vendredi 29 août 2014

NOUVELLES PUBLICATIONS

 

LES ENQUÊTES D'HENRI DE SAMBREUIL

 

 
 

1. LE JEU DE LA REINE

 

 
Extrait
Il faisait trop chaud dans la chambre mal aérée du relais. Il y eut comme un bruissement furtif derrière la porte, un glissement feutré. Cherchait-on à pénétrer dans la pièce ? La porte s'ouvrit avec précaution sur une mante si ample et si sombre que l'on ne pouvait deviner qui s'en était enveloppé et s'il s'agissait d'une femme ou d'un homme. Le corridor était désert. A quelques pas de la porte, une torche se consumait, fichée dans le mur. Le domino s'en approcha, éteignit la torche et l'ombre se fit plus sombre et plus épaisse. Plus inquiétante.
Par une croisée entrouverte dans l'escalier pénétraient les bruits tranquilles de la forêt. On entendait murmurer une source et hululer une chouette. Il y eut soudain le cri bref et tragique d'un petit animal à l'agonie, puis le silence recouvrit cette mort anonyme. La silhouette imprécise se glissait sans un bruit le long du corridor, se blottissant soudain dans un recoin obscur quand elle croyait avoir perçu un son insolite, reprenant ensuite sa prudente progression. Parfois, un ronflement ou l'écho d'un rêve venait transpercer les cloisons trop minces. On avait alors l'impression d'entendre battre le pouls de la nuit.
Une main se dégagea de la mante, tenant une petite clef qu'elle inséra dans la serrure. Le pêne joua sans bruit, la porte s'ouvrit avec un bref grincement. La silhouette s'engouffra par l'ouverture, examina à nouveau le corridor, referma le battant tout aussi habilement. Quand ses yeux se furent habitués à l'obscurité, le domino s'approcha d'une alcôve du même pas sûr et glissé. On entendait monter du lit un souffle régulier. Un parfum de tabac se dégageait des draps chiffonnés, sans doute repoussés durant la nuit par un pied impatient. La main du domino se leva. La lame d'un blanc méchant d'un stylet brilla un court instant au-dessus de l'oreiller. Maintenant que sa vision s'était accoutumée à l'ombre, le domino distinguait mieux le visage du dormeur. La main armée hésita un bref instant, faillit retomber, mais elle eut soudain un geste bref et décisif. Tandis que l'autre main venait se plaquer durement sur la bouche encore entrouverte, le stylet parut déchirer l'air avant que de s'enfoncer dans la chair du cou. Là où l'artère fémorale bat  sous la peau comme un oiseau prisonnier. Un flot de sang jaillit de la gorge ouverte, qui semblait maintenant dessiner à la base du cou un second sourire. Hideux et sanglant. Pressant un oreiller sur le visage de sa victime, l'assassin regarda le corps d'un œil froid.
Une odeur douçâtre, écœurante, celle du sang, flottait à présent dans la pièce…
 


2. AUTOPORTRAIT A LA SANGUINE

 

LA FEMME DE PAPIER 

Extrait 


L’hôtel de la Providence, au 19 de la rue des Vieux-Augustins, n’avait pas grand intérêt et était même des plus modestes. Son seul avantage était d’être situé tout près de l’arrêt de la diligence venant de Caen. C’était l’unique raison pour laquelle elle l’avait choisi. D’ailleurs, cela n’avait que peu d’importance. Que son plan aboutît ou non, elle n’y resterait pas longtemps. Que cette Simone Evrard était donc une déplaisante personne ! Pour s’acoquiner avec un tel homme, on ne pouvait évidemment être un ange de beauté ou de vertu… Il était tout de même fâcheux qu’il fût malade et obligé de rester chez lui… Enfin, il lui fallait bien s’adapter aux circonstances. Elle lui avait écrit, la lettre était partie. A cette heure, il l’avait probablement déjà reçue. Quand elle reviendrait, le dragon femelle ne pourrait continuer à l’empêcher d’entrer, puisqu’elle serait pour ainsi dire attendue. L’emplette qu’elle avait faite dans les arcades du Palais-Royal était bien emballée, comme elle l’avait demandé. Le papier portait le nom du fournisseur : “Chez Badin”. Le nom était plaisant et la fit sourire. On toqua à sa porte.
C’était le coiffeur qu’elle avait fait chercher. Il convient d’être à son avantage pour un tel rendez-vous. Elle voulait se faire friser comme c’était à présent la mode dans la capitale. Toutes les femmes arboraient des coiffures de pâtres grecs. Même si elle refusait de sacrifier sa longue chevelure, des boucles moussant tout autour du visage serait sur elle d’un effet charmant.
L’homme était venu avec son aide, un bel enfant d’une douzaine d’années auquel elle sourit. Toujours, elle avait su plaire aux enfants. C’était bon de s’abandonner entre les mains expertes du coiffeur en écoutant d’une oreille distraite son babillage. C’était bon de s’offrir un peu de raffinement après la fatigue du voyage. Les fers chauffaient avec un petit grésillement agréable. Quand ils étaient à point, le coiffeur enroulait une mèche de cheveux d’un geste preste et lui donnait un joli volume. Une fois que ce fut terminé, elle se regarda avec complaisance dans le miroir qu’il lui tendait, paya et le remercia.
Il était temps de s’apprêter. Elle revêtit la jolie robe de mousseline à pois qu’elle avait fait faire pour la circonstance et n’avait encore jamais portée, l’égaya d’un fichu rose qui avait l’avantage de flatter son visage trop pâle, puis elle enfonça avec décision son chapeau noir à cocarde verte et aigrette noire. Grâce à ces boucles qui l’auréolaient avec douceur et semblaient un prolongement naturel de son chapeau, elle était charmante et sourit à son image.  On aurait dit une jeune fille se rendant à un rendez-vous d’amour !
Sept heures venaient de sonner, mais il faisait encore grand jour, en ce mois de juillet qui s’annonçait très chaud. Il ne fallait plus tarder et descendre chercher un fiacre. Elle défit le paquet et glissa son achat dans son corsage, ainsi que son extrait d’acte de naissance et une petite lettre qu’elle avait auparavant rédigée et qui expliquait ses motivations. Puis elle prit une autre lettre, posée en évidence sur sa table de chevet. Celle-ci lui servirait d’introduction, si cette Simone Evrard s’obstinait à demeurer aussi désagréable. La soirée était belle. Enfin, un peu de fraîcheur tombait sur la ville.
Elle marcha un moment, heureuse de savourer cette promenade et de voir les hommes se retourner sur son passage. C’était une grande fille vigoureuse et saine et elle savait qu’elle plaisait. Quand elle arriva rue des Victoires nationales, elle vit un fiacre qui attendait. Elle y monta et donna l’adresse de l’hôtel de Cahors, 20 rue des Cordeliers. Durant le court trajet, elle se remémora exactement ce qu’elle devait faire. Quand la voiture s’arrêta devant la maison qu’elle connaissait déjà, elle en sauta lestement, paya le cocher et le renvoya. A quoi aurait servi qu’il l’attendît ?
- Encore vous ! dit la maîtresse de céans de la même voix aigre. Je vous avais déjà clairement fait entendre qu’il était malade et ne recevait pas, il me semble.
A ce moment arrivait un marchand de journaux, avec un paquet d’exemplaires qui sentaient encore l’encre fraîche. Elle jeta un rapide coup d’œil sur les piles portant en bandeau la date du jour et le titre du journal : 13 juillet 1793 et Journal de la République française. Le marchand était accompagné d’un homme mis comme un bourgeois, qui insistait pour être payé. C’était l’imprimeur. Pas fâchée de voir que la femme perdait avec lui un peu de sa superbe, la jeune fille au chapeau noir parvint à s’introduire dans le logis sans être remarquée...
 

3. LA FEMME DE PAPIER

Extrait

Pour distraire Maxime de Beaulieu, qui faisait peine à voir depuis la mort d’Adèle de Tillac, Henri de Sambreuil l’avait emmené prendre l’air sur la promenade des Champs-Elysées. C’était si joli, tous ces arbres jadis plantés par Lenôtre, encadrant la plus belle perspective de Paris. En ce mois de messidor déjà chaud, les arbres s’ornaient de petites feuilles fragiles, d’un vert encore tendre. Même si l’on ne menait plus grand train sur les Champs-Elysées, si l’on n’y voyait plus les attelages racés de naguère, du temps que le comte d’Artois, frère du défunt roi, allait voir courir ses juments à Auteuil, il y avait encore là quantité d’élégantes. Enfin, c’étaient les nouvelles élégantes, les femmes ou les compagnes des citoyens-députés qui arboraient des robes fluides, couleur “boue de Paris”, et des fichus bouffants. Les boucles de leurs chevelures arrangées “à l’antique” s’ornaient de rubans tricolores, parfois même d’une cocarde. Il y avait aussi quantité d’enfants courant après leurs balles. Vêtus à présent “à la matelote”, dans le goût anglais, ils avaient une liberté d’allure qui allait bien à leur âge. Des marchands proposaient aux passants gaufres et sorbets, crêpes et beignets.

Cette fin de juin était déjà étouffante, mais Henri et Maxime avaient l’impression de respirer mieux sur cette promenade que dans les jardins des Tuileries, où trop de souvenirs venaient les assaillir.

- Venez voir ce montreur de singes, Eléonore et bon-ami, cria joyeusement, à côté d’eux, une toute jeune femme.

Ses boucles brunes, son visage un peu rond lui donnaient un air enfantin.

- Babet, voyons, vous ennuyez Maximilien.

Maxime tressaillit en entendant ce prénom et Henri l’emmena plus loin, pas assez vite pourtant pour qu’il ne pût entendre...

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