mercredi 5 novembre 2014

JAIPUR INSOLITE


Jaipur à bicyclette


 


Ophélie et Eléonore, à bicyclette bien sûr !

 

Lors de mes divers périples indiens, onze jusqu’à présent, je reviens souvent à Jaipur, la ville rose incarnant le mieux à mon sens toute la magie de l’Inde. Je l’avais arpentée en rickshaw bien sûr, à pied, en bateau, à dos d’éléphant comme tout le monde, de chameau aussi, mais jamais à bicyclette. Pourtant, c’est peut-être ce dernier mode de locomotion qui m’a le plus séduite. Une fois que l'on a visité les principaux monuments, le célèbre palais des Vents, bien sûr, ancien lieu d’observation de la ville pour les femmes du harem du rajah, le fort d’Amber et ses éléphants, Yantra Mandir, cet incroyable parc dédié à l’astrologie, le City Palace, le Temple des Singes, le Jaigarh Fort ou le Jal Mahal, il faut s'accorder une exploration à bicyclette. On part au petit matin en vélo, quand le soleil commence à caresser de ses rayons les vieilles pierres, sous la conduite d’Eléonore, d’Ophélie et des deux Raju, deux Indiens qui portent le même prénom, originaires de la ville quant à eux.  Et l’on pédale gaillardement par les vieilles ruelles de cette cité datant tout de même du XVIII è, s’arrêtant dans les échoppes pour grignoter des katchoris, sortes de beignets de pommes ou de lentilles, ou des lassis, sortes de yaourts, des rabdis, un dessert au lait sucré avant de prendre un petit déjeuner traditionnel dans une ancienne haveli, ces riches maisons de marchand ou même  chez l'habitant selon le tour choisi. On assiste au brossage de dents dans la rue, à l'arrivée des petits à l'école, à la prière. On a ainsi l'impression de vivre vraiment avec les habitants de Jaipur, submergés par des sensations neuves, des odeurs d'épices. Eléonore et Ophélie, deux jeunes Françaises amoureuses de l’Inde, ont en effet choisi de vivre à Jaipur. Pour faire découvrir autrement  à leurs amis et visiteurs en général cette délicieuse cité et ses secrets, quoi de mieux que la petite reine ? Suivez-les dans leur périple matinal et soyez conquis, comme moi !
Allez voir leur site et leur jolie vidéo sur :
www.cyclinjaipur.com
https://m.youtube.com/watch?v=9je1HUeEnaE

 
 

2léphant grimé de fleurs

dimanche 2 novembre 2014

DECOUVERTE EROTIQUE


Sade, le divin et sulfureux marquis


 


Man Ray, Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade, 1938


Pour le bicentenaire de la mort du « divin marquis », le musée d’Orsay a organisé une grande exposition intitulée « Sade attaquer le soleil », qui durera jusqu’au 25 janvier 2015, sorte de promenade artistique autour des idées fortes de son œuvre, à présent universellement reconnue et publiée en son intégralité dans la prestigieuse collection de La Pléiade.

 
La vie scandaleuse d’un maître en la matière

Né à Paris en 1740, Donatien, Alphonse, François de Sade appartient à l’une des plus anciennes et prestigieuses familles de l’aristocratie française. Sa mère est une Maillé. Son oncle paternel, l’abbé de Sade, volontiers libertin à ses heures, prend son éducation en mains et lui inculque le goût du beau et de la littérature, mais pas celui de la religion. Après ses études chez les jésuites, il s’engage bien sûr dans l’armée, puis est réformé après la guerre de Sept ans. Moins de six mois après son mariage avec la très riche Renée-Pélagie de Montreuil, il est incarcéré à Vincennes pour « sacrilège libertin ». Sa longue vie – il meurt à l’âge de 74 ans – ne comptera pas moins de 28 ans de captivité pour viols, tortures, supplices ou écrits licencieux,  sa belle-mère qui l’exécrait et visait sa fortune étant pour beaucoup dans ces accusations bien souvent mensongères. Ces 28 ans d’emprisonnement, le marquis de Sade les emploiera à bâtir une œuvre étrange et contestataire, interdite jusqu’en 1966. C’est assez dire qu’il offusque et dérange.

Eugène Delacroix, Médée furieuse, 1838

Ingres, Angélique, vers 1819

Delacroix, Mort de Sardanapale (esquisse), 1826
 
Cette vaste exposition, construite autour de citations tirées de ses écrits, s’arrêt à la date ou l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, qui s’est acharné à faire connaître son œuvre, obtient enfin gain de cause et parvient, après de retentissants procès, à la publier dans son intégralité. Citons, parmi ses écrits les plus connus, Les 120 Journées de Sodome qui inspira un film magnifique à Pasolini, Justine ou les Malheurs de la vertu suivie de l’histoire de Juliette, sa sœur, puis La Philosophie dans le boudoir, qui le fit parfois considérer, à tort, comme un philosophe.
Séduit un temps par les idées neuves de la Révolution, il adhère à la section des Piques de la place Vendôme, mais ses convictions restent en formelle contradiction avec la vertu si chère à Robespierre. Condamné à mort, il est sauvé par la chute de ce dernier et libéré. Ses satires de la société du Directoire lui vaudront l’inimitié de Bonaparte, la saisie de ses écrits et l’internement à l’hospice de Charenton, où il mourra treize ans plus tard. Cet athée qui faisait profession d’athéisme et écrivait « L’idée de Dieu est, je l’avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l’homme », fut contre ses vœux enterré religieusement dans le cimetière de l’hospice…

 

Le XIX è siècle découvre Sade

Cette découverte de l’œuvre du marquis de Sade par des poètes tels que Baudelaire ou Rimbaud, des écrivains comme Flaubert ou Huysmans ou des peintres comme Courbet, Ingres, Delacroix, Félicien Rops, Goya ou Füssli ne tarde pas à faire boule de neige et inspire bien des écrits et des toiles. Annie Lebrun et Laurence des Cars, qui ont organisé cette superbe et passionnante expo, ont choisi d’explorer des thèmes plutôt que de suivre une simple chronologie de l’œuvre de Sade. Le premier thème de l’exposition s’exprime ainsi : « Humain, trop humain, inhumain », montrant que la formidable liberté d’expression que s’est accordée Sade, à l’intérieur même de ses diverses prisons ou asile d’aliénés, aide l’Art à détruire ses cadres codifiés. Jusqu’à lui, on ne pouvait par exemple montrer un corps supplicié qu’avec l’excuse de la représentation du martyre d’un saint ! A côté d’œuvres classiques, cette exposition propose aussi des gravures licencieuses populaires, des photographies parfois pornographiques, telles celles de Pierre Molinier, pulvérisant cette distinction toute de principe entre érotisme élégant et pornographie vulgaire.

Alfred Kubin, Le Massacre, vers 1900

Félicien Rops, Le Calvaire, 1882
 
Dans une lettre à sa femme Renée datant de 1783, Sade se décrit ainsi : « impérieux, colérique, emporté, extrême en tout, d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, athée jusqu’au fanatisme. » Puis il ajoute avec une simplicité désarmante : « Tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas. » Pourtant, cet adepte de la cruauté au service du plaisir ne supportait pas que l’on fît du mal à un animal, fustigeait avec une égale passion la guerre comme la peine de mort. Jouissance et souffrance s’apparentant à des extases mystiques chez Sade, il est à présent perçu comme un puissant symbole d’émancipation, de libre disposition de son corps et de son plaisir, moquant l’hypocrisie sociale et explorant les bas-fonds de l’inconscient, parfois jusqu’à la nausée, sûrement jusqu’au délire. Nul, mieux que lui, n’aura su figurer l’antihéros et le prince de tous nos fantasmes.

 
Musée d’Orsay, 62, rue de Lille 75007 Paris, Tél. : 01 40 49 47 46.