lundi 19 décembre 2011

N° 11, Novembre-décembre 2011








Sulawesi, funérailles chez les Torajas,
parée comme une princesse, la petite-fille du mort

Les bons plans de Tintine :
dans la tourmente aux Arcs, chez Mamie Bigoude à Tours,
au Musée de Pont-Aven,
dans l'Eure pour croquer la pomme
. Propos d'écrivain, nouvelle érotique
. Banquet et crémation à Bali
. Rites funéraires chez les Torajas, entre fête et deuil

TINTINE A PAS VU...

Arc 1600, une autre conception de la montagne

Aux Arcs, Tintine est venue, mais elle a pas vu…

Et tombe la neige...

Un vaillant petit sapin de Noël



En émergeant de la voiture venue la chercher à Bourg-Saint-Maurice, Tintine n’a pas vu grand-chose du paysage. La neige tombe à gros flocons. Les rafales de vent souffle à plus de cent km à l’heure. Cette immensité blanche et montagneuse pourrait aussi bien se situer dans le Cercle Polaire, mais on lui affirme qu’elle se trouve aux Arcs et elle croit sa guide sur parole. Il faut plisser les yeux – les fermer – pour avancer contre le vent. Première vision : un chassé-croisé de flocons. Très joli… et aveuglant.

Tartiflette revigorante à « La Table de Candice », à Arc 1800 et visite du chantier de la nouvelle résidence Edenarc qui devrait être prête dans trois jours. Aspirateurs et perceuses ronflent à l’unisson. Le futur espace aqualudique sera sans doute très bien, une fois rempli d’eau et orné de plantes vertes. Les ouvriers courent en tous sens et Tintine n’ose penser à l’état des nerfs du chef de chantier.

Fière de ses connaissances toutes neuves, Tintine peut vous dire, même si elle ne voit toujours rien, que les Arcs sont nés de la rencontre d’un guide de haute montagne, Robert Blanc, et d’un spécialiste de l’installation de stations, Roger Godino. Confiants dans les possibilités de ces étendues pentues plantées face au Mont Blanc – que Tintine ne voit toujours pas - , ils font appel à l’architecte française Charlotte Perriand, qui conçoit ces sortes d’étagères à tiroirs adossées à la montagne et dépliées vers la vallée, par bonheur recouvertes de bois de mélèze. C’est la naissance d’Arc 1600 en 1968. Suivront Arc 1800 six ans plus tard, puis Arc 2000 et Arc 1950 en 2003. C’est là que Tintine est hébergée, dans une résidence Pierre et Vacances. Le concept, futuriste pour l’époque, a reçu le label « Patrimoine du XX è siècle », mais là, il est abandonné au profit du retour au village. Place centrale de dimensions plus humaines, évoquant presque les bourgs montagnards d’antan.



Arc 1950, comme un village d'antan

Entre deux rafales de neige et de vent, Tintine aperçoit des constructions moins vertigineuses, plus intimistes, des petites guirlandes de Noël scintillant partout et même un sapin enguirlandé, continuant de briller courageusement dans la tourmente.

Si Tintine a bien rencontré dans le moelleux Salon Rouge du Manoir de Savoie les principaux organisateurs de ce troisième Festival de Cinéma Européen, Guillaume Calop et Pierre-Emmanuel Fleurantin, elle ne peut que les croire sur parole quant à la qualité des divers films présentés en projection et du film primé, « L’amour dure trois ans » de Frédéric Beigbeder. Le magazine Le Film Français titre bizarrement en couverture « le meilleur film de Frédéric Beigbeder », tant pis s’il s’agit de son premier… Quant à notre star, elle est coincée à Arc 1800. Les séances de projo n’ayant lieu qu’à 1800 et à 2000 – rien à 1950 où sont pourtant hébergés les invités du Festival -, Tintine ne verra PAS un film… Les autres journalistes non plus…

Le moelleux Salon Rouge du Chalet de Savoie

Le champagne coule à flots Chez Luigi

Pour ceux d’Arc 1950, pas de dîner au Savoy, pas de journée de ski, pas de visite architecturale d’Arc 1600, pas de déjeuner en altitude aux Chalets de l’Arc, pas de Speed Riding ou de Rodéo Park. Pas de « vraie » cérémonie de clôture avec « le » grrrrand Frédéric, suivie d’une projection de son film. Les nuits et les journées sont ponctuées par des explosions : les responsables des pistes font sauter la montagne avant qu’elle ne nous dévale dessus. Interdiction formelle de quitter le village, même en raquettes. Toutes les remontées sont arrêtées, y compris le célèbre Cabriolet censé nous relier à Arc 2000. Les navettes restent enneigées en dépit de l’affairement des chasse-neige.

Tintine et ses copains en pleine action


Mais vive les attachées de presse de la station, Laurence et ses copines, qui ne cèdent pas à la panique et nous offrent d’imperturbables sourires et des trésors de gentillesse. On se rabat sur les petits vins de Savoie si fruités, dont on abuse, il est vrai. Et les invités un peu désoeuvrés tout de même de se ruer le soir sur le buffet de Clôture du Festival, chez Luigi. Joli cadre fait de poutres entrecroisées, champagne à gogo et immenses plateaux de fromages et jambons du pays. La vie est belle, dans notre tourmente blanche. Et bon Noël à tous !

Office de tourisme des Arcs : contact@lesarcs.com et tél. : 04 79 07 12 57

dimanche 4 décembre 2011

TINTINE ADORE


Mamie Bigoude régale Tours

Noël coquin à Tours


Ce qui ne déplaît pas à Mamie Bigoude
Tintine arrosant les fleurs en plastique













Tandis que Tours se dispose à célébrer un Noël un peu coquin, on se presse à l’enseigne facétieuse de Mamie Bigoude, la créperie la plus célèbre de la ville, ouverte depuis décembre 2009 (un autre Mamie Bigoude existe à Limoges depuis l’automne 2008). Gageons que d’autres encore vont ouvrir aux quatre coins de la France, tant le concept est savoureux.


Le coin lecture, bibliothèque rose, bien sûr !
La tête de cerf en vichy mauve et blanc
Le lustre en pelotes de laine










Même la salle de bain accueille des convives
Une mamie comme Tintine les aime, dynamique et enragée de rock, adepte de déco façon année cinquante et cuisinière incomparable, ouvre sa chaumière à tous ses amis. Comme elle a dû improviser avec ce qu’elle avait sous la main, les lustres sont en flexibles de douche ou en pelotes de laine, les lits, peinturlurés de couleurs fluos, ont été sciés pour permettre d’y installer des tables, la machine à laver et la baignoire ont aussi été transformées pour recevoir d’autres convives, les incontournables robes tabliers à fleurettes recouvrent certains sièges, les dentelles abondent un peu partout, un coin bien à l’écart est réservé pour nos charmants petits diables, l’aspirateur ou l’arrosoir servent de robinets pour se laver les bains, les menus sont contenus dans les Paris-Match de l’époque et la caissière trône dans sa bonbonnière – on a même droit à une sucette après avoir payé !




C’est drôle, plein de bonne humeur et savoureux !
Pour ceux qui ont cessé de croire au père Noël, Mamie Bigoude est une invention (géniale) du père et du fils Deffis, Arnaud étant le gérant de la société. C’est un décorateur de Limoges ayant une idée au centimètre carré qui s’est glissé dans la peau de Mamie Bigoude pour inventer son univers naïf et tendre, Michaël Duval.
Nichés dans l'alcove
Les robes tabliers servent
de housses aux chaises












Voir www.mamiebigoude.fr


samedi 3 décembre 2011

LES BONS PLANS DE TINTINE


Pont-Aven de Gauguin à Gromaire


L'ancien Hôtel Julia et à droite l'Annexe qui deviendra le
Musée de Pont-Aven

Le port de Pont-Aven,1878, Gaston Roullet

Le port de Pont-Aven aujourd'hui

Portrait deMarie-Anne Héderlan, vers 1883, Van den Anker


Jusqu’au 15 septembre prochain, date à laquelle le musée de Pont-Aven fermera deux ans pour subir de grandioses transformations, le musée ouvre ses portes pour sa troisième exposition temporaire de l’année. Né sans collection en juin 1985, il rassemble aujourd’hui plus de 1300 œuvres et documents qu’il n’a plus la place de montrer. L’atelier de l’Île a gagné le concours et lancera donc la rénovation de l’Annexe du célèbre Hôtel Julia, aujourd’hui occupé par le musée et la mairie. Sauf la porte d’entrée, rendue plus accessible et plus visible, la façade ne perdra pas ses harmonieuses proportions mais à l’intérieur, tout éclatera pour mieux utiliser l’espace et doubler la surface d’exposition.



Pont-Aven et son « exotisme » champêtre

L’actuelle exposition permet de mieux comprendre pourquoi ce charmant bourg de Pont-Aven, blotti autour de son Aven qui rejoint la mer sept kilomètres plus loin, fut si fréquenté par les peintres au XIX è siècle, jusqu'à permettre la création, sous l’impulsion de Gauguin et de son ami Emile Bernard, de cette Ecole de Pont-Aven qui révolutionna la peinture avec quelques règles simples : abandonner la copie servile de la réalité ; créer l’œuvre d’après l’émotion suscitée chez l’artiste ; aller à l’essentiel en éliminant détail et superflu ; bannir ombre et perspective ; procéder par aplats de couleurs pures ; chercher une composition géométrique en cloisonnant les divers sujets et objets par un cerne.

Les Porcelets, 1889, Paul Sérusier

Etude pour Le blé noir, 1888, Emile Bernard

Plus de vingt ans avant la venue de Gauguin en 1886, bien des artistes, d’abord Américains, puis Nordiques, furent tentés par « l’exotisme » de ce bourg breton si authentique, sa belle lumière, l’accueil bon enfant des habitants qui louent volontiers une chambre ou les prennent en pension sans demander trop d’argent. Le premier est l’Américain Robert Wylie, bientôt rejoints par des artistes comme Otto Hagborg, Marie Luplau (les femmes sont rares, dans les ateliers parisiens), Gaston Roullet, Van den Anker ou Paul Sérusier. La petite colonie se réunit autour de trois lieux, au manoir de Lézaven, à la pension Gloanec ou à l’hôtel Julia. Les Bretons, amusés, posent volontiers, vendent à bas leurs produits, cidre, galettes, légumes, volailles ou charcuterie.



Les débuts de l’Ecole de Pont-Aven




Gauguin à Pont-Aven


L'ancienne pension Plouanec où habitait Gauguin,
sa chambre correspondait à la lucarne de gauche

Gauguin, quant à lui, a élu domicile à la pension Gloanec (on peut encore voir la fenêtre mansardée de la chambre qu’il y occupa) et bientôt, une petite colonie se réunit autour de lui : Charles Filiger, Charles Laval, Roderic O’Connor auquel Armand Seguin adressera des lettres si émouvantes, Georges Lacombe, le peintre des vagues ou Emile Bernard, devenu l’inséparable de Gauguin qui admire surtout le trait si sûr du graveur. Il ne s’agit pas d’une école de peinture ou d’élèves groupés autour de leur maître, même si la personnalité de Gauguin domine, mais plutôt de confrères devisant librement de leur art et se racontant leurs expériences.



La leçon au Bois d’Amour

Ce bois romantique dominant Pont-Aven, sujet de bien des peintures, est surtout célèbre par la leçon improvisée que Gauguin y donna à Paul Sérusier en septembre 1988.. Plus tard, Paul transmettra la « leçon » qu’il y prit tout en peignant :

Deux têtes bretonnes, 1894, Paul Gauguin

« De quelle couleur voyez-vous ces arbres ?

-        Ils sont jaunes.

-        Eh bien, mettez donc du jaune. Et cette ombre ?

-        Plutôt bleue.

-        Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible. Et ces feuilles rouges ? Mettez du vermillon. Comment voyez-vous cet arbre ? Il est vert ? Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette. »

Rentré à Paris, Sérusier raconte cette rencontre à ses amis de l’Académie Julian, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Paul Rançon, Edouard Vuillard qui vont appliquer ces idées, à l’origine de la formation du groupe des Nabis (Prophètes en hébreu).



Le départ de Gauguin pour Tahiti et Pont-Aven sans lui

Même si Gauguin fera cinq séjours très productifs à Pont-Aven, il a entre temps découvert les charmes de Tahiti et de ses belles natives. Et il quitte définitivement la France le 5 juillet 1895 pour s’adonner à une nouvelle facette de son œuvre. Huit ans plus tard, il meurt à Hiva Oa, île de l’archipel des Marquises.
La chapelle Lanriot au clair de lune, 1926, Emile Jourdan

La chapelle Lanriot aujourd'hui

Même si le groupe de l’Ecole de Pont-Aven, la féerie du lieu continue d’attirer d’autres artistes, tels l’Anglais Geoffrey Nelson qui réside à l’hôtel de la Poste et se lie d’amitié avec la propriétaire, Julia Correlleau et fonde ce qu’on nommera « la deuxième école de Pont-Aven » avec ses amis Daucho et Asselin. Marcel Grommaire, trop indépendant pour adhérer à une école, s’inspire aussi de pont-Aven. Ses formes simples et géométriques n’auraient sans doute pas déplu à Gauguin. Mais la guerre est là et Pont-Aven s’endort pour un temps…
Christian Heudier, patron du Petit Bouchon,
les potées de la patronne sont inoubliables 

L'ancienne salle à manger de l'Hôtel de la Poste

Le moulin David, 1843, Fernand Daucho

Le seul rescapé des quatorze moulins de jadis


Musée de Pont-Aven, www.muséepontaven.fr

Retenues d'eau sur l'Aven

Les célèbres galettes de Pont-Aven
L'impressionnant magasin de décoration Idées