mardi 11 octobre 2016

LA MEUSE ET SES AUTRES VISAGES

Promenade en Meuse

Le palais épiscopal de Verdun

La vieille porte du XIV è siècle plantée sur la Meuse

Quand on pense à la Meuse, un nom s’impose, celui de Verdun. Et qui dit Verdun dit massacres en série, boucherie humaine, horreur de la Première guerre mondiale. Donc tourisme de mémoire. Bien sûr, mais au-delà de l’évocation de tous ces morts qu’il ne faut pas oublier, la Meuse a repris un visage souriant, même si bien des villages sont à présent un peu mornes – crise oblige. Pourtant, la Meuse fut aussi une région florissante sous la Renaissance, dont subsistent encore aujourd’hui bien des joyaux.

Le tourisme de mémoire, le camp Marguerre


Un soldat allemand au camp Marguerre, devant la maison
 de béton naïvement décorée de son commandant

Soldat écrivant sur sa famille
sur le pas de sa chambrée
Deux infirmières allemandes


Soldat dans sa chambre de béton

Même pour ceux qui s’imaginent en savoir long sur la Première guerre mondiale, on apprend bien des choses en arpentant sur place ces lieux qui furent de furie et de folie. Première constatation sur l’arrière du front allemand, au pays de Spincourt : alors que les tranchées de nos poilus n’étaient pas conçues pour durer, le but étant la ruée vers Berlin, mais faites de bric et de broc, vieilles planches ou bouts de tôle, sacs de sable, celles des Allemands, installés là pour occuper longtemps la région, étaient au contraire de solide béton.
Mieux, on découvre au Camp Marguerre, du nom de l’officier allemand le commandant, le spectaculaire canon de Duzey, mais aussi tout un village de béton enfoui sous la verdure et inconnu alors de nos services. Y vivaient deux cents soldats allemands dans des abris presque invisibles. La maison du capitaine s’orne même de motifs décoratifs et garde des traces de peinture au pochoir ! Ce fut là, dans le plus grand secret, que fut préparée la terrible offensive de Verdun. On peut le visiter aux flambeaux, à la rencontre de figurants représentant les habitants allemands de ce village secret.
Tout le haut état-major français, bien calfeutré à l’abri de sa Ligne Maginot, s’imaginait, bien à tort on le verra, avoir mis en place une ligne de défense impossible à percer par l’ennemi… qui se contentera de la contourner. Mais Verdun reste pour tous un enjeu primordial, le verrou qui peut ouvrir l’accès à Paris… Et la résistance fut désespérée, pendant huit mois d’enfer et de pilonnage incessant d’obus – on compta dans les environs de Douaumont jusqu’à huit obus au mètre carré, dont certains, intacts, rendent l’accès de ces espaces dévastés, aujourd’hui recouverts de forêts, fort dangereux en dehors des sentiers balisés.
Pour ceux de Verdun, tout commence le 21 février 1916. L’enjeu : la prise de la ville. La voie de chemin de fer reliant la ville à Paris est coupée, qu’importe, on passera par la route pour ravitailler les troupes. Ce sera la fameuse « Voie sacrée », seule route de France à ne pas porter de numéro mais un nom. Elle est jalonnée de grosses bornes blanches surmontées d’un petit casque militaire. Le fort de Vaux a beau être pris, celui de Douaumont être pris et repris de multiples fois, Verdun fait le gros dos sous un déluge de fer et… résiste. Tant et si bien que la ville incarne bientôt la résistance de tout un pays et qu’on lui remet la Légion d’Honneur le 13 septembre. Le 18 décembre marque officiellement la fin de la bataille de Verdun. Le front se déplace désormais vers la Somme.
Photos de Poilus dans la forteresse de Verdun

On  visite en wagonnets l’ancienne forteresse de Verdun, édifiée jadis par Vauban, puis percée d’innombrables couloirs fortifiés pour se protéger des bombardements. Mais les morts, tous ces morts, les quelques 130 000 morts de la Bataille de Verdun… Ecoutons Jean Giono les évoquer :
« Les morts bougeaient. Les nerfs se tendaient dans la rainure des chairs pourries et un bras se levait lentement dans l’aube. Il restait là, dressant vers le ciel sa main noire toute épanouie ; les ventres trop gonflés éclataient et l’homme se tordait dans la terre, tremblant de toutes ses ficelles relâchées. Il reprenait une parcelle de vie. Il ondulait des épaules comme dans sa marche d’avant. Il ondulait des épaules, comme à son habitude d’avant quand sa femme le reconnaissait au milieu des autres, à sa façon de marcher. Et les rats s’en allaient de lui. Mais ce n’était plus son esprit de vie qui faisait onduler ses épaules, seulement la mécanique de la mort, et au bout d’un peu, il retombait immobile dans la boue. Alors les rats revenaient. La terre même s’essayait à des gestes moins lents avec sa grande pâture de fumier. Elle palpitait comme un lait qui va bouillir. Le monde, trop engraissé de chair et de sang, haletait dans sa grande force. »

Douaumont, sa forteresse, son ossuaire, son Mémorial et ses cimetières


La forteresse de Douaumont,
quand le béton épouse la roche

Canon et Mémorial de Douaumont

Dans l'enfer des tranchées de la Bataille de Verdun

L'émouvante simplicité de l'Ossuaire de Douaumont

Autre lieu de profonde émotion, la forteresse de Douaumont, formidable bloc de béton creusé dans le flanc d’une colline rocheuse, si bien qu’on ne sait plus où est la pierre, où se trouve le béton. Toute une vie de termites s’était organisée là, tant pour y soigner les blessés, que pour y reposer les troupes avant le départ pour le front, les tranchées, la boue, les bombardements, la saleté faisant aussi ses victimes, dysenterie, fièvre et même choléra. Bref, l’épouvante. Prise et reprise, la forteresse de Douaumont fut un temps allemande et un mur abrite les corps de 800 soldats allemands, victimes d’une méprise après une terrible explosion. Tout barbouillés de suie et de poudre, ils avaient été pris pour nos pauvres tirailleurs sénégalais, si souvent sacrifiés par notre état-major…
A Douaumont aussi s’élève le sobre et émouvant ossuaire aux morts de Verdun, toute la voûte de l’édifice étant faite des plaques commémoratives portant les noms de ceux que l’on a pu identifier. Les autres reposent en vrac à la base de l’édifice et l’on peut encore apercevoir leurs restes par les soupiraux. Au pied de l’ossuaire s’étendent les cimetières, triste alignement, presque à l’infini, de petites croix blanches toutes simples, avec des rangées de rosiers rouges à leurs bases. Plus loin, d’autres cimetières sont réservés aux morts de confession juive ou musulmane… quand on a pu le savoir. Partout alentours, la terre martyrisée porte encore les stigmates de ce déluge de feu et de fer abattu sur Verdun et ses environs.


Les voûtes de l'Ossuaire, faites des noms des morts

Détail de l'intérieur de l'Ossuaire

Plaque aux 130 000 morts de Verdun
apposée par François Hollande

Des cimetières comme infinis...

Le Mémorial, agrandi, modernisé et doté d’un nouvel étage l’année dernière, présente plus de 2000 objets de collection, uniformes ou ce qu’il en reste, lettres, touchants objets fabriqués par les Poilus durant les heures de détente, mais aussi armes, canons et cantine roulante, photos. Des dispositifs audiovisuels exceptionnels nous immergent dans l’enfer de ce que fut la Bataille de Verdun. Un bel hommage à nos chers Poilus.

Pour tout renseignement, voir www.tourisme-meuse.com, www.tourisme-verdun.fr ou www.tourisme-spincourt.fr

La Meuse souriante
Certes marquée à jamais par la barbarie de la Première guerre mondiale, la Meuse peut aussi prendre un visage plus souriant pour accueillir d’autres visiteurs. Elle fut riche et même opulente du temps des ducs de Loraine et de Bar, dont le dernier fut Stanislas Leczinski, le beau-père de Louis XV – le fameux Chemin des Dames, théâtre lui aussi de sanglants combats, doit son nom aux filles de Louis XV, qui l’empruntaient pour venir rendre visite à un grand-père qu’elles adoraient ! La perle de Verdun, outre sa belle porte du XIV è siècle, est son élégant palais épiscopal du XVIII è siècle, maintenant le centre mondial de la Paix, des Libertés et des droits de l’Homme, un lieu d’expositions et de conférences.


La bibliothèque bénédictine de Saint-Mihiel
et ses 9000 volumes

La Vierge en Pâmoison de Ligier Richier

Détail de la Vierge soutenue par saint Jean

Le château abritant le Musée Barrois

L'élégant Palais de Justice Renaissance de Bar-le-Duc

Dans les environs de Verdun, deux petites villes surtout valent le détour. La première est Saint Mihiel – une déformation du mot saint Michel. Elle comprend quelques beaux hôtels Renaissance ou XVII è dans le centre historique, mais surtout une extraordinaire bibliothèque bénédictine aux quelques 9000 volumes anciens, abritée dans l’abbaye Saint-Michel et que l’on peut visiter. C’est à Saint-Michel que l’on découvre cette rare Pâmoison de la Vierge, saint Jean soutenant la Vierge qui s’évanouit à la vue du corps de son fils mort. La hardiesse et le réalisme de la pose – elle est vraiment évanouie, abandonnée entre ses bras et il la retient de toute sa force –, l’expression des visages, la beauté des drapés en font une œuvre incomparable, due aux ciseaux de Ligier Richier. Ce sculpteur né à Saint-Mihiel et qui fut peut-être, un temps, l’élève de Michel Ange, réalisa toute son œuvre en Meuse, ce qui explique qu’il n’eut pas la renommée internationale qu’il aurait méritée. Mais son pays lui rend hommage et il existe une « route Ligier Richier » qui vous permettra de découvrir ses chefs d’œuvre. Voir contact@tourisme-meuse.com.
C’est aussi à Saint-Mihiel qu’est exposée, à l’église Saint-Etienne cette fois, son oeuvre la plus célèbre, hélas inachevée, la Mise au tombeau du Christ. Il s’agit d’un groupe de treize figures légèrement plus grandes que nature, exécutées en pierre et restées nues alors qu’elles devaient être peintes. Elles n’ont même pas trouvées leur place définitive. Mais, telle quelle, la scène reste un prodige de vie, de grâce et de réalisme. On dirait que, d’un simple clignement d’oeil, on pourrait l’animer, tant les corps sont souples et leurs attitudes merveilleusement rendues !


La Mise au tombeau de Ligier Richier, treize figures
plus grandes que nature



A une soixantaine de kilomètres, Bar-le-Duc fut donc une opulente cité ducale. De son riche passé, elle conserve le Neuf Castel datant du XVI è siècle et abritant aujourd’hui le Musée Barrois, collection de sculptures et peintures surtout. Voir musée@barleduc.fr. La ville haute, regroupée autour de l’église Saint-Etienne, comprend un nombre impressionnant de magnifiques hôtels Renaissance ou plus tardifs, dans l’ensemble fort bien restaurés, dont l’élégant et sobre Palais de Justice Renaissance édifié par la famille Florainville. L’église, outre des orgues étonnants pris dans les piliers, renferme deux autres œuvres célèbres de Ligier Richier, dans le chœur le Christ en croix avec les deux larrons dont les corps semblent encore se tordre dans leurs liens, puisque eux n’avaient pas été crucifiés. Une chapelle latérale abrite le très curieux Décharné ou Ecorché. Ligier Richier en reçut la commande du chanoine-doyen Gilles de Trèves pour en décorer la chapelle des Princes. Imaginez un saisissant squelette debout – l’anatomie n’est d’ailleurs pas strictement observée, il a trop de côtes ! – regard levé vers son bras gauche haut brandi. Une représentation modernisée des fameuses danses macabres médiévales !

L'étonnant ecorché de Ligier Richier

Son Christ en croix entouré des deux larrons se tordant en leurs liens

Des orgues qu'enlacent les piliers

La Meuse gourmande
On ne peut évoquer la Meuse et ses trésors sans songer aussi à la bière, connue et consommée dans la région depuis 7000 ans. C’étaient les femmes, aux pouvoirs magiques dus à la maternité, qui la brassaient. Un joli musée, ouvert à Stenay et entouré d’un jardin botanique, avec même une brasserie reconstituée dans laquelle on peut déguster quelques 70 variétés de bière locale, permet aux visiteurs de s’abreuver de culture brassicole. Collection d’affiches, de chopes, d’outils, de bouteilles, d’impressionnantes cuves de cuivre, rien n’y manque ! Voir www.musee-de-la-biere.com.
Les anciens outils de la bière

Saint Georges à toutes les mousses !

La machine à laver les bouteilles

C’est au Fort de Vaux que se trouve la petite usine très glamour, peinte d’un bleu tendre, de l’usine de dragées Braquier, un magasin de vente existant aussi au centre de Verdun, 3, rue Pasteur. On peut visiter la fabrique et suivre, filmées, toutes les étapes de la fabrication des fameuses dragées offertes surtout à l’occasion des baptêmes ou communions, savoureuse pellicule de sucre enrobant à l’origine des amandes. Pour moderniser la dragée traditionnelle, la maison a adopté des coloris bien flashis mais aussi d’autres saveurs, chocolat, pistache, pâte d’amande ou nougatine.
Voir www.dragees-braquier.fr.

Présentoir de dragées

Cuves de fabrication des dragées

Une usine très glamour


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