lundi 30 avril 2012

N° 14

Mai-juin 2012

Autoportrait


. Les bons plans de Tintine
pour la fête des mères :
Offrez-lui un portrait de quelqu'un qu'elle aime
. FÊTARDS OU ROUTARDS AU LAOS
. Deux villes aux antipodes: Ulan Bator et Amritsar

Tintine et



le casse-tête de la fête des mères

Maternité

Michel enfant

Lou et Tristan

Aymeric
Bébé du Bhoutan

Lilou


En cherchant une nouvelle fois qu’offrir pour la fête des mères, Tintine a tenté de résoudre le problème en sortant palette, tubes et pinceaux de son placard et en transformant vite son bureau en constellations de taches diverses, jusqu’à obtenir quelques portraits dont elle n’est pas mécontente. Si elle peut vous aider à trouver une solution à votre dilemme, joignez-la au 06 63 19 50 93. Si vous lui confiez une jolie photo, elle exécutera pour vous un portrait à l’huile de la personne dont la mère que vous fêtez aimera avoir une représentation chez d’elle. Un cadeau original et personnalisé !

FÊTARDS OU ROUTARDS AU LAOS


Au Laos, Vang Vieng entre tradition et transgression
Vang Vieng, un petit village dans la jungle comme il y en a tant

A la vie ponctuée par le rythme des temples



Il y a quinze ans à peine, ce paisible village de pêcheurs et d’agriculteurs récoltant riz et légumes surtout, situé en pleine jungle à 150 km au nord de Vientiane, blotti le long de la rive sud de la rivière Nam Song n’attirait personne. Ses monastères ne justifiaient pas à eux seuls un tel détour, non plus que les minuscules villages H’mongs des environs (une des ethnies minoritaires du Laos).


Le paradis des routards sportifs
Le marché de Vang Vieng
Un village au bord de l'eau, dans un relief karstique

Le spectaculaire paysage karstique aux falaises creusées de nombreuses grottes, la beauté de la Nam Song formant une île parfaite juste au nord du village, les roches propices à l’escalade ont peu à peu incité les tours opérateurs lao à y développer la pratique de sports nature. De petites agences se sont installées, proposant aux visiteurs de louer kayak ou chambres à air pour descendre sportivement ou plus passivement la rivière (tubing). Elles ont aussi organisé des treks et des excursions de spéléologie pour explorer les innombrables grottes perçant les roches dont certaines, connues depuis des siècles, étaient des lieux de dévotion bouddhistes. Puis des voies équipées de cordes et crampons (les via ferrata de chez nous) ont été mises en place – il y en a maintenant plus de 200 – et Vang Vieng est considéré comme le meilleur lieu d’escalade de toute l’Asie du sud-est.
Départ pour le tubing

Tubing dans une grotte

Les fêtards remplacent les routards

Peu à peu, les premiers routards à investir les lieux, incitant les habitants à développer guest houses et petits restaurants, ont été imité par tous les fêtards parcourant le sud-est asiatique. Plus que les grandes villes, souvent chères et très contrôlées, telles que Bangkok, Phnom Pen ou même Vientiane, ce cadre idyllique en pleine nature a prouvé qu’il se prêtait aussi à la fête. Et les Lao, tout d’abord stupéfaits par les accoutrements et la descente des nouveaux arrivants, n’ont pas tardé à y voir une nouvelle manne. Que leur importe finalement les tatouages, percings, tags fluorescents, t-shirts provocateurs vantant par exemple les bienfaits de l’héroïne, insolites coiffures ? Le tempérament tolérant des Lao, leur immuable sourire et leur proverbiale gentillesse les incitent à s’accommoder de tout.

Pour satisfaire les demandes de ces nouveaux arrivants, ils ont installé en amont de l’île de Don Khang ou se situent les boîtes de nuit (Rock Bar, Smile Bar ou Sunset Bar) de vastes plates-formes équipées de bars, de tyroliennes et de toboggans géants, de nattes pour prendre le soleil. Les fêtards ont inventé une nouvelle version de la pétanque nationale : on remplace le cochonnet par des choppes de bière que le lanceur assez adroit pour y placer sa balle sans rien renverser doit aussitôt vider. Des haut-parleurs qui se font concurrence d’une plate-forme l’autre diffusent une musique assourdissante qui s’apaise heureusement une fois dépassé l’île de tous les plaisirs.
Ambiance en kayaks

Signification du mot « happy » en lao

Les taggers sur les bars-passerelles

Pour corser un peu ces rave parties, les Lao ont inventé le concept de « happy ». Une crêpe, une bière, un whisky « happy » sont corsés de bien des mélanges : opium, marijuana, champignons hallucinogènes ou amphétamines (yaba). Et les Lao n’ont pas toujours la main légère. Mieux vaut le savoir.

Si on veut éviter les excès nocturnes, on peut tout de même goûter à l’ambiance de ces plates-formes sans forcément consommer d’alcool ou de petits mélanges « happy ». De toute façon, les tours qui vous amènent avec kayaks ou tubs sur le toit de leurs véhicules s’arrêtent toujours à l’une ou l’autre des plates-formes. L’accueil reste bon enfant pour tous. On vous offre un verre de bienvenue, on vous tague de ravissants petits cœurs ou papillons fluos sur les parties que laisse à découvert votre maillot et vous pouvez gratuitement et sans grand danger vous exercer aux toboggans ou tyroliennes, pourvu que vous soyez resté sobre.
Coucher de soleil sur Vang Vieng

Ensuite, pourquoi ne pas se restaurer « à la romaine », vautré sur de moelleux coussins, dans l’un des restaurants-passerelles du village donnant sur la rivière et diffusant non stop des épisodes des Simpson ou de Friends ? La nourriture est bonne et bon marché. Seule contrainte imposée par les autorités du village, ne pas se promener dans les trois rues existantes en bikini ou maillot. La police ferme pudiquement les yeux sur les possibles excès des falang, les étrangers. Si de jolis bungalows pour touristes se sont peu à peu construits le long de la Nam Song, le centre de Vang Vieng bourdonne à présent du travail des excavatrices et autres bétonnières. Les Vietnamiens construisent au beau milieu du village un énorme hôtel de béton qui n’a bien sûr rien à faire là et la plupart des bars édifient partout de nouvelles passerelles. A vouloir devenir trop rentable, Vang Vieng verrait-il bientôt le déclin de ses beaux jours ?

DEUX VILLES AUX ANTIPODES


Deux villes aux antipodes, deux villes mythiques,
 toutes deux profondément teintées de mysticisme,


Amritsar, ville sainte des Sikhs



D'innombrables pèlerins Sikhs se pressent pour faire
leurs ablutions et prières au Temple d'Or

Sans cesse détruit et reconstruit, le Temple d'Or
dans toute sa majesté, comme posé sur l'eau
Cœur du Pendjab, grenier à grain de l’Inde situé au sud du Cachemire et en bordure du Pakistan, la ville d’Amritsar n’aurait pas grand intérêt malgré son million d’habitants, presque tous sikhs, si elle ne renfermait l’une des merveilles de l’Inde et le lieu le plus sacré de cette religion que l’on pourrait aussi qualifier de natio,; le Temple d'Or;

Bain sacré en priant devant le Temple d'Or

Hiératique, l'un des gardiens du Temple


Le sikhisme, vingt millions de personnes réclamant toujours leur indépendance

Il ne faut pas être né au Pendjab pour devenir un sikh, mais adopter les préceptes et règles de vie de Guru Nânak, inventeur d’une religion nouvelle au XV è siècle. Né non loin de Lahore, aujourd’hui au Pakistan, Nânak, un hindouiste appartenant à la caste des guerriers regrettait l’immobilisme de l’hindouisme, ses sacrifices d’animaux et son système de castes. Il eut une révélation divine à l’âge de 27 ans : «  Il n’y a pas d’hindous, il n’y a pas de musulmans, il n’y a qu’un Dieu, la Vérité suprême. » Et il partit sur les chemins prêcher cette nouvelle voie, empruntant leurs principales qualités aux religions existantes. Ses fidèles se dénommèrent « sikhs », disciples en sanscrit. Pour éviter les luttes de pouvoir, il désigna son successeur avant sa mort, guru Angad, qui créa un nouvel alphabet pour les sikhs et consigna par écrit les enseignements de son maître. Ce fut l’Adi Granth, le fameux livre sacré des sikhs que l’on peut voir encore aujourd’hui dans le saint des saints du Temple d’or d’Amritsar, fondé en 1574 par le dixième guru, guru Ram Das. Ce mouvement prit peu à peu de l’ampleur et s’organisa militairement. Les Khalsas, les Elus de Dieu, doivent défendre leur foi au prix de leur vie et respecter la loi des « 5 K » :  le kesh, laisser pousser leurs poils en ne coupant ni barbe ni cheveux ; le kangha, placer dans leur chignon un peigne d’ivoire ou de bois ; le kara, enfiler à leur poignet droit un bracelet de fer ou d’argent ; le kacca, porter toujours un caleçon court ; le kirpan, avoir un poignard ou une épée pour se défendre.

Cette formation militaire en fit bien sûr de redoutables combattants tour à tour ennemis ou alliés des Anglais. Chaque temple sikh possède sa copie du livre sacré, composé de préceptes, prières et poésies que des récitants, et même des femmes, psalmodient devant un orchestre lorsque tombe la nuit. Toute l’assistance reprend ensuite les paroles saintes avec une discipline et une dévotion peu courantes en Inde.


Des massacres froidement organisés
Sur les mur, on voit encore les impacts de balles
du massacre de 1919 par les Anglais

Le succès de cette religion, le sentiment d’appartenir à un même peuple en dépit d’ethnies différentes et son organisation militaire favorisèrent l’expansion territoriale du sikhisme, se propageant au Cachemire et dans l’actuel Pakistan. Ce qui inquiéta les Anglais. Le 19 avril 1919, le général britannique  Dyer, pour mater une manifestation pacifique des sikhs ayant lieu non loin du Temple d’Or, les enferma dans le jardin de Jalianwala et commanda de tirer à volonté. Bilan : 379 morts et 1200 blessés en 5 mn. Condamné par une première commission à Londres, Dyer fut pourtant réhabilité et félicité par le Parlement.

En 1947, la sanglante partition du Pendjab aboutit au déplacement de dix millions de personnes. Si bien qu’en 1980, les sikhs demandent la création d’un Etat autonome et les principaux chefs s’enferment avec leurs fidèles dans le Temple d’Or. Après quatre ans d’interminables négociations non abouties, Indira Gandhi envoie elle aussi l’armée donner l’assaut au sanctuaire. Bilan : 500 la destruction et la profanation du Temple d’Or. En octobre de la même année, la chef d’Etat est à son tour assassinée par ses gardes du corps sikhs. Ce fut le signal d’un massacre général de la communauté sikh dans toute l’Union indienne, qui fit des milliers de morts. Si aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre, si le Premier ministre,   est un sikh veillant au bien-être de sa communauté, le sentiment national n’est toujours pas mort et les sikhs souhaitent toujours leur indépendance.

Le Temple d’Or, un exquis complexe datant du XVIII è siècle

Annonce de la venue du ler ministre Sikh

Comme bien des villes indiennes rattrapées par l’essor de la population, Amritsar a des problèmes d’embouteillages, pollution, égouts et ramassage des poubelles. Bref, on ne peut la qualifier de ville propre, sauf dans le périmètre du Temple d’Or et de Jalianwala Bagh. Là, les sikhs, beaux et hiératiques, la barbe fournie et la tête parée de turbans multicolores, parfois vêtus à l’occidentale, mais souvent en tenue blanche, pantalon et longue tunique de coton, ou de guerrier, grande robe bleue, épée impressionnante, vont et viennent dans une atmosphère recueillie, semblant glisser sur les dalles de marbre blanc où pas un papier ne traîne. Les femmes n’arborent pas de tenue particulière. Imaginez un vaste quadrilatère de marbre immaculé creusé d’un bassin à carpes sacré ou piscine de nectar (Amrit Sarovar), ceint de colonnades sous lesquelles peuvent dormir les pèlerins et de divers bâtiments religieux ou administratifs. Quatre portes percent cet ensemble.
On lui offre une épée d'argent pour rappeler que les Sikhs
sont un peuple de guerriers

Et une couronne de fleurs en signe d'offrandes et de paix

Dans le bassin s’élève le Temple d’Or, maintes fois abîmé et rénové à l’identique, mais qui date tout de même de 1764. De proportions parfaites, carré plaqué d’or tout scintillant, coiffé d’un dôme achevé vers 1830, il mire dans les eaux bleues du bassin ses délicates ciselures. Un pont y mène et l’on doit patienter avant de pénétrer à l’intérieur du sanctuaire. Tout le monde y est admis, à condition d’avoir une tenue correcte, les pieds nus et la tête couverte d’un foulard en principe orange. La plupart des dalles de marbre sont en fait des stèles funéraires portant les noms des martyres massacrés sur les ordres d’Indira Gandhi, ce qui ajoute à l’émotion ambiante. Les plus pieux s’immergent complètement dans le bassin, tandis que les autres se contentent de marcher dans l’eau du pédiluve.


Tout Amritsar en liesse pour la venue du Premier ministre sikh

Ce soir du 13 juillet, tous ceux qui le souhaitent ont pu se restaurer à la cantine, où plus de 10 000 repas gratuits sont servis chaque jour dans un ordre impressionnant. Les convives, bien alignés, sont assis sur des nattes et attendent le passage des bénévoles distribuant gamelles, couverts et gobelets en inox, puis dal, soupe aux lentilles épicée, riz blanc et thé (les sikhs ne consomment pas d’alcool). Le repas achevé, chacun dessert son couvert et le range dans d’immenses bacs servant à la vaisselle. Quand les convives sortent, la salle à manger est impeccable, toute prête à resservir.

Une foule encore plus dense que d’habitude se presse autour de l’enceinte du Temple d’Or protégé par un service d’ordre impressionnant. Des tireurs d’élite prennent place sur les toits. Mais à l’intérieur, seuls les sikhs sont armés, exhibant poignards et longues épées. On attend la venue du Premier ministre de l’Union Indienne,      ,

Un sikh bien sûr, tandis que le président est musulman. Une façon, espère-t-on, de mettre enfin un terme aux conflits religieux ayant déchiré l’Inde.

Tous les murs de la ville sont parés d’affiches à son effigie. Des lampions brillent au-dessus de la Sultan road, l’avenue principale. La foule agite des petits drapeaux orange dès qu’elle aperçoit une voiture officielle. Enfin, il est là, barbu et enturbanné comme il se doit, tout vêtu de blanc, flanqué de ses gardes sikhs. Une immense clameur monte de la foule : « Vive le Pendjab libre ! » Il salue, sourit et remercie, croule bientôt sous une profusion de colliers de fleurs qui s’entassent sur sa poitrine. Petits discours et embrassades avant que le cortège officiel ne s’engouffre à l’intérieur de l’enceinte du temple au moment précis où la nuit tombe, toujours brutalement en Inde. Le Temple d’Or, tout auréolé de lumière, scintille comme jamais, marbrant des dernières lueurs du couchant les eaux du bassin sacré. On peut enfin accéder au sanctuaire du Temple d’Or, d’où la vue est ravissante sur le lac. Un guru  que l’on n’a pas le droit de photographie, en prière, presque en extase, tourne lentement les pages de l’immense livre sacré protégé par son dais incrusté de diamants et de pierres précieuses, le trésor des sikhs. Les chants reprennent.

En dehors de l’enceinte sacrée, un podium a été érigé pour recevoir le Premier ministre et sa suite. Les récitants et un orchestre formés de différents joueurs de gongs, les tablas et le pakhawwaj aux sonorités en alternance fines et sourdes chantent et scandent les paroles du Livre. Une vieille femme, très applaudie, monte à son tour sur l’estrade et se lance dans une improvisation époustouflante. Le ministre y monte à son tour, la félicite et l’embrasse, ses mots couverts par les acclamations.


Jalianwala Bagh, le jardin des supplices

Comme partout en Inde, la ville s’éveille tôt, piaillements des singes, chants des oiseaux, cris nasillards des corbeaux. Les premières échoppes entrouvrent leurs yeux métalliques. Des marmites de masala tea, thé indien infusé avec lait, sucre, cardamome, poivre et autres épices, sont mises à bouillir en pleine rue. On les accompagne de chapatis, sortes de crêpes bien croustillantes ou de nans fourrées au fromage. Les pèlerins qui sont restés dormir au Temple d’Or s’éveillent aussi. Les sikhs entreprennent de dénouer leurs chignons pour peigner leurs longs cheveux. L’ambiance est recueillie au Jalianwala Bagh, qui ouvre ses portes à deux pas de là. On peut encore voir sur un mur les impacts des balles anglaises (on en trouva 1600). Des groupes d’étudiants viennent rendre hommage aux victimes des Anglais devant le mémorial portant le nom des morts, faisant cérémonieusement le tour de la mosquée qui leur est consacrée. Même les tout-petits comprennent que le rire n’est pas de mise, dans cette sainte enceinte. Un groupe d’hommes âgés,  venus en pèlerinage, commencent à psalmodier les paroles de guru Nânak : « Il n’y a qu’un Dieu, la Vérité suprême ». 


Fiche pratique Amritsar :

. Comment y aller 

De Delhi en bus de luxe et de nuit (9 heures de route), choisir Sharma Travel ou Maharajah Travel, sûrs et confortables, arrivée à 7heures du matin.

. Où dormir

Au Grand Hôtel, près de la gare ferroviaire (Tél. : 256 24 24), confortable et calme, mais pas de déco, bon restaurant. A partir de 1200 Rps pour deux personnes.

. Où manger

Au Crystal Restaurant, au bout de Quenn’s Rd (Tél. : 222 55 55). Mieux vaut réserver car c’est le rendez-vous de la jeunesse dorée, bon marché pour le standing (à partir de 120 Rps le repas).



Ulaan Baator, capitale récupérée sur les Soviets  par les Mongols

Bazar de Bétub

Le monastère de Gandan,
de style mi-tibétain, mi-mongole

Puja au monastère de Betub

Prière à Gandan




Grande comme cinq fois la France mais peuplée de seulement deux millions et demi d’habitants dont un million concentré dans la capitale, la Mongolie est un pays d’immensité. Solitude aride des dunes roses du désert de Gobi, steppes s’étalant en d’infinis moutonnements verts, lacs d’altitude et cols où ne passent que chevaux et yacks, forêts de pins et mélèzes hantées par les ours et les loups hurlant à la lune, chevaux préhistoriques, c’est tout cela la Mongolie…


Ulaan Baator, de tristes HLM et un  désordre de yourtes

C’est une stupéfiante non-ville aux non-trottoirs boueux et défoncés où déambulent en se tordant les pieds des élégantes en mini shorts et bottes à talons aiguilles. La population est étonnamment jeune, deux tiers de moins de trente ans, et l’ambiance gaie et détendue. De jeunes garçons draguent les filles en faisant mugir leurs motos russes, casquettes vissées sur el crâne et jeans conquérants. Les petites filles sont affublées d’incroyables jupettes brodées ou ornées de dentelles, où le rose domine. Leurs longues et splendides tresses noires se terminent par une profusion de nœuds les faisant ressembler à des papillons multicolores. Ici, seuls les vieux arborent les somptueux deel de brocart tombant jusqu’aux pieds et boutonnés sur le côté. Dans les monastères au contraire, presque tout le monde en porte, ainsi que dans les villages des steppes.

Partout, les masses blanches et rondes des yourtes attestent que, même dans la capitale, les Mongols n’ont pas perdu leur âme de nomades…

L’un des meilleurs hôtels de la ville, le Karakorum, porte le fier nom de la mythique capitale du grand Genghis Khan, mais on ne peut rien en dire, sinon qu’il est propre et confortable, bizarrement dressé dans un terrain vague creusé d’ornières et empli de détritus. Du monastère tibétain qui le jouxte, le Betub, monte le chant des moines.

Dans le musée d’Histoire Naturelle, on peut admirer un gigantesque squelette de dinosaure et des œufs fossilisés, dont l’un contient encore un fœtus.


Le maigre héritage soviétique
Gamine à Gandan

Le goût des Mongols pour les spectacles de danses et de chants est le principal héritage laissé par l’occupation soviétique, dont il ne reste qu’un réseau routier quasi inexistant, un chemin de fer poussif, des écoles et hôpitaux délabrés, l’électricité seulement dans les villes, des égouts et un ramassage d’ordures lamentables. Si le passage à une République libérée du joug soviétique s’est accompli sans heurts avec l’adoption de la Constitution du 13 janvier 1992 et la mise en place d’un système de représentation démocratique des différents partis, la fin de l’ « aide » du grand frère s’est ensuite fait durement sentir et le pays connut la famine après deux années de sécheresse, en 1999 et 2000, le redressement économique ne devenant effectif qu’à partir de 2002. la découverte d’importants gisements miniers dans le sud et l’ouest du pays, d’or notamment, fait augurer d’un prochain développement spectaculaire, tournant que la Mongolie devra prendre sans perdre sa spécificité, ses espaces de liberté et sa nature indomptée…



Vieilles à têtes de cheval et chants diphoniques

Dans l’élégant palais rose du Théâtre National, le public est mongol et très jeune. Les numéros s’enchaînent avec précision. Costumes, éclairages, prestations des danseurs, musiciens, chanteurs et contorsionnistes sont d’excellente qualité. Une femme tire d’étonnantes mélodies d’une vieille à tête de cheval et les chanteurs diphoniques font vibrer leurs gorges, comme si le son venait du fond du ventre, une étrange spécialité mongole.

Les restaurants à la soviétique sont légion en ville, vastes, confortables mais sans décoration. Un dîner spécifiquement mongol se compose en majeure partie de buuz, bansh et xhuushuur, beignets farcis de viandes ou de légumes, frits ou cuits à la vapeur, brochettes d’agneau aux herbes des steppes, le tout arrosés de bière, Mongole beer, Chinggis, Altangobi ou Kharkorin. Toutes sont délicieuses et assez alcoolisées.


Ferveur à Gandan
Souvenir des Soviets, le Parlement
d'Ulaa, Baator

Les yourtes ayant poussé un peu partout après le départ des Soviétiques, comme des champignons fraîchement éclos, le plan de la ville n’est plus si évident. Encombrements et cacophonie règnent en maîtres. Une seule voie large et bien dégagée, entretenue avec minutie, mène au monastère de Gandan, le plus beau et le mieux conservé de Mongolie. Il fut édifié en 1838 sur les restes de bâtiments plus anciens par le cinquième Bogd, Jebzundamba, la plus haute autorité religieuse du pays, fonction disparue depuis les Soviets. Pendant les grandes purges communistes de 1938 causant la destruction des neuf cents plus beaux monastères de Mongolie et la mort de milliers de moines, Gandan eut cinq temples de détruits. Après la Révolution Démocratique de 1990, le culte (bouddhisme tibétain teinté d’animisme) fut restauré et il y a à présent près de neuf cents moines à Gandan se réclamant de l’autorité du Dalaï-lama.

Il y règne une effervescence mêlée de ferveur. Tandis que les gamins courent en tous sens, suçant des glaces et faisant s’envoler les centaines de pigeons qui y nichent, les moinillons récitent leur mantra ou invocations sous l’œil sévère des maîtres. La plupart des fidèles ont mis leurs deel de fête à larges ceintures pour honorer Bouddha, allumant des baguettes d’encens, déposant sur les autels des offrandes de fleurs, fruits ou argent, faisant interminablement tourner leurs moulins à prières ou se jetant à plat ventre sur des bas flancs en signe d’adoration. Le principal temple et ses annexes sont d’architecture typiquement tibétaine, d’une rigoureuse géométrie dans les proportions et les ouvertures, mais les toits de tuiles vernissées, élégamment incurvés, évoquent les pagodes chinoises.
Aire de jeux pour les enfants


Le chant du chaman

En redescendant la même voie, on peut voir des totems grimaçants derrière une barrière bleue abritant deux yourtes. C’est la demeure et le sanctuaire de Torigtbbatar, le plus célèbre chaman d’Ulaan Baator, celui que l’on vient consulter en secret, de préférence aux moines de Gandan. Grand et gras, ses petits yeux vifs disparaissant à moitié entre de profondes poches de chair, il a de longs cheveux huilés et un couvre-chef digne d’un cow-boy américain, ainsi qu’un portable qui ne le quitte guère. L’intérieur de sa yourte, où deux disciples aussi jeunes que jolies veillent à satisfaire ses moindres désirs et vivent avec lui, est un curieux bric-à-brac d’autels chargés d’offrandes, statuettes représentant les grandes divinités tibétaines, Léni, déesse de la mort, Tara, celle de la compassion. Pour insuffler de sa force, il prend les deux mains d’une jeune femme venue en consultation pour avoir un enfant et entame un chant rauque et puissant, inspiré. Puis il entame une danse d’abord lente, puis frénétique comme si s’exprimait à travers lui l’esprit même de la Mongolie…

Animiste, le chaman Torigtbataar est consulté en secret par bien des Mongols



Comment y aller

De Paris, Air France propose un vol trois fois par semaine, via Moscou, pour Oulan Bator. Tél. : 0 820 820 820, www .airfrance.fr. Les prix sont plus attractifs sous la marque Tempo. De nombreux voyages organisés sont proposés par Explorator, explorator@explo.com, Nomade Aventure, info@nomade-aventure.com, Terres d’Aventure, terdav@terdav.com, Atalante, atalante@atalante.fr.

Où dormir

Sans charme particulier mais confortables, Sardra Hotel (011) 327 831, Genex Hotel (011) 326 763. Plus luxueux, le Chinggis Khan Hotel avec piscine (011) 313 380 ou l’Ulaanbaatar Hotel, d’esprit très soviétique (011) 320 237.

Que rapporter

Cachemires, vestes en peaux de chameau, toques de fourrure ou même bijoux et antiquités sont vendus sans arnaque dans le magasin d’Etat de Peace Avenue.

vendredi 27 avril 2012

COUVERTURE

N° 14

Mai-juin 2012

Autoportrait


Les bons plans de Tintine
pour la fête des mères :

Offrez-lui un portrait de quelqu'un qu'elle aime

LES BONS PLANS DE TINTINE


Tintine et



le casse-tête de la fête des mères

Maternité

Michel enfant
 

Lou et Tristan

Aymeric
Bébé du Bhoutan

Lilou


En cherchant une nouvelle fois qu’offrir pour la fête des mères, Tintine a tenté de résoudre le problème en sortant palette, tubes et pinceaux de son placard et en transformant vite son bureau en constellations de taches diverses, jusqu’à obtenir quelques portraits dont elle n’est pas mécontente. Si elle peut vous aider à trouver une solution à votre dilemme, joignez-la au 06 63 19 50 93. Si vous lui confiez une jolie photo, elle exécutera pour vous un portrait à l’huile de la personne dont la mère que vous fêtez aimera avoir une représentation chez d’elle. Un cadeau original et personnalisé !

lundi 23 avril 2012

COUVERTURE

EN VOYAGE
N° 13, mars-avril 2012

Kang à l'Other Side à Vang Vieng, le paradis de la fête


                                                     Sommaire :
                                 . Les bons plans de Tintine :
                                 Acheter des tableaux incitant au départ
                                                      S'équiper pour partir en jungle
                                                      . Art :
                                                      Le triangle d'or de Dali en Catalogne
                                                     . Hôtel de charme :
                                 Au Laos : lodge de luxe ou case au bord du Mékong
                                                      . Exotisme
                                  Bain à la Japonaise
                                                      Cerisiers en fleurs à Kyoto
                   

LES BONS PLANS DE TINTINE



Tintine a un coup de cœur…

pour Erik, un peintre évoquant le départ


Erik lors de l'exposition "Partir" à Pont-Audemer

L'affiche de l'exposition


Pour quelqu’un ne tenant pas en place comme notre Tintine, une expo à Pont-Audemer sur le thème de « Partir » ne pouvait que l’enthousiasmer. Dans l’une de ces ruelles médiévales barrées de minuscules canaux s’entrelaçant derrière la belle église, une galerie a choisi ce thème afin de rassembler les peintres de talent de la ville. Pour la seconde fois, Tintine opte pour les peintures d’Erik, qui a réalisé l’insolite affiche couleur de mer normande.

Le maître du monde
« Le maître du monde » surtout la séduit. Parodiant Leonardo di Caprio en figure de proue sur le Titanic, Erik a représenté un gamin hilare, dans la même posture, à l’avant d’une vieille quille mangée par les vers. Continuant la parodie dans « Un après-midi de chien », il figure un lévrier du meilleur monde se rendant à ses divers rendez-vous dans la journée, golfe et arrogant château. « Insouciance » avec sa belle dame arpentant le pont du Titanic bien sûr reflète l’amour d’Erik pour les paquebots, lui qui rêve de grands départs et d’élégantes de la Belle Epoque. Un trait net et précis, des couleurs tendres ou crues réalisées à l’acrylique, de la poésie et un humour bien à lui composent les tableaux d’Erik, des œuvres singulières qui touchent et séduisent.  

Insouciance

Un après-midi de chien
POUR ACHETER: contacter Erik au 06 34 17 61 06, 02 32 57 82 17 ou 06 09 90 73 97.

jeudi 12 avril 2012

ART ET MUSE


Catalogne : le triangle de Dali

Dali et Gala

Sa signature

Au cours de l'un de ses célèbres shows réservés
à la presse

Si on prend la carte de la Catalogne, on voit que les trois lieux privilégiés de Salvator Dali, Cadaquès où il passe ses vacances en famille dès sa prime enfance, Figueres où il conçoit « son » musée et Pùbol où se situe le château qu’il offre à Gala, sa femme et principale égérie, forment en effet un triangle parfait. La Catalogne, avec ses vents furieux sculptant les montagnes et dégageant des ciels presque diaphanes, sa mer si bleue ombrée de rochers et ses plaines alanguies au soleil, son goût pour la liberté est en effet le paradis de Dali et sa principale source d’inspiration.

Une paisible crique près de Cadaquès

Trois maisons de pêcheurs accolées les unes aux autres

Vue de la crique derrière le pigeonnier aux fourches

Une piscine bien sûr extravagante

Enfance aisée entre Figueres et Cadaqués

Excentrique, provocateur, pantomime génial faisant de chacune de ses apparitions un spectacle, Salvador Dali se devait de contredire aussi le mythe du peintre famélique né dans une mansarde. Dans La vie secrète de Salvador Dali, une autobiographie soigneusement maquillée par ses soins, Dali prolonge la vie de son frère aîné jusqu’à l’âge de sept ans et accuse ses parents de lui avoir donné le même prénom. Dans la réalité, ce frère n’a vécu que vingt-deux mois et Dali a aussi une sœur de quatre ans sa cadette, Anna Maria, qui lui sert de modèle jusqu’à sa brouille avec sa famille.

Il est donc né le 11 mai 1904, à l’entresol du 20, rue Monturiol (aujourd’hui le 6), dans une riche famille de notaire. Ses parents, attentifs à satisfaire ses goûts, l’inscrivent dès l’âge de six ans à l’Ecole de dessin de monsieur Nunez, un professeur que Dali adore et qui lui conseille de bonne heure de tout abandonner pour se consacrer à la peinture et qui sait convaincre ses parents. Dès ses quatre ans, il passe en famille ses étés à Cadaqués, dans une étable restaurée, trop petite pour y installer un atelier. Son père lui loue plus tard un studio à la pointe de Pampà.

Inlassablement, le peintre en couvre les murs de toiles figurant les petits ports du coin et leurs barques multicolores, les villages perchés, les oliviers couronnant « les fronts philosophiques des collines, ridées par des crevasses », comme il se plaît à le dire. Il peint aussi le Cap de Creus, dont « les falaises paranoïaques sont les plus mortes du monde ».

Peu à peu, Cadaqués devient un endroit à la mode attirant des personnalités telles que Federico Garcia Lorca, Luis Bunuel ou Paul Eluard, venu avec sa femme Gala et leur fille Cécile durant l’été 1929. Bunuel loge chez les Dali et propose au peintre de travailler avec lui sur ses scénarii. Mais dès que Salvador aperçoit Gala en maillot de bain sur la plage d’El Llaner, il en demeure ébloui et ne pense plus qu’à elle, lui faisant bientôt une cour éperdue qui effraie d’abord la jeune femme russe (elle a dix ans de plus que lui, est mariée et mère de famille).

La légende voudrait que l’idylle avec Gala soit à l’origine de la brouille familiale, mais il n’en est rien. Dali, pressé de retrouver sa muse à Paris, où elle est partie rejoindre son mari, y organise une exposition dès novembre. Sur le tableau intitulé Le sacré-cœur, Dali écrit cette phrase terrible : « Parfois, je crache par PLAISIR sur le portrait de ma mère ».

Son père l’apprend et ne lui pardonne pas, comme il le lui signifie dans une lettre. Seule réponse de Dali : se tondre le crâne, enterrer ses cheveux en grande cérémonie sur la même plage et se représenter ainsi, un oursin sur la tête. Le notaire pousse loin la vengeance, interdisant aux propriétaires de la région de louer ou de vendre la moindre bicoque au fils indigne…


Refuge à Portlligat

Réfugié à Paris auprès de sa belle, Dali regrette sa Catalogne et ne pense plus qu’à la maisonnette de la baie de Portlligat où il a laissé son matériel de peinture. Crique à la rondeur parfaite fermée par l’île de Sa Farinera, rivage vierge seulement utilisé par quelques pêcheurs, Portlligat est le refuge auquel Dali aspire, pas trop loin pourtant de Cadaqués et de sa notoriété… Il contacte alors la propriétaire de la baraque, Lidia, pêcheuse illuminée que le notaire n’impressionne pas. Elle lui vend terrain et tanière qu’elle promet de rendre habitable, mais le décor reste spartiate. Pas de route, pas d’électricité, eau potable à pomper au puits, une pièce unique. Cette première maison est suivie d’une deuxième achetée deux ans plus tard, puis d’une autre, encore une autre. Jusqu’à sept maisons de pêcheurs juxtaposées pour former une unique villa au fur et à mesure de la venue du succès. « Je ne suis chez moi qu’ici, affirme Dali, partout ailleurs, je ne suis que de passage. » Dans son atelier, il travaille comme un forcené, au son des lectures que lui fait Gala…

Devenue une Maison-Musée, la villa est un vrai labyrinthe comprenant « un peu de tout », selon son expression. Surréalisme, classicisme, style kitsch délirant. On y est accueilli par un ours mangé aux mites. Suivent salle à manger aux chaises de différentes hauteurs, bibliothèque aux innombrables volumes que Dali a tous lus, spacieux atelier donnant sur la baie de Portlligat, Chambre des Modèles (souvent des plâtres), Salle Ovale, espace intime de Gala et son sanctuaire. A l’extérieur, la charmante Voie Lactée permet d’accéder à la plage et le patio de recevoir les amis pour boire et déguster les homards des pêcheurs, mais ils ne restent jamais dormir. La piscine est bien sûr phallique, surmontée d’une plaisante oliveraie d’où la vue est splendide sur la mer et habitée par un curieux Christ des poubelles, fait à partir de rebuts de toute sorte. Le blanc Colombier des Fourches est surmonté d’un oeuf gigantesque, motif souvent repris par Dali.

Le visiteur est tout d’abord abasourdi par un tel dédalle, l’accumulation des objets, animaux empaillés, bouquets d’immortelles chères à Gala, puis conquis par la paix presque mystique se dégageant de ce lieu au charme un peu vénéneux. Comme le proclamait Dali : « Le mauvais goût est ce qu’il y a de plus créatif. Le bon goût, qui est tout ce qui est français, est stérile. »


Permanente représentation au Théâtre-Musée
Un ancien théâtre métamorphose en musée Dali

Dans le musée, la même Roll's qu'Al Capone

Le bateau de Gala dégoulinant de préservatifs

Le visage de Beethoven apparaissant
sous les graffitis 

C’est en mai 1961 que Dali exprime au maire de Figueres son désir de faire de l’ancien théâtre municipal de la ville incendié durant la guerre civile un extraordinaire sanctuaire… dédié bien sûr à sa propre gloire – on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Il lui faut dix ans pour convaincre la Direction des Beaux-Arts de Madrid de financer le projet. Principale exigence de Madrid : que Dali offre à sa ville des œuvres originales. La discussion est ardue. Dali promet de peindre le plafond du Palais du Vent et les travaux peuvent commencer en octobre 1973.

Toujours aussi opposé à l’ordre français et à ses angles droits, Dali charge l’architecte Emilio Pérez Pinero de couronner le bâtiment d’une structure de verre et d’acier en forme de géode. On introduit dans la fosse de l’orchestre une Cadillac pluvieuse semblable à celle de Bonnie and Clyde, flanquée d’une opulente statue offerte par Ernst Fuchs et surmontée par le bateau jaune de Gala laissant s’égoutter l’eau de mer représentée par des préservatifs. Sous la coupole, dans la partie autrefois réservée aux acteurs, Dali installe ses principales toiles en trompe-l’œil, un visage apparaissant entre motifs abstraits ou représentation de pixels colorés. A noter qu’il n’a jamais donné de nom à aucune de ses œuvres…

Dans la Salle Mae West, une combinaison de perruques, tableaux pointillistes, narines et sofa figurant les lèvres de l’actrice permet d’apercevoir son visage en son entier du haut d’un petit observatoire. Pour la plus grande joie des enfants…

Pour Dali, ce musée inauguré en grande pompe, à peine fini, le 28 septembre 1974, ne doit pas être figé mais demeurer un work in process. Ce que prouve l’artiste en y adjoignant neuf ans plus tard la maison voisine, la Casa Gorgot comprenant la Torre Galatea où il habite parfois.


Déclamation de l’amour courtois au château de Pubol

Portlligat comme Fueres se situent dans le Haut Ampourdan, mais entre la sierra des Gavarres et le massif du Montgri s’insère un paysage moins rude, le Bas Ampourdan. C’est d’ailleurs là, à l’ermitage des Anges, que Dali et Gala se marient en grand secret le 8 août 1958. Curieux contraste pour ce cabotin génial aimant tant la publicité.
Le trône de Gala

Le patio Renaissance

Dix ans plus tard, âgée alors de 74 ans et lasse du tapage escortant toujours son grand homme, Gala lui fait part de son désir de se retirer au calme dans cette région. Dali, enthousiaste, lui promet un palais. Le journaliste Eric Sabater qui deviendra plus tard leur secrétaire privé découvre en avion le lieu idéal : un petit château du XIV è siècle en fort mauvais état, accolé à l’église médiévale de San Pere de Pubol. Les propriétaires permettent au couple de commencer les travaux avant même la signature de l’acte d’achat.

A l’opposé de la délirante villa de Portlligat, le château de Gala, plus sobre et plus austère, reflète le caractère de sa propriétaire. Dali, qui a comme toujours une idée à la minute, ne peut se laisser complètement aller à ses fantaisies. C’est une demeure majestueuse dédiée à « la reine Gala », avec salle du trône, emblèmes ésotériques, trompe-l’œil et hommages dédiés à sa muse. Le plus spectaculaire est sans doute Le chemin de Pubol (nom donné plus tard à la toile) où l’on voit Gala en marin et représentée comme un double sur le drapeau émergeant de la forteresse dominant la plaine de Pubol. Au loin, dans les nuages, apparaissent les coupoles d’une église, russe bien sûr.

Pour visiter Gala à Pubol, même Dali doit exhiber son carton d’invitation.
Chambre royale de Gala

L'un des éléphants du jardin

Fin du couple et début du mythe

Ce n’est pourtant pas à Pubol, mais à Portlligat que Gala s’éteint le 10 juin 1982. Dali fait embaumer le corps et l’ensevelit dans sa robe rouge signée Christian Dior, en la crypte de Pubol. Portlligat lui rappelant de trop tristes souvenirs, il s’installe dans le château de Gala, peignant presque dans l’obscurité, face au buste de sa femme, ne se nourrissant que de sorbets à la menthe et s’affaiblissant dangereusement, contemplant parfois les plus belles robes de Gala, signées de Christian Dior, Elisabeth Arden ou Pierre Cardin, élégants fantômes de sa muse continuant de parader au grenier.

Après avoir provoqué un incendie accidentel dans la chambre de Gala en voulant sonner son infirmière, Dali est hospitalisé. Refusant de revoir le château de Pubol, il s’installe ensuite à Figueres, dans le dépendances de la Torre Galatea. C’est là qu’il meurt le 23 janvier 1989, après avoir doté son Théâtre-Musée de sa teinte écarlate et de ses pains disposés en quinconce, puis coiffé terrasses et créneaux de ses fameux œufs. Il repose à présent dans son Théâtre-Musée et la tombe qu’il a fait construire à Pubol, près de celle de Gala, reste toujours vide…