mercredi 2 janvier 2013

VOYAGE AU FIL DE L'EAU


Amsterdam au fil de l’eau

 

Appelée à tort la Venise du Nord, Amsterdam la discrète se différencie pourtant de la Sérénissime. Elle penche modestement vers l’eau grise de ses canaux de simples maisons de brique aux pignons festonnés de blanc. Eprise de modernisme, elle est devenue la patrie des designers.



Canal du Lijbaandgrach

Une ville où tout est licite, même le jeu,
ici le casino, sur l'eau bien sûr
 

A l’origine, un village de pêcheurs

On dirait que le temps s’est englué dans ses canaux en oubliant de couler. On ne court pas, à Amsterdam, on y flâne le nez au vent. Avec plus de cinq cents mille « petites reines »  dans la ville, la foule vit à leur rythme. De belles filles blondes, bottées et mini jupées, des enfants tout aussi blonds entassés dans leur remorque abordent tout à coup avec désinvolture une rue en sens interdit. Dès le premier soleil, attendu avec impatience dans cette ville du Nord, tous se précipitent à la terrasse d’un des nombreux cafés, les « blancs », bien modernes, où se retrouve la jeunesse, les « bruns », plus anciens, aux poutres noircies par des poêles essoufflés, décorés de carreaux de Delft du même bleu que les yeux des habitants.

C’est peut-être parce que les Hollandais durent batailler ferme avec les éléments pour édifier leur cité lacustre qu’ils tiennent tant à leur liberté. Autrefois s’étendaient là d’insalubres marais régulièrement inondés par les eaux du Zuiderzee. Cette véritable mer intérieure a depuis lors été policée par des digues. Des pêcheurs attirés par l’abondance des bancs de harengs leurs cabanes sur pilotis le long de la rive droite de l’embouchure de l’Amstel, aujourd’hui poumon aquatique de la ville. Pour protéger leurs masures des tempêtes, ils édifièrent une solide digue, une dam. L’union de ces deux mots donna son nom à la ville.

 
Ou les dérivés du chanvre indien, vendus en pommade, en potion...

Le refuge des opprimés

Une belle tradition de liberté en fit une terre de refuge pour les opprimés. Après avoir été chassés d’Espagne et du Portugal, les Juifs y prospérèrent dès a fin du XV è siècle et atteignirent le nombre de vingt mille. Lors de la Deuxième guerre mondiale, les nazis en éliminèrent plus de cent mille, dont une adolescente devenue célèbre par-delà la mort : Anne Franck. Sa maison s’élève au 263 du Prinsengracht, le canal du Prince, ainsi que l’échoppe d’herboriste de son père. Il est émouvant de visiter la cachette où deux familles vécurent un peu plus de deux ans avant d’être dénoncés et où Anne Franck écrivit son fameux Journal.

La déco des boutiques est toujours soignée, ici au Musée Van Gogh

Une amusante boutique de chaussures
 
La communauté juive s’est à présent reconstituée et compte 25 000 personnes, beaucoup travaillant à la taille ou au commerce des diamants. Il faut par exemple une journée pour scier un diamant d’un carat, minutieux travail que l’on peut observer dans de petits laboratoires, bien sûr sécurisés. La plus belle des synagogues, celle de l’architecte Elias Brouwman date du XVII è siècle et fut, dit-on, inspirée du temple de Salomon. C’est un immense cube de brique rose percé d’élégantes ouvertures et soutenu par de larges colonnes. Les moucharabiehs du premier étage, destinés à empêcher les femmes d’être vues, rappellent les origines méditerranéennes de cette communauté.

Les élégants pignons festonnés des maisons

Ici, la "petite reine" mérite bien son nom
 

Les tricoteuses des vitrines

Liberté aussi pour le ravitaillement en haschich que l’on peut acheter en petite quantité dans les bureaux de tabac. Liberté encore dans le curieux Quartier Rouge de la ville, ainsi nommé pour les néons écarlates qui y clignotent la nuit venue. Dommage de donner tort à Jacques Brel, mais ce n’est pas près du port qu’oeuvrent ces dames. Les prostituées travaillent sans se cacher à cinquante mètres de la gare, non loin du Palais Royal et de la place Dam. Peu vêtues, mais bien installées dans leurs « vitrines », ces belles de nuit proposent leurs charmes aux passants, tricotant ou faisant du crochet tout en se déhanchant de façon lascive ! La plupart des filles sont jeunes, belles et aimables, sauf si on veut les photographier.

 Même l’intérieur des maisons ne se cache pas, à Amsterdam, ce serait plutôt une autre sorte de vitrine, encadrée par des rideaux empesés, avec de beaux objets de cuivre et fleurs en pots.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire