vendredi 29 août 2014

NOUVELLES PUBLICATIONS

 

LES ENQUÊTES D'HENRI DE SAMBREUIL

 

 
 

1. LE JEU DE LA REINE

 

 
Extrait
Il faisait trop chaud dans la chambre mal aérée du relais. Il y eut comme un bruissement furtif derrière la porte, un glissement feutré. Cherchait-on à pénétrer dans la pièce ? La porte s'ouvrit avec précaution sur une mante si ample et si sombre que l'on ne pouvait deviner qui s'en était enveloppé et s'il s'agissait d'une femme ou d'un homme. Le corridor était désert. A quelques pas de la porte, une torche se consumait, fichée dans le mur. Le domino s'en approcha, éteignit la torche et l'ombre se fit plus sombre et plus épaisse. Plus inquiétante.
Par une croisée entrouverte dans l'escalier pénétraient les bruits tranquilles de la forêt. On entendait murmurer une source et hululer une chouette. Il y eut soudain le cri bref et tragique d'un petit animal à l'agonie, puis le silence recouvrit cette mort anonyme. La silhouette imprécise se glissait sans un bruit le long du corridor, se blottissant soudain dans un recoin obscur quand elle croyait avoir perçu un son insolite, reprenant ensuite sa prudente progression. Parfois, un ronflement ou l'écho d'un rêve venait transpercer les cloisons trop minces. On avait alors l'impression d'entendre battre le pouls de la nuit.
Une main se dégagea de la mante, tenant une petite clef qu'elle inséra dans la serrure. Le pêne joua sans bruit, la porte s'ouvrit avec un bref grincement. La silhouette s'engouffra par l'ouverture, examina à nouveau le corridor, referma le battant tout aussi habilement. Quand ses yeux se furent habitués à l'obscurité, le domino s'approcha d'une alcôve du même pas sûr et glissé. On entendait monter du lit un souffle régulier. Un parfum de tabac se dégageait des draps chiffonnés, sans doute repoussés durant la nuit par un pied impatient. La main du domino se leva. La lame d'un blanc méchant d'un stylet brilla un court instant au-dessus de l'oreiller. Maintenant que sa vision s'était accoutumée à l'ombre, le domino distinguait mieux le visage du dormeur. La main armée hésita un bref instant, faillit retomber, mais elle eut soudain un geste bref et décisif. Tandis que l'autre main venait se plaquer durement sur la bouche encore entrouverte, le stylet parut déchirer l'air avant que de s'enfoncer dans la chair du cou. Là où l'artère fémorale bat  sous la peau comme un oiseau prisonnier. Un flot de sang jaillit de la gorge ouverte, qui semblait maintenant dessiner à la base du cou un second sourire. Hideux et sanglant. Pressant un oreiller sur le visage de sa victime, l'assassin regarda le corps d'un œil froid.
Une odeur douçâtre, écœurante, celle du sang, flottait à présent dans la pièce…
 


2. AUTOPORTRAIT A LA SANGUINE

 

LA FEMME DE PAPIER 

Extrait 


L’hôtel de la Providence, au 19 de la rue des Vieux-Augustins, n’avait pas grand intérêt et était même des plus modestes. Son seul avantage était d’être situé tout près de l’arrêt de la diligence venant de Caen. C’était l’unique raison pour laquelle elle l’avait choisi. D’ailleurs, cela n’avait que peu d’importance. Que son plan aboutît ou non, elle n’y resterait pas longtemps. Que cette Simone Evrard était donc une déplaisante personne ! Pour s’acoquiner avec un tel homme, on ne pouvait évidemment être un ange de beauté ou de vertu… Il était tout de même fâcheux qu’il fût malade et obligé de rester chez lui… Enfin, il lui fallait bien s’adapter aux circonstances. Elle lui avait écrit, la lettre était partie. A cette heure, il l’avait probablement déjà reçue. Quand elle reviendrait, le dragon femelle ne pourrait continuer à l’empêcher d’entrer, puisqu’elle serait pour ainsi dire attendue. L’emplette qu’elle avait faite dans les arcades du Palais-Royal était bien emballée, comme elle l’avait demandé. Le papier portait le nom du fournisseur : “Chez Badin”. Le nom était plaisant et la fit sourire. On toqua à sa porte.
C’était le coiffeur qu’elle avait fait chercher. Il convient d’être à son avantage pour un tel rendez-vous. Elle voulait se faire friser comme c’était à présent la mode dans la capitale. Toutes les femmes arboraient des coiffures de pâtres grecs. Même si elle refusait de sacrifier sa longue chevelure, des boucles moussant tout autour du visage serait sur elle d’un effet charmant.
L’homme était venu avec son aide, un bel enfant d’une douzaine d’années auquel elle sourit. Toujours, elle avait su plaire aux enfants. C’était bon de s’abandonner entre les mains expertes du coiffeur en écoutant d’une oreille distraite son babillage. C’était bon de s’offrir un peu de raffinement après la fatigue du voyage. Les fers chauffaient avec un petit grésillement agréable. Quand ils étaient à point, le coiffeur enroulait une mèche de cheveux d’un geste preste et lui donnait un joli volume. Une fois que ce fut terminé, elle se regarda avec complaisance dans le miroir qu’il lui tendait, paya et le remercia.
Il était temps de s’apprêter. Elle revêtit la jolie robe de mousseline à pois qu’elle avait fait faire pour la circonstance et n’avait encore jamais portée, l’égaya d’un fichu rose qui avait l’avantage de flatter son visage trop pâle, puis elle enfonça avec décision son chapeau noir à cocarde verte et aigrette noire. Grâce à ces boucles qui l’auréolaient avec douceur et semblaient un prolongement naturel de son chapeau, elle était charmante et sourit à son image.  On aurait dit une jeune fille se rendant à un rendez-vous d’amour !
Sept heures venaient de sonner, mais il faisait encore grand jour, en ce mois de juillet qui s’annonçait très chaud. Il ne fallait plus tarder et descendre chercher un fiacre. Elle défit le paquet et glissa son achat dans son corsage, ainsi que son extrait d’acte de naissance et une petite lettre qu’elle avait auparavant rédigée et qui expliquait ses motivations. Puis elle prit une autre lettre, posée en évidence sur sa table de chevet. Celle-ci lui servirait d’introduction, si cette Simone Evrard s’obstinait à demeurer aussi désagréable. La soirée était belle. Enfin, un peu de fraîcheur tombait sur la ville.
Elle marcha un moment, heureuse de savourer cette promenade et de voir les hommes se retourner sur son passage. C’était une grande fille vigoureuse et saine et elle savait qu’elle plaisait. Quand elle arriva rue des Victoires nationales, elle vit un fiacre qui attendait. Elle y monta et donna l’adresse de l’hôtel de Cahors, 20 rue des Cordeliers. Durant le court trajet, elle se remémora exactement ce qu’elle devait faire. Quand la voiture s’arrêta devant la maison qu’elle connaissait déjà, elle en sauta lestement, paya le cocher et le renvoya. A quoi aurait servi qu’il l’attendît ?
- Encore vous ! dit la maîtresse de céans de la même voix aigre. Je vous avais déjà clairement fait entendre qu’il était malade et ne recevait pas, il me semble.
A ce moment arrivait un marchand de journaux, avec un paquet d’exemplaires qui sentaient encore l’encre fraîche. Elle jeta un rapide coup d’œil sur les piles portant en bandeau la date du jour et le titre du journal : 13 juillet 1793 et Journal de la République française. Le marchand était accompagné d’un homme mis comme un bourgeois, qui insistait pour être payé. C’était l’imprimeur. Pas fâchée de voir que la femme perdait avec lui un peu de sa superbe, la jeune fille au chapeau noir parvint à s’introduire dans le logis sans être remarquée...
 

3. LA FEMME DE PAPIER

Extrait

Pour distraire Maxime de Beaulieu, qui faisait peine à voir depuis la mort d’Adèle de Tillac, Henri de Sambreuil l’avait emmené prendre l’air sur la promenade des Champs-Elysées. C’était si joli, tous ces arbres jadis plantés par Lenôtre, encadrant la plus belle perspective de Paris. En ce mois de messidor déjà chaud, les arbres s’ornaient de petites feuilles fragiles, d’un vert encore tendre. Même si l’on ne menait plus grand train sur les Champs-Elysées, si l’on n’y voyait plus les attelages racés de naguère, du temps que le comte d’Artois, frère du défunt roi, allait voir courir ses juments à Auteuil, il y avait encore là quantité d’élégantes. Enfin, c’étaient les nouvelles élégantes, les femmes ou les compagnes des citoyens-députés qui arboraient des robes fluides, couleur “boue de Paris”, et des fichus bouffants. Les boucles de leurs chevelures arrangées “à l’antique” s’ornaient de rubans tricolores, parfois même d’une cocarde. Il y avait aussi quantité d’enfants courant après leurs balles. Vêtus à présent “à la matelote”, dans le goût anglais, ils avaient une liberté d’allure qui allait bien à leur âge. Des marchands proposaient aux passants gaufres et sorbets, crêpes et beignets.

Cette fin de juin était déjà étouffante, mais Henri et Maxime avaient l’impression de respirer mieux sur cette promenade que dans les jardins des Tuileries, où trop de souvenirs venaient les assaillir.

- Venez voir ce montreur de singes, Eléonore et bon-ami, cria joyeusement, à côté d’eux, une toute jeune femme.

Ses boucles brunes, son visage un peu rond lui donnaient un air enfantin.

- Babet, voyons, vous ennuyez Maximilien.

Maxime tressaillit en entendant ce prénom et Henri l’emmena plus loin, pas assez vite pourtant pour qu’il ne pût entendre...

Ces trois livres peuvent être achetés en version papier sur Internet, sur Shop my Book, ils sont répertoriés sous le nom de l'auteur. 

ART DE VIVRE


Vivre comme au XVIIIème siècle dans le Calvados

 

Un crépi aux deux tons tendres s'alliant au vert sombre des topiaires
 

Construit sur une courte période, de 1750 à 1752, d’après les plans de l’architecte Jacques-François Blondel, le château de Vendeuvre, non loin de Saint Pierre sur Dives, est toujours resté dans la même famille et a conservé son mobilier d’origine.

 

L’art de vivre cher à Louis XV


Dans cette « maison des champs », tout est resté dans son jus, les propriétaires, Elyane et Guy de Vendeuvre ayant su préserver un certain art de vivre cher à Louis XV, à la fois poétique et raffiné.

Epargné pendant la Révolution car ses propriétaires n’avaient pas émigré et étaient restés à Rouen, le château a en revanche beaucoup souffert de la dernière guerre, durant laquelle il a servi de caserne. Il fallut ensuite refaire la toiture et réaménager le parc, puis restaurer l’orangerie. Un jardin à la française et son miroir d’eau ont été redessinés d’après les plans originels à l’arrière du château et Guy, pour surprendre ses visiteurs, s’est amusé à organiser dans le parc ce qu’il nomme ses « fantaisies hydrauliques » : des oiseaux crachent des jets d’eau une fois que l’on a franchi le pont chinois, des tortues animent une vraie cascade, un arbre de cristal se change en fontaine.

Quand on ouvre la porte de Vendeuvre, on se croit transporté deux siècles en arrière. On ne se trouve pas dans quelque musée poussiéreux, mais dans une maison campagnarde gaie et colorée où l’on croit voir disparaître derrière une porte la robe à paniers d’une élégante.
Le plafond et les fresques murales ont été peints par
Henri de Vendeuvre

Face à la porte d’entrée s’envole le grand escalier à la belle rampe de fer forgé. Sur les murs veillent des portraits d’ancêtres ou des massacres de cerfs aux bois impressionnants. Mais on a l’impression que le premier étage s’ouvre sur la campagne de Normandie. Des oiseaux s’ébattent dans les arbres et d’un ciel pommelé de petits nuages pend un lustre de Murano. Toutes ces fresques et ces peintures sont l’oeuvre de Guy de Vendeuvre.

 

 

 

 

Tout est prêt pour le sommeil de la jeune fille


Tout de suite à droite du vestibule s’ouvre la chambre de la jeune fille de la maison et l’on dirait qu’elle va y entrer d’un instant à l’autre. Sa chemise de nuit en broderies et dentelles est même étalée sur le lit et la bassine de cuivre enchâssée dans le fauteuil canné percé n’attend que ses ablutions. Cette pièce spacieuse et tendre, ornée d’une cheminée Louis XVI en pierre blanche et de boiseries de même époque, est meublée de fauteuils Louis XVI à médaillon, peints en bleu ciel, de la même couleur que les boiseries. Une perse à personnages chinois dans les tons roses et blancs achève de donner au décor un aspect très jeune. Un prie-Dieu Louis XVI recouvert en rose, une belle commode galbée Louis XIV, un bidet au couvercle orné de marqueterie allient confort et élégance.

Tendresse des tons pastel pour la chambre de la jeune fille
 
Atmosphère douce et raffinée pour la chambre
de la jeune fille


Une salle à manger où la lumière entre à flot


Il règne le même air de gaîté dans la salle à manger donnant par des portes-fenêtres sur le parc et donc très lumineuse. On sait que la salle à manger, pièce inventée par nos voisins britanniques, n’existait pas encore en France lorsque Vendeuvre fut construit. On dit que la reine Marie-Antoinette, toujours férue de nouveauté, fut l’une des premières à l’introduire en France. Ensuite, la mode était lancée et chacun voulut avoir sa salle à manger à l’anglaise remplaçant en confort les guéridons volant que l’on transportait dans les salons à l’heure des repas.
 
Marbres en trompe-l'oeil réalisés par le maître
de maison pour servir d'écrin à ce poëlle de faïence

Scintillement des cristaux et de l'argenterie poru une table de fête

Celle de Vendeuvre, pourvue d’élégantes chaises cannées Louis XV, est dominée par un poêle de faïence à l’allemande juché sur une petite estrade et blotti dans sa niche pour lui donner de l’importance. Devant lui s’ébat un couple d’automates, une autre passion d’Elyane.
Un cabinet à l’italienne, ces meubles servant autrefois à disposer objets rares et curiosités, trône entre les portes-fenêtres, sous un beau cartel Louis XIV en écaille verte. Le décor des murs et le faux marbre de la niche ont été peints par Guy de Vendeuvre. Sur une déserte réchampie de rose et de gris sont exposées coupes en vieux Paris et assiettes de porcelaine au décor fleuri, comme on le faisait au XVIIIème siècle. Il y a même un rafraîchissoir contenant les bouteilles qui attendent les convives.
 
Le salon de jeu bleu et rose
Le repas achevé, les hôtes de Vendeuvre passent dans le salon de jeux aux boiseries Louis XV réchampies de bleu et de beige tendre. Tout y est disposé pour que l’on puisse y exercer cet « art de la conversation » si prisé au XVIIIème siècle ou disputer entre amis une partie de whist ou de jonchet. Sous l’influence de la jeune Dauphine à laquelle le roi Louis XV qu’elle nommait son « cher papa » ne savait rien refuser, on jouait en effet gros jeu à Versailles et l’habitude resta lorsque les courtisans rentraient chez eux. L’ensemble du mobilier est d’époque Louis XV : élégante table de jeu dépliable à marqueterie, ensemble de fauteuils et de canapés Louis XV. Sur une console peinte dans les tons des boiseries sont posées des potiches chinoises XVIIIème et des coffrets à musique. Une rare table de jeu au plateau octogonal peut elle aussi accueillir les joueurs tandis qu’une autre table à jouer a été ouverte devant la cheminée de marbre rouge. Une niche à chien – une autre passion d’Elyane qui en a toute une collection –  recouverte de la même soierie que les sièges semble attendre la venue du petit bichon de la maîtresse de maison. La commode Louis XIV à tombeau supporte elle aussi un automate. Du salon de jeux, la vue porte sur le jardin à la française et le miroir d’eau ornant le derrière du château.
 
Harmonies bleues et roses pour le salon de jeu
Un automate dans l'élégant fumoir
 













La chambre de la maîtresse de maison
Même atmosphère intime et délicate dans la chambre de la maîtresse de maison, conçue plutôt comme un petit salon où elle se plaît à recevoir ses amies. Le lit s’insère dans une alcôve tendue de perse bleue, devant laquelle une délicieuse coiffeuse en marqueterie attend que la maîtresse de maison vienne mettre la dernière touche à sa coiffure et choisisse l’emplacement de ses « mouches ». Près de la cheminée, un meuble Louis XV à transformation dit « bonheur du jour de l’accouchée » supporte une collection de flacons de cristal aux bouchons armoriés. Sa partie supérieure se démonte et peut alors servir de plateau que l’on dépose sur le lit de la nouvelle maman. La cheminée Louis XV de pierre blanche sert d’écrin à une belle pendule à décor chinois qui se reflète dans la glace-trumeau.
 

Le boudoir de la maîtresse de maison

Dans cette pièce intime et chaleureuse, tout a été conçu pour le délassement d’une jeune femme éprise de beauté et de poésie. Le divan Louis XV sert de siège pour la conversation et le guéridon de même époque à étage supporte une collection de biscuits et une petite cage de porcelaine. Sièges, écran de foyer et rideaux sont réalisés dans la même soierie brochée au décor de fleurs très doux, assortie aux tons pastel des boiseries. Là aussi, une niche à chien attend l’arrivée d’un petit compagnon.

 

Le bureau du maître de maison et le fumoir

Plus masculine avec ses tentures frappées à grands motifs floraux s’encadrant entre les boiseries, cette pièce s’orne d’un beau bureau Louis XV en marqueterie et de sièges de même époque. Des oiseaux exotiques semblent prêts à s’envoler de leurs cadres. Devant une peinture réalisée dans le goût des papiers peints de l’époque par Guy de Vendeuvre, un canapé Louis XVI incite à la détente, veillé par un cabriolet Louis XV et un fauteuil d’enfant de même époque. La table en laque noire à décor chinois supporte elle aussi un automate.

 

Des cuisines pour des festins raffinés

Les murs de pierres laissées brutes, le sol également constitué de larges dalles de pierre, la batterie de cuisine aux cuivres étincelants, la table de chasse couverte de jarres en grès, le poêle servant à garnir de braises les bassinoires que l’on glissera ensuite sous les draps, tout contribue à faire de ces pièces un endroit chaleureux, l’antre de la demeure, là où se conçoivent de mystérieuses alchimies culinaires.

 
Une impressionnante collection de cuivres dans les cuisines conçues pour y
préparer de grandioses festins

Tout le confort dans les cuisines comme autrefois


 
 

 
 

jeudi 28 août 2014

LE CORBUSIER EN INDE


Chandigarh, le rêve de Le Corbusier

Le jardin enchanté de M. Chang

Nehru rencontrant Le Corbusier

Plan très structuré de la ville de Chandigarh avec son
lac artificiel
La main stylisée de Le Corbusier














 

Le Pendjab, la patrie des sikhs, avait été amputé d’une bonne partie de son territoire lors de la partition entre Inde et Pakistan. Pour panser ces blessures, Nehru eut l’idée d’une « ville nouvelle », qui serait le symbole de la confiance de l’Inde en l’avenir. Il a l’idée d’en confier la construction à l’architecte français Le Corbusier dont il connaît les travaux. En 1951, Le Corbusier se rend sur place, étudie le site et propose le plan d’ensemble d’une ville modèle.

Les principes d’une architecture nouvelle

C’était la première fois que Le Corbusier avait l’occasion de mettre ses idées en application sur une grande échelle. L’idée du plan général se résume en cinq points :

. Créer une ville fonctionnelle de 500 000 habitants où véhicules et piétons n’auraient pas à se croiser.

. Faire de chaque quartier un village avec maisons d’habitation, école, aire de jeux pour les enfants, marché, boutiques et dispensaire.

. Diviser la ville en secteurs identiques en forme de rectangles, s’ouvrant par quatre portes et interdits aux voitures, chacun représentant un quartier autonome.

. Relier les secteurs entre eux par de larges avenues accessibles aux véhicules.

. Concentrer les bâtiments officiels dans un seul et même secteur bien aéré et paysagé. Ce fut le Capitol Complex, situé au nord de la ville, le seul secteur construit du vivant de l’architecte, mais jamais terminé.

La distance entre rêve et réalité


Détail de l'Assemblée des Etats du Penjab et de l'Haryana

A l'intérieur, des bureaux presque sordides

Et sur le toit, un vrai dépotoir !

L'altière façade de l'Assemblée des Etats du
Penjab et de l'Haryana

 

Comme partout en Inde, Chandigarh a pulvérisé toutes les prévisions et, de 500 000 habitants, elle est passée à un million. Premier problème de taille et pas des moindres, avec des conséquences immédiates :

. Une Surpopulation. Au lieu de multiplier les secteurs au fur et à mesure de l’essor de la population, on a commencé, faute de crédits suffisants, à entasser les habitants dans les secteurs déjà construits, au détriment du confort, de la tranquillité et du nombre d’espaces verts. Les immeubles bas avec jardins conçus initialement n’ont pas tardé à se charger de vilaines verrues, appentis, ateliers, débarras poussés n’importe comment.

. Une circulation difficile. Des moyens de communications importants, bus et tramways, devaient être mis en place pour relier entre eux les divers secteurs, car les distances restent importantes, et ne l’ont pas été. Les habitants ont donc recours comme partout en Inde aux taxis, tuks-tuks et rickshaws qui créent là aussi des embouteillages faute de discipline et de feux rouges suffisants et les chauffeurs s’invectivent à coups de klaxon. Mieux vaut oublier la tranquillité rêvée… Une mauvaise signalisation des rues et immeubles rend tout repère difficile et l’on se perd plus à Chandigarh que dans n’importe quelle ville indienne.

. Un manque d’harmonie entre les bâtiments. L’urgence de loger les nouveaux habitants croyant jouir à Chandigarh de meilleures conditions de vie et la mort inattendue de Le Corbusier l’ayant empêcher de veiller  au respect de ses plans donne aussi aux quartiers résidentiels de la ville un côté inachevé et bâclé. Certains immeubles ont largement dépassé les hauteurs prescrites sans que les autorités interviennent, d’autres ont rogné sur les jardins, des petits commerces ont fleuri n’importe où.

. Le vieillissement du béton. Entre les chaleurs torrides et la violence des moussons, le béton n’a pas tardé à se fissurer et à prendre une vilaine couleur verdâtre. Les espaces verts ne sont pas davantage entretenus. Les toits des bâtiments officiels du Capitol Complex, Assemblée législative, Palais de justice, Secrétariats des Etats du Pendjab et de l’Haryana, Assemblées du Pendjab et de l’Haryana ressemblent à présent à des dépotoirs. Escaliers et couloirs sont à peine propres. Les bureaux contiennent deux fois plus de fonctionnaires que prévu, les rangements sont inexistants, le mobilier aussi disparate que bancal.


Deux avocats sikhs
La Haute Cour de Justice


Sculpture dans le jardin du Gouvernement


Fresque de Satish Gujral au Musée du penjab

. Une morosité ambiante. Le principal charme des villes indiennes, une fois que l’on s’est habitué aux embouteillages, au vacarme, à la pollution et aux odeurs tient à la générosité des marchés étalant avec munificence légumes et fruit, produits divers et farfelus en drainant une population bigarrée et affairée. Rien de tel ici, chaque quartier étant censé se suffire à lui-même et avoir son propre marché. Les autres lieux de charme et de rencontres sont les divers temples où règne toujours une animation bon enfant, où l’on chante, danse, prie ou fume des produits pas toujours licites, propose des offrandes aux diverses divinités, admire les processions ou festivals. Rien de tel à Chandigarh où Nehru a voulu une ville laïque pour rompre avec un passé souvent lourd, mais un Indien sans temple est un Indien perdu…


Architecture intérieure et rampe d'accès du musée

Arbre métallique


Le charmant musée de l'architecture


Gamine photographiant le lac artificiel

Une beauté esseulée

Si le beau rêve s’est évanoui, si Chandigarh ne dégage pas grand charme et qu’on n’a guère envie de trop s’y attarder, il est vrai que bâtiments édifiés sous la surveillance de Le Corbusier gardent encore aujourd’hui une grande originalité architecturale, mais n’ont rien d’indien. Le plus original est sans doute celui du Palais de Justice, avec ses volumes différents et son béton peint de couleurs bien tranchées. En dehors du Capitol Complex inachevé, Le Corbusier a aussi construit le Musée du Gouvernement, très novateur avec sa rampe d’accès pour handicapés, ses panneaux écrits en anglais et certains même en braï pour les mal voyants, son souci de toujours mêler art ancien et contemporain. Quant au City Museum retraçant l’histoire de la création de la ville et des différents projets examinés par Nehru avant sa rencontre avec Le Corbusier, son volume assez exigu lui donne le charme d’une vraie maison aux vitres larges ouvertes à la rencontre du soleil.

Le jardin enchanté le M. Chang

Nek Chand, ancien agent de la voierie
et créateur de Rock Garden
 
Rock Garden, rendez-vous des amoureux

Jeune fille devant le mur électrique

Le mur des poteries

 

Nek Chang, ancien inspecteur de la voirie, a consacré ses loisirs à créer ce jardin labyrinthe s’étendant à présent sur deux hectares, situé tout près du Palais de justice, sur Uttar Morg. Comme le facteur Cheval chez nous, il a commencé par ramasser partout, à ses moments perdus, tous les rebuts de la ville : les bracelets en verroterie cassée des femmes, de vieux ressorts, des écrous, des réveils hors d’usage, des plots électriques, mais aussi des pierres tourmentées par le vent et la pluie, des coquillages, des débris de céramique, des tessons de bouteilles, des éclats de briques. Puis il s’est mis à fabriquer avec ces rebuts, dans son bout de jardin, des personnages fantastiques : une armée de singes digne d’Hanuman, des gardiens de temples, des danseuses sacrées, des déesses que le verre cassé pare de bijoux barbares, des guerriers. Les voisins admirèrent son bout de jardin, ils en parlèrent et il devint une curiosité locale.

Personnage fait de bracelets
Blançoire dans une colossale enceinte artificielle

 

Tant et si bien que le maire lui-même se déplaça et se déclara conquis. Il lui offrit d’abord un bout de terrain près de la Haute Cour. Et M. Chang d’organiser des allées de galets bien ronds, une petite rivière tapissée de coquillages, serpentant parmi de fausses roches de béton faisant illusion, des lavandières portant leur linge sur la tête, veillée par une armée à l’affût. Dans ce terrain vague, il composa une vraie promenade, le vrai et le faux se mêlant intimement. Un mur fait de plombs électriques voisinait avec de vraies roches choisies pour leurs formes étranges évoquant quelque dragon jailli de sa caverne. On décida d’ouvrir ce bout de jardin d’un nouveau genre au public et le succès fut immédiat. Bientôt, il devint le but de promenade favori des habitants de Chandigarh qui ne parvenaient toujours pas à apprivoiser les avenues bien rectilignes de Le Corbusier. Ils se sentaient plus chez eux dans ce décor recyclé, serpentant à l’infini en dessinant une agréable promenade. Le jardin de M. Chang devint ainsi le lieu de rendez-vous préféré des amoureux qui se photographiaient devant ces insolites armées. D’énormes roches furent bientôt transportées pour isoler chaque coin de l’autre en multipliant l’espace.

Quand les végétaux se mêlent au minéral
 

Les autorités concédèrent davantage de place, plus encore, jusqu’à atteindre ces deux hectares qui forment certes un labyrinthe s’insinuant entre de vrais arbres et des buissons fleuris, puis débouche sur une vaste place propice au repos, sorte d’amphithéâtre antique semblant laisser vide par les roches, toujours aussi fausses et donnant toujours l’illusion d’une nature vraie quoique retravaillée. Bientôt, ouvriers et jardiniers travaillèrent sous la direction e M. Chang et son jardin devint le Rock Garden, où bien des idylles se nouent. Il y a même un petit étang où s’éclaboussent une cascade, des ponts, un semblant de montagne et M. Chang continue de fabriquer ses personnages ou animaux magiques pour peupler son parc.

 

HÔTEL DE CHARME A CUZCO, AU PEROU


A Cuzco, le Monasterio,

 

Un hôtel dans un couvent du XVIème siècle

Vue du célèbre Machu Pichu

En arrivant à Cuzco

Petit marché à Cuzco


Bébé parmi les châles

 
Dans la vieille capitale inca de Cuzco (le «nombril du monde » en langue quechua), au Pérou, un hôtel de grand luxe s’est aménagé en 1995 dans un ancien monastère datant de 1592.

Ce qui fait tout le charme du Monasterio, c’est que l’on a, en le rénovant, respecté l’architecture d’origine, conservé cloîtres, chapelle baroque, salles voûtées, peintures, sculptures et mobilier ancien tout en le dotant du confort le plus moderne.

 En arrivant avec ses lieutenants à Cuzco en novembre 1533, Pizarro ne rencontra aucune résistance, car il venait de décimer l’armée inca avec sa terrible victoire sur Atahualpa à Cajamarca. Les Espagnols avaient donc le champ libre pour piller et violer tout à leur aise. Il faut dire que la vision du Temple du Soleil aux murs couverts de plaques d’or et d’argent avait de quoi griser les plus sages... Peu à peu, on tenta d’anéantir tous les vestiges incas, même s’il en demeure aujourd’hui par chance bien des traces. Les Espagnols ne pouvant venir à bout de ces massifs blocs de Cyclope constituant les murs des temples ou palais incas, ils s’en servirent pour les fondations de leurs églises ou de leurs palais coloniaux.

 Un couvent espagnol inspiré par l’art indien

Vieille dans le bazar de Cuzco
Marché de Cuzco
Dans les rues de Cuzco



Le somptueux grand cloître du Monasterio

Le petit cloître
 

Ce fut ainsi que fleurit au XVIème siècle une délicieuse ville coloniale rutilante d’or et d’argent. Le Monasterio n’échappe pas à la règle. La salle de conférences par exemple, aménagée dans l’ancienne chapelle, a su conserver tous ses trésors baroques : magnifique retable de Saint Antoine tout en bois sculpté recouvert de feuilles d’or, orné à profusion de balustres, niches, pilastres et merveilleuses statues alliant l’art espagnol à la naïveté des sculpteurs indiens : les personnages de l’Evangile sont représentés avec de hautes pommettes très colorées dues à l’altitude car Cuzco est tout de même à 3400m, un teint plus sombre que la normale, une exubérante prodigalité des fleurs et des fruits des Andes. On a même préservé la chaire torturée par les ciseaux des sculpteurs et les autels latéraux, également ruisselant d’or. Les peintures sont bien évidemment d’inspiration religieuse. D’ailleurs, ces singulières effigies de saints représentés dans les costumes espagnols d’alors et surtout le foisonnement des anges - les fameux anges de l’école de Cuzco - ont à juste titre rendu cette école de peinture célèbre. Maintenant encore, des artistes qui n’ont rien de copistes car ils font oeuvre de création et d’imagination continuent de peindre comme à l’ancienne anges et saints de Cuzco...

Le cloître, coeur du Monasterio


Intacte car merveilleusement restauré, le grand cloître du Monasterio offre sur les quatre côtés ses doubles arches et ses chapiteaux harmonieusement disposés sur deux étages. Les toits couverts de petites tuiles rondes, le clocher à l’espagnol de la chapelle, l’agréable bassin circulaire évoquent plus un couvent d’Andalousie que le Pérou, mais la végétation est plus foisonnante là qu’en Espagne, les roses et les hibiscus plus éclatants. D’autres petits cloîtres, aux murs souvent peints de teintes vives, jaune et bleu, servent de puits de fraîcheur et de clarté sur lesquels donnent les chambres. Le hall d’entrée aux murs peints d’un bleu dur, ainsi que les salons et les salles à manger courent tout autour de ces espaces de paix et de verdure. La gageure de la décoration des salons notamment est d’avoir gardé les magnifiques proportions d’antan, les cheminées  à la fois massives et délicates, les voûtes dans certaines salles, l’opulence des immenses miroirs baroques et des cadres. Des fauteuils et canapés modernes ne déparent pas les étonnantes pièces de mobilier haute-époque ou d’autres datant parfois du XVIIème et XVIIIème siècles. Tous ces styles se marient à merveille, égayés par des flambeaux de bronze et des coffrets de bois peint. Un fauteuil du XVIIème siècle en bois doré sculpté orne le coin réception, des fauteuils modernes et confortables rappellent tout de même, avec leurs hauts dossiers droits, la rigidité espagnole. Une console en bois sculpté très travaillé, d’insolites commodes galbées, en bois précieux incrusté de cuivre doré, allient style ibérique et colonial. Même dans la salle à manger aux austères voûtes de pierre nue soulignées par des éclairages indirects, les chaises ont gardé des lignes épurées, un peu sévères, convenant à la solennité des lieux.
Le salon et sa succession de belles voûtes

Le hall d'accueil au mobilier richement sculpté

Détail d'une commode où se retrouve l'influence espagnole

Les ors flamboyants de la chapelle

Peinture naïve de l'école de Cuzco dans l'escalier




Des chambres comme des salons


Cent neuf chambres dont douze suites junior et six autres suites plus luxueuses, toutes décorées de façon différente, continuent d’allier avec minutie art colonial et modernité. Les plus récentes sont même équipées d’un diffuseur d’oxygène – pour les personnes pouvant souffrir de l’altitude, respirer de l’oxygène atténue maux de tête et vertiges. Boire du mate de coca, une infusion de feuille de coca, est d’ailleurs également recommandé et proposé gracieusement dans les différents salons. Des peintures murales décorant murs ou entourages de miroirs, l’utilisation massive du bois pour la moindre pièce du mobilier, chevets des lits et armoires de style hispanique, tables et sièges, les tapis de laine tissés par les Indiens, les somptueuses peintures religieuses parfont l’impression que l’on éprouve de se trouver dans un chaleureux palais – on est loin du dépouillement monacal qui n’est d’ailleurs guère présent à Cuzco ! Par contraste, le plafond souvent laissé à l’état brut, simples poutres chaulées de blanc, éclaircit les bois sombres. On n’est pas loin de l’Amazonie, le poumon vert de notre planète, et de ses incroyables richesses en essences végétales. Dans cette forêt primaire luxuriante et souvent très dense, tout pousse en effet et l’on y trouve à peu près tous les bois permettant aux ébénistes de belles compositions colorées, amarante ou palissandre violacés, amourette d’un rouge sombre, andiroba ou kouali plus clairs, merveilleux bois de rose jaune veiné de rose, pins de Paranà crème rosé...

Détail d'une chambre

Tons de bois et de sienne, ambiance chaleureuse pour cette chambre

Riches sculptures pour le lit et la fenêtre servant de banc de repos
 

Quant aux salles de bain, tapissées de marbre clair, elles sont souvent traitées en alcôves, la baignoire se blottissant derrière de vrais rideaux !

 


Merveilleusement restauré depuis qu’il est devenu un hôtel en 1995, le Monasterio a su conserver son atmosphère religieuse, cloîtres servant de jardins intérieurs, rutilante chapelle étincelant de tous ses ors, faisant à présent office de salle de conférence, multiples peintures religieuses très ornementées.

 

Pour en savoir plus :

Hôtel Monasterio, 136, Calle Palacio, Plazoleta Nazarenas, Cuzco, Pérou, Tél. : 242 3427, Fax : 242 3365, site Internet WWW.monasterio.orient-express.com. Compter à partir de 200 dollars la chambre simple de cet hôtel faisant partie de la chaîne Orient Express.

Pour ceux qui ne peuvent y demeurer, cela vaut le coup d’aller y déguster un pisco sour au bar, ce délicieux alcool de raisin servi avec sucre, citron vert, cannelle et blanc d’oeuf battu.

C’est aussi de Cuzco que l’on peut le plus facilement organiser un départ en train ou car et train vers Aguas Calientes et le Machu Picchu (la « montagne vieille » en langue quechua). Cette citadelle inca oubliée nichée dans un cadre grandiose de montagnes vertes fut découverte en 1911 par l’archéologue américain Bingham. La chaîne Orient Express est aussi propriétaire du petit train à présent modernisé où l’on assiste même à des présentations de mode menant presque jusqu’aux ruines. Pour tout renseignement, consulter www.peru.org.pe ou s’adresser par mail à postmaster@promperu.gob.pe.