vendredi 8 janvier 2016

VARSOVIE DANS LES PAS DE CHOPIN


Quand Varsovie chante Chopin…


Buste de Chopin à Varsovie


Chopin a tant célébré la Pologne et sa ville presque natale de Varsovie qu’il est bien naturel qu’elle lui rende la pareille. On arrive en avion à l’aéroport Frédéric Chopin. L’hôtel Mercure porte son nom. On peut écouter ses principaux récitals tous les dimanches à la belle saison, dans les jardins du parc Lazienki où s’élève le Palais sur l’île, résidence d’été des rois de Pologne. Devant roses et jets d’eau, un Chopin de bronze scrute le passant de son œil pénétrant.



Chopin, l’enfant chéri de Varsovie


Né le l er mars 1810 dans le domaine de Zelazowa Wola où sa mère, Tekla Justinyna, était intendante et son père, Nicolas Chopin, originaire de Lorraine, précepteur des enfants, Frédéric ne garda aucun souvenir du manoir tout blanc. Il n’avait en effet pas un an lorsque ses parents le quittèrent pour s’installer à Varsovie, dans un appartement du palais de Saxe. Il y vécut jusqu’à l’âge de sept ans avec ses trois sœurs, son aînée Ludwika, puis ses cadettes Izabella et Emilia. Sa mère adorait la musique et toute la famille jouait du piano. Frédéric montra des dons si évidents que ses parents le confièrent au professeur Wojciech Zywny qui vit en lui un prodige digne de Mozart.

Vieille ville vue des remparts

Le château royal

Place de la Vieille Ville
La famille s’installa ensuite au palais Casimir, à la façade jaune et blanche inspirée de l’architecture de Saint-Pétersbourg, et y demeura jusqu’aux treize ans de Frédéric. Son second maître, le Tchèque Würfel, avait aussi une haute opinion de son élève et l’encouragea à jouer en public.

Dès l’âge de huit ans, il commença donc à donner des concerts dans les palais, les églises, sur les principales places de Varsovie et même lors de noces paysannes (origine par exemple de sa Mazurka en si bémol majeur). Son père tint à ne jamais exploiter le talent de son fils, même s’il en était fier. On put l’applaudir au Belvédère, rue Belwederska, résidence aujourd’hui du président de la République où Chopin se produisit souvent devant le Grand Duc Constantin, au palais Blekitny, rue Senatorska, ou au palais Potocki, au palais Radziwill, actuel palais présidentiel, où il donna son premier concert public.

Würfel étant un organiste de talent, Chopin apprit à se familiariser avec cet instrument dans quantité d’églises de Varsovie : celle des Visitandines où il jouait chaque dimanche, celle des Carmélites ou de Sainte-Anne où il accompagnait la ravissante cantatrice Constance Gladkowska dont il était secrètement amoureux. Dans l’église Evangélique, il se produisit en 1825 devant le tsar Alexandre I er.

Ses grands concerts de 1830 eurent lieu place Krasinski, où se trouve l’actuel Cour Suprême et où s’élevait le théâtre National. Il y fit ses adieux à la Pologne avant de partir pour Vienne, puis Paris…


Maisons de la Vieille Ville

Détail d'un porche

La Sarbacane menant à la Ville Nouvelle

Les souvenirs de Chopin à Varsovie

Les visitandines de l’église des carmélites sont fières de toujours posséder l’orgue qu’il faisait vibrer avec tant de ferveur. Au palais Ostrogski, siège de l’Association Frédéric Chopin où l’on ne joue bien sûr que sa musique, on conserve pieusement ses partitions, lettres, une serviette brodée à son chiffre, son dernier Pleyel. Quant au Musée Chopin du délicieux palais Czapski, c’est à présent le siège de l’Académie des Beau-Arts et le dernier domicile polonais de Chopin. On peut y visiter le salon de la famille, reconstitué d’après une photo.

Même s’il mourut de tuberculose à Paris le 17 octobre 1849, à l’âge de 38 ans, son cœur repose, selon ses vœux, dans une urne scellée en un pilier de son église paroissiale, Sainte-Croix, à Varsovie, mais sa tombe est restée au Père-Lachaise.


Fiacre dans la Ville Nouvelle

La Sabarcane vue des remparts

Varsovie, une ville martyre sans cesse renaissante


Tour à tour détruite par les nazis, les Russes et les soviétiques, Varsovie, toujours fière de son passé, a été reconstruite à l’identique, du moins le château royal, la Vieille Ville, la Ville Nouvelle (datant tout de même du XV è siècle) et les remparts relevés. Dans l’ancienne forteresse de brique rose reconstruite, on peut toujours voir la vingtaine de pièces des Chambres du Parlement ou les appartements royaux avec leurs collections de peintures, sculptures et bronzes du XVIII è siècle. Détruite en 1944, la cathédrale Saint-Jean a retrouvé sa fière silhouette gothique… en béton. Les maisons refaites et gaîment bariolées de la place de la Vieille Ville évoquent toujours les élégantes demeures bourgeoises décorées de fresques et de sculptures des XVII è et XVIII è siècles.

L’impressionnante Barbacane, également relevée, donne toujours accès à la Ville Nouvelle, construite jadis hors les murs pour remplacer les vieilles masures en bois. C’est là que s’élèvent les principales églises, le bâtiment dédié au poète romantique Adam Mickiewicz, que vénérait Chopin car il a toujours été le chantre de l’indépendance polonaise et les principaux palais. Qu’aurait-il pensé du lourd édifice de la Culture et de la Science commandé par Staline à la gloire du socialisme et qui pèse sur la ville du haut de ses 231 mètres, comptant plus de 3000 pièces, deux théâtres, trois cinémas, une salle de congrès, une piscine et plusieurs musées ?



Les lieux de prédilection de Chopin


Chopin fréquentait les cafés de la rue Miodowa et avait ses habitudes au Café Honoratka, dont le sous-sol est resté tel qu’il l’a connu, ou encore le Panni Brzezinska, devenu café Telimena, non loin du palais Wessel. Il achetait ses partitions dans la librairie de son ami Antoni Brzezina, dans la même rue. Il passait des heures dans l’atelier de Buchholtz, au croisement des rues Mazowiecka et Swietokrzyska, à essayer toute sorte d’instruments, mais l’atelier a été remplacé par d’affreux immeubles de l’après-guerre…

Rue Dluga, non loin de la place Krasinski, Chopin rencontrait, dans d’autres cafés, ses amis patriotes, Mochnacki et Lelewel. Sur la route de l’exil, à l’auberge de Wola, l’attendaient pour un dernier adieu ses amis et les étudiants du Conservatoire. Il était en marche vers la gloire…






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