, le sultan a fait installer partout, même dans les djebels les plus reculés, électricité, routes, écoles et dispensaires. Il a rendu l’enseignement mixte et obligatoire pour tous, permis aux femmes de poursuivre leurs études et d’accéder à des postes de hautes responsabilités – il y a des femmes au sein du Gouvernement. 
Maintenant que la frontière de Daba est fermée pour des raisons de sécurité, on ne peut accéder au Musendam que par les Emirats. Il faut ensuite gagner Khasab en voiture, le principal port. C’est une petite ville de 16 000 habitants comportant fort, mosquée, souk, école, port et trois hôtels. Abdul Fatah habite le proche village de Qada où l’on a découvert des dessins rupestres et possède sept dhows. Il nous fait embarquer à bord de l’une d’elles et nous recommande à son capitaine, Ali. Le bateau est confortable, des coussins ont été jetés sur le pont, des boissons mises à rafraîchir, mais on ne doit évidemment pas consommer d’alcool en dehors des hôtels.
Nous partons au moteur pour nous enfoncer dans le dédale des bras de mer ménagés par les découpes de la péninsule de Kumzar. Bientôt apparaissent les dauphins, attirés par les sifflements d’Ali. Agiles et ravissants, ils nagent dans notre sillage, semblant enchantés de notre présence. Le dhow file vers Khawr Sham et son spectaculaire fjord de 20 km de long. Il dépasse Maclab, minuscule hameau de dix maisons en adobes massées au pied de la montagne, les pieds dans l’eau, atteint l’île de Seebi pour y jeter l’ancre. Les marins préparent le déjeuner, à base de riz et de fruits de mer. C’est l’heure de la plongée, avec ou sans bouteille. Nous enfilons nos combinaisons et nos palmes et nous renversons dans l’eau. Les fonds de coraux sont beaux, moins colorés qu’en Mer Rouge, mais les poissons pullulent. Les bancs de méduses aussi, hélas. Par bonheur, elles ne piquent pas et l’on finit par s’habituer à leur masse gélatineuse et à leurs tentacules traînant comme un voile de mariée. Des tortues vertes nagent en compagnies de bébés requins aux ventres roux. Des raies majestueuses semblent prêtes à prendre leur envol.
Aux commandes d’un dhow plus petit et plus rapide que le premier, Abdul vient nous reprendre pour nous faire visiter son village, palmeraie et maison. Dans le salon pourvu de confortables divans aux teintes assez criardes, il nous offre le thé traditionnel, accompagné de dates et d’un délicieux miel de dates. C’est en réalité leur jus qui ressemble en effet à du miel. Je serai seule autorisée à visiter l’appartement des femmes, qui ont remis pour saluer une étrangère leurs masques de cuir souvent orné de perles. Abdul nous mène ensuite en 4x4 au port de Khasab. Là, bien entendu, les pêcheurs l’affirment, Sinbad venait comme eux jeter ses filets pour les remonter pleins de sardines. A même le sable, elles sont mises à sécher et brillent au soleil. Elles y resteront trois jours, cuites par la chaleur – il fait plus de 40 ° – et se conserveront bien. Bon nombre de pêcheurs sont en réalité des saisonniers, descendus du djebel Harim ou du plateau de Say pour les trois mois de pêche. Ils iront ensuite vendre leurs poissons dans les Emirats, à Bukha ou Ras al Khaimah, ce qui leur fait moins de route que s’il fallait franchir le djebel Hatta pour se diriger vers Shinas.

Sohar, patrie de Sinbad
La route de la côte étant fermée pour d’obscures raisons de sécurité, nous devons traverser en 4x4 monts et déserts pour regagner la côte est d’Oman. La montagne est impressionnante, haute, aride et escarpée. Certains pics du plateau de Sayq, au sud de Muscat, dépassent les trois mille mètres.

Sohar où serait né Sinbad
Dès que l’on rejoint la côte, on abandonne les pistes à peine tracées pour une route parfaite. Le paysage est plat et monotone jusqu’à Sohar. Cette bourgade de 400 000 habitants où serait donc né Sinbad s’est endormie au cours des siècles, détrônée par Muscat, la capitale. Bien sûr, le fort éclatant de blancheur où vivait le wali, le gouverneur, protégé par ses quatre rangées de murailles et ses six tours de gardes, vieux sans doute de plus de sept siècles, n’existait pas du temps de Sinbad. Le port était alors plus actif, commerçant avec Chine, Irak, Yémen et Indes. Si bien que le géographe arabe Istakhri, auteur du premier texte arabe illustré de cartes, disait de ce  port au X è siècle : « C’est la ville la plus habitée et riche d’Oman et il serait impossible d’en trouver une plus prospère par ses belles maisons ou la quantité de biens importés, sur les côtes de la mer Persique et même sur toutes les terres de l’Islam. »

Le marché aux poissons de Muscat, la capitale
A six heures du matin, à l’ouverture du marché aux poissons, Sohar s’éveille et s’anime. Tous guettent le lointain bourdonnement de moteur des dhosw rentrant au port. Les barques accostent une à une. Les gamins sautent à l’eau pour aider les pêcheurs à sortir leurs prises. Il y a là des requins de bonne taille, d’immenses raies aux ailes flottantes, des myriades de sardines et même un petit espadon. On découpe les requins dans l’eau, ce qui n’empêche pas les gamins de barboter dans une mer de sang. On vide les poissons sur le sable, attirant ainsi une nuée de goélands et corbeaux criards. Puis les poissons sont portés à l’intérieur du marché où attendent patiemment des femmes aux voiles noirs, certaines portant le masque de cuir des femmes du désert. Elles se mettent aussitôt à marchander âprement : 5 rials l’espadon, 3 les raies, 20 le cageot de sardines, un rial valant deux euros.

Muscat, la capitale jaillie du désert
Un petit détour à l’intérieur des terres nous mène à Rustaq, ville la plus importante avec Sohar de cette région de la Batinah, et ancienne capitale du royaume jusqu’à l’élection par les sheiks des principales tribus, en 1868, du sultan Azzan bis Qais, fondateur de l’actuelle dynastie. Il y a dans cette région plus d’une centaine de bastions et citadelles, édifiés dès le XI è siècle et maintes fois détruits et reconstruits. Celui de Rustaq, reconstruit en 1650, est impressionnant, avec ses six tours de défense, ses murailles crénelées crépies de rose. L’intérieur, encore intact, permet d’imaginer la vie des walis et imams qui l’habitèrent et du dernier d’entre eux, Talib bin Ali, tué durant la Guerre des Djebels en 1950. Au rez-de-chaussée s’étalent les immenses entrepôts où l’on gardait fourrage et nourriture, ponctués de puits creusés à même le roc. Au premier étage, ce sont les vastes salons de réception servant aussi de bureaux au gouvernement local et meublés de coffres cloutés de cuivre et de coussins. Les chambres restent plutôt spartiates, avec leur pièce réservée aux ablutions ou ho.

Le déliceux port de Sur
A 135 km à l’est de Sohar, toujours sur la côte, Muscat, autrefois simple port de pêche, est aujourd’hui une vraie capitale surgie du désert par la volonté de l’actuel sultan. Il interdit buildings et gratte-ciel et favorisa la construction de jolies villas blanches, de style arabe. Ce fut lui qui fit construire la Grande Mosquée, achevée en 1995, merveille d’harmonie, d’équilibre et de somptuosité. Elle est campée dans une oasis de roses et de zinnias où glougloutent les jets d’eau des bassins. Il voulut pour elle les marbres les plus purs – les montagnes d’Oman n’en manquent pas – , de chatoyants tapis tissés sur mesure par des artisans iraniens qu’il fit venir dans sa capitale, du bois d’acacia richement sculpté pour les portes et fenêtres. Un lustre pesant huit tonnes et portant 1129 lampes pend du plafond. A l’intérieur de cet édifice impressionnant où tous peuvent entrer, on se sent vraiment au pays des Mille et Une nuits.
Le palais du sultan, jaune et bleu, Qasr al Alam, évoque une grasse tulipe. Il domine le port veillé par trois forts, ceux de Mirani et Jalali construits par les Portugais, et celui de Matrah édifié par les Omanais.
Bien sûr, un imposant marché aux poissons fut aménagé face à la seule mosquée sunnite de la ville. Dès six heures du matin, c’est une bousculade insensée. On y trouve de tout : sardines servant d’engrais ou de nourriture pour le bétail, hamour tout rond, une sorte de mérou, kingfish ou sériole à la chair si prisée des Omanais, mais aussi langoustines, crevettes, crabes et homards. Pourtant, depuis 1988, sans doute à cause de l’excès de pêche et de la pollution, le nombre de prises a baissé de façon alarmante, si bien que le sultan a chargé le Centre des Sciences marines et des Pêcheries de Sidab de proposer un programme pour remédier à cette carence.
Coincée entre mer et montagne, Muscat étire sa mince bande de blancheur dans un paysage désertique de toute beauté. Grâce aux usines de déstalinisation, l’eau n’est plus une denrée rare. Palmiers, flamboyants, ibiscus, bougainvillées, roses et zinnias jaillissent de chaque coin de jardin, faisant oublier le désert.

Trois hôtels de grand luxe
Un vaste complexe hôtelier, véritable vitrine de Muscat, a été conçu à l’est de la ville, sur la pointe plongeant vers le large de Barr Al Jissah. Trois hôtels de grand luxe, l’Al Husn, l’Al Bandar et l’Al Waha s’élèvent au bord d’une plage de sable blanc, parmi fleurs et palmiers. Des marinas vont se construire un peu à l’écart. Comme on doit bâtir dans le style du pays, les hôtels évoquent plus des fortins que des buildings citadins. Créneaux, moucharabiehs derrière lesquels les belles pouvaient tout observer sans être vues, voûtes cintrées dans le style arabe, profusion de bassins, jets d’eau et piscines, sans oublier des palmiers dorés font de ces lieux préservés un décor féerique.
Dès que la nuit tombe, les habitants de Muscat se précipitent au souk, ouvert jusqu’à neuf heures du soir. Sinbad le marin s’y rendait pour vendre les étranges marchandises rapportées de ses lointains voyages. On y trouve de tout, mais hélas guère de productions typiquement omanaises, à part les nattes tressées par les Bédouins du désert et quelques poteries. Châles et soies du Cachemire, saris d’Inde, du Pakistan ou du Bengladesh, bibelots en papier mâchés sont proposés dans un concert de cris et d’interpellations. Dans les échoppes de parfumerie, on a pourtant affaire à des marchands omanais offrant les cristaux d’encens récoltés au sud du pays, sur les plateaux du Dhofar, ou les ravissants flacons d’or de l’Amouage, le parfum le plus cher du monde, obtenu à partir de la résine de dhawfari. Les Omanais sont en effet fous de senteurs. Quand passent les femmes, dans un envol de voiles noirs, elles dégagent de capiteux parfums obtenus en exposant longtemps chez elles leurs jupes aux vapeurs de l’encens.

A Sur, le dernier chantier de gineja, le bateau de Sinbad
De Muscat à Sur, presque à la pointe orientale d’Oman, la côte n’est qu’une longue étendue de sable blanc miroitant au soleil, presque éblouissant. Tiwi est un délicieux petit port de pêche du Wadi Al Shab prolongé par une vallée encaissée et verdoyante s’enfonçant entre les rocs. C’est une explosion de verdure comme sont tous les wadis omanais. Sur le littoral vierge de Ral Jinz, réserve nationale instituée par le sultan pour protéger les tortues marines qui viennent pondre la nuit tout au long de la côte, on voit nager dans des eaux transparentes ces énormes tortues pouvant peser 300 kg et vivre 300 ans. Il faut attendre la nuit pour observer ces bêtes pesantes émergeant péniblement de l’eau et se dirigeant vers le sable sec, où elles creusent un premier trou, simple leurre destiné à égarer les renards et autres prédateurs tels que goélands et aigles marins. Ensuite, elles en forent difficilement un second, à trois mètres environ du premier. Commence la ponte, exténuante. La tortue a vraiment l’air de souffrir en libérant peu à peu une centaine d’œufs très blancs et ronds, semblables à des balles de ping-pong. La ponte terminée, elle recouvre son trou et s’en retourne vers l’océan pour faire en quatre ans le tour du monde avant de revenir à l’endroit où elle est née pour recommencer l’opération. Quand les œufs seront éclos après 55 jours d’incubation, les bébés tortues, de la taille d’un doigt et encore tout mous, se hâteront vers la mer en tentant d’échapper aux prédateurs qui les guettent. Seul un sur mille survivra.

A Sur, on construit toujours les ginejas comme au temps de Sinbad
Des rochers noirs plongent vers la mer, deviennent des falaises d’où la vue est spectaculaire vers Sur, ses maisons blanches serrées les unes contre les autres sur un sable presque de la même couleur. On s’agite beaucoup à embarquer et débarquer des caisses et ballots sur les quais. Il y a là quantité de dhows et des boutres plus trapus.
C’est l’effervescence sur le chantier de Juma Bar Hason Bin Juma, 63 ans, qui dirige encore l’unique chantier naval de Sur où il surveille la construction d’un gineja. Cette élégante embarcation construite en teck malais, longue de trente mètres et qui comprendra quatre cabines doubles, est identique à celles qui menèrent Sinbad jusqu’en Chine. A présent, dhows, boutres et ginejas sont le plus souvent faites en fibres de verre à Dubaï et le métier se perd. Ce chantier, qui va durer un an, emploie quinze personnes à temps plein, des Indiens du Kérala. Un gineja de cette qualité, tout en bois, entièrement « cousu main » et même décoré d’une frise sculptée, œuvre de Tolosidas, un autre Indien, vaut dans les 15 000 rials, ce qui explique sa rareté. Comme le vieil homme ne peut plus grimper à l’échelle, c’est son fils aîné, Ali Juma, qui vient inspecter l’intérieur de la coque et s’assurer que le travail a été bien fait. Quand le gineja sera achevé, il y aura-t-il une autre commande ? Nul ne le sait. Inch Allah.

Un nomadisme saisonnier
Après Sur, les hautes falaises de Ras Al Khabbah permettent d’avoir une vue splendide sur cette côte grandiose, déchiquetée et encore déserte à part quelques modestes villages de pêcheurs tel celui d’Al Ruways.
La route s’arrête 80 km plus au sud, dans le gros bourg d’Al Ashkara. Après, c’est le désert de Ramlat Al Wahaysah, ses dunes blondes, ses chameaux et ses Bédouins semi sédentarisés, vivant dans des huttes sommaires faites de palmes entrelacées. Les habitants d’Al Ashkara pratiquent un nomadisme saisonnier, s’installant pour l’été dans la palmeraie de Bilad Bani Bu Ali, à l’intérieur des terres, pour y trouver quelque fraîcheur et récolter les dattes. Pour l’heure, ils n’ont pas encore quitté leur port. Les premiers boutres chargés de filets multicolores s’élancent vers le large, bientôt rejoints par toute une flottille, tandis que les vieux s’adonnent à leur occupation favorite : palabrer interminablement, assis sur la plage. Sans doute se répètent-ils les exploits de Sinbad, revendiqué comme un compatriote par tous les marins omanais ?

Petite mariée de Burhat Almawaz gardée par les femmes en noir
Au marché de Nizwa, les femmes aux masques de cuir

Oman 2020, un pays toujours tourné vers la mer
Le pétrole, jailli dans le désert omanais pour la première fois en 1962 et exporté à partir de 1967, permit au sultan, à compter de sa prise de pouvoir en 1970, de moderniser son pays, mais il a encore de grands projets pour Oman. Il veut d’abord diversifier les sources de richesses pour que le pétrole ne constitue plus que 9% du produit National Brut. Puis il développera la liquéfaction du gaz dans l’usine de Qalhat, près de Sur, « omanisera » le pays en remplaçant progressivement la main d’œuvre étrangère par des travailleurs locaux qualifiés. Il faudra encore développer agriculture, industrie des parfums et tourisme. Mais les projets tenant le plus à cœur au sultan, qui n’oublie pas l’éternelle vocation maritime d’Oman, concernent ports et pêche.
Il continue à moderniser le nouveau port de conteneurs de Salalah, dans le Dhofar, opérationnel depuis 1998. Il veut enfin redonner à Sohar, patrie supposée de Sinbad, son faste perdu, en faire un port de conteneurs capable de rivaliser avec Salalah et y installer une raffinerie, puis une usine d’aluminium,  une aciérie et une usine pétro-chimique produisant notamment des fertilisants. Enfin, la pêche n’est pas oubliée, richesse immémoriale, puisqu’il existe plus de cent cinquante espèces de poissons et crustacées dans les eaux omanaises. La Oman Fisheries Company ne cesse d’accroître sa flotte de chalutiers pour pêcher en eau profonde, tandis qu’une usine de traitement du poisson et de l’huile de poisson est en cours de construction au Dhofar.
Quant au tourisme, il va bien sûr s’axer aussi sur la mer, pour profiter des plages exceptionnelles, mais la volonté du sultan est de préserver le littoral en interdisant toujours tours et gratte-ciel et d’éviter le tourisme de masse, qui change si vite un pays et sa mentalité. Il ne veut pas gâcher cette terre d’immensité, où les déserts sont si vastes, les montagnes si hautes, les wadis luxuriants et la mer omniprésente.

Fiche pratique 
. Comment y aller 
Emirates Air Lines, 69, Bd Haussmann, 75008 Paris, Tél. 01 53 05 35 35 propose un vol Paris-Dubaï-Muscat.
. Comment préparer son voyage 
- Avec l’Office du Tourisme d’Oman, 10, rue Pergolèse, 75116 Paris, Tél. : 01 40 28 10 00.
- Avec Déserts, 75, rue de Richelieu, 75002 Paris, Tél. 01 55 42 78 42, un excellent spécialiste de ces contrées.
- A Dubaï, vous pouvez vous adresser à Arabia Felix, Historic Bastakiya, Building 59, Tél. : 971 4 3539744, pour réserver un hôtel ou louer un 4x4.



Froufrous fous

Pour 2011, adoptez les dessous fripons de Chantal Thomass



Son look étrange, casque de cheveux noirs et grosse frange, lèvres très rouges, lunettes scintillantes, bottines et vêtements uniformément noirs sont devenus sa marque, de même que ses guêpières, bas résilles et dentelles en stretch vendus dans des boutiques-boudoirs, dans plus de vingt-cinq pays.

Chantal Thomas chez elle, dans son décor glamour,
et le célèbre capiton rose devenu sa marque


Toujours sophistiquée, même à sa table de travail


Taille de guêpe comme à la Belle Epoque et dentelles en fibres modernes

Quand on franchit le seuil de sa boutique tout en capiton rose du 211, rue Saint-Honoré, Paris ler, on a l’impression de se retrouver dans un univers douillet et confortable, drôle et raffiné faisant plus songer au boudoir d’une élégante de la Belle Epoque qu’à une boutique. On s’y sent tout de suite en confiance, enclin à faire mille folies en achetant quelques uns de ces dessous froufroutants et malicieux portant la griffe aujourd’hui prestigieuse de Chantal Thomass. Et quand on entre dans son élégant appartement blanc et rose du XVI è arrondissement, on ressent aussitôt le même sentiment de bien-être, s’enfonçant délicieusement dans ses canapés capitonnés de rose, la marque de son site Internet, pour déguster un thé aux amandes dans de précieuses tasses de porcelaine « rocaille ». Le secret de la réussite éclair de Chantal Thomass est que tout semble évident dans sa façon de marketer ses créations : évident de prendre pour teinte dominante ce rose qui suggère si bien la chair féminine, évident de miser sur le goût intime des femmes qui ne supportaient plus le stricte minimalisme en matière de lingerie des années soixante et étaient prêtes à dépenser pour leurs dessous, même pour leur propre plaisir, évident d’allier la mode des corsets étranglés de la Belle Epoque à l’emploi de matières faciles à porter et à entretenir : dentelles fabriquées à Calais, certes, mais réalisées en fibres modernes telles que stretch ou polyamide. Pourtant, ce fut un long cheminement avant de trouver sa voie et de combler un manque évident, car il n’y avait pas de vrais stylistes et créateurs dans la mode de la lingerie, pas non plus de défilés avant l’arrivée en fanfare de Chantal Thomass.

Tout commença en « bidouillant » ses uniformes de pensionnaire

Avec un père ingénieur et une mère couturière, l’avenir de Chantal Thomass – c’est son vrai nom – ne semblait pas forcément tout tracé. « Ma mère n’exerçait plus qu’à la maison et en particulier elle me faisait toutes mes robes. Dès l’âge de dix ans, j’ai commencé à très bien savoir ce que je voulais et à l’influencer. Ensuite, détestant mes tristes uniformes bleu marine de pensionnaire, j’ai pris l’habitude de largement les « bidouiller ». Pas très assidue dans mes études et lisant plus volontiers Elle ou Vogue que mes bouquins scolaires, je ne me passionnais que pour la mode, si bien que mes parents m’ont fait suivre à tout hasard des cours de dessin. Ensuite, ils m’ont à ma demande émancipée pour que je puisse fonder à 18 ans avec mon fiancé peintre une petite société de prêt-à-porter jeune et loufoque appelée Térébenthine. On travaillait dans le garage familial. Dorothée bis, la boutique branchée des juniors, rue de Seine, nous a pris nos créations et ce fut vite le succès. »
Ce fut précisément ce succès qui posa ses premiers problèmes à Chantal Thomass. Il fallut vite augmenter le capital pour étendre la société, donc trouver des investisseurs. Chantal, qui s’était séparée de son premier amour et associé, abandonna la marque Térébenthine pour la sienne et intéressa des investisseurs japonais qui avaient la société Worl. L’aventure avec eux dura de 1985 à 1995.
« Worl pensa alors pouvoir se passer de moi et me vira brutalement, tout en gardant l’exploitation de ma marque dont je ne possédais que 34%. Je ne pus rien faire, mais être dépossédé de son propre nom, c’est dur. J’ai alors travaillé comme simple consultante pour des modèles de lingerie de luxe auprès des marques américaines Victoria’s Secrets, Wolford et Saralee, une société qui possédait déjà Dim, Pletex et Wonderbras. J’ai pu convaincre Saralee de racheter ma marque aux Japonais. Début 2006, Saralee a été revendu à Sun Capital qui possède aussi Dim. On peut donc dire que je travaille en collaboration avec Dim pour Sun Capital. »

Les femmes en guerre contre la lingerie minémaliste

Chantal comprit vite qu’il y avait un vrai manque en 1995 dans le domaine de la lingerie féminine, la mode étant alors aux modèles minimalistes, peu chers et confortables, mais dépourvus de féminité, sans dentelle ni fanfreluches, jugées trop difficiles d’entretien. Le challenge pour elle fut donc de s’engouffrer dans la brèche en proposant des « parures » (culotte et soutien-gorge) coquines, très féminines et faciles à entretenir grâce à l’emploi de fibres nouvelles. Elle remit à la mode guêpières et porte-jarretelles confortables et peu fragiles, bas résilles très voluptueux. « Avec mon équipe marketing, comme on dit maintenant, qui se compose en fait de deux personnes plus moi, on a tenté de décliner une ligne sur toute une gamme, en attirant aussi les juniors avec des « parures » ne dépassant pas la somme de 120 euros. On a aussi décidé de faire deux collections par an, comme la Haute Couture. Le meilleur coup de pub que j’ai jamais eu et qui m’a valu de faire parler de ma lingerie dans tous les médias me vint des « Chiennes de garde » en 1998. J’avais alors obtenu des Galeries Lafayettes de faire toutes les vitrines avec mes modèles de lingerie, de vrais mannequins venant parfois figurer dans les vitrines en une sorte de happening. A mon sens, c’était drôle, raffiné et pas le moins du monde indécent, mais ce ne fut pas l’avis des Chiennes de garde qui y virent une référence aux fameuses vitrines des prostituées d’Amsterdam. Je n’aurais jamais pu rêver meilleure opération de marketing ! »

Le parfum, intimité et identité d’une femme

Lorsque les directeurs du parfumeur français P et B, dont le siège est à Paris, sont venus trouver Chantal pour lui demander de créer un parfum à son image, le challenge l’a amusée et deux nouveaux parfums ont vu le jour à partir de 2001, « Chantal Thomass » et « Ame coquine », des flagrances selon ses goûts, à la fois capiteuses et impertinentes. Ensuite ce fut le tour d’un fabricant de parapluies, de lampes Berger, de papeterie de luxe. « Si le pari me plaît, je m’efforce de convaincre mes associés et quand j’ai leur accord, je fonce sur mes carnets de croquis et je dessine comme une folle. Sans avoir l’extraordinaire coup de crayon de Christian Lacroix, je dessine des projets assez nets et précis pour bien me faire comprendre. Ensuite, c’est au fabricant qui m’a contactée de faire fabriquer le produit, puis de le diffuser, en nous payant sous forme de royalties. J’ai en particulier beaucoup apprécié de travailler pour la société Atomic Soda, spécialiste de boîtes de rangement et papeterie de luxe, qui est venue me voir et pour laquelle j’ai conçu toute un éventail d’agendas, papier à lettres et carnets dans une gamme rose et fausse dentelle noire à mini prix en vente dans les Grands Magasins. J’aime bien ce genre d’action ponctuelle. Dans le même esprit, j’ai par exemple imaginé une ligne de prêt-à-porter féminin, masculin et enfants sur vingt pages du catalogue des Trois Suisses. Et, pour 2007, je travaille à une ligne de bougies très féminines et coquines pour la société Point à la Ligne.»

Pour en savoir plus :
-   Boutique Chantal Thomass, 211, rue Saint-Honoré 75001 Paris, Tél. : 01 42 60 40 56.
-   Voir le livre « Plumes et dentelles » aux éditions Ramsay, consacré aux collections Chantal Thomass, 24,50 euros.
-   Ou aller sur son site : www.chantalthomass.fr.

Durant le carnaval, tout est permis

Venise, la féerie sous les masques

Antonia Sauter ouvrant le célèbre Bal du Doge
Durant le carnaval, qui dure plus d’une semaine de fin janvier à début février, Venise est un scintillement, quand toute la ville semble alors revivre au temps des doges ou de Casanova. Partout, les palais s’illuminent pour recevoir leurs hôtes, mais la plus belle soirée est celle du Bal du Doge…

Antonia travaillant dans son atelier

Un palais en habit de lumière
Sur le Grand Canal, le palais Pisani Moretta, propriété du comte Maurizio Sammartini, a revêtu son habit de lumière pour le Bal du Doge, le plus couru de Venise. Les premières gondoles arrivent, portant belles à paniers ou crinolines, petits marquis de cour poudrés à frimas, gandins en gants jaunes. Les éclairages figurent un Eden enchanté, tandis que retentissent les sanglots des premiers violons. Tous attendent bien sûr la reine du bal, Antonia Sautter, qui paraît enfin, faisant bruisser sa large robe de soie. Le bal peut commencer, par un menuet bien sûr, mené par Antonia.
Ce que l’on ne devine pas, à la voir souriant à tous, c’est qu’il y a des nuits qu’elle ne dort pas, veillant au moindre détail du décor, étudiant éclairages, menus, candélabres parant les tables, mettant la dernière main aux costumes de ses hôtes. Ce bal, célèbre pour son élégance, ne compte jamais plus de quatre cents invités, qui doivent tous être parrainés.
Immortel Casanova

Le même en modèle réduit

Au même moment, place Saint Marc, dans les rues voisines ou dans d’autres palais, ils sont un millier à déambuler en costumes, prenant la pose devant les photographes, en couples ou par groupes, dégustant un chocolat au Café Florian, le plus vieux de la ville, puisque sa création date de 1720.
Toutes les vitrines sont en habits de carnaval

Deux belles de nuit

Couple devant le Palais des Doges

La fascination d’Antonia pour le carnaval remonte à son enfance. Avec sa mère, Italia, elle dessinait chaque année longtemps à l’avance son futur costume, cherchant l’inspiration dans les livres anciens et les gravures des bals de jadis.
- Pourtant, dit-elle, je n’ai pas suivi d’école de graphisme ou de stylisme et je dessine toujours comme une petite fille, épinglant sur mes dessins les échantillons de tissus et de broderies, comme Marie-Antoinette le faisait avec sa couturière Rose Bertin !
Et plus jeune couple...
Promenade romantique devant les gondoles


A 26 ans, elle a ouvert sa première boutique d’accessoires et en compte quatre à ce jour ! Le Bal du Doge s’est créé par hasard. Un client est un jour entré dans sa boutique pour y acheter des masques et ils n’ont pas tardé à sympathiser. Il s’agissait de Terry John, le chef du groupe Mounty Python. La BBC l’avait chargé d’organiser une fête autour du personnage légendaire d’Enrico Dandolo, le doge aveugle qui avait participé au financement de la Première Croisade. Antonia s’est présentée comme la grande spécialiste des fêtes vénitiennes, ce qui était très exagéré... 
A cette fête filmée par la BBC, elle convia tous ses amis, qu’elle avait elle-même costumés. Et ce fut le premier Bal du Doge. L’idée était née, elle perdura avec la réussite que l’on sait…
- Ce bal est à chaque fois une gageure, explique–t-elle. Je dois chaque année me surpasser, surprendre mes invités, trouver d’autres thèmes, de nouveaux jeux de lumières, des costumes plus spectaculaires. C’est une soirée que j’offre à ma mère, morte bien avant sa réalisation. Elle aurait été heureuse de voir que je restais fidèle à mes rêves d’enfant. Même si je travaille dur pour cette réussite, tout doit paraître simple, réalisé d’un coup de baguette magique.

Elégante devant le Pont des Soupirs
 D

Chariots voluptueux

Les chars de la volupté


A Puri, pendant le festival de Ratha Yatra ou Fête des Chars, en juin ou juillet selon le calendrier lunaire, le très ancien dieu local Jagannat, accompagné de sa sœur et de son frère, sont sortis en grande cérémonie de leur temple, le Sri-Jagannat interdit aux non hindouistes. On les porte sur trois gigantesques chariots jusqu’à leur résidence d’été.

Sur les côtes de l’Orissa, des villages de pêcheurs dénués de tout confort
Puri est une agréable bourgade presque propre de l’Orissa, sur la côte du nord-est de l’Inde, une région encore méconnue. Pourtant, les kilomètres de plages blondes devraient attirer les touristes, à condition bien sûr que les plages soient assainies. Pour l’instant, les pauvres pêcheurs qui s’y sont établis en petits villages dans des huttes peu salubres, faites de palmes entrecroisées, n’ont qu’une seule pompe à eau par village. Ni électricité ni égout. Et, forcément, les quelques trois cents pêcheurs de chaque village n’ont que la plage pour y déverser des ordures jamais ramassées ou s’y soulager. C’est dire qu’on ne peut absolument pas se baigner dans ces abords. Pourtant, les gamins surfent avec les moyens du bord, planches ou bouts de polystyrène, sur des rouleaux géants et des petites filles parées comme des princesses jaillissent de leurs pauvres masures. En outre, le poisson n’y est jamais consommé frais, par manque d’installations frigorifiques, mais mis à sécher sur le sable, ce qui ajoute à la pestilence ambiante.


Les pêcheurs
 presque misérables de Puri...


... Se rendent le soir à la Fête des Chars


Si l’on fait abstraction de ces inconvénients olfactifs, la vision est paradisiaque : mer bleue déroulant ses vagues, barques de même teinte, huttes pouvant, de loin, paraître issues d’un village du Club Med. Ce qui fait tout oublier est l’accueil charmant des habitants, qui invitent à entrer chez eux boire un chai, thé indien sucré et aromatisé, déguster un chapati, crêpe de froment, ou un samosa, petit beignet fourré de viandes ou légumes. Tous revêtent leurs plus beaux vêtements pour se rendre au centre ville de Puri, où a lieu ce soir le dernier jour du festival de Ratha Yatra, le plus important.
Les trois dieux, trônant dans leurs chars parés d’or et de fleurs, tractés par des centaines de pèlerins, sont revenus de leur résidence de Gundicha Mandir, à trois kilomètres de là, pour retrouver leur temple de Sri-Jagannath. Il suffit d’entendre les chars rouler sur les cailloux ou mieux, de les toucher, pour être assuré de stopper la Roue de la Vie et le cycle des réincarnations. On accède ainsi directement au nirvâna, la paix céleste. C’est dire que l’enjeu est primordial pour tout hindou !

Puri, une bourgade aux délicieuses maisons peintes
            Puri, petite ville assoupie au bord de la mer, ne revit que le temps des festivals. Il y en a deux par an : le Chandan Yatra en avril-mai, une fête vishnouïste durant laquelle l’effigie de Vishnou est transportée en barque sur le lac sacré de Narendra, pour se rafraîchir dans ses eaux parfumées de santal, et celle des Chars, qui connaîtra son point culminant cette nuit, quand les dieux retrouveront leurs temples. En attendant, la foule se presse devant le Sri-Jagannath, qui m’est malheureusement interdit, ainsi ce jour-là que les terrasses qui le bordent. Impossible donc de jeter un coup d’œil à ses innombrables sanctuaires et à ses 752 fours jamais éteints depuis son inauguration au XII è siècle et capables de faire cuire 200 000 repas par jour. La plus grande cuisine du monde, dit-on.

Les trois dieux très anciens que l'on célèbre à Puri
            Il fait près de 40° dans la bourgade, une chaleur si humide que tous les fronts ruissellent. Pas un occidental pour admirer ces trois lourds chars si décorés de guirlandes dorées ou fleuries qu’on n’en voit pas l’intérieur. Chacun transporte pourtant son dieu. Quantité de brahmanes en pagnes oranges, plutôt abrutis par la chaleur, y somnolent avec une décontraction toute indienne. Cela n’entame pas l’enthousiasme de la foule. Chacun s’efforce de toucher au moins l’un des trois chars dans une cohue bon enfant. Le salut dans l’autre monde reste à ce prix.
            Certains pèlerins, plus sages ou déjà comblés par les trois dieux, papotent à l’écart de la foule, s’arrachent des boissons fraîches, mais pas d’alcool ni de viande durant une fête religieuse, cherchent un coin d’ombre sur le seuil de ravissantes maisons peintes pour y dormir avant les festivités du soir.
            Puis la foule s’écoule lentement vers la rive, devant l’hôtel Mayfair où la plage est propre et bien entretenue. Des familles entières jouent parmi les vagues, riant de se faire renverser par les rouleaux. Les femmes entrent dans la mer toutes habillées, sans se soucier de leurs rutilants saris brodés d’or. Dans l’ensemble, les Indiens nagent fort mal et les secouristes de l’hôtel, armés de grandes bouées, restent vigilants.
            Quand la nuit tombe sur Puri, une forêt de lumières et de guirlandes rivalisent avec les étoiles. La foule est devenue très dense, plus d’un million de pèlerins, dit-on. La police a été mobilisée, les rues barrées. La seule approche du temple se fait au pas par l’avenue principale, après une marche éreintante, au coude à coude, de deux bons kilomètres. Les brahmanes hurlent des prières incompréhensibles que les pèlerins reprennent en cœur, bras droit levé. Je m’applique à les imiter,  en m’empêtrant un peu dans les paroles, mais ma bonne volonté me vaut bien des copains et copines. Des fenêtres des balcons jaillissent des jets d’eau rafraîchissants. Ces milliers de pèlerins doivent tous faire le tour des trois chars en touchant si possible chacun des trois. Autant dire que cela prendra des heures avant que Jagannath et sa famille retrouvent leurs pénates…
            Tout le monde achète leurs effigies, assez moches à vrai dire…

A Konàrak, un chariot de pierre pour enseigner l’amour
            «Ici, le langage des pierres est plus puissant que celui des hommes », disait l’écrivain indien Rabindranath Tagore en évoquant ce char de pierre édifié au XIII è siècle par le roi Narasimhadeva pour honorer Surya, le dieu du Soleil. Le temple reproduit très exactement la forme des chars de Puri – il y en a aussi dans les villages des environs, mais les plus prisés des pèlerins restent ceux de Puri. La base du temple forme un vrai char équipé de 24 roues de pierre de trois mètres de diamètre chacune. Tout le temple est délicatement sculpté, surtout sa base, que l’on peut donc admirer de près.


Les chariots d'aujourd'hui...

  
... Ressemblent à s'y méprendre à ce char de pierre
édifié au XIII è siècle et classé
 au Patrimoine Mondial de l'Unesco 

C’est un étonnant spectacle que de contempler ces femmes et ces jeunes filles indiennes, venues ici en pèlerinage, prudes par tradition familiale, regarder avec ahurissement une fellation, un cunnilingus, une partie à trois, quatre, cinq ou plus, les animaux copulant aussi allègrement que les hommes. Le moindre guide, gamin ou sage vénérable, s’échauffe d’ailleurs bien vite en commentant les sculptures ciselées avec une telle beauté que le temple est aujourd’hui Patrimoine mondial de l’Unesco.
On s’est longtemps demandé pourquoi le roi avait commandé aux sculpteurs un tel délire érotique. Puis on a pensé, bien sûr, à une nouvelle illustration du Kama-Sutra.

C'est un étonnant spectacle que ces femmes ou jeunes filles
contemplant des scènes érotiques

Le Kama-Sutra, science de l’amour et science de la vie
            Vers le IV è siècle, sur les ghâts ou marches du Gange, à Vârânâsi, la ville ou l’on va pour mourir (Bénarès), le sage Vatsayayana a écrit ce Kama-Sutra ou science de l’amour. Le texte, rédigé en sanscrit, la langue sacrée de l’Inde, comporte quelques deux mille deux cent cinquante slokas ou versets. Comme le dit l’auteur, il ne s’agissait pas seulement d’énumérer et expliquer les 64 fameuses positions amoureuses :
            « Quelqu’un qui connaît les vrais fondements de cette science, préserver sa vertu (dharma), sa richesse (artha) et ses jouissances sensuelles (kama), et respecte les coutumes de son peuple, est assuré de parvenir à la maîtrise de ses sens. En bref, une personne intelligente et avisée, se préoccupant correctement du dharma, de l’artha et du kama, sans devenir l’esclave de ses passions, obtiendra le succès dans tout ce qu’elle pourra entreprendre. »
            Connaissance approfondie de la science amoureuse, certes, et la visite du Temple du Soleil y contribue largement, mais pour éviter de se trouver assujetti à ses sens.
           
Partout sur le Temple du Soleil, l’éveil de la kundalini
            On peut aussi penser que le roi bâtisseur, tout en connaissant fort bien l’œuvre de Vatsayayana, avait aussi d’autres savoirs. Parmi le foisonnement des sculptures de son sanctuaire, chaque étreinte, chaque posture sexuelle, chaque jeu amoureux est suivi d’une représentation d’un serpent. Enlacé au couple ou au dieu présidant à l’acte, il se déploie vers la tête des partenaires pour former parfois une vraie coupole de serpents. Bien des dieux du panthéon indien et même le Bouddha sont souvent ainsi représentés. Ce serpent n’est autre que la kundalini, une représentation tantrique de l’éveil du désir atteignant une dimension cosmique. Le Temple du Soleil célèbrerait donc surtout le Tantrisme.
            Le Tantrisme est la science des tantras, mot sanscrit signifiant trame, filet et par extension tout ce qui développe la compréhension, en particulier d’une sexualité cosmique. En effet, pour les hindous, l’univers entier est engendré par le jeu sexuel de la déesse Shakti, pénétrée par l’invisible Shiva. Le monde étant né du désir, il ne convient pas pour les tantrikas hindous, les adeptes du Tantrisme, de réfréner les leurs, mais de réorienter leur énergie. Ainsi, dans les pratiques tantriques, le novice doit être « chargé » des pouvoirs de la divinité qu’il invoque par l’union sexuelle avec un partenaire déjà initié du sexe opposé. Ensuite, bien sûr, l’enseignement se complique… On prétend qu’un tantrika particulièrement doué devrait pouvoir, en une nuit, s’unir à 108 femmes…
            En éveillant par la pratique sexuelle bien dirigée le serpent, la kundalini lovée à la base de la colonne vertébrale, on la fait remonter jusqu’au sommet de la tête, puis au-delà, de chakra en chakra (roues toujours, points du corps concentrant les énergies). Le tantrika recrée ainsi en lui l’union de Shakti et de Shiva, tout en retenant sa semence pour produire le bindu ou semence d’énergie. Plaisir ineffable…
Le problème est que cette science tantrique du plaisir ne peut être apprise qu’avec un maître lui-même déjà initié. Ne reste qu’à le trouver…
L'une des célèbres 24 roues de Konarak


L'amour comme une ascèse permettant l'éveil
 de la Kundalini, le serpent sacré 

Fiche technique
. Un visa est obligatoire. Allez sur le site de VFS France, vfs-in-fr.com pour une pré inscription ou passez par Action-Visas.com, 10, 12, rue du Moulin-des-Prés, 75013 Paris.
. Vols directs Paris-Kolkatta, Air France, tarifs intéressants si on s’y prend d’avance, voir airfrance.fr, Air India, airindia.com, Delta Air Lines en partenariat avec Air France, voir delata.com ou Gulf Air, voir gulfair.fr.
            . Comment organiser votre voyage. Si vous êtes précis et savez ce que vous désirez, s'adresser à une agence de voyages indienne vous reviendra bien moins cher que son homologue français, mais n’oubliez pas de discuter les prix. Demandez Muna, à India Tours Development Co, au L-23/7, Middle Circle, Connaught Place à Delhi, indiatoursco@live.com. Il peut vous fournir un chauffeur, réserver vos vols intérieurs, vos hôtels, confirmer vos vols retours, etc.