mardi 31 décembre 2013

DECOUVERTE


Samarkand, la fierté de Tamerlan


Berger dans les steppes entoruant Samarkand
 
 
L'ensemble Saki Zinda
 Si les conflits avec le Kirghizstan font éviter l’est du pays et la vallée de la Ferghana, l’Ouzbékistan et sa capitale historique, Samarkand, restent sûrs, tant la population est accueillante. Les hôtels d’inspiration soviétique sont confortables, mais d’un mauvais goût clinquant.

 

Un patrimoine historique préservé


Les occupants russes, présents en Asie Centrale depuis le XIX è siècle, puis les Soviétiques qui ont englobé l’Ouzbékistan dans leur République Socialiste ont su préserver les innombrables mosquées, madrasas, écoles coraniques, caravansérails hébergeant les caravanes de la Route de la Soie, khanakas, résidences des derviches tourneurs et tchaïkhanas ou maisons de thé. Si le nom du grand conquérant du XIV è siècle, Timür Lang surnommé Timür le Boiteux après une chute de cheval, Tamerlan pour les Occidentaux, ne fut plus prononcé jusqu’à l’Indépendance, ses édifices ont retrouvé leur splendeur. Quand éclata l’empire soviétique, le Premier Secrétaire du Parti, Islam Karinov, s’autoproclama Président le ler septembre 1991. Et le dictateur de 74 ans tient toujours les rênes du pouvoir.

 

Une perle surgie du désert par la volonté de Tamerlan

 

Détail des voûtes de la mosquée Saki Zinda

L’arrivée en train ou en voiture est spectaculaire. Après l’immensité désolée d’un désert semé de chétifs épineux, l’oasis de Samarkand, créé par le Zerafchan, un affluent de l’Amou-Daria, semble magique, même si le problème de l’eau continue de se poser, à présent que la mer d’Aral, polluée et malsaine, s’assèche dangereusement.

Tout s’imprègne de démesure à Samarkand, capitale et joyau de Tamerlan, redevenu le héros de l’Ouzbékistan depuis l’indépendance. Préférant la vie citadine à l’errance après ses victoires sur les Ottomans, il fit de Samarkand une merveilleuse cité sans cesse enrichie par les meilleurs artistes venus du monde entier. C’était une ville sûre, le principal carrefour commercial entre Europe et Chine, accueillant les marchands étrangers pouvant y vendre soieries brodées de Chine, damas de Syrie, laines d’Europe ou cotonnades indiennes, fourrures sibériennes, épices orientales, pierres précieuses. Répété par les marchands, les caravaniers, les marins, le renom de Samarkand ne cessa d’enfler et d’attirer les voyageurs, impatients de découvrir la « ville bleue » et ses incomparables jardins, ses palais, mosquées et mausolées, son grand bazar, ses ruelles bien ordonnées, ses caravansérails abritant bêtes et marchands. C’était le phare de l’Orient et le centre d’un empire s’étendant jusqu’à la mer Noire et le Pendjab en Inde. Là se réunissaient savants, poètes, architectes, artistes et astronomes…
Fabrique de papier de soie, préparation des
copeaux de bois




Jeune fille devant l'ensemble Saki Zhinda
Au nord-est de la vieille ville, on accède à l’ancienne nécropole par une ruelle escaladant la colline d’Afrosyab où se nichait une antique cité dès la fin du VIII è siècle avant J.-C. Maintes fois détruite et reconstruite, elle servit sous Tamerlan de cimetière aux familles riches. Un bazar moderne abrite les paysans des environs venus y vendre leurs produits. Les femmes en robes bariolées portent un petit foulard noué sur la nuque. Heureux musulmans ouzbeks qui ne voilent plus leurs épouses, se rendent de façon épisodique à la mosquée, boivent allègrement et adorent les blagues salaces ! On peut goûter à tout, sur les étals du marché, toujours accueilli par un éblouissant sourire… en or. Les fausses dents sont un signe de coquetterie qui ne coûte pas cher dans un pays produisant 80 tonnes de ce métal par an.

Les maisons de thé, malheureusement moins nombreuses que du temps de Tamerlan, permettent de s’initier à la cuisine ouzbek : chi-tochi, mélange de spaghettis, viandes, pommes de terre, oignons et yaourt, plov, riz agrémenté de viande, raisins secs et carottes, soupe shourba aux légumes, shap-shap, si l’on a encore faim, gâteau au miel fariné, arrosé de Bagizagan, un vin capiteux.

 


 

Du mausolée de Tamerlan à la plus grande mosquée d’Asie


De l’univers enchanté de « l’émir de fer », subsistent trois monuments principaux : le Gour Emir, le Registan et la mosquée de Bibi Khanum. Commencé de construire en 1401 par Muhamad Sultan, son petit-fils préféré en qui il voyait son successeur, ce futur mausolée de Tamerlan s’élève face au colossal ensemble du Registan. Il se composait d’un ensemble de bâtiments flanqué de quatre minarets et ménageant une cour intérieure, puis d’une madrasa et d’une khanaka. Il en reste aujourd’hui le gigantesque portail, une partie de la cour intérieure et le mausolée du Gour Emir. Tamerlan y fut enterré à sa mort, en février 1405, près de Muhamad décédé deux ans avant lui et de son maître spirituel, le cheik Mir-Said-Berek. Les ornementations, en tuiles vernissées bleues, semblent rivaliser avec le ciel.
 
Jeune fille devant l'ensemble Bibi Khalum,
du nom de l'épouse préférée de Tamerlan

Sourire en or dans la mosquée Bibi Khalum

Minibus pour faire le tour de la ville

Le fastueux ensemble Bibi Khalum
Face au mausolée, s’étale le Registan, jadis place du marché et des exécutions. Il donne l’impression d’un immense théâtre déserté, avec ces trois madrasas bordant la grande esplanade vide, même si des échoppes occupent à présent leurs chambres. Coupoles, minarets et briques colorées lui confèrent une rare élégance.
 





La superbe gare de Samarkand

Puis on parvient à la mosquée Bibi Khanum, à la large coupole bleue émaillée de motifs jaunes et blancs. Pour stimuler l’architecte en l’absence de son époux, Bibi Khanum lui accorda un baiser, si torride que la marque en resta sur sa joue. Fou de jalousie à son retour, « l’émir de fer » ordonna que sa belle fût précipitée du haut de son minaret, mais la rusée avait revêtu tant de jupons sous sa robe qu’ils se déployèrent en parachute. Tamerlan prétendit y voir un signe du ciel, mais ordonna qu’à l’avenir, les femmes de son empire fussent voilées…

Des monuments plus tardifs illuminent Samarkand : l’ensemble Khodja Akhrar, du nom d’un soufi du XV è siècle, le mausolée Ak Sarai ou palais blanc, le mausolée Ishrat Khana, où reposent femmes et enfants de la dynastie timouride et bien d’autres…

 

Fiche pratique :  


Ce « Circuit des Princes » de huit jours est organisé par Asia, 1, rue Dante, Tél. : 01 44 41 50 10 et coûte environ 2000 euros, tout compris.

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