mercredi 3 février 2016

ANNIVERSAIRE


Mon père aurait cent ans...

 
 

Michel et Dentifrice à Saint Pierre





Bon anniversaire, Minouche, en ce prochain 12 février. Eh oui, vous auriez cent ans... Cela vous fait sourire, n'est-ce pas ? Que reconnaîtriez-vous, en ce Paris d'aujourd'hui, toujours la ville lumière le long des berges de son fleuve sur lequel se reflètent ses plus beaux monuments, plus sale, plus bruyante et plus polluée hélas ailleurs, mais on rit et on chante toujours à Montmartre où nous avons passé ensemble tant de soirées. Qu'auriez-vous aimé, en ce XXI ème siècle que vous n'avez pas connu ? Sa soif de voyages et de découvertes scientifiques, certainement, son nouveau pape, si humain et si humble. Vous auriez bien sûr fustigé ces attentats aussi stupides que monstrueux de Daesh, vous auriez peut-être déploré une inculture galopante mais seriez toujours aussi fasciné par la jeunesse, celle d'aujourd'hui comme celle d'hier. Vous qui étiez si peu manuel auriez certainement peiné parmi les innombrables logiciels se proposant à présent de simplifier le travail de tout homme d'écriture – je crois encore vous entendre marteler avec votre habituelle énergie les touches de votre vieille Remington. Peut-être auriez-vous enfin réussi quelques photos, au lieu d'immortaliser immanquablement vos chaussures ? Dans notre petit vallon de Saint Pierre, rien n'a vraiment changé. Ma mère vit toujours dans notre vieille orangerie que vous l'aviez laissée arranger à son goût, sacrifiant du même coup le pauvre château troubadour qu'elle n'aimait pas. Vos anciens compagnons d'études sur les bancs usées de notre école communale sont bien sûr morts aussi, ainsi que les animaux tant aimés, Dentifrice, le poney shetland, Nectar, le splendide berger des Pyrénées et votre fière Mine Noire. Savez-vous que vous seriez arrière grand-père de deux mignonnes petites-filles et d'un petit-fils ? Vos deux fils sont peintres, vos deux filles écrivent et mon fils Aymeric, qui est médecin, restaure à grands frais l'ancien pressoir de la propriété. Moi, je vous imagine si bien dans votre bureau auréolé de livres et donnant sur la terrasse, penché sur votre ordinateur, en train de vous dépatouillez le mieux possible des embûches de Google, Facebook ou Wikipédia pour mener à bien vos recherches et garder le contact avec écrivains, chercheurs ou journalistes, préparant un nouveau roman, une autre conférence, un pamphlet ou écoutant, sur Youtube cette fois, cette Chanson de Solveig que vous aimiez tant ou une harmonie un peu divine de votre cher Mozart. Peut-être auriez-vous enfin cesser de terroriser toutes les poules de Normandie en fonçant au volant de vos petits bolides sur nos routes sinueuses en dérapages plus ou moins contrôlés ? Mais je gage que vous aimeriez toujours autant vous précipiter à Pont-Audemer ou à Deauville pour voir chaque nouveau film et que vous priseriez toujours autant nos plats normands parfumés à la crème fraîche, vous qui étiez si gourmand de tout, et d'abord de la vie. Champagne pour vos cent ans, Minouche !

1 commentaire:

  1. Quelle belle idée de célébrer ses 100 ans... et comme je le retrouve, avec mes souvenirs... Minouche c'est ainsi que nous appelons maman, 97 ans bientôt. Une belle génération qui a grandi dans ce que nous aimons tant d'avant, a connu les guerres et est bluffée par les techniques de communication qui ont tout envahi.
    J'aimerais l'entendre dire encore : "et moi je suis content".. Même si il aurait dû mal à se dépatouiller ! Champagne !!

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