dimanche 12 juillet 2015

PROMENADE ALLEMANDE


L’Allemagne romantique



Château de Mannheim

Eglise et château d'Heidelberg




Un patrimoine d’une grande richesse et bien préservé


En mixant deux routes allemandes mythiques, celle des châteaux et la route romantique, de Mannheim à Nuremberg, Tintine a découvert de riants vallons couverts de vignes, de maïs, de blé – mais aucun animal pour y paître – et… de puissantes forteresses encore intactes, de profondes forêts, des cours d’eau incroyablement bleus et paisibles contre lesquels se blottissent de ravissantes cités médiévales, dont certaines exhibent encore remparts, tours, échauguettes et chemins de ronde en parfait état. Et, ô surprise, les églises allemandes sont toujours ouvertes, même si elles recèlent, dans le moindre village, étonnante statuaire, toiles de maîtres et retables Renaissance en parfait état et dignes de nos meilleurs musées. Ajoutons que toutes ces villes, bourgs et villages sont d’une propreté rutilante et toujours fleuris. Pourtant, les occasions de guerres et de désastres ne manquèrent pas mais, sans jamais se décourager, l’Allemagne a su préserver son patrimoine et le soustraire à la ruine. Ainsi la forteresse d’Heidelberg, bombardée par le général de Tilly sur ordre de Louis XIV qui revendiquait le Palatinat pour la France au nom de sa belle-sœur, la fameuse princesse palatine, a été partiellement rénovée et ce qu’on ne pouvait reconstruire converti en ruines des plus romantiques. De même, les églises de Saint-Sébald et de Saint-Lorenz, à Nuremberg, ont été relevées à l’identique avec un rare bonheur, tant les Allemands restent amoureux de leur incroyable patrimoine et en prennent le plus grand soin. On en vient souvent à envier leur économie si prospère qui leur permet de garder dans chaque modeste église un trésor ouvert à tous et digne d’une cathédrale !



Mannheim, la ville des carrés et la vallée du Neckar


Complètement détruite lors de la Seconde guerre mondiale et reconstruite trop vite, Mannheim n’offre pas le meilleur exemple de belle rénovation en dépit de son curieux centre historique, épargné, conçu en damiers. Epargné aussi son gigantesque château baroque datant du XVIIIè siècle, un peu massif au goût de Tintine, mais qui se flatte de posséder une fenêtre de plus que Versailles.
Vue d'Euberbach


Hôtel-château  Neuborg

Eglise de Bad Wimpfen

Il ne reste plus, en quittant Mannheim, qu’à suivre les méandres du paisible Neckar, qui sinue à travers le verdoyant Bade-Wurtemberg, puis le nord de la Bavière. L’Allemagne, avant l’inquiétante vision de la Grande Allemagne de Bismarck qui annonçait d’autres rêves de grandeur plus horribles, était constituée d’une infinité de petites principautés guerroyant sans cesse les unes contre les autres, ce qui explique la profusion de ces puissantes forteresses, presque toutes encore habitées ou transformées en agréables hôtels. La première, qui domine le Neckar de la masse imposante de son grès rose, est celle d’Heidelberg. Cette ville fut célèbre dans l’Europe entière pour son université, créée en 1386 par le comte palatin Ruprecht Ier et qui connut un étonnement rayonnement. Trois siècles plus tard, le prince électeur Frédéric V embellit la forteresse édifiée dès l’an 1300. On y parvient en funiculaire, après avoir traversé toute la vieille ville, admiré son église du Saint-Esprit et sa maison du Chevalier, son rathaus ou mairie, son église des Jésuites et son Vieux Pont.

Une porte monumentale donne accès à un terre-plein aménagé entre deux remparts, d’où la vue est remarquable, à gauche sur la vallée Neckar et la vieille ville, à droite sur les ruines si majestueuses du schloss ou château.

L’entrée proprement dite s’effectue par un ancien pont levis et l’on découvre le plus ancien bâtiment de style gothique, encore en bon état, le Ruprechtsbau. En face se dresse la Brunnenhall ou pavillon du puits aux colonnes romaines de granit provenant de l’ancien palais de Charlemagne, puis la superbe aile Renaissance de Frédéric IV. A droite de la cour, l’immense façade n’ouvrant que sur le vide reste impressionnante.

On peut ensuite grimper plus haut en funiculaire pour jouir d’une vue encore plus vaste sur toute l’étendue de la ville.



Une profusion de forteresses

Maisons colorées de Schwäbish Hall

La paisible rive sud

L'église protégée par l'archange Saint-Michel

En suivant toujours l’étendue paisible des eaux bleues du Neckar, on est étonné par la profusion de vieilles forteresses occupant de leur masse imposante chaque crête de colline, Neckargemünd, puis Neckarsteinach, riche de quatre bastions, rien que ça, Schadeck, Hinterburg, Mittelburg et Vorderburg. Certains sont inaccessibles, d’autres, habités, peuvent être visités et l’on est alors frappé par leur taille plus modeste, vue de la cour intérieure : la profusion des tours de défense, remparts et créneaux fait parfois paraître presque modeste la demeure elle-même, renfermant parfois un petit musée. Celui d’Hirschhorn, toujours sur le Neckar, a été aménagé en un joli hôtel. Eberbach, Stolzeneck, Neuburg, encore un château-hôtel, Neckarzimmern, Hornberg, un autre château-hôtel, Horneck ou HaBmersheim, elles se ressemblent toute un peu, ces forteresses témoignant d’un passé agité et belliqueux : puissantes défenses extérieures, corps de logis plus riant, souvent percé de plus larges ouvertures à la Renaissance, mais ce qui surprend, c’est leur profusion, nous qui avons eu, en France, nos château forts éradiqués par Jean sans Terre puis par Richelieu qui craignait tant le pouvoir de la Noblesse. Celle de Guttenberg, qui ne fut jamais détruite et appartient à la même famille depuis dix-sept générations, entretient la tradition de la fauconnerie et l’on peut y assister à un spectacle de qualité, quand le temps le permet.



De ravissantes cités médiévales


La petite ville thermale de Bad Wimpfen fut une résidence impériale des Hohenstaufen dès le XIIIè siècle. Elle a conservé de son riche passé de ravissantes maisons colorées à colombages, toutes mieux entretenues les unes que les autres, le massif donjon du palais impérial datant du XIIè siècle ou Tour Bleue, toujours habitée, un joli petit musée niché dans une maison au pignon à redents comportant encore des fresques médiévales, la chapelle palatine de l’enceinte impériale avec sa tribune réservée à l’empereur.

On peut aussi dormir au château hôtel Lehen, à Friedrichhall, massive construction blanche du 16è siècle un peu rectiligne à mon goût. Trois autres châteaux encore, à Weinsberg, Neuenstein ou Waldenburg avant de parvenir dans la délicieuse ville de Schwäbisch Hall, peut-être ma préférée.
Les rives de la Kocher

L'ancienne usine reconvertie en restaurant

L'abbaye de GroBcomburg

Quittant la vallée du Neckar, on aborde à présent celle de la Kocher, toujours aussi romantique. Cette ravissante petite ville de Schwäbisch Hall, ceinte de remparts, pourvue de nombreuses portes formant autant de tours de défenses, comporte aussi d’innombrables ponts enjambant la Kocher, certains étant des ponts de bois couverts. La ville est dominée par l’imposante masse de l’ancien arsenal qui ne se visite pas. Riche de l’exploitation, au Moyen-Âge, de sources salines, elle avait le droit de battre monnaie, le Heller. De son passé, elle a conservé la belle église Saint-Michel au pied de laquelle se donnent des concerts lyriques durant tout l’été et de pittoresques maisons à colombages, dont certaines peintes d’étonnants tons d’oranges bien rutilants au soleil. Une ancienne usine heureusement reconvertie renferme un restaurant et les bâtiments annexes une intéressante collection d’art contemporain de la galerie Würth et des expositions temporaires, cet été la prodigieuse collection d’argenterie de la reine Victoria et du prince Albert. Il ne faut surtout pas manquer l’hôtel de ville au baroque tardif, la monumentale fontaine turquoise qui le jouxte et la prodigieuse collection d’œuvres picturales médiévales baroques et Renaissance que renferme une jolie chapelle du XII è siècle, en particulier un triptyque d’Holbein et une impressionnante collection de Cranach. Il faut flâner d’une rive à l’autre sur les bords de la Kocher, passer d’un pont à l’autre, arpenter les minuscules ruelles et l’on se sent transporté plusieurs siècles en arrière, bien loin des hordes de touristes.
Porte de Rothenburg
Christ en Ecce homo


Hôtel de Ville

Toujours en souabe, mais aussi en Bavière, la cité de Nördlingen, l’une des mieux conservées de la région, aligne ses vieilles maisons à colombages crépies de rose, rouge, vert ou jaune et ses toits pointus aux petites tuiles rondes. De plus, elle se niche au centre d’un vaste cratère creusé par une météorite il y a quinze millions d’années. L’église Saint-Georges, trois musées et surtout les remparts aux portes fortifiées en font l’objet de jolies balades.

Epargnée par la guerre, la ville de Dinkelsbühl, abritée par ses imposants remparts du XIVè siècle flanqués de dix-huit tours est presque une ville-musée. La cathédrale Saint-Georges, église-halle du XVè siècle, renferme tabernacle et retable, ainsi que le reliquaire de saint Aurélien. Il ne faut pas manquer la Deutsches Haus datant de 1440 à la superbe façade Renaissance sculptée. Chaque année, à la mi-juillet, on y fête en costumes la libération de la ville à la fin de la guerre de Trente ans.

Rothenburg sur Tauber, peut-être la ville la plus visitée de la Route romantique, 1,5 million de visiteurs par an, fut dès le XIIè siècle la résidence préférence de Conrad III. D’abord détruite par les armées de Louis XIV, puis à 40% par les bombardements de la Seconde guerre mondiale, elle fut heureusement reconstruite à l’identique et a cicatrisé ses blessures. Il faut bien sûr admirer le rathaus de la Markplatz à l’élégante façade Renaissance flanquée d’une remarquable tour d’escalier octogonale, l’ancienne auberge de notables où se niche l’office du tourisme, l’église Saint-Jacques et le musée de la Justice médiévale avec son impressionnante Vierge de Nuremberg, sorte de sarcophage hérissé de piques dans lequel on enfermait le malheureux condamné pour l’embrocher…, les agréables jardins du château fort d’où l’on jouit d’une belle vue sur la Tauber, l’ensemble des bâtiments du XVIè et XVIIè siècles de l’ancien Spital, l’hôtel-Dieu, se reflétant dans l’eau, le musée de la Ville impériale situé dans un ancien couvent de dominicains.


Le dimanche, les Bavarois portent volontiers le costume traditionnel

Vue de Rothenburg

Une Vierge de Nuremberg, célèbre
 instrument de torture

Dinkelsburg, l'église et la grand place

Dinkelsburg, détail d'une maison

Nuremberg, son passé universitaire, capitale idéologique du IIIè Reich, son célèbre procès du nazisme


Cette ville de 500 000 habitants située en Suisse franconienne, célèbre dès le Moyen-Âge pour son université et ayant conservé de cette époque dix-huit kilomètres de remparts flanqués de tours, fut aussi choisie par Hitler pour y promulguer ses funestes lois raciales et y organiser ses immenses parades à la gloire du nazisme. Ce fut l’une des raisons pour lesquelles les Américains la choisirent en 1945 pour y juger et condamner les principaux dignitaires nazis. Presque entièrement rasée durant la Seconde guerre mondiale – des 3000 maisons existant avant 1940, il n’en demeura que 250 en 1945 – , elle sut elle aussi renaître de ses cendres et a eu l’honnêteté de consacrer tout son Centre de documentation à l’histoire de la montée du nazisme en Allemagne.

La vieille ville entièrement ceinte de remparts et exactement partagée en deux par le Peignitz, partie nord et partie sud, se visite facilement à pied en deux jours. Elle abrita trois artistes exceptionnels dont on peut voir les œuvres dans divers musées, Albrecht Dürer, le plus célèbre graveur de la Renaissance mais aussi un peintre émérite et les sculpteurs Veit Stoss et Adam Kraft.
Hôtel de ville d'OEttingen

Auberge d'OEttingen

Nordlingen, le rathaus

Abbaye de nordlingen

Château de Donauworth

Rathaus de Donauworth

La ville haute est dominée par le château impérial ou Kaiserburg, édifié du XII au XVIè siècle, du temps où Nuremberg accueillait les assemblées de la Diète impériale. Partiellement démoli en 1945, il fut ensuite admirablement reconstruit et abrite un petit musée où l’on peut notamment voir une belle collection d’armes et armures. Tout près, autour de la Tiergärtner Tor, s’étend le plus joli quartier de la ville et ses vieilles maisons toutes pimpantes. Parmi elles, celle où vécut plus de vingt ans Dürer, où l’on peut voir sa cuisine, chambre et salle à manger reconstituées, ainsi que son atelier de gravure et des reproductions de ses plus belles œuvres. On peut admirer les originaux au Musée national germanique, dans la ville basse.

Il faut redescendre vers la rive sud en suivant l’élégante Weissgerbergasse, puis longer la rivière en empruntant ponts et ponts de bois, jusqu’au rathaus, l’église Saint-Sébald, le superbe tombeau du saint et le monument funéraire dû aux ciseaux d’Adam Kraft, puis l’église Notre-Dame à la façade en gothique flamboyant.
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Auberge traditionnelle à Nuremberg
Eglise de Gossweinstein
Tribunes de Pottentein
Vue de Nuremberg

Le château

La maison de Dürer

Sur la rive sud, on ne peut manquer l’étonnante église Saint-Lorenz, la plus somptueuse de Nuremberg, vraie dentelle de grès rose merveilleusement reconstruite après 1945. L’intérieur est un enchantement, avec le célèbre Salut de l’ange sculpté au XVIè siècle par Veit Stoss, un hallucinant tabernacle de vingt mètres de haut, œuvre d’Adam Kraft, qui s’est représenté en Atlas soutenant le monde, illustrant les épisodes de la Passion du Christ, sans compter de nombreux tableaux et retables, tous plus beaux les uns que les autres… La plus vieille maison de la ville, la Nassauerhaus datant du XIIIè s’élève juste en face du parvis. La maison des Douanes, à l’angle de Hall platz, est également digne d’intérêt avec son beau pignon sculpté.

La ville ne manque pas de musées, mais si vous ne deviez en choisir qu’un, n’hésitez pas à explorer le premier étage du Germaniches Nationalmuseum, tout au sud de la ville, et ses salles dédiées aux peintures de la Renaissance, baroque et siècle des Lumières. On n’y compte plus les Baldung Grien, Jörg Breu, Dürer ou Cranach, l’Ancien et le Jeune. Quant à la section D du rez-de-chaussée, elle abrite une statuaire médiévale étonnante, avec des œuvres de Veit Stoss et Adam Kraft bien sûr, mais aussi de Timan Riemenschneider dont les Vierges ne sont pas hérissées de dards mortels, quant à elles…

Dürer, autoportrait

Son atelier

Eglise Saint-Sébald

Sa châsse
 
tympan de Notre-Dame

L'ancien Spital ou Hôtel Dieu

L'église Saint-Lorentz

Sculpture d'Adam Kraft

Chemin de ronde rive sud

Facétieux diablotin

Musée National, l martyre de Sainte-Ursule


Vierge à l'enfant


L'annonce de l'ange


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