mardi 6 septembre 2016

BALADE EN SARDAIGNE

La Sardaigne en mosaïque

Cagliari et sa Tour des Eléphants

Sainte Marie, vers la crypte

Les ruines romaines de Tharros

Nhurage de Losa



Des envahisseurs successifs
Rarement, île fut plus convoitée que la Sardaigne. Peuplée dès 350 000 ans avant JC, sans doute par des marins toscans, la Sardaigne, terre âpre et sèche, tira toujours ses ressources de la mer, tout en devant se protéger des pilleurs venus des flots. Vers 1800 avant JC, durant l’âge de bronze, des villages fortifiés s’organisèrent autour de puissants nuraghi, tours de pierre faites de blocs cyclopéens, entourées de plusieurs enceintes, dont il existe encore les vestiges d’une centaine d’entre eux dans l’île. Une vingtaine est toujours bien conservée et peut comporter jusqu’à trois étages.
Entre les IX è et VII è siècles avant JC, les Phéniciens établirent des comptoirs à tous les points stratégiques des côtes, attirés surtout par les richesses des mines de plomb et d’argent du sud-ouest de l’île. Lors de la troisième guerre punique entre Rome et Carthage, au III è siècle avant JC, les Phéniciens, alliés de Carthage, furent chassés de l’île que Rome annexa en 238 avant JC. Sa domination dura jusqu’au début du V è siècle. Ensuite, Vandales, Byzantins et Arabes furent successivement attirés par la position avantageuse de l’île, avant que Pise et Gênes ne se la disputent. En 1323, 300 vaisseaux de guerre catalo-aragonais débarquèrent sur la côte sud-ouest et commencèrent sa conquête, occupant el pays jusqu’au tout début du XVIII è siècle et l’accablant d’impôts. La Sardaigne passa alors à l’Autriche, puis à la Savoie sans pouvoir enrayer de terribles famines. Des réformes au XIX è siècle n’empêchèrent pas misère et banditisme et, en 1847, l’île fut régie par Turin sans devenir beaucoup plus riche lors de l’unité italienne. Elle paya un lourd tribut humain pendant la Première guerre mondiale. Mussolini tenta ensuite de la sortir de la pauvreté, créant notamment l’exploitation minière du lignite. En 1948, la Sardaigne et quatre autres régions italiennes se virent accordé leur propre parlement. Encore aujourd’hui, elle jouit du statut de région autonome gouvernée par un président, depuis juin 2004, Renato Soru, un milliardaire sarde ayant fait sa fortune par Internet et s’attaquant enfin aux grands problèmes de l’île, chômage, assainissement de l’administration et développement touristique, la dotant de routes admirablement entretenues et d’une structure hôtelière de qualité, même pour les chambres d’hôtes, très peu chères et toujours rigoureusement propres.

Bosa, ses maisons multicolores dominées par une vieille forteresse

Les escaliers vertigineux de Capo Caccia

Castelsando et le château des Doria
Le pari de l’Agha Khan
Dans les années soixante, Karim Agha Khan et quelques uns de ses amis décidèrent d’investir en Sardaigne et d’y créer un port capable d’accueillir les gros yachts des célébrités du moment. Pour ce faire, ils achetèrent à des paysans désargentés huit mille hectares de terre, dont dix kilomètres de littoral entre le Golfo de Cugnana et le Golfo d’Arzachena, au nord-est de l’île, qu’ils baptisèrent la Costa Smeralda, la Côte Emeraude. A Porto Cervo, capitale miniature de ce royaume de privilégiés, ils voulurent exprimer la quintessence du style méditerranéen, chargeant leurs architectes d’y créer le port idéal, avec des emprunts aussi bien au style du Maghreb qu’à celui des villages grecs. Même si l’actuel Agha Khan n’en est plus propriétaire, le jet set international continue de s’y presser et les yachts les plus somptueux d’y mouiller.

Comment visiter la Sardaigne
Un fort contraste oppose toujours l’intérieur de l’île, parfois montagneux ou au contraire creusé d’étangs et de lagunes longtemps infestés par la malaria, au littoral. Dans les terres, les paysans vivent péniblement de maigres cultures et de leurs troupeaux de chèvres et de moutons, mais bénéficient à présent des subventions européennes et la plupart des villages ont été modernisés, perdant en pittoresque mais gagnant en confort. Sur la côte au contraire, les heureux propriétaires ont fait des affaires en or en lotissant leurs terrains. Pourtant, la Sardaigne a réussi à ne pas trop gâcher son littoral en évitant le béton et les tours de la Costa Brava par exemple, et en gardant de nombreuses zones sauvages, ce qui permet de somptueuses découvertes de criques couleur turquoise, intactes et préservées.
A ârt le mois d’août où les touristes italiens se ruent sur la Sardaigne, le reste de l’été permet de voyager paisiblement et l’on trouve toujours à se loger chez l’habitant pour très peu cher, à quelques kilomètres seulement du rivage. Des cars confortables sillonnent l’île, mais le plus agréable est bien sûr de louer une voiture pour en faire tranquillement le tour en dix jours à peine, sans oublier quelques incursions vers l’intérieur du pays. Partout, forteresses et antiques tours de guet attestent le passé agité de la Sardaigne.

L'élégance de Porto Cervo

Explorer en bateau la grotte Marine

La côte ouest de Cagliari à Alghero
Cagliari offre depuis des siècles un mouillage confortable aux bateaux de tout tonnage dans une rade bien abritée, bordée de lagunes où nichent les flamants roses. La vieille ville, nommée « la marina », commence tout de suite sur le port et s’élève jusqu’aux hauteurs d’Il Castello, remparts médiévaux de pierre blanche veillés par deux grandes tours carrées et creuses, celle de l’Eléphant délimitant l’ancien ghetto devenu le quartier de Santa Croce et celle de Saint-Pancrace, devant le château neuf. A l’intérieur des murailles courent les ruelles étroites de la cité médiévale avec l’université, la cathédrale à l’admirable crypte toute en marbre, les musées et les palais pisans. Du Bastione San Remy, la vue porte sur toute la ville et sur le nouveau château à la sobre façade classique. Deux jours suffisent pour bien connaître la ville, ses petits cafés et restaurants de fruits de mer, puis il est agréable de se baigner sur la longue plage blonde d’Il Poetto et de pousser jusqu’au port de Plaisance de Marina Piccola, bien sûr gardé par une vieille tour.
De Cagliari, on prend la route d’Iglesias vers la côte ouest, en faisant un détour par la délicieuse chapelle romane d’Uta, plantée en pleine campagne. Quelques vieilles rues à Iglesias, le Dôme et l’église baroque de Sainte Claire d’Assises. De la tour du château très endommagé de Salvaterra, on a une jolie vue sur la vieille ville. D’Iglesias à Oristano, on longe les lagunes et les dunes molles de la Costa Verde, où l’on peut se baigner sans voir personne. A oristano, la vieille ville et ses ruelles animées se serrent autour du Dôme aux élégantes pierres ocrées, puis on continue par une route montagneuse aux vues splendides jusqu’à Capo San Marco pour voir les impressionnants vestiges de ce qui fut le puissant port phénicien de Tharros. Le site est enchanteur, près d’une crique bordée d’une plage accueillante, encore une belle tour de guet et les colonnes antiques dressées contre le bleu de la mer.
Un peu au sud de Paulilatino s’élève le fameux nuraghe de Losa, sans doute le plus imposant de l’île. Des blocs cyclopéens de pierre forment des clefs de voûte laissant filtrer la lumière. Des couloirs partant de la pièce centrale mènent à deux tours latérales et un escalier s’élance vers les étages. On se demande encore par quels moyens on put, à partir de 1800 avant JC, amasser de tels blocs de défense et les agencer si savamment qu’après presque quatre mille ans, ils tiennent encore.
Si l’on a la chance d’arriver en fin de journée à la petite ville de Boasa construite sur les berges du Temo et blottie aux pieds de son massif Castello Malapisna, le soleil dore ses maisons bariolées et les eaux du fleuve. On peut dîner en terrasse, au bord de l’eau, de savoureux antipasti sardes, multiples entrées de charcuterie, fromages et crudités. Quelques kilomètres plus loin, à l’estuaire du Temo, a été construite une harmonieuse marina moderne.
Alghero est surtout célèbre par la visite qu’y fit Charles Quint en 1541 et l’on peut encore voir l’altière maison l’ayant hébergé. Il reste de nombreux témoignages des remparts médiévaux, tours et bastions contre lesquels viennent mourir les vagues. La côte, découpée avec de nombreux à pics, est très belle jusqu’à Capo Caccia, où un vertigineux escalier plonge vers les ondes.

A Nora, des colonnes romaines plantées contre la mer

Les filets rouges de Portoscuso

De Sassari à la Costa Smeralda et la côte est
De l’ancienne ville universitaire du XVI è siècle, il reste peu de vestiges, quelques maisons gothiques, quelques vieux palais, des bouts de remparts. Le dôme gothique de Saint Nicolas fut édifié au XV è siècle, mais sur la façade a été plaqué un décor baroque.
L’arrivée à Castelsardo, port de la côte nord dominé par la puissante forteresse Doria, est un ravissement. Le château et ses remparts, les maisons de teintes pastel du bourg, le port prolongé par une jetée forment un ensemble parfait. Il faut monter par les ruelles et pénétrer à l’intérieur de la forteresse dont plusieurs pièces ont été restaurées et évoquent le souvenir d’une épouse Doria, la célèbre Eleora d’Arborea, qui gouverna sagement, au XIV è siècle, l’une des principales provinces sardes portant son nom et élabora un code de lois très en avance sur son époque, la Carta de Logu. Des remparts, al vue embrasse toute la côte. En contrebas du château, la cathédrale se signale par son sévère clocher noir. Elle renferme les émouvantes œuvres du mystérieux Maestro du Castelsardo que l’on n’a jamais pu identifier. Ce paradis en miniature imaginé par l’Agha Khan et ses amis couvre donc un vaste territoire au nord e la côte est, la Côte d’Emeraude et sa capitale de Porto Cervo. Tout autour de al baie s’élèvent de somptueuses villas blanches et roses dont les yachts sont ancrés à Porto cervo. Dès que l’on quitte cette enclave de luxe, on retrouve des paysages tout aussi beaux et bien plus accessibles au commun des mortels.
C’est une succession de baies paisibles et de ports de plaisance, de plages cachées dans la pinède, certaines vierges de tout estivant : Golfo Aranci et l’immense roche lui faisant face, Porto San Paulo et sa profusion de palmiers, Cala Gonone cernée par les pics du Monte Tului et du Monte Bardia, délicieux port mis à la mode par les dignitaires nazis dans les années trente, depuis la découverte par un pêcheur d’une profonde grotte à présent aménagée, la Grotta del Blue Marino, à laquelle on accède après une promenade en bateau.
Ensuite, la route délaisse un peu la mer pour escalader les montagnes, d’où la vue porte loin sur les gorges de Tortolli que l’on peut explorer à pied. Dans les villages de montagne tels que Bauner, on peut avoir al chance de voir la jeunesse, filles et garçons, en chemises blanches bien amidonnées et fleuries, monter sur de fringants poneys, faire la course par les ruelles.

La côte sud et ses vestiges romains
Les lagunes s’étendent aussi à l’ouest de Cagliari, toujours hantée par des colonies de flamants roses peu farouches. Puis on parvient à Nora, ancienne cité romaine ayant succédé à une colonie phénicienne. Le site occupe tout un cap s’avançant vers la mer, ombragé de pins centenaires. Colonnes, mosaïques, théâtre bien conservé, fondations de maisons, thermes et temples, tout prend un relief plus harmonieux contre le bleu de la mer sillonnée de voiles blanches. La côte s’étant beaucoup érodée, bien des vestiges sont maintenant sous l’eau et une plongée organisée par le centre de la Laguna di Nora permet d’évoluer avec les poissons parmi colonnes couchées et amphores. Du port de Portocuso où les pêcheurs usent de spectaculaires filets rouges, un ferry peut vous mener à l’île de San Pietro, d’origine volcanique, toujours habitée par une majorité de Génois.













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