lundi 20 octobre 2014

PROMENADE ITALIENNE


Pouilles et Basilicate, splendeurs de l’Italie du Sud

 

Bari, la basilique Saint Nicolas

Et son merveilleux plafond peint

Un mariage haut en couleurs

Le surpenant décor de l'hôtel Oriente

 

La terre en est certes aride et rocheuse, ne laissant guère pousser qu’oliviers et pins et l’on croit à tort ces provinces pauvres. C’est oublier leur intérêt stratégique et les enjeux dont elles furent l’objet de la part des Romains, Normands, Souabes, Angevins ou Aragonais et l’importance de leurs ports, richesse reflétée par la rutilance de leurs églises et palais baroques.

 

Le talon de la Botte de Bari à Tarente

En dépit de l’extension de son port, Bari donne déjà le ton, avec son centre historique épargné constituant un vrai labyrinthe de petites ruelles aux belles demeures ornées de sculptures, aux balcons majestueux où sèche le linge. Rien d’étonnant à ce que les audacieux Normands venus du Cotentin, menés par les impétueux frères Hauteville et parmi eux le fameux Robert Guiscard, l’un des frères de Guillaume Bras-de-Fer, eussent guigné la côte est italienne, important point de départ pour le commerce avec l’Orient. Bari possède donc son château normand, plus tard embelli et agrandi par le mythique Frédéric II de Hoenstaufen, que l’on appelait aussi la « Stupeur du monde », homme de guerre et de savoir, qui parlait l’arabe couramment et s’intéressait tant à cette civilisation qu’il  dut subir les foudres des papes Grégoire IX puis Innocent IV. D’autres fortifications furent ajoutées au Château Souabe ou Castello Svevo au XVI è siècle.

Quant à sa basilique Saint-Nicolas, l’une des plus anciennes églises normandes du Sud, son intérieur immense et dépouillé offre un saisissant contraste avec son plafond de bois peint datant du XVII è siècle. Le Duomo, cathédrale romane datant du XI è siècle, a conservé son plan et sa coupole d’influence byzantine.
Dans la ville nouvelle, le B&B de la Casa Pimpolini, au 249 de la Via Calefati (080 521 99 38), près des boutiques élégantes et des restaurants, propose de jolies chambres à des prix attractifs.
En plongeant vers le Sud, les ports sont ravissants, Mola di Bari, Monopoli avec ses barques de pêche d’un bleu rivalisant avec celui de la mer et sa forteresse en bord de mer, son dédalle de ruelles, Polignano a Mare et sa Porta Grande donnant accès au centre historique, puis, piquant vers l’intérieur des terres, Alberobello et ses célèbres trulli séculaires, inscrits au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
Dans sa vieille ville, tant sur le Rione Monte que le Rione Ala Piccola à l’est se serrent plus d’un millier de trulli, ces habitations rudimentaires, faites de pierres chaulées de blanc et coiffées de lauzes, qui servaient initialement de refuges aux bergers ou même aux animaux, avant de devenir les maisons des paysans les plus pauvres, maintenant si prisées qu’elles se sont muées en hôtels ou demeures de luxe quand elles sont réunies ou boutiques de souvenirs hélas trop nombreuses. Plus récent, le Trullo Sovrano, édifié au XVIII è siècle par la famille d’un prêtre, comprend un étage et est à présent aménagée en musée. Passer une nuit dans un trullo est facile à réaliser en louant un appartement Via Monte San Gabriele (Tél. : 080 432 38 60).

Le délicieux port de Monopoli

Les étonnants trulli des Pouilles


Tout près et plus à l’est, Martina Franca, bourg aux maisons éclatantes de blancheur, est célèbre pour son Arco di Sant’Antonio débouchant sur la Piazza Roma où se dresse son élégant palais ducal édifié au XVII è siècle et décoré d’innombrables fresques inspirées de la mythologie romaine, à présent siège de la municipalité. En suivant le Corso Vittorio aux élégantes demeures patriciennes se prenant pour des palais, l’on parvient à la Piazza Plebiscito, dominée par la Basilique de Saint Martin datant du XVIII è siècle.
Lecce, les fresques inspirées de la mythologie
de l'ancien Palais du Gouverneur

Une belle place à Lecce

L'étonnant plafond de la cathédrale à l'opulence
baroque

Le majestueux amphithéâtre romain de Lecce

La façade tourmentée de la cathédrale

Féerie nocturne à Lecce

Retour sur la côte avec Lecce, ville baroque par excellence, hérissée de palais et d’églises, dont sa délirante Basilica di Santa Croce à la façade en vraie dentelle de pierre et son intérieur de style Renaissance, sa Piazza del Duomo datant du XII è siècle, encadrée par le palais épiscopal du XV è siècle et le Seminario conçu au XVIII è siècle par l’architecte Giuseppe Cino.
On peut y dormir dans le B&B Prestige, situé en plein centre historique à l’angle de la Via Santa Maria (Tél. : 0832 30 35 06).
Chapelle Pierre et Paul à Otrante

Et son massif château aragonais

La délicieuse rade de Gallipoli

Le plafond baroque de sa cathédrale

Sa vieille pharmacie demeurée comme autrefois


Toute l'exubérance de sa Chapelle de la Pureté

Toujours plus au sud, Otrante surplombe un port baigné par les eaux toujours bleues de l’Adriatique, mais la ville fut hélas mise à sac en 1480 par Ahmed Pacha et ses 18 000 Turcs. Il en subsiste une cathédrale du XI è siècle bâtie par les Normands et une étonnante mosaïque plus tardive d’un siècle, conçue par un jeune moine du nom de Pantaleone et représentant un gigantesque arbre de vie où s’ébattent Adam et Eve, mais aussi Hercule ou Diane, le roi Arthur et Alexandre le Grand, escortés par une vraie ménagerie de singes, serpents et monstres marins. A droite du maître autel, la Cappela Mortiri offre dans sept grandes vitrines l’étalage macabre des ossements de ses martyres. Castello Aragonese et Chiesa di San Pietro, ornée d’éclatantes fresques byzantines, constituent les autres curiosités de la ville.
Faisant le pendant d’Otrante sur la côte ouest, côté mer Ionienne, Gallipoli, la belle ville en grec, mérite bien son nom avec sa cité médiévale s’avançant vers la mer, ses hauts remparts, sa Baia Verde s’ouvrant vers le sud, sa cathédrale Sainte Agate à la façade ornementée par Zimbalo, qui donna à Lecce son exubérant style baroque, ses moulins à huile souterrains, creusés dans le tuf et sa vieille pharmacie ornée de délicieux pots à onguents et servant encore.
Une bonne adresse pour y dormir : La Casa del Mare, située dans une belle demeure du XVI è siècle, au 14, Piazza de Amicis, Tél. : 333 474 57 54.

 

La Basilicate et ses sassi, le château ésotérique de Frédéric II

 
Tarente et les colonnes de l'ancien temple de Poséidon

Le port industriel de Tarente


Vue de Matera Franca, la ville aux sassi

Matera Franca et son lacis de ruelles

Dominant la gorge, San Pietro Caveoso

Vue sur Santa Maria d'Idris


L'une de ses fresques d'inspiration byzantine


Si la légende veut que Tarente fut jadis fondée par Taras, le fils de Poséidon, la vieille ville a bien pâti de la ville nouvelle et de l’essor de son port moderne et il ne reste plus grand-chose de la prospère cité romaine. Le centre médiéval et les anciens palais Renaissance, désertés au profit des quartiers neufs, font grise mine et n’expriment plus que la nostalgie des choses qui se meurent lentement. Perché sur une petite île séparant la Mar Piccolo ou Petite Mer, en réalité une lagune fermée, de la Mar Grande ou Grande Mer, ce centre médiéval, en dépit de quelques rénovations insuffisantes, semblent aujourd’hui bien décati. On peut cependant admirer, comme dans la plupart de ces ports, un grandiose Castello Aragonese du XV è siècle, témoin de la gloire passée, des colonnes ayant appartenu au temple de Poséidon, un Duomo de style roman du XI è siècle et la merveilleuse Capella di San Cataldo, festival de fresques et d’incrustations en marbre polychrome.
Ensuite, en piquant vers l’ouest, on aborde la sauvage Basilicate, plus rocheuse et montagneuse, aux sommets coiffés d’anciennes forteresses, et l’une de ses villes les plus étonnantes, Matera Franca et ses célèbres sassi, ses habitations troglodytes habitées dès la période paléolithique. Imaginez une profonde gorge où roulent les eaux d’un torrent, délimitant deux quartiers bien distincts, le Sasso Barisano, bien restauré, sur le flanc nord-ouest, et le Sasso Caveoso, plus pauvre, au nord-est, et près de trois mille grottes s’ouvrant dans la roche, flanquées de petites maisons chaulées de blanc, s’étageant sur les reliefs des falaises. Il faut marcher à l’aventure dans ces ruelles tortueuses, escalader sans peur de se perdre ces volées d’escaliers. De la place Vittorio Veneto où s’élève un Duomo dont les murs plongent à pic vers la gorge, la vue est prodigieuse sur l’ensemble du ravin et ses maisons troglodytes. Beau panorama aussi en empruntant la route Tarente-Laterza en direction des étonnantes églises rupestres aménagées du VIII è au XIII è siècles et ornées de belles fresques dans le style byzantin. La plus surprenante est sans doute l’église de la Madonna delle Virtu, faisant partie d’un monastère installé dans une douzaine de grottes reliées entre elles, aux peintures bien restaurées.
Si, dans les années cinquante, plus de la moitié de la population pauvre de Matera vivait encore dans ces sassi précaires évoqués par l’écrivain Carlo Levi dans son livre émouvant, Le Christ s’est arrêté à Eboli, elle fut par bonheur relogée par le gouvernement dans des habitations plus décentes. Rénovés, relookés à grand frais, nombre de sassi constituent aujourd’hui des hôtels de luxe, tel ce délicieux Locanda di San Martino, au 71, Via Fiorentini, Tél. : 0835 25 66 00, à la piscine d’eau chaude creusée dans la roche et aux belles chambres troglodytiques.

Castel del Monte, le mystérieux château de Frédéric II

L'imposante entrée du château

Des salles octogonales communiquant entre elles,
jadis ornées de marbre rouge et de corail

On ne peut bien sûr manquer, en remontant vers le nord et le promontoire de Gargano, l’étonnant Castel del Monte, un château ésotérique à la destination encore mystérieuse, peut-être le chef d’œuvre architectural de ce même Frédéric II dont le nom est indissociable de ces deux provinces. Dominant tout le paysage alentours de sa formidable masse octogonale pourtant d’une harmonie parfaite, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco et merveilleusement restauré, il s’organise autour d’une cour à ciel ouvert et ne fut jamais habité, comme l’atteste son absence de cuisine. Ne comportant ni douves, ni pont-levis, ni meurtrières, sa fonction ne pouvait être défensive. On pense plutôt que son plan, conçu autour de l’octogone, fusion du cercle et du carré et donc symbole de la perfection divine et humaine, figurait la relation de l’homme à Dieu, message laissé aux générations futures par cet homme de grand savoir, élevé à Palerme par un précepteur arabe, grand admirateur de cette civilisation alors si en avance sur son époque. Flanqué de huit tours octogonales pourvues d’espaces réservés aux ablutions, si importantes dans le monde arabe, le château comporte un étage et des pièces communicantes pourvues de vastes cheminées. Il faut l’imaginer, avec ses colonnes de marbre, ses murs également ornés de marbre et ses fenêtres aux encadrements de précieux corail…

 

Le promontoire du Gargano

Encore un château de Frédéric II à Barletta

Monte San Angelo émergeant du brouillard

Une rare porte d'argent et de bronze fondue à
Constantinople


Une église souterraine comme celles des
preùiers chrétiens

 

La route file parmi les sombres forêts de chêne du Parc National de Gargano, aussi denses que sauvages, idéales pour les pique-niques et randonnées, puis monte en lacets jusqu’au Monte Sant’ Angelo, souvent noyé d’un brouillard si épais que l’on n’y voit pas à trois mètres. Outre le charme de ses ruelles aux maisons chaulées de blanc, ce bourg est surtout célèbre pour son Santuario di San Michele, qui attire d’immenses foules de pèlerins venus adorer l’archange qui aurait, croit-on, laissé l’empreinte de son pied gravée dans la roche. De superbes portes byzantines de bronze et d’argent, fondues à Constantinople, protègent l’entrée d’un bien curieux sanctuaire souterrain évoquant les lieux de prières des premières communautés chrétiennes. Face au sanctuaire, l’hôtel San Michael, simple mais agréable, offre la plus jolie vue de la ville (Tel. :0884 56 55 19).







A la pointe du promontoire, Peschici s’accroche à sa falaise et domine de ses remparts une mer toujours bleue. Puis Vieste, jolie ville blanche s’avançant vers l’Adriatique, possède aussi sa formidable forteresse, militaire celle-ci, due à Frédéric II, décidément un grand bâtisseur. Dans son église d’Amara, située Via Cimaglia, furent décapités par les Turcs au XVI è tous les habitants qui s’y étaient réfugiés.

Peschici, à la pointe du promontoire


Vieste et ses remparts plongeant vers la mer

Le romantique port de Trani

Une jolie route longeant la côte en traversant oliveraies et vergers redescend ensuite vers Trani au port abritant élégants yachts et barques de pêche. Le centre historique comprend bien sûr nombre de palais, son Duomo campé face à la mer, à l’intérieur presque austère orné de colonnades, son castello édifié en 1233 par Frédéric II toujours, puis renforcé par Charles Quint et son église de Santa Maria Scolanova, une ancienne synagogue où l’on admire un magnifique tableau byzantin de la vierge. On peut y loger dans un palais familial du XVII è aux spacieuses chambres avec vue sur la mer (Albergo Lucy, Tél. : 0883 48 10 22).




Trani baignant dans des eaux bleues

La rigoureuse pureté de la cathédrale de Trani

Et son altière forteresse


                          

 

 

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