jeudi 28 juin 2012

Propos d'écrivain


Varsovie romantique


Statue de Frédéric Chopin à Varsovie

La musique est toujours reine dans les rues de la capitale

Les Polonais ont une bonne descente, c'est bien connu,
mais ils apprécient aussi les bons vins


Il n'y a rien de plus stimulant pour un écrivain que de mettre ses pas dans ceux d'un autre créateur. Parcourir Varsovie la romantique en suivant Chopin qui a tant célébré sa ville de Varsovie qu’il est naturel qu’elle lui rende la pareille donne envie de laisser courir sa pensée, ses rêves, sa plume. On arrive en avion à l’aéroport-Frédéric Chopin. L’hôtel Mercure porte son nom. On peut écouter chaque dimanche en été, dans les jardins du parc Lazienki où s’élève le Palais sur l’île, devant jets d’eau, roses et pénétrant regard d’un Chopin de bronze ses principaux récitals.


Tout Varsovie chante Chopin

Né le ler mars 1810 dans le domaine de Zelazowa Wola appartenant à la comtesse Skarbek où sa mère Tekla Justinyna est intendante et son père Nicolas Chopin, un Lorrain, précepteur des enfants, Frédéric ne garde aucun souvenir du petit manoir tout blanc, puisqu’il n’a pas un an lors que ses parents le quittent pour s’installer à Varsovie, dans un appartement loué du palais de Saxe. Il y vit jusqu’à l’âge de sept ans avec ses trois sœurs, son aînée Ludwika, puis ses cadettes Izabella et Emilia. Sa mère adore la musique et la famille joue du piano. Frédéric témoigne de dons si évidents que ses parents le confient au professeur Wojciech Zywny qui voit en lui un prodige et un virtuose digne de Mozart.

La famille s’installe ensuite au palais Casimir à la façade jaune et blanche évoquant Saint-Pétersbourg et y demeure jusqu’aux treize ans de Frédéric. Son second maître, le Tchèque Würfel, a aussi une haute opinion de son élève et l’encourage à jouer en public.
La vieille ville détruite et reconstruite à l'identique,
vue de l'autre côté des remparts

Le château de Varsovie, également reconstruit

La grand place gaîment bariolée, ses échoppes et ses bistros

Détail de la grand' place

Dès l’âge de huit ans, il commence donc à donner des concerts dans les palais, les églises, sur les principales places de Varsovie et même lors de noces paysannes pour mieux pénétrer l’âme polonaise (sa Mazurka en si bémol majeur). Son père n’a rien d’un Léopold Mozart et n’exploite pas le talent de son fils, même s’il en est fier. On peut l’applaudir au Belvédère, rue Belwederska, résidence aujourd’hui du président de la République où Chopin se produit souvent devant le Grand-Duc Constantin, au palais Blekitny, rue Senatorska, ou au palais Potocki, au palais Radziwill, actuel palais présidentiel, où il donne son premier concert public.

Würfel étant un organiste de talent, Chopin apprend à se familiariser avec cet instrument dans quantité d’églises : des Visitandines où il joue de l’orgue le dimanche, des Carmélites ou à Sainte-Anne où il accompagne la jeune cantatrice Constance Gladkowska dont il est secrètement amoureux, dans l’église Evangélique où il se produit en 1825 devant le tsar Alexandre Ier.

Ses grands concerts de 1830 ont lieu place Krasinski, où se trouve l’actuelle Cour Suprême et où s’élevait le théâtre National.

Les souvenirs de Chopin à Varsovie
Un fiacre comme du temps de Chopin

Détail d'une porte

Des maisons aux riantes façades

Les visitandines de l’église des Carmélites sont fières de toujours posséder l’orgue qu’il faisait vibrer avec tant de ferveur. Au palais Ostrogski, siège de l’Association Frédéric Chopin où l’on ne joue bien sûr que sa musique, on conserve des objets lui ayant appartenu, partitions, lettres, une serviette brodée à son chiffre, son dernier Pleyel. Quant au Musée Chopin du délicieux palais rose et blanc Czapski et dernier domicile polonais de Chopin, il est devenu l’Académie des Beau-Arts. On peut y visiter le salon de la famille, reconstitué d’après une vieille photo.

Même s’il est mort de la tuberculose à Paris le 17 octobre 1849 à l’âge de 38 ans, son cœur repose, selon ses vœux, dans une urne scellée dans un pilier de son église paroissiale, Sainte-Croix, mais sa tombe est restée au Père-Lachaise

Varsovie, ville martyre sans cesse renaissante


Tour à tour détruite par les nazis, les Russes et les soviétiques, Varsovie a été reconstruite à l’identique, le château royal, la Vieille Ville, la Ville Nouvelle (datant tout de même du XV è siècle) et les remparts relevés où Frédéric Chopin pourrait déambuler sans être trop dépaysé. Détruite en 1944, la cathédrale Saint-Jean a retrouvé sa fière silhouette gothique, en béton.  Les maisons gaîment bariolées de la place de la Vieille Ville évoquent toujours les élégantes demeures bourgeoises décorées de fresques et de sculptures des XVII è et XVIII è siècles. Les anciens remparts démantelés au XIX è siècle ont été refaits et l’impressionnante Barbacane, donne encore accès à la Ville Nouvelle, construite jadis hors les murs pour remplacer les vieilles masures en bois.

C’est là que s’élèvent les principales églises, le bâtiment dédié au poète romantique Adam Mickiewicz, que vénérait Chopin car il reste le chantre de l’indépendance polonaise et les palais. Qu’aurait-il pensé du palais de la Culture et de la Science édifié par Staline à la gloire du socialisme qui pèse sur la ville du haut de ses 231 mètres, comptant plus de 3000 pièces, deux théâtres, trois cinémas, une salle de congrès, une piscine et plusieurs musées ?


Les lieux de prédilection de Chopin

Intérieur de la cathédrale
Ce sont sur les lieux qu'a tant hantés Chopin que l'on retrouve son génie mélancolique, sa belle musique intérieure. Sur les conseils du médecin familial déplorant la fragile constitution des enfants Chopin, Frédéric et ses sœurs vont souvent s’exercer à la patinoire de la rue Obozna – il n’a pas dix-sept ans lorsque sa cadette, Emilia, meurt de la tuberculose qu’il a aussi attrapée. Si la patinoire a aujourd’hui disparu, au N° 3, le Café Kafka, un café-librairie, est apprécié des étudiants. Lui fréquente plutôt ceux de la rue Miodowa, et a ses habitudes au Café Honoratka, dont le sous-sol est resté tel qu’il l’a connu, ou encore au Panni Brzezinska, non loin du palais Wessel. Il achète ses partitions dans la librairie de son ami Antoni Brzezina, dans la même rue Miodowa. Il passe des heures dans l’atelier de Buchholtz, au croisement des rues Mazowiecka et Swietokrzyska, à essayer ses instruments, aidant son ami à les vendre en improvisant pour les acheteurs avec son habituel brio. L’atelier a hélas été remplacé par d’affreux immeubles de l’après-guerre…

C’est à Vienne ou à Paris qu’il lui faut s’imposer. Et le 2 novembre 1830, il se résout à partir, empruntant la malle de l’ancienne Poste Saska, aujourd’hui palais Wessel. En route, à l’auberge de Wola, l’attendent pour un adieu ses amis et les étudiants du Conservatoire. Il s’en va vers la gloire…

La majestueuse Vistule, chère à tout coeur polonais








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