jeudi 9 novembre 2017

INDE : L'ART DE L'AMOUR

Fête des chars à Puri et

apprentissage amoureux à Konârak
  
Fête des chars à Puri, dans l'Orissa

Chaque pèlerin doit toucher l'un des chars

Les trois chars renfermant les vieux dieux de Puri emmenés en procession

 A Puri, pendant le festival de Ratha Yatra ou Fête des Chars, en juin ou juillet selon le calendrier lunaire, le dieu Jagannat, accompagné de sa sœur et de son frère, sont sortis de leur temple, le Sri-Jagannat. On les porte sur trois chariots jusqu’à leur résidence d’été.

Sur les côtes de l’Orissa, des villages de pêcheurs dénués de tout confort

Puri est une agréable bourgade de l’Orissa, sur la côte du nord-est de l’Inde, région méconnue. Pourtant, les kilomètres de plages blondes devraient attirer les touristes, à condition que le rivage soit assaini. Pour l’instant, les pêcheurs qui s’y sont établis dans des huttes de palmes entrecroisées n’ont qu’une seule pompe à eau. Ni électricité ni égout. Il n’y a que la plage pour y déverser des ordures jamais ramassées ou s’y soulager. On ne peut donc s’y baigner. Pourtant, les gamins surfent avec les moyens du bord sur des rouleaux géants et des petites filles parées comme des princesses jaillissent de leurs masures. Le poisson n’y est jamais consommé frais, faute d’installations frigorifiques, mais mis à sécher sur le sable, ce qui ajoute à la pestilence.
Si l’on fait abstraction de ces inconvénients, la vision est paradisiaque : mer bleue déroulant ses vagues, barques de même teinte, huttes pouvant, de loin, paraître issues d’un village du Club Med. Ce qui fait tout oublier est l’accueil des habitants, qui invitent à entrer chez eux boire un chai, thé indien sucré et aromatisé, déguster un chapati, crêpe de froment, ou un samosa, beignet fourré de viandes ou légumes. Tous revêtent leurs plus beaux atours pour se rendre au centre ville de Puri, pour le dernier jour du festival de Ratha Yatra, le plus important.
Les trois dieux, trônant dans leurs chars parés d’or et de fleurs, tractés par des centaines de pèlerins, sont revenus de leur résidence de Gundicha Mandir, à trois kilomètres de là, pour retrouver leur temple. Il suffit d’entendre les chars rouler sur les cailloux ou mieux, de les toucher, pour être assuré de stopper la Roue de la Vie et le cycle des réincarnations. On accède ainsi au nirvâna, la paix céleste.

Puri, bourgade aux maisons peintes

Les offrandes dont les pèlerins vont
parer les chars

Un char au somptueux dais

Des heures à l'avance, les pèlerins s'agglutinent
dans les rues de Puri

L'entrée du temple de Sri Jagannat où sont remisés
les chars le reste de l'année

            Puri, petite ville assoupie au bord de la mer, revit le temps des festivals. Il y en a deux par an : le Chandan Yatra en avril-mai, une fête vishnouïste et celle des Chars. La foule se presse devant le Sri-Jagannath aux innombrables sanctuaires et aux 752 fours jamais éteints depuis son inauguration au XII è siècle et capables de cuire 200 000 repas par jour. La plus grande cuisine du monde…
            Il fait 40° dans la bourgade, les fronts ruissellent. Des brahmanes en pagnes orange, abrutis par la chaleur, somnolent avec une décontraction toute indienne. Certains pèlerins papotent à l’écart de la foule ou s’arrachent des boissons fraîches, mais pas d’alcool ni de viande durant une fête religieuse. Puis la foule s’écoule lentement vers la rive, devant l’hôtel Mayfair où la plage est entretenue. Des familles jouent parmi les vagues. Les femmes entrent dans la mer avec leurs saris brodés d’or.
            Quand la nuit tombe sur Puri, une forêt de lumières rivalise avec les étoiles. La foule est dense de plus d’un million de pèlerins. La police a été mobilisée, les rues barrées. On approche du temple par l’avenue principale, après une marche de deux bons kilomètres. Les brahmanes hurlent des prières que les pèlerins reprennent en chœur, bras droit levé. Des fenêtres des balcons jaillissent des jets d’eau rafraîchissants. Ces pèlerins doivent faire le tour des trois chars en touchant chacun des trois. Autant dire que cela prendra des heures avant que Jagannath et sa famille retrouvent leurs pénates…
          
La procession se forme

Et s'avance majestueusement

Escortée par les ascètes sadhus

Un autre saint homme

A Konàrak, un chariot de pierre pour enseigner l’amour

La nuit n'arrête pas les pèlerins

Qui au petit matin vont se purifier dans la mer

Par familles entières, sans égard pour les
vêtements de fête

Descendus de leurs chars de parade, les vieux dieux
de Puri n'ont plus si fière allure

            «Ici, le langage des pierres est plus puissant que celui des hommes », disait l’écrivain indien Rabindranath Tagore en évoquant ce char de pierre édifié au XIII è siècle par le roi Narasimhadeva pour honorer Surya, dieu du Soleil. Le temple reproduit la forme des chars de Puri. Celui-ci est équipé de 24 roues de pierre de trois mètres de diamètre chacune.    
Les pèlerins se rendent ensuite au Temple du Soleil
 datant du XIII è siècle 

Dont les chars de Puri ont pris la forme

Sur chacune des quatre immenses roues, des
illustrations du Kuma Sutra, une initiation à l'amour
    
C’est un étonnant spectacle que de voir ces femmes et ces jeunes filles venues en pèlerinage, prudes par tradition, regarder fellation, cunnilingus, partie à plusieurs, les animaux copulant aussi allègrement que les hommes. Le moindre guide, gamin ou sage vénérable, s’échauffe en commentant les sculptures d’une telle beauté que le temple est Patrimoine mondial de l’Unesco.
On s’est demandé pourquoi le roi avait commandé aux sculpteurs un tel délire érotique. Puis on a pensé à une nouvelle illustration du Kama-Sutra.

La crudité de certaines scènes de pierre ne semble nullement
gêner ces jeunes filles

L'éveil de la Kundalini, le serpent sacré
de l'extase amoureuse

Miniature moghole du Kama Sutra

Le Kama-Sutra, science de l’amour et de la vie

            Vers le IV è siècle, sur les ghâts ou marches du Gange, à Vârânâsi (Bénarès), le sage Vatsayayana a écrit ce Kama-Sutra ou science de l’amour. Il ne s’agissait pas seulement d’énumérer et expliquer les 64 fameuses positions, mais d’apporter aux pèlerins une meilleure connaissance de la science amoureuse, pour éviter de se trouver assujettis à leurs sens.
           

Partout sur le Temple du Soleil, l’éveil de la kundalini

En attendant la venue de l'aimé...

            Le roi bâtisseur, tout en connaissant l’œuvre de Vatsayayana, avait d’autres savoirs. Parmi le foisonnement des sculptures, chaque étreinte, chaque posture sexuelle est suivie de la représentation d’un serpent, qui se déploie vers la tête des partenaires pour former parfois une vraie coupole. Ce serpent figure la kundalini, représentation tantrique de l’éveil du désir atteignant une dimension cosmique. Le Temple du Soleil célèbre donc le Tantrisme ou science des tantras, mot sanscrit signifiant trame, et par extension ce qui développe la compréhension d’une sexualité cosmique. Pour les hindous, l’univers est engendré par le jeu sexuel de la déesse Shakti, pénétrée par l’invisible Shiva. Le monde étant né du désir, les adeptes du Tantrisme ne réfrènent pas les leurs, mais réorientent leur énergie. En éveillant par la pratique sexuelle bien dirigée le serpent, la kundalini lovée à la base de la colonne vertébrale, on la fait remonter jusqu’au sommet de la tête, puis au-delà, de chakra en chakra (roues toujours, points du corps concentrant les énergies). L’adepte recrée ainsi en lui l’union de Shakti et de Shiva, tout en retenant sa semence pour produire de l’énergie. Plaisir ineffable…



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