mardi 19 mars 2013


Célébrations des forces obscures à Hemis, au Ladakh

 

Situé à 3500 m d’altitude sur la Route de la Soie reliant autrefois le Cachemire au Tibet, Leh, capitale du Ladakh, fut oubliée quand les Chinois annexèrent le Tibet et fermèrent cet accès. A quarante cinq kilomètres au sud, sur la rive droite de l’Indus appelé Sind ici, Hemis, splendide monastère du XVII è siècle blotti au fond d’une gorge, est le plus important de la région, avec ses quelques trois cents moines.


Blotti dans sa vallée verdoyante, le vaste monastère
d'Hémis, non loin de Leh

Une forêt de stupas pour honorer de saints hommes
 

Une terre aride nécessitant la polyandrie

Surtout, il est encore le théâtre d’une grande fête lamaïque, le Hemis Tse-Chu, ayant lieu chaque année en commémoration de la naissance de Padmasambhava, maître bouddhiste né au Pakistan au VIII è siècle, qui fit connaître le bouddhisme tibétain dans l’Himalaya.

Les moines prédisent l'avenir à l'entrée du monastère

Le masque rituel de la mort
Rattaché à l’Union Indienne qui le protège de la Chine, cet Etat est censé être relié à Srinagar par une vraie route de 500 km, splendide d’ailleurs, soit dix bonnes heures de voyage… Moins pittoresque, l’arrivée en avion est plus sûre et permet de voir l’étroit serpent vert de l’Indus et du canal qui le longe, surmonté de hauts sommets déserts. L’altitude moyenne est de 5300 m et la population de 100 000 habitants. Il faut y ajouter l’armée indienne, forte de 150 000 hommes… Pas de mousson ici, les pluies étant stoppées par l’Himalaya, mais la température peut descendre à – 30° en hiver. La terre, aride en dehors des zones irriguées, explique cette coutume de la polyandrie persistant au Ladakh. Pour ne pas partager les maigres propriétés, le bien va à l’aîné qui seul se marie. Les cadets peuvent s’établir à son foyer et profiter de sa femme, les enfants étant à tout le monde. Ou bien un cadet devient l’époux d’une riche héritière et de ses sœurs.

 
Le bouddhisme lamaïste

Le Ladakh est donc de religion bouddhiste lamaïque. Les lamas, semblables à nos moines du Moyen Âge, assurent les offices, sont enseignants et médecins. Les moinillons entrent dans leurs écoles vers 5, 6 ans, mais ne sont pas voués à la vie religieuse et peuvent retourner à la vie laïque. Il faut trente ans d’études pour devenir un grand lama. Le gouvernement indien a entrepris de grands travaux de restauration des palais royaux et des monastères aux admirables fresques. Respectant les murs en pisée recouverts de chaux blanche ou teintée de rouge, charpente en cèdre de l’Himalaya, toits de lauze isolé par des séries de rondins juxtaposés, peintures aux pigments naturels, ils font revivre cette superbe architecture.
La figure du bouffon

Monillons spectateurs

Danse lamaïque de l'affrontement du
Bien et du Mal

De même, les antiques murs des mani korlo ou moulins à prières portant l’inscription sacrée « Ôm Mani Padme Um », salut ô joyau dans la fleur de lotus (symbole de l’acte sexuel et donc de la création du monde) sont remontés à l’identique. Les forêts de chorten  blanchis à la chaux, appelés aussi stupa, contenant reliques ou texte saint, ponctuent le paysage.
 
Les moines musiciens scandant les danses
des esprits

Danser pour repousser les démons


La vallée de l’Indus et sa profusion de gompa

Conçus selon l’architecture tibétaine, forme rectangulaire, toits plats et ouvertures également rectangulaires, pour un public non averti, les gompa se ressemblent. La différenciation entre les divers monastères est rendue d’autant plus difficile que l’on reconstruisait ou rénovait à l’identique. Il y a une vaste cour centrale à colonnes aux murs ornés de fresques représentant les gardiens titulaires du monastère, une salle de prières vouée à l’une des réincarnation du Bouddha, Tara dans sa forme féminine ou Compassion, Bouddha Médecin, Bouddha du Présent et du Futur, mais aussi aux diverses réincarnation du Dalaï-lama, des chapelles secondaires consacrées au lama fondateur ou autres rimpoche ou maîtres.

Au sud et parallèle au cours de l’Indus, la chaîne de Stock-Matho comprend le plus haut sommet des environs de Leh, le Stok Kangri dominant la vallée du haut de ses 6121 m.


Hemis et sa fête lamaïque de Tse-Chu

Chaque année durant quatre jours, le prochain le 31 juillet 2012, a lieu le Tse-Chu d’Hemis, la fête de Padmasambhava. On se rassemble dans la cour du monastère. Les moines, coiffés de leurs bonnets brochés, s’époumonent dans leurs trompettes. C’est le signal du début du festival. Six moines aux masques figurant les démons de l’enfer, chaussés de bottes de feutre et vêtus de robes de soie, s’affrontent en une danse rythmée par gongs et tambours. Ils tournent autour du chorten dressé au centre de la cour. La danse s’accélère, les robes tourbillonnent, les bottes frappent le sol de plus en plus vite. Puis la même porte laisse passer les forces du bien pour affronter le mal. Le détail des péripéties de la mythologie lamaïque est connu de la foule qui retient son souffle. Les petits semblent en extase. Les vieilles femmes, parées de leurs plus rutilantes chuba, longues robes de brocart boutonnées sur le côté et de leurs insolites coiffes ressemblant à des hauts de forme, font tourner inlassablement leurs moulins à prières.

La cantine pour moines et spectateurs

Petite spectatrice émerveillée en belle tchuba de fête

La belle coiffe de Leh qui n'est plus portée que par les vieilles femmes
 
Si les robes et les masques diffèrent, les danses peuvent sembler répétitives aux profanes, mais le spectacle est partout. A l’extérieur, sous un dais, un moine entouré de deux disciples scande un mantra, texte sacré que l’auditoire répète après lui. Aux portes du sanctuaire, les fidèles achètent aux marchands ambulant offrandes de fleurs et colliers de perles pour les divinités. Dans une autre cour, des tréteaux sont dressés. C’est la cantine ! Pour dix roupies, on peut acheter de délicieux momo, beignets de légumes croustillants ou cuits à la vapeur, de la soupe de dal ou lentilles ou une assiette de riz aux épices que l’on doit manger avec les doigts, en tentant de former une boulette – pas facile… Ce repas est agrémenté de thé tibétain, beurré et salé, étrange, mais fortifiant.

Lorsque le soleil descend, enflammant la vallée de l’Indus, la foule quitte Hemis dans un désordre de chevaux ou mules, scooters ou camionnettes déglinguées. La plupart vont à pied, les vieilles femmes faisant toujours tourner leurs moulins à prières. Pour cette fois, le ciel du Petit Tibet restera serein, les forces du Bien ayant encore triomphé de celles du Mal.

 




 

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