mardi 2 décembre 2014

EN VOYAGE

                   EN VOYAGE N° 28

                   NOVEMBRE-DECEMBRE 2014

Sur le ferry de Marie-Galante


SOMMAIRE

. Cadeaux de Noël

. Jaipur à bicyclette

. Découverte érotique : Sade au Musée d'Orsay

. Splendeur du Sud italien

. Les îles de Guadeloupe

. En Guadeloupe chez Simone Scharw-Bart

. Romantique Istrie

CADEAUX DE NOËL


 
 

LE MARQUIS D'URCEE

LES ENQUETES D'HENRI DE SAMBREUIL

Isaure de Saint Pierre

 
 








 
 
Au détour d'un tournant jaillit la maison, découpe incongrue et blessante, adoucie pourtant par la nuit. Sur fond de ciel plus bleu que noir se profilait le profil capricieux de ses toits et de ses inutiles parures de zinc. Et ce manoir, qu'Henri de Sambreuil trouvait d'une laideur paisible en plein jour, lui parut nimbé de mystère et presque de beauté dans la nuit normande.
    Gilles avait dû entendre le crissement des roues de leur haquet sur les gravillons de l'allée. Il se tenait debout sur les marches du perron, bras croisés, à les attendre. Il vint les aider à descendre de la mauvaise voiture qui les avait menés là, Maxime de Beaulieu et lui-même, s'inclina devant eux et leur dit d'emblée :
   - Je crois que nous serons des amis.
   Henri et Maxime n'y voyaient pour leur part aucun inconvénient. Grand et mince, le visage buriné par le grand air, le regard très bleu et innocent, mais en même temps attentif, les cheveux coiffés en catogan en dépit de la mode actuelle, Henri de Sambreuil, lieutenant de police à l'Hôtel de Ville de Paris, venait d'être envoyé avec son ami Maxime de Beaulieu en mission en Normandie. On les avait chargés de se rendre compte des effectifs et des armements des troupes de Frotté, car le vicomte de Barras, le citoyen Barras comme il préférait désormais se faire appeler, l'homme fort de la Convention thermidorienne et le principal instrument de la chute de Robespierre, n'avait guère envie d'avoir une seconde Terreur blanche sur les bras. Maxime, plus petit, plus râblé que son ami, avait un visage de Christ blond et un physique plus saxon que celte. Gilles, quant à lui, était grand, un peu lourd, avec des cheveux bruns soigneusement lissés en arrière, un sourire qui insufflait de la chaleur à sa personne trop apprêtée en dépit de la carcasse presque rustaude. Il portait une culotte de soie puce et une veste de brocart par-dessus une chemise très fine, soulignée au col et aux poignets par des dentelles de Bruges d'un ton crème. Henri se dit que, même en chemise, il devait paraître peu naturel. Celui-ci ajouta d'une voix amicale, qui tentait de communiquer sa jovialité :
    - Olympe m'a beaucoup et souvent parlé de vous deux et spécialement de vous, M. de Sambreuil, puisque vous êtes son cousin. Je me suis même demandé si elle n'avait pas été un peu amoureuse de vous, autrefois...
    Olympe amoureuse ? Henri ne se la figurait pas ainsi. Elle était toujours si légère, si désinvolte, si aimablement à la page. Pour lui, l'amour devrait être chose grave, engendreuse de grands désordres. Ce sentiment dérangeant et compliqué ne lui paraissait pas entrer dans l'univers si délicatement sophistiqué d’Olympe. Peut-être pouvait-elle se dire amoureuse pour passer le temps, mais sans y croire tout à fait, un jour d'ennui, un jour de pluie ? De lui, elle ne l'était certainement pas. Il s'imaginait qu’elle ne pouvait aimer que des êtres plus tortueux, plus alambiqués qu'il n'aurait su l'être. Aussi se mit-il à rire doucement.
 


461 pages, 19E32 à commander sur Shop my Book


 
 

PETITS C RIMES

ENTRE INCROYABLES

ET MERVEILLEUSES

 

LES ENQUETES D'HENRI DE SAMBREUIL

 

            Isaure de Saint Pierre



 
Henri de Sambreuil jeta un coup d’œil mi-agacé, mi-attendri à Isabelle de Cérisieu, étalée dans le lit, bras jetés en travers des draps, l’obligeant à se blottir dans le coin le plus reculé pour lui échapper. Même endormie, même abandonnée dans le sommeil, elle prenait encore toute la place. Il se leva silencieusement. On ne pouvait dire qu’il parût ses vingt-neuf ans. En dépit d'un torse puissant, mais dénué d’une once de graisse, des épaules larges, des bras musclés de l'homme d'action, il avait gardé un visage presque enfantin. Ses yeux très noirs pouvaient refléter bien des passions. Pourtant, lorsqu'il souriait, c'était encore un tout jeune homme. Ses cheveux sombres, d'ordinaire lissés en arrière et noués en simple catogan, lui tombaient en ce moment librement sur les épaules. C’était vrai qu’il s’entretenait, prenant soin de son corps et de son apparence, ce qui l'amusait et l'incitait à se moquer de lui-même. Il y voyait une faiblesse, la peur de l’approche de l’âge et le désir éperdu de freiner son entrée dans le monde adulte, la crainte de se fixer, de faire à nouveau une fin, comme on dit, maintenant que sa toute jeune femme, morte en couches ainsi que l’enfant, n’était plus. C'était pour cette raison qu'il multipliait les conquêtes féminines, toujours amoureux, même et surtout s'il refusait de s'installer dans une liaison, qui l'aurait limité en l'empêchant d'aimer les autres femmes, toutes les autres…
          Il avait d'abord pensé que son univers s'était écroulé à la mort du roi, puis il avait dû constater avec surprise qu'il n'en était rien. En dépit des erreurs, des violences inutiles, du sang qui avait coulé à flot dans la France entière sous le règne despotique de la Terreur et de Robespierre, il avait aimé les idées nouvelles, leur générosité et leur utopie. Le vieux monde n'était plus et il fallait en construire un neuf. Malgré les errements et les aberrations, c'était une tâche exaltante. Et, s'il était souvent révolté par ce qu'il voyait depuis qu'il était devenu lieutenant de police de l'Hôtel de Ville de Paris, il aimait l'aventure que lui offrait cette charge. Il s'y croyait plus utile que lorsqu'il se trouvait encore dans son obscure petite ville de province, même s'il l'aimait, ou quand il était garde du corps auprès de la personne royale, à Versailles.
          Cette belle femme qu'il avait mise dans son lit, Henri de Sambreuil l'avait rencontrée depuis peu. A présent, la capitale était prise d'une telle frénésie de vie, de luxe, de rires et de plaisirs que les anciens préceptes de prudence et de bonnes mœurs n'y avaient plus cours. C'était son ami Pierre Simiot qui la lui avait présentée. Isabelle Manon, dame de Cérisieu, était la fille d'une comédienne d'un certain renom. Veuve très jeune, après à peine un an de mariage, son mari ayant disparu dans la tourmente révolutionnaire, sans doute sous le seul prétexte qu'il portait une particule, elle était revenue habiter chez sa mère. Là, elle jouissait d'appartements bien à elle et d'une grande liberté, puisque c'était elle qui faisait vivre la vieille comédienne. Elle était aussi la meilleure amie d'Anne Mac Laure, la nouvelle citoyenne Simiot.
          Henri savait son ami peu regardant quant au choix des moyens quand il s'agissait de réussite, ce qui l'avait toujours fasciné, lui qui n'était pas un  homme de pouvoir et se souciait peu de l'argent. Il savait aussi qu’il restait le pygmalion de sa très jeune femme. Elle n’était qu’un peu de glaise entre ses mains. Sans doute, la citoyenne Simiot ne détestait-elle pas être ainsi dominée. La renommée du grand éditeur parisien Pierre Simiot, son sens aigu des affaires et son absence de scrupules la servaient. Sans lui, son premier et pour l’instant unique roman, La mer était rouge, aurait probablement subi le sort de bien des livres, les meilleurs comme les plus mauvais, c'est-à-dire qu'il serait passé quasi inaperçu.
 
392 pages, 21E07 à commander sur Shop my Book
 

mercredi 5 novembre 2014

JAIPUR INSOLITE


Jaipur à bicyclette


 


Ophélie et Eléonore, à bicyclette bien sûr !

 

Lors de mes divers périples indiens, onze jusqu’à présent, je reviens souvent à Jaipur, la ville rose incarnant le mieux à mon sens toute la magie de l’Inde. Je l’avais arpentée en rickshaw bien sûr, à pied, en bateau, à dos d’éléphant comme tout le monde, de chameau aussi, mais jamais à bicyclette. Pourtant, c’est peut-être ce dernier mode de locomotion qui m’a le plus séduite. Une fois que l'on a visité les principaux monuments, le célèbre palais des Vents, bien sûr, ancien lieu d’observation de la ville pour les femmes du harem du rajah, le fort d’Amber et ses éléphants, Yantra Mandir, cet incroyable parc dédié à l’astrologie, le City Palace, le Temple des Singes, le Jaigarh Fort ou le Jal Mahal, il faut s'accorder une exploration à bicyclette. On part au petit matin en vélo, quand le soleil commence à caresser de ses rayons les vieilles pierres, sous la conduite d’Eléonore, d’Ophélie et des deux Raju, deux Indiens qui portent le même prénom, originaires de la ville quant à eux.  Et l’on pédale gaillardement par les vieilles ruelles de cette cité datant tout de même du XVIII è, s’arrêtant dans les échoppes pour grignoter des katchoris, sortes de beignets de pommes ou de lentilles, ou des lassis, sortes de yaourts, des rabdis, un dessert au lait sucré avant de prendre un petit déjeuner traditionnel dans une ancienne haveli, ces riches maisons de marchand ou même  chez l'habitant selon le tour choisi. On assiste au brossage de dents dans la rue, à l'arrivée des petits à l'école, à la prière. On a ainsi l'impression de vivre vraiment avec les habitants de Jaipur, submergés par des sensations neuves, des odeurs d'épices. Eléonore et Ophélie, deux jeunes Françaises amoureuses de l’Inde, ont en effet choisi de vivre à Jaipur. Pour faire découvrir autrement  à leurs amis et visiteurs en général cette délicieuse cité et ses secrets, quoi de mieux que la petite reine ? Suivez-les dans leur périple matinal et soyez conquis, comme moi !
Allez voir leur site et leur jolie vidéo sur :
www.cyclinjaipur.com
https://m.youtube.com/watch?v=9je1HUeEnaE

 
 

2léphant grimé de fleurs

dimanche 2 novembre 2014

DECOUVERTE EROTIQUE


Sade, le divin et sulfureux marquis


 


Man Ray, Portrait imaginaire de D.A.F. de Sade, 1938


Pour le bicentenaire de la mort du « divin marquis », le musée d’Orsay a organisé une grande exposition intitulée « Sade attaquer le soleil », qui durera jusqu’au 25 janvier 2015, sorte de promenade artistique autour des idées fortes de son œuvre, à présent universellement reconnue et publiée en son intégralité dans la prestigieuse collection de La Pléiade.

 
La vie scandaleuse d’un maître en la matière

Né à Paris en 1740, Donatien, Alphonse, François de Sade appartient à l’une des plus anciennes et prestigieuses familles de l’aristocratie française. Sa mère est une Maillé. Son oncle paternel, l’abbé de Sade, volontiers libertin à ses heures, prend son éducation en mains et lui inculque le goût du beau et de la littérature, mais pas celui de la religion. Après ses études chez les jésuites, il s’engage bien sûr dans l’armée, puis est réformé après la guerre de Sept ans. Moins de six mois après son mariage avec la très riche Renée-Pélagie de Montreuil, il est incarcéré à Vincennes pour « sacrilège libertin ». Sa longue vie – il meurt à l’âge de 74 ans – ne comptera pas moins de 28 ans de captivité pour viols, tortures, supplices ou écrits licencieux,  sa belle-mère qui l’exécrait et visait sa fortune étant pour beaucoup dans ces accusations bien souvent mensongères. Ces 28 ans d’emprisonnement, le marquis de Sade les emploiera à bâtir une œuvre étrange et contestataire, interdite jusqu’en 1966. C’est assez dire qu’il offusque et dérange.

Eugène Delacroix, Médée furieuse, 1838

Ingres, Angélique, vers 1819

Delacroix, Mort de Sardanapale (esquisse), 1826
 
Cette vaste exposition, construite autour de citations tirées de ses écrits, s’arrêt à la date ou l’éditeur Jean-Jacques Pauvert, qui s’est acharné à faire connaître son œuvre, obtient enfin gain de cause et parvient, après de retentissants procès, à la publier dans son intégralité. Citons, parmi ses écrits les plus connus, Les 120 Journées de Sodome qui inspira un film magnifique à Pasolini, Justine ou les Malheurs de la vertu suivie de l’histoire de Juliette, sa sœur, puis La Philosophie dans le boudoir, qui le fit parfois considérer, à tort, comme un philosophe.
Séduit un temps par les idées neuves de la Révolution, il adhère à la section des Piques de la place Vendôme, mais ses convictions restent en formelle contradiction avec la vertu si chère à Robespierre. Condamné à mort, il est sauvé par la chute de ce dernier et libéré. Ses satires de la société du Directoire lui vaudront l’inimitié de Bonaparte, la saisie de ses écrits et l’internement à l’hospice de Charenton, où il mourra treize ans plus tard. Cet athée qui faisait profession d’athéisme et écrivait « L’idée de Dieu est, je l’avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l’homme », fut contre ses vœux enterré religieusement dans le cimetière de l’hospice…

 

Le XIX è siècle découvre Sade

Cette découverte de l’œuvre du marquis de Sade par des poètes tels que Baudelaire ou Rimbaud, des écrivains comme Flaubert ou Huysmans ou des peintres comme Courbet, Ingres, Delacroix, Félicien Rops, Goya ou Füssli ne tarde pas à faire boule de neige et inspire bien des écrits et des toiles. Annie Lebrun et Laurence des Cars, qui ont organisé cette superbe et passionnante expo, ont choisi d’explorer des thèmes plutôt que de suivre une simple chronologie de l’œuvre de Sade. Le premier thème de l’exposition s’exprime ainsi : « Humain, trop humain, inhumain », montrant que la formidable liberté d’expression que s’est accordée Sade, à l’intérieur même de ses diverses prisons ou asile d’aliénés, aide l’Art à détruire ses cadres codifiés. Jusqu’à lui, on ne pouvait par exemple montrer un corps supplicié qu’avec l’excuse de la représentation du martyre d’un saint ! A côté d’œuvres classiques, cette exposition propose aussi des gravures licencieuses populaires, des photographies parfois pornographiques, telles celles de Pierre Molinier, pulvérisant cette distinction toute de principe entre érotisme élégant et pornographie vulgaire.

Alfred Kubin, Le Massacre, vers 1900

Félicien Rops, Le Calvaire, 1882
 
Dans une lettre à sa femme Renée datant de 1783, Sade se décrit ainsi : « impérieux, colérique, emporté, extrême en tout, d’un dérèglement d’imagination sur les mœurs qui de la vie n’a eu son pareil, athée jusqu’au fanatisme. » Puis il ajoute avec une simplicité désarmante : « Tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas. » Pourtant, cet adepte de la cruauté au service du plaisir ne supportait pas que l’on fît du mal à un animal, fustigeait avec une égale passion la guerre comme la peine de mort. Jouissance et souffrance s’apparentant à des extases mystiques chez Sade, il est à présent perçu comme un puissant symbole d’émancipation, de libre disposition de son corps et de son plaisir, moquant l’hypocrisie sociale et explorant les bas-fonds de l’inconscient, parfois jusqu’à la nausée, sûrement jusqu’au délire. Nul, mieux que lui, n’aura su figurer l’antihéros et le prince de tous nos fantasmes.

 
Musée d’Orsay, 62, rue de Lille 75007 Paris, Tél. : 01 40 49 47 46.                   

lundi 20 octobre 2014

PROMENADE ITALIENNE


Pouilles et Basilicate, splendeurs de l’Italie du Sud

 

Bari, la basilique Saint Nicolas

Et son merveilleux plafond peint

Un mariage haut en couleurs

Le surpenant décor de l'hôtel Oriente

 

La terre en est certes aride et rocheuse, ne laissant guère pousser qu’oliviers et pins et l’on croit à tort ces provinces pauvres. C’est oublier leur intérêt stratégique et les enjeux dont elles furent l’objet de la part des Romains, Normands, Souabes, Angevins ou Aragonais et l’importance de leurs ports, richesse reflétée par la rutilance de leurs églises et palais baroques.

 

Le talon de la Botte de Bari à Tarente

En dépit de l’extension de son port, Bari donne déjà le ton, avec son centre historique épargné constituant un vrai labyrinthe de petites ruelles aux belles demeures ornées de sculptures, aux balcons majestueux où sèche le linge. Rien d’étonnant à ce que les audacieux Normands venus du Cotentin, menés par les impétueux frères Hauteville et parmi eux le fameux Robert Guiscard, l’un des frères de Guillaume Bras-de-Fer, eussent guigné la côte est italienne, important point de départ pour le commerce avec l’Orient. Bari possède donc son château normand, plus tard embelli et agrandi par le mythique Frédéric II de Hoenstaufen, que l’on appelait aussi la « Stupeur du monde », homme de guerre et de savoir, qui parlait l’arabe couramment et s’intéressait tant à cette civilisation qu’il  dut subir les foudres des papes Grégoire IX puis Innocent IV. D’autres fortifications furent ajoutées au Château Souabe ou Castello Svevo au XVI è siècle.

Quant à sa basilique Saint-Nicolas, l’une des plus anciennes églises normandes du Sud, son intérieur immense et dépouillé offre un saisissant contraste avec son plafond de bois peint datant du XVII è siècle. Le Duomo, cathédrale romane datant du XI è siècle, a conservé son plan et sa coupole d’influence byzantine.
Dans la ville nouvelle, le B&B de la Casa Pimpolini, au 249 de la Via Calefati (080 521 99 38), près des boutiques élégantes et des restaurants, propose de jolies chambres à des prix attractifs.
En plongeant vers le Sud, les ports sont ravissants, Mola di Bari, Monopoli avec ses barques de pêche d’un bleu rivalisant avec celui de la mer et sa forteresse en bord de mer, son dédalle de ruelles, Polignano a Mare et sa Porta Grande donnant accès au centre historique, puis, piquant vers l’intérieur des terres, Alberobello et ses célèbres trulli séculaires, inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
Dans sa vieille ville, tant sur le Rione Monte que le Rione Ala Piccola à l’est se serrent plus d’un millier de trulli, ces habitations rudimentaires, faites de pierres chaulées de blanc et coiffées de lauzes, qui servaient initialement de refuges aux bergers ou même aux animaux, avant de devenir les maisons des paysans les plus pauvres, maintenant si prisées qu’elles se sont muées en hôtels ou demeures de luxe quand elles sont réunies ou boutiques de souvenirs hélas trop nombreuses. Plus récent, le Trullo Sovrano, édifié au XVIII è siècle par la famille d’un prêtre, comprend un étage et est à présent aménagée en musée. Passer une nuit dans un trullo est facile à réaliser en louant un appartement Via Monte San Gabriele (Tél. : 080 432 38 60).

Le délicieux port de Monopoli

Les étonnants trulli des Pouilles


Tout près et plus à l’est, Martina Franca, bourg aux maisons éclatantes de blancheur, est célèbre pour son Arco di Sant’Antonio débouchant sur la Piazza Roma où se dresse son élégant palais ducal édifié au XVII è siècle et décoré d’innombrables fresques inspirées de la mythologie romaine, à présent siège de la municipalité. En suivant le Corso Vittorio aux élégantes demeures patriciennes se prenant pour des palais, l’on parvient à la Piazza Plebiscito, dominée par la Basilique de Saint Martin datant du XVIII è siècle.
Lecce, les fresques inspirées de la mythologie
de l'ancien Palais du Gouverneur

Une belle place à Lecce

L'étonnant plafond de la cathédrale à l'opulence
baroque

Le majestueux amphithéâtre romain de Lecce

La façade tourmentée de la cathédrale

Féerie nocturne à Lecce

Retour sur la côte avec Lecce, ville baroque par excellence, hérissée de palais et d’églises, dont sa délirante Basilica di Santa Croce à la façade en vraie dentelle de pierre et son intérieur de style Renaissance, sa Piazza del Duomo datant du XII è siècle, encadrée par le palais épiscopal du XV è siècle et le Seminario conçu au XVIII è siècle par l’architecte Giuseppe Cino.
On peut y dormir dans le B&B Prestige, situé en plein centre historique à l’angle de la Via Santa Maria (Tél. : 0832 30 35 06).
Chapelle Pierre et Paul à Otrante

Et son massif château aragonais

La délicieuse rade de Gallipoli

Le plafond baroque de sa cathédrale

Sa vieille pharmacie demeurée comme autrefois


Toute l'exubérance de sa Chapelle de la Pureté

Toujours plus au sud, Otrante surplombe un port baigné par les eaux toujours bleues de l’Adriatique, mais la ville fut hélas mise à sac en 1480 par Ahmed Pacha et ses 18 000 Turcs. Il en subsiste une cathédrale du XI è siècle bâtie par les Normands et une étonnante mosaïque plus tardive d’un siècle, conçue par un jeune moine du nom de Pantaleone et représentant un gigantesque arbre de vie où s’ébattent Adam et Eve, mais aussi Hercule ou Diane, le roi Arthur et Alexandre le Grand, escortés par une vraie ménagerie de singes, serpents et monstres marins. A droite du maître autel, la Cappela Mortiri offre dans sept grandes vitrines l’étalage macabre des ossements de ses martyres. Castello Aragonese et Chiesa di San Pietro, ornée d’éclatantes fresques byzantines, constituent les autres curiosités de la ville.
Faisant le pendant d’Otrante sur la côte ouest, côté mer Ionienne, Gallipoli, la belle ville en grec, mérite bien son nom avec sa cité médiévale s’avançant vers la mer, ses hauts remparts, sa Baia Verde s’ouvrant vers le sud, sa cathédrale Sainte Agate à la façade ornementée par Zimbalo, qui donna à Lecce son exubérant style baroque, ses moulins à huile souterrains, creusés dans le tuf et sa vieille pharmacie ornée de délicieux pots à onguents et servant encore.
Une bonne adresse pour y dormir : La Casa del Mare, située dans une belle demeure du XVI è siècle, au 14, Piazza de Amicis, Tél. : 333 474 57 54.

 

La Basilicate et ses sassi, le château ésotérique de Frédéric II

 
Tarente et les colonnes de l'ancien temple de Poséidon

Le port industriel de Tarente


Vue de Matera Franca, la ville aux sassi

Matera Franca et son lacis de ruelles

Dominant la gorge, San Pietro Caveoso

Vue sur Santa Maria d'Idris


L'une de ses fresques d'inspiration byzantine


Si la légende veut que Tarente fut jadis fondée par Taras, le fils de Poséidon, la vieille ville a bien pâti de la ville nouvelle et de l’essor de son port moderne et il ne reste plus grand-chose de la prospère cité romaine. Le centre médiéval et les anciens palais Renaissance, désertés au profit des quartiers neufs, font grise mine et n’expriment plus que la nostalgie des choses qui se meurent lentement. Perché sur une petite île séparant la Mar Piccolo ou Petite Mer, en réalité une lagune fermée, de la Mar Grande ou Grande Mer, ce centre médiéval, en dépit de quelques rénovations insuffisantes, semblent aujourd’hui bien décati. On peut cependant admirer, comme dans la plupart de ces ports, un grandiose Castello Aragonese du XV è siècle, témoin de la gloire passée, des colonnes ayant appartenu au temple de Poséidon, un Duomo de style roman du XI è siècle et la merveilleuse Capella di San Cataldo, festival de fresques et d’incrustations en marbre polychrome.
Ensuite, en piquant vers l’ouest, on aborde la sauvage Basilicate, plus rocheuse et montagneuse, aux sommets coiffés d’anciennes forteresses, et l’une de ses villes les plus étonnantes, Matera Franca et ses célèbres sassi, ses habitations troglodytes habitées dès la période paléolithique. Imaginez une profonde gorge où roulent les eaux d’un torrent, délimitant deux quartiers bien distincts, le Sasso Barisano, bien restauré, sur le flanc nord-ouest, et le Sasso Caveoso, plus pauvre, au nord-est, et près de trois mille grottes s’ouvrant dans la roche, flanquées de petites maisons chaulées de blanc, s’étageant sur les reliefs des falaises. Il faut marcher à l’aventure dans ces ruelles tortueuses, escalader sans peur de se perdre ces volées d’escaliers. De la place Vittorio Veneto où s’élève un Duomo dont les murs plongent à pic vers la gorge, la vue est prodigieuse sur l’ensemble du ravin et ses maisons troglodytes. Beau panorama aussi en empruntant la route Tarente-Laterza en direction des étonnantes églises rupestres aménagées du VIII è au XIII è siècles et ornées de belles fresques dans le style byzantin. La plus surprenante est sans doute l’église de la Madonna delle Virtu, faisant partie d’un monastère installé dans une douzaine de grottes reliées entre elles, aux peintures bien restaurées.
Si, dans les années cinquante, plus de la moitié de la population pauvre de Matera vivait encore dans ces sassi précaires évoqués par l’écrivain Carlo Levi dans son livre émouvant, Le Christ s’est arrêté à Eboli, elle fut par bonheur relogée par le gouvernement dans des habitations plus décentes. Rénovés, relookés à grand frais, nombre de sassi constituent aujourd’hui des hôtels de luxe, tel ce délicieux Locanda di San Martino, au 71, Via Fiorentini, Tél. : 0835 25 66 00, à la piscine d’eau chaude creusée dans la roche et aux belles chambres troglodytiques.

Castel del Monte, le mystérieux château de Frédéric II

L'imposante entrée du château

Des salles octogonales communiquant entre elles,
jadis ornées de marbre rouge et de corail

On ne peut bien sûr manquer, en remontant vers le nord et le promontoire de Gargano, l’étonnant Castel del Monte, un château ésotérique à la destination encore mystérieuse, peut-être le chef d’œuvre architectural de ce même Frédéric II dont le nom est indissociable de ces deux provinces. Dominant tout le paysage alentours de sa formidable masse octogonale pourtant d’une harmonie parfaite, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco et merveilleusement restauré, il s’organise autour d’une cour à ciel ouvert et ne fut jamais habité, comme l’atteste son absence de cuisine. Ne comportant ni douves, ni pont-levis, ni meurtrières, sa fonction ne pouvait être défensive. On pense plutôt que son plan, conçu autour de l’octogone, fusion du cercle et du carré et donc symbole de la perfection divine et humaine, figurait la relation de l’homme à Dieu, message laissé aux générations futures par cet homme de grand savoir, élevé à Palerme par un précepteur arabe, grand admirateur de cette civilisation alors si en avance sur son époque. Flanqué de huit tours octogonales pourvues d’espaces réservés aux ablutions, si importantes dans le monde arabe, le château comporte un étage et des pièces communicantes pourvues de vastes cheminées. Il faut l’imaginer, avec ses colonnes de marbre, ses murs également ornés de marbre et ses fenêtres aux encadrements de précieux corail…

 

Le promontoire du Gargano

Encore un château de Frédéric II à Barletta

Monte San Angelo émergeant du brouillard

Une rare porte d'argent et de bronze fondue à
Constantinople


Une église souterraine comme celles des
preùiers chrétiens

 

La route file parmi les sombres forêts de chêne du Parc National de Gargano, aussi denses que sauvages, idéales pour les pique-niques et randonnées, puis monte en lacets jusqu’au Monte Sant’ Angelo, souvent noyé d’un brouillard si épais que l’on n’y voit pas à trois mètres. Outre le charme de ses ruelles aux maisons chaulées de blanc, ce bourg est surtout célèbre pour son Santuario di San Michele, qui attire d’immenses foules de pèlerins venus adorer l’archange qui aurait, croit-on, laissé l’empreinte de son pied gravée dans la roche. De superbes portes byzantines de bronze et d’argent, fondues à Constantinople, protègent l’entrée d’un bien curieux sanctuaire souterrain évoquant les lieux de prières des premières communautés chrétiennes. Face au sanctuaire, l’hôtel San Michael, simple mais agréable, offre la plus jolie vue de la ville (Tel. :0884 56 55 19).







A la pointe du promontoire, Peschici s’accroche à sa falaise et domine de ses remparts une mer toujours bleue. Puis Vieste, jolie ville blanche s’avançant vers l’Adriatique, possède aussi sa formidable forteresse, militaire celle-ci, due à Frédéric II, décidément un grand bâtisseur. Dans son église d’Amara, située Via Cimaglia, furent décapités par les Turcs au XVI è tous les habitants qui s’y étaient réfugiés.

Peschici, à la pointe du promontoire


Vieste et ses remparts plongeant vers la mer

Le romantique port de Trani

Une jolie route longeant la côte en traversant oliveraies et vergers redescend ensuite vers Trani au port abritant élégants yachts et barques de pêche. Le centre historique comprend bien sûr nombre de palais, son Duomo campé face à la mer, à l’intérieur presque austère orné de colonnades, son castello édifié en 1233 par Frédéric II toujours, puis renforcé par Charles Quint et son église de Santa Maria Scolanova, une ancienne synagogue où l’on admire un magnifique tableau byzantin de la vierge. On peut y loger dans un palais familial du XVII è aux spacieuses chambres avec vue sur la mer (Albergo Lucy, Tél. : 0883 48 10 22).




Trani baignant dans des eaux bleues

La rigoureuse pureté de la cathédrale de Trani

Et son altière forteresse