vendredi 16 janvier 2015

FLÂNERIE A BERLIN




Berlin, une ville en mouvement



Le joli quartier Saint-Nicolas
L'île aux musées

Il n’y a pas une ville de Berlin, mais de multiples quartiers à peine juxtaposés, quoique bien reliés par un métro efficace, jamais bondé, où les vélos qu’on peut louer dans chaque hôtel sont les bienvenus. Pas d’embouteillages non plus, mais de multiples terrains vagues promis aux promoteurs et les bras des grues tendus au-dessus des vieilles maisons ou des gratte-ciel tout neufs. Les cicatrices de la dernière guerre et celles, plus récentes, du Mur, sont refermées, mais le souvenir ne disparaîtra pas, des musées y veillent !


Mitte, un centre qui n’en est plus un

Sur les quais, un nostalgique d'Hitler

Puces sur les quais

Mitte, le centre, enjambe paisiblement la Spree, qui se dédouble pour former l’Île aux musées. C’est le plus joli quartier de la ville, autrefois situé à Berlin Est, le plus créatif aussi, où l’on trouve le long d’Oranienburgerstrasse quantité de boutiques branchées et l’incroyable Tacheles, vrai centre de l’anti-culture déjantée. Surtout, il a gardé le charme du vieux Berlin, avec ses immeubles à taille humaine et même des petites maisons et des églises oubliées par le temps, au hasard des ruelles tortueuses. Les arbres bordent chaque avenue de quelque importance, prétexte pour les innombrables bistros du coin pour déployer au-dessus des trottoirs des parasols multicolores sous lesquels les Berlinois dégustent une bière à toute heure du jour et jusque tard dans la nuit. Curieusement, Mitte regorge aussi de petits hôtels paisibles et bon marché, où l’accueil est plus sympa que dans ceux des larges artères bien modernes du Kufürstendamm par exemple, ancienne vitrine de Berlin Ouest.

Une taverne ambulante

Ambiance à Tacheles

Sculpture à Tacheles

L'escalier aux graffitis de Tacheles

En suivant le nez au vent Oranienburgerstrass qui flâne jusqu’à la Spree, puis jusqu’au délicieux quartier de Saint-Nicolas, on ne peut manquer de tomber sur les tags bariolés de Tacheles, en yidish « parler sans détour ». Cet immeuble plus que délabré, un ancien grand magasin promis aux démolisseurs, fut squatté dans els années 90 par de jeunes artistes assez punks et très inventifs, qui l’arrachèrent de justesse à l’appétit des pelleteuses. C’est désormais le symbole de la culture alternative et diverses galeries s’y sont installées en payant un loyer et en prenant bien garde de ne pas détruire les graffitis qui le parent comme des dentelles infiniment ravaudées. De multiples échoppes se sont greffées là-dessus comme autant de drôles de verrues proposant sculptures insolites et T-shirts destroyed. Ambiance garantie, du moins tant que les 40 nouveaux immeubles prévus pour occuper les terrains vagues lui faisant une parure de boutons d’or et d’orties n’en jailliront pas…

Le Reichstag

La chancellerie bien moderne

Gamine et cheval près de la porte de Brandebourg

Tout près, la Nouvelle Synagogue exhibe ses beaux dômes aux dorures restaurées de frais, mais il n’y a pas grand-chose à voir à l’intérieur, car elle fut dévastée par les nazis durant la malheureuse Nuit de Cristal. Elle nous rappelle que le pittoresque quartier juif, bien malmené lui aussi, s’étend jusqu’au nord-est de là, jusqu’à Prenzluer Berg. Il essaime partout bistros et petits restaus où l’on peut écouter de la musique, mais les rénovations commencent là aussi, pas toujours réussies.

Au détour d’une ruelle, la vieille église Sainte-Sophie, la seule à n’avoir pas été touchée par les bombardements ayant endommagé 60% de Berlin, se fait discrète, en retrait de la Grosse Hamburger Strasse. Il y a aussi dans ce coin de Berlin épargné par la guerre quantité de petites maisons blotties dans leurs jardins, qui se laissent oublier.

Donnant sur divers points de la Rosenthalerstrasse, les Hakesche Höfen, ensemble d’immeubles parfois couverts de céramiques, édifiés au début du XX è siècle, forment huit cours-jardins abritant bistros, restaus et galeries d’art.


L’Île aux musées
Les romantiques rives de la Spree

Le Pergamon

Une mise en scène subjuguant les enfants

Une reconstitution grandiose

Le hall du Bode

C’est du pont de Boderstrasse que l’on a sans doute la plus jolie vue de Berlin : à droite en regardant vers Monbijoustrasse s’étend l’Île aux musées, vraie concentration de l’histoire de l’art. A la pointe de l’île, le Bode Museum étale sous sa coupole un hautain hall d’entrée d’où s’envole un escalier d’apparat. On y trouve de tout, mais cela n’a rien d’un bric-à-brac, tant la muséologie est soignée : collection de mosaïques byzantines, ivoires, art copte, icônes, délicates sculptures Renaissance et baroques avec une profusion de madones au doux sourire ou de piétas tragiques, médailles.

Tout contre, el grandiose Pergamon Museum prouve l’énergie des archéologues allemands et leur aptitude au vol de grande classe. Tout l’ancien autel de Pergame, qui donne son nom au musée, y fut reconstitué, avec de vraies colonnes et une vraie frise de 125 m de long. La porte romaine du marché de Milet, dégagée en 1903, y fut de même amenée pierre à pierre, sans compter les innombrables et authentiques statues grecques. Quant aux célèbres lions des bas-reliefs en briques polychromes du palais de Ninive, ils semblent bien loin de leurs déserts. On se demande comment on a pu transporter jusque là les massifs blocs de l’ancien temple de Marduk, à Babylone. C’est osé, mais impressionnant et fort beau. Pour le musée islamique du ler étage, les chercheurs n’ont subtilisé que la salle du califat de Damas, quelques niches de mimbars aux exquises dentelures, une coupole mongole et tout de même la façade omeyyade du palais de Meschatta, près d’Ammân, en Jordanie… Si l’on veut se gaver de musées, il y a encore dans la fameuse île l’ancienne Galerie Nationale consacrée à l’art allemand, le Nouveau Musée (Neus Museum) renfermant les collections égyptiennes de Charlottenburg dont le célèbre buste de Néfertiti, la Grande Epouse Royale d’Akhenaton, et le Vieux Musée (Altes Museum) dont l’architecture fut inspirée de celle du Panthéon et qui renferme des collections grecques et romaines, dont une rare argenterie découverte à Hildesheim.

Einstein au musée juif

Vers Charlottenbourg

Charlottenbourg


Saint-Nicolas, un petit air de Montmartre

Rasé lors de la dernière guerre, reconstruit par la RDA pour le 750 è anniversaire de la ville afin de devenir la vitrine de l’Allemagne communiste, ce quartier le fut malheureusement à l’économie. Au lieu d’être reconstituées pierre à pierre comme le prétend le Guide du Routard, les vieilles maisons à frontons festonnés furent édifiées en blocs préfabriqués et l’on voit que les façades sont faites d’un seul morceau pré-usiné, à l’exception d’une jolie maison verte à guirlandes fleuries près de l’église Saint-Nicolas, du palais Ephraïm à la façade rococo et de la patricienne Knoblauchhaus datant de 1759 et propriété jusqu’en 1928 de la famille du même nom. En revanche, l’ambiance évoque Montmartre en plus petit, avec ses restaus, cabarets et boutiques où l’on vend des montagnes de charmants nounours, l’animal emblématique de Berlin, ses rues piétonnières et ses jardins. L’église elle-même, dont les fondations datent du XIII è siècle, se reconnaît de loin grâce à son clocher en forme de bonnet d’âne. A l’intérieur, l’élégante voûte blanche de la nef est nervurée de bleu, rouge et vert.


Affiche dans la rue

Chekpoint Charlie
L'ours fétiche de Berlin

Kreuzberg, Checkpoint Charlie et le vertigineux Musée juif

Au sud de l’Île aux musées, le quartier de Krezberg, un ancien quartier ouvrier situé à Berlin Ouest du temps du Mur est aujourd’hui bien plus chic, même si l’est, avec ses immigrants turcs, évoque un peu l’atmosphère de Belleville. Tout au nord, Checkpoint Charlie, l’ex poste allié, attire de nombreux touristes, fascinés par l’aberration de ce Mur composé d’abord de barbelés mis en place en grand secret durant la nuit du 1é au 13 août 1961 pour empêcher l’hémorragie des Berlinois de l’Est fuyant l’austérité communiste. En dépit de ses 302 tours d’observation et de la surveillance des Vopos, 5075 évasions furent réussies, mais il y eut 178 morts.

Seul lieu de passage entre Berlin-Ouest et Berlin-Est, Checkpoint Charlie fut démoli à la chute du Mur, le 22 juin 1990, puis réaménagé en pleine rue, au lieu de passage exact. Des faux soldats des deux camps paradent devant de vrais sacs de sable pour la grande joie des touristes et des photographes. Là, le Musée du Mur garde un émouvant petit air improvisé car il fut installé dans deux chambres puis agrandi au fur et à mesure des besoins et des moyens financiers. Au rez-de-chaussée, photos et document évoquent la guerre froide. Au premier étage s’étend toute la sinistre histoire du Mur. Photos, témoignages et objets les plus divers tels que ULM, montgolfières, faux passeports, voitures blindées, kayak, valises truquées témoignent de l’ingéniosité et du courage des Allemands de l’Est pour fuir l’oppression de la RDA.

Plus au sud, le splendide Musée juif conçu par l’Améicain Daniel Libeskind prolonge audacieusement de ses labyrinthes de béton le très classique et ancien Berlin Museum. Trois routes, celle de l’Exclusion menant à la tour vide et menaçante de l’Holocaust, celle de l’exil conduisant au jardin du même nom orné de 49 colonnes étrangement inclinées et l’axe directif du musée ne cessent de se croiser et s’éloigner. Elles symbolisent les relations germano-juives en égarant volontairement le visiteur, tout en proposant des souvenirs de la culture juive. 280 fenêtres-meurtrières dispensent à la fois lumière et terreur. Un grand escalier débouchant sur l’arbre de vie de l’artiste Menashe Kadishman sert de fil conducteur à la visite retraçant l’histoire du peuple juif et particulièrement celle de la guerre et de l’après-guerre.


Tiergarten, les berges de la Spree, la Chancellerie et la Pinacothèque

Il y a toujours foule aux environs de cette Porte de Brandebourg construite à al fin du XVIII è siècle sur le modèle des propylées d’Athènes. Là passait aussi le Mur. Aujourd’hui, sur la place prolongeant à l’est cette porte, la Pariser Platz, il règne une ambiance bon enfant, avec de petits vendeurs de souvenirs et de beaux attelages proposés aux touristes. Il s’y dresse à nouveau l’ambassade de France, reconstruite par Christian de Portzamparc et inaugurée en grande pompe par Jacques Chirac. C’est un curieux mélange de bunker pour le rez-de-chaussée et de luxe au premier étage, largement ouvert. Non loin, on peut voir le Reichstag, construit à la fin du XIX è et ce curieux « Œuf » abritant les nouveaux bureaux de la présidence fédérale, puis le délicat petit château de Bellevue édifié en 1785, résidence officielle du président de la République.


Charlottenburg, la campagne dans la ville

Au nord-ouest de Tiergarten, le château de Charlottenburg fut la résidence d’été de Sophie-Charlotte, épouse du roi de Prusse Frédéric Ier. Elle voulut en faire un palais des muses consacré à la beauté, mais aussi à la science, car cette reine éclairée y faisait venir des savants aussi bien que des artistes. Quand elle mourut en 1705 à l’âge de 37 ans, son époux donna son nom à son château. Ce qui n’était encore qu’un palais et son parc aménagés dans le petit village de Lützow, à la campagne, fut agrandi au XVIII è siècle quand Frédéric II, dit aussi le Grand, fit aménager ses appartements dans la nouvelle aile droite, plus tard imité par son successeur Frédéric-Guillaume II. L’aile gauche abrite toujours la Grande Orangerie. Des faubourgs résidentiels s’établirent bien sûr autour de la demeure royale qui conserva son immense parc, jusqu’à rejoindre peu à peu Berlin. Très endommagé par les bombardements de 1945, le château fut reconstruit à l’identique et aligne toujours sa façade baroque de plus de 500 m de long. Parmi ses principales curiosités, le Cabinet des Porcelaines, l’exotique Galerie Chinoise, la lumineuse Godene Galerie de Frédéric II et ses collections de tableaux de l’école française, tel le célèbre Embarquement pour Cythère de Watteau.
Joueur de flûte au Sans-Souci

L'élégante façade baroque du Sans-Souci

Ors et cristaux pour la Salle de Bal

Portrait de Frédéric II par Andy Wharol

Dès que l’on quitte château et parc pour descendre la Kufürstendamm et la suivre presque jusqu’au jardin zoologique, on plonge aussitôt dans le modernisme d’immeubles audacieux de verre et de métal voisinant avec quelques vestiges oubliés du vieux Berlin. Le Musée Erotique s’annonce dès la rue par ses vitrines de lingerie sexy et l’on ne peut s’y engager qu’en empruntant l’escalier roulant partant d’une boutique de sextoys. On peut faire sur trois étages un coquin tour d’horizon des pratiques érotiques du monde ou de remonter dans le temps avec une collection de délicieuses guêpières, godemichés finement sculptés, estampes japonaises, boîtes à secrets 1830, tableaux et gravures licencieuses.

Dans un tout autre ordre d’idées, le musée consacré au grand peintre et sculpteur Käthe Kollwitz évoque une période sombre de l’histoire allemande, l’entre deux guerres, témoin des souffrances de la classe ouvrière. Son son eouvre est noire et même dramatique, elle s’éclaire pourtant lorsque que Käthe évoque la maternité, pour devenir tendre et douce.


Le Sans-Souci, joyau du rococo allemand

A l’abri de son parc de près de trois cents hectares recelant bien des merveilles, théâtre, obélisque, moulin, cours d’eau et jardins botaniques, essences venues du bout du monde et quantité de statues, le Sans-Souci édifié par Frédéric II au milieu du XVIII è siècle selon ses propres plans est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Le grand roi venait s’y réfugier parmi tableaux et livres rares, y recevait ses amis, dont Voltaire qui y vécut trois ans, même s’il ne dormit jamais dans la fameuse chambre portant son nom, qui ne fut achevée qu’après son départ. On y erre délicieusement parmi lambris dorés, mobilier précieux, grandioses salle des Audiences ou salle de Marbre où avaient lieu les fameux soupers philosophiques du roi. Il faut aussi découvrir cette agréable ville de Potsdam où se cache le Sans-Souci, à bicyclette ou en circuit organisé, les distances étant importantes. Si le centre ville fut détruit par un bombardement anglais, il fut bien restauré mais la plupart des palais a aujourd’hui disparu. On peut encore voir l’ancien hôtel de ville néoclassique et les écuries devenues musée du Cinéma.

Comme il fallait assécher les dangereux marécages de Potsdam, le roi fit appeler les meilleurs experts en la matière : les Hollandais. Pour qu’ils ne soient pas trop dépaysés, il y avait fait construire une centaine de coquettes maisons flamandes et ce paisible quartier regorge aujourd’hui de boutiques et bistros.

Quant à Frédéric-Guillaume III, il aimait tant son armée qu’il voulut la doter d’un chœur russe. Il recruta 26 chanteurs parmi ses prisonniers de guerre et fit bâtir pour eux de jolies datchas aux airs de chalets suisses. Il n’en reste que deux aujourd’hui, ainsi que la chapelle orthodoxe Alexandre Nevski.

Le pont de Glienicker, grosse structure de métal sans grâce, n’aurait pas grand intérêt, même si l’endroit est agréable avec ses villas patriciennes, s’il n’était historique. Il fut en effet le principal lieu d’échange des prisonniers.
Contraste urbain

Fragment du Mur
Les Hakesche Hofen, enfilade de cours
et immeubles

Les deux tours, celle de la télévision
et la Marienkirche

Détente sur les quais

Musée de l'érotisme

Ambiance de rue



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