mercredi 2 janvier 2013

ESCAPADE EXOTIQUE


Rishikesh, le paradis indien mise à la mode
 par les Beatles

 


la ville rose mise à la mode par les Beatles

Le gange vu du haut du Trayam
 

Quand le Gange devient divinité

Platon parlait déjà de cette étrange contrée, le long d’un fleuve imploré comme une divinité, où les saints allaient nus. Aujourd’hui encore, ces saints ascètes ou sâdhu cherchent dans la nudité une leçon d’humilité leur permettant d’entrer en communication avec les dieux, avec l’aide, il est vrai, du haschich et du yoga. Longtemps considéré comme un secret jalousement gardé ne pouvant être enseigné que par un maître lui-même initié, le yoga garda ses mystères avant de conquérir peu à peu l’occident depuis le début du siècle. Suivant la procession rituelle annuelle des sâdhu, partant à partir d’avril de la « Porte du Grand Fleuve », là où le Gange quitte ses montagnes sacrées pour arroser la plaine, en l’occurrence la bourgade d’Haridwar, dans l’Uttaranchal, les Beatles ont remonté avec eux le fleuve saint vers ses présumées sources – une question encore posée. Deux sanctuaires himalayens, Badrinath à l’est et Gangotri plus à l’ouest, se sont durant des siècles disputés l’honneur d’abriter les « vraies » sources. Disputes prenant parfois de redoutables proportions…

Statue géante de Shiva

Sur les ghâts pour célébrer la Fête des Lumières
 

Pour calmer les esprit, les géomètres ont décidé qu’il n’y avait pas de source du Gange et qu’on fixerait désormais sa naissance au petit village d’altitude de Rudaprayag, à la jonction de deux rivières, l’Alaknanda pour le premier monastère, et la Baghirati pour le second. Les bagarres ont cessé, ce qui n’empêche pas les pèlerins d’avoir chacun leur préférence. A tout hasard, les anciens sanctuaires continuent d’être vénérés à chaque affluent du Gange, qu’on appelle aussi la déesse Ganga.

La première étape de cette procession pouvant durer des mois pour certains est le sanctuaire de Munda Devi, situé sur une colline dominant Haridwar. Pourquoi Haridwar, simple petite ville des bords du Gange ? La légende veut qu’à l’aube des temps, Garuda, la monture ailée de Vishnou, ait dérobé aux dieux quelques gouttes du nectar d’immortalité pour l’offrir aux hommes. L’une d’elles tomba sur Haridwar.

Pour les hindouistes, la sainte trinité ou Trimûrti se compose en effet de Brahma le créateur, Vishnou le protecteur et Shiva, destructeur et régénérateur, puisqu’ils croient à la réincarnation et que la mort appelle la vie. Il y a encore leurs belles épouses, Sarasvati, Laksmi et Parvati, mère de Ganesh, le dieu de la prospérité à tête d’éléphant, sans oublier la sinistre Kali et sa guirlande de crânes, déesse de la mort, bien sûr.

Sur les ghâts

Un bébé bien fleuri
 

Rishikesh, capitale mondiale du yoga

A une trentaine de kilomètres d’Haridwar, par des sentiers ne cessant de grimper ou par une route sinueuse traversant de magnifiques paysages de forêts sylvestres et de gorges de plus en plus escarpées, on continue de remonter le fleuve saint jusqu’à 356 m d’altitude, dans les contreforts de l’Himalaya. La jolie petite ville de Rishikesh l’enjambe par deux passerelles. En quelques années, sous l’influence surtout de John Lennon venu y découvrir la méditation transcendantale, c’est devenu la capitale mondiale du yoga. Depuis lors, elle est hantée par une foule de baba venus méditer sur cette impossible contradiction : comment concilier une âme immortelle avec un corps périssable ? Les boutiques, les bistros mais surtout les ashram et centres de yoga de tout poil y pullulent, les prix frôlant souvent l’escroquerie pure et simple. Et chacun d’apprendre sous la férule de prétendus maîtres comment ouvrir ses chakra ou centres vitaux pour mieux faire circuler son énergie…

Deux pourtant sont intéressants. Le Shivanand Ashram sur Laksman Jhula Rd (voir sivanandaonline.org) est un centre de méditation fondé en 1936 par Swami Shivananda, le Sage de l’Himalaya prônant une autre technique que celle, plus traditionnelle, du grand maître du yoga, Patanjali. Le second, le Yoga Niketan Trust (même adresse, à 50m du premier, voir yoganiketan.org) propose des cours d’une excellente qualité. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’on ne puisse pratiquer le yoga ailleurs, mais le site, quand on quitte le centre ville trop encombré, est en effet d’une grande beauté, propice à la paix comme à la méditation.


La Fête des lumières en l'honneur d'un défunt
 

La Fête des lumières

Les deux quartiers piétonniers de la ville, Laksman Jhula et Swargashram, sont situés sur la rive gauche du Gange et tous deux reliés par un pont à la rive droite. Là, on oublie le temps pour s’absorber dans la beauté du paysage. Dans le premier, au pied de la passerelle qui permet une belle vue sur les ghât, les marches sacrées permettant de s’immerger sans danger dans le fleuve, s’élève l’imposant Trayambakeshwar Temple. En forme de pyramide, il se gravit jusqu’au sommet dans le sens des aiguilles d’une montre pour faire ses dévotions aux principales divinités du panthéon indien.
Chacun reçoit la lumière


Distribution de la lumière

Plus en aval, près du second pont, le Ram Jhula Bridge, les nouveaux ghât de Parmath attirent une foule nombreuse dès la tombée de la nuit. Ce jour-là, une famille aisée de Rishikesh célèbre le premier anniversaire de la mort de l’aïeule. Et, comme d’habitude en Inde, tout le monde, même les non hindouistes, est convié à unir ses prières à celles de la famille dans une atmosphère plus festive que triste. Sur le haut des ghât se tiennent les trois brahmanes venus célébrer « la fête des lumières », commémoration de l’immolation par le feu de Sati à la mort de son époux. La famille est assise autour d’un large brasier. Les brahmanes lui distribuent pétales de fleurs, graines et goutte d’huile à jeter dans le feu, puis ils allument trois candélabres en forme de trident, celui de Shiva, et leurs petits aides distribuent contre des oboles des feuilles de bananier plantées d’une bougie, que chacun va allumer aux candélabres. On danse et on chante tous ensemble avant d’abandonner le fragile esquif au courant du Gange, pour porter ses prières aux dieux et briser peut-être le cycle des réincarnations. C’est ravissant de voir ce chapelet de lueurs tremblantes cheminer dans la nuit…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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