mardi 4 octobre 2016

LE TEMPS SUSPENDU SUR LES LACS ITALIENS

Peschiara Borromeo et le lac Majeur

 
Le château de Peschiara Borromeo ceint de douves
Depuis la conversion au christianisme de l’empereur Constantin en l’an 306, l’Eglise prend le pouvoir sur toute la péninsule et devient un Etat dans l’Etat. Edifices religieux et monastères prospèrent dans toute l’Italie et particulièrement dans cette région des lacs si riche et si douce à vivre et l’on peut encore les admirer aujourd’hui, souvent intacts. Avec l’élection en 1447 du pape Thomas de Sarzana, humaniste respecté, les duchés du Nord s’épanouissent et s’enrichissent, engendrant de nouveaux chefs d’œuvres. Dans la région des lacs, trois puissantes familles, liées entre elles par de nombreux mariages, coexistent en paix tout en rivalisant de luxe, les Visconti, les Sforza et les Borromée, originaires de Florence, d’où ils furent chassés lors de la lutte des Guelfes et des Gibelins, une querelle privée ayant allumé une véritable guerre civile. Le symbole de cette triple alliance, trois cercles enlacés, symbolisent ces accords de paix. Qu’un seul cercle, soit une famille, veuille sortir de ce lien et les trois s’en trouvent brisés…

La salle à manger à fresque où Franco Borromeo
reçoit ses amis

Fresques à la licorne dans la partie
 historique du château

Bruno de Robien et Franço Borromeo bichonnant l'une de
ses maquettes d'avion

Le château de Peschiara Borromeo
A quelques kilomètres de Milan, près de l’aéroport de Linate, dans une banlieue très campagnarde, à Peschiera Borromeo, petit village où l’on élevait jadis des poissons, s’élève une puissant château entouré de douves, dont les bâtiments élevés sur deux étages, plus un haut campanile, délimitent une vaste cour intérieure bordée par des arcades, ornées de fresques par endroits. Les quatre tours de défense dont il devait être pourvu n’ont jamais été construites. C’est le domaine enchanté du prince Franco Borromeo, qui peut d’ailleurs se louer pour des mariages ou toute autre réception. Franco n’en habite qu’une aile où il reçoit volontiers ses amis, sous le regard sévère de ses ancêtres. L’ensemble des tableaux, certains datant de la Renaissance, est d’ailleurs magnifique. La salle à manger ornée de fresques est particulièrement agréable, d’autant plus que Franco est aussi un fin cuisinier ! La partie historique occupant le reste de la demeure n’est pas meublée, mais entièrement ornée de fresques en bon état, les plus anciennes datant aussi de la Renaissance. La chapelle surtout, dont il vient à grands frais de restaurer le plafond, est remarquable par la fraîcheur des couleurs. Comme tous les membres de la famille, Franco jouit d’un curieux privilège dû à leur parenté avec san Carlo Borromeo. Où qu’il soit, si un prêtre l’accompagne, il peut faire célébrer la messe, même en un lieu non consacré !

Vue d'Angera

La Rocca Borromeo d'Angera

Entrée de la Rocca Borromeo

Musée de la poupée à la Rocca Borromeo

tintine à Angera

Le Lac Majeur et ses îles, fief des Borromée
Etiré sur 65 km, dont un quart en Suisse, le Lac Majeur ou Lago Maggiore, est surtout célèbre pour le romantisme de ses trois îles Borromée et son climat exceptionnel, ayant permis la création de parcs exubérants, réputés pour les floraisons des rhododendrons, magnolias et azalées au printemps. Dès la fin du XIX è siècle, toutes les riches familles italiennes, séduites par sa douceur de vivre, y font construire des villas rivalisant d’opulence et d’extravagance, mais nulle ne peut bien sûr égaler la célèbre Isola Bella – une déformation du prénom de la princesse Borromée pour laquelle fut construit ce joyau posé sur l’eau, Isabella.
Laveno

Gigantesque statue de saint Charles Borromée à Arona

Offrandes à saint Charles Borromée dans l'église d'Arona,
le village où il est né

La jolie station balnéaire de Stressa d'où l'on s'embarque pour les
célèbres îles Borromée

Embarquement pour les îles

La rive est, moins intéressante que l’autre, vaut pourtant le détour pour la formidable Rocca Borroméo d’Angera, ses salles intactes, son jardin de simples et ses vignes suspendues, ainsi que son musée de la poupée. L’autre attraction est le monastère de Santa Caterina del Sasso, dans les environs de Laveno, un ensemble des bâtiments comme incrustés dans la roche, au bord de l’eau, datant des XIV è au XVI è siècles. Dans la partie la plus vieille, l’ancienne salle capitulaire recèle une fresque de Giovanni Pietro Crespi datant de 1510. Attention, la visite se termine à 18h !
Sur la rive ouest, chaque petit port est devenu une station balnéaire chic attirant les Milanais pour le week-end. Les prix s’en ressentent évidemment. Le principal intérêt d’Arona est sa chiesa San Carlo et la gigantesque statue du saint, dont le pouce ne mesure pas moins de 1,40 m, car le cardinal Charles Borroméo est né dans la rocca, la forteresse surplombant le village
.
Une foison de plantes exotiques à Isola Madre

Faisan presque apprivoisé d'Isola Madre

Vue de la chapelle

Chambre d'apparat dans la villa d'Isola Madre

L'un des théâtres de marionnettes

C’est à Stresa, élégante petite ville aux luxueuses villas du XIX è, que des navettes vous proposent de faire le tour des trois îles, pour lequel il faut compter environ cinq heures, les navettes venant toutes les trente minutes. On commence par la visite d’Isola Madre, la plus grande, où se dresse une grande villa cubique, meublée dans l’époque XVIII è, ornée de beaux tableaux et tapisseries mais surtout pourvue d’une rare collection de théâtres de marionnettes. Elle est célèbre pour son jardin botanique de huit hectares surplombé, en hiver, par des monts enneigés. La chaleur et l’humidité permanentes régnant sur cette île ont permis d’y acclimater des plantes rares, venues du monde entier. Il y a même un cyprès du Cachemire planté en 1862, déraciné par une forte tempête il y a dix ans, et redressé puis solidement arrimé à la terre au moyen d’un hélicoptère !
La salle à manger servie par des valets à la française
La villa d'Isola Madre : un grand cube blanc
 tout simple

L'exubérance du bassin aux lotus face au grand escalier couvert de verdure

L’île des pêcheurs ou Isola del Pescatori est surtout jolie de loin, avec ses maisons bariolées regroupées autour de sa petite église de San Vittore, à la richesse d’ailleurs surprenante. Elle est la seule des trois à ne pas appartenir à la famille Borroméo, même si celle-ci possède toujours les droits de pêche sur tout le lac. Quelle déception quand on aborde ! Si les maisons sont pimpantes et l’unique ruelle pittoresque, il n’y a, tout du long, que des restaurants et des boutiques de souvenirs assez douteux… Mais les barques de pêche à fond plat sont encore utilisées et ravitaillent les innombrables auberges.

L'île des Pêcheurs aux maisons serrées autour de son église

Le joyau du lac, Isola Bella et ses palais


Isola Bella et ses fabuleux palais Borromée

La salle à manger et sa vaisselle française du XIX è siècle

L'impressionnant dôme du salon d'apparat édifié
à 24m de haut

Détail de l'un des salons

Edifiée avec un faste inouï au XVII è siècle par Vitaliano VI Borroméo, fils d’Isabella et de Carlo III, cette suite de palais, de grottes tapissées de coquillages donnant directement sur l’eau, de rocades hérissées de statues, de jardins à l’italienne somptueusement fleuris, Isola Bella, ses palais et ses jardins où déambulent de somptueux paons blancs et des faisans au plumage chamarré offre une suite ininterrompue d’éblouissements. C’est une perfection à tous les points de vue. Même si bien des peintures de la grande galerie ne sont que des copies de la Renaissance, l’effet de faste reste prodigieux. Il n’y manque même pas la salle du trône ! L’immense grand salon aux colonnes corinthiennes décorées de stucs d’un bleu céleste et à la voûte s’élevant à 24 m de hauteur, la succession de salons meublés de précieux cabinets et dressoirs Renaissance, le mobilier du XVIII è, la salle à manger toute dressée avec une vaisselle d’opaline française du XIX è, ses salles voûtées donnant sur l’eau et conservant la fraîcheur, même en plein été, tout était prévu pour y donner de sublimes fêtes. La famille l’habite encore les mois d’été, ce qu’indique alors un drapeau portant la devise Humilitas, assez surprenante dans le contexte !

Autre théâtre de marionnettes

Grottes de coquillages édifiées au ras de l'eau

Vue sur l'île des Pêcheurs

Riche tapisserie animalière des Flandres

La célèbre rocaille aux statues toute fleurie

Escalier somptueusement paré d'impatiens



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