lundi 6 mars 2017

TEMPLE D'OR

Amritsar et les vicissitudes du Temple d’Or

Le temple d'Or, une merveille comme posée sur l'eau


Cœur du Pendjab, grenier à grain de l’Inde situé au sud du Cachemire et en bordure du Pakistan, la ville d’Amritsar n’aurait pas grand intérêt malgré son million d’habitants, presque tous sikhs, si elle ne renfermait l’une des merveilles de l’Inde et le lieu le plus sacré de leur religion, le Temple d’Or.
L'enceinte du Temple d'Or

Un gardien à chacune des portes

La mosquée

La porte principale

Gros plan de la mosquée

Le sikhisme, vingt millions de personnes réclamant toujours leur indépendance

Il ne faut pas être né au Pendjab pour devenir un sikh, mais adopter les préceptes de vie de Guru Nânak, inventeur d’une religion nouvelle au XV è siècle. Né près de Lahore, aujourd’hui au Pakistan, Nânak, hindouiste de la caste des guerriers, regrettait l’immobilisme de sa religion, ses sacrifices d’animaux et ses castes. A 27 ans, il eut une révélation : «  Il n’y a pas d’hindous, il n’y a pas de musulmans, il n’y a qu’un Dieu, la Vérité suprême. » Et il partit sur les chemins prêcher sa nouvelle foi. Ses fidèles se dénommèrent « sikhs », disciples en sanscrit. Pour éviter les luttes de pouvoir, il désigna son successeur avant sa mort, guru Angad, qui créa un nouvel alphabet et mit par écrit ses enseignements. Ce fut l’Adi Granth, le livre sacré des sikhs que l’on peut voir au sein du Temple d’or d’Amritsar, fondé en 1574 par le dixième guru, guru Ram Das. Ce mouvement prit de l’ampleur et s’organisa militairement. Les Khalsas, les Elus de Dieu, doivent défendre leur foi et respecter la loi des « 5 K » :  le kesh, laisser pousser barbe et cheveux ; le kangha, placer un peigne dans leur chignon; le kara, enfiler à leur poignet droit un bracelet de fer ou d’argent ; le kacca, porter toujours un caleçon court ; le kirpan, avoir un poignard ou une épée.

Pèlerins déambulant tout autour du bassin sacré

La prière chantée du soir

Pèlerins sur les marches du bassin sacré

La splendeur immuable du Temple d'Or

Des massacres organisés

Le succès du sikhisme et son organisation militaire favorisèrent son expansion au Cachemire et dans l’actuel Pakistan. Ce qui inquiéta les Anglais. Le 19 avril 1919, le général  Dyer, pour mater une manifestation pacifique des sikhs près du Temple d’Or, les enferma dans le jardin de Jalianwala et commanda de tirer. Bilan : 379 morts et 1200 blessés en 5 mn. Condamné par une commission à Londres, Dyer fut pourtant réhabilité et félicité par le Parlement.
En 1947, la sanglante partition du Pendjab déplaça dix millions de personnes. Si bien qu’en 1980, les sikhs ont demandé la création d’un Etat autonome et les chefs se sont enfermés dans le Temple d’Or. Après quatre ans de négociations non abouties, Indira Gandhi envoya aussi l’armée donner l’assaut au sanctuaire. Bilan : 500 morts et destruction partielle du Temple d’Or. En octobre de la même année, la chef d’Etat fut à son tour assassinée par ses gardes du corps sikhs. Ce fut le signal d’un massacre des sikhs dans l’Union indienne. Si aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre, les sikhs souhaitent toujours leur indépendance.

Les pèlerins viennent encore pleurer leurs morts

Enfants devant la flamme brûlant
en souvenir des martyres

On achète des fleurs pour honorer les martyres

Le Mémorial en souvenir du massacre


Le Temple d’Or, un exquis complexe du XVI è siècle

Une femme venue prier avec son bébé

Détente en famille dans les jardins

Un vieil homme majestueux

La distribution des repas

Rattrapée par l’essor de sa population, Amritsar a des problèmes d’embouteillages, pollution, égouts et ramassage des poubelles. La ville n’est propre que dans le périmètre du Temple d’Or. Beaux et hiératiques, barbe fournie et tête parée de turbans multicolores, souvent en tenue blanche, pantalon et tunique de coton, ou de guerrier, grande robe bleue, épée impressionnante, les sikhs vont et viennent dans une atmosphère recueillie. Les femmes n’arborent pas de tenue particulière. Ce quadrilatère de marbre immaculé creusé d’un bassin à carpes sacré ou piscine de nectar (Amrit Sarovar), est ceint de colonnades sous lesquelles peuvent dormir les pèlerins et de divers bâtiments religieux ou administratifs. Quatre portes le percent.
Au centre du bassin s’élève le Temple d’Or, maintes fois saccagé et rénové à l’identique. De proportions parfaites, cube plaqué d’or tout scintillant, coiffé d’un dôme achevé en 1830, il mire dans les eaux bleues du bassin ses délicates ciselures. Un pont y mène et l’on doit patienter avant de pénétrer à l’intérieur du sanctuaire. Tout le monde y est admis, à condition d’avoir une tenue correcte, les pieds nus et la tête couverte d’un foulard en principe orange. La plupart des dalles de marbre sont des stèles funéraires portant les noms des martyres massacrés sur les ordres d’Indira Gandhi, ce qui ajoute à l’émotion. Les plus pieux s’immergent dans le bassin, les autres se contentent de marcher dans l’eau du pédiluve.

Un gardien impassible

Baignade purificative

La prière du soir

Tous ceux qui le souhaitent peuvent se restaurer à la cantine, où plus de 10 000 repas gratuits sont servis chaque jour dans un ordre impressionnant. Les convives sont assis sur des nattes et attendent les bénévoles distribuant gamelles, couverts et gobelets en inox, puis dal, soupe aux lentilles épicée, riz blanc et thé (les sikhs ne consomment pas d’alcool). Le repas achevé, chacun dessert son couvert et le range dans des bacs servant à la vaisselle. Quand les convives sortent, la salle à manger est prête à resservir.
Quand la nuit tombe, le Temple d’Or, auréolé de lumière, scintille en marbrant des dernières lueurs du couchant les eaux du bassin. Dans le sanctuaire, un guru  que l’on n’a pas le droit de photographier, en prière, presque en extase, tourne avec gravité les pages de l’immense livre sacré surmonté d’un dais incrusté de diamants et de pierres précieuses, le trésor des sikhs. Des chants s’élèvent, ponctués par le son des gongs.
Autre vue du Temple d'Or

Dignité d'un vieux Sijh

Réciteuse chantant

Jalianwala Bagh, le jardin des supplices


La ville s’éveille tôt. Les premières échoppes entrouvrent leurs yeux métalliques. Des marmites de masala tea, thé indien infusé avec lait, sucre, cardamome, poivre et épices, sont mises à bouillir en pleine rue. L’ambiance est recueillie au Jalianwala Bagh, qui ouvre ses portes. On peut voir sur un mur les impacts des balles anglaises (on en trouva 1600). Des groupes d’étudiants viennent rendre hommage aux victimes des Anglais devant le mémorial portant le nom des morts, faisant ensuite le tour de la mosquée qui leur est consacrée. Un groupe de pèlerins psalmodient : « Il n’y a qu’un Dieu, la Vérité suprême ».

Le Temple d'Or la nuit

L'intérieur du sanctuaire

Un gigantesque collier de fleurs pour honorer la vie du
Premier ministre
  

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