samedi 8 janvier 2011

Propos d'écrivain

Friandise indienne

On n'en finit plus de décliner les 64 positions
décrites dans le Kama Sutra ou précis de l'Art d'Aimer

"Le serviteur, dûment enturbanné, comme il se soit, apporte avec des gestes solennels les jus de mangue au gingembre commandés et leur inévitable cortège de pâtisseries et fruits confits. Tandis qu’il les sert, Laure s’amuse, à l’abri de la table basse en argent qui les protège à peine en leur ménageant un petit semblant d’intimité, à provoquer Shan. Elle aime ces jeux furtifs, entre eux, surtout quand tout lui semble si menaçant, si dangereux, même en cet écrin de luxe. Sa main flâne vers la cuisse de Shan, s’égare plus haut, s’agite et se pose, continue sa reptation jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite du résultat obtenu. Repart à l’assaut de cette citadelle, tandis que Laure affecte un air impassible. Elle exige d’ailleurs la même apparente insensibilité de Shan, guettant le point de rupture. Quand il ne pourra plus résister à l’étreinte aimante des doigts de Laure, saura-t-il faire durer encore ce lent supplice amoureux avant de jouir sans proférer un son ? Sans une plainte.
Shan, qui sait que Laure n’a aucune intention de l’épargner, veut congédier le serviteur d’un geste après un bref remerciement, mais Laure le retient exprès, s’enquérant du nom de chaque friandise et de sa composition. Et pourtant, c’est seulement Shan qu’elle entend grignoter, déguster, mordiller jusqu’à la limite du supportable.
L'ombre de la maharani de Samode, toujours aussi complice, les guette depuis le coin de son miroir. Son sari, de bleu et d'argent également, assorti à ce salon lunaire, accroche brièvement l'éclat d'une bougie et bruisse dans la paix de ce chaud après-midi indien. Proprice à toutes les fièvres et les folies. Les meurtres, les trahisons, les abandons. La vie d'un zanana indien, tout simplement."

Et j'écris ces lignes sous la neige parisienne, quand il serait si délectable de retrouver les émois du salon d'argent de Samode, la courtoisie complice des serviteurs si dignes et si bien enturbannés. Je peux aussi troquer Samode, son palais et ses secrets pour mon houseboat de Srinagar, où une grande ombre sait me retrouver à la nuit tombante, lorsque les shikaras glissent lentement sur le lac Dal, dérangeant à peine la cohorte des aigles marins. Oh, les magies de l'Inde...

Superbe impudeur amoureuse prônée dans le
Kama Sutra


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