mardi 1 mars 2011

JAPON : UN PASSE MELE AU PRESENT

Les Japonaises : tueuses ou geishas charmeuses


La première image qui nous vient du Japon est celle des contrastes. Contraste entre les doubles tours de l'hôtel de ville de Tokyo conçues par l'architecte Tange Kenzo et les maisons de bois du quartier d'Ueno, la ligne racée du Shinkanzen, le train le plus rapide du monde et les pousse-pousse dont les conducteurs courent sur les chaussées, les belles en kimonos et les adolescentes branchées de Shibuya. Plus marquant encore est le contraste entre tueuses et charmeuses...
Le vêtement pour pratiquer le naginata
 date du temps des Samouraïs

Les deux Grands Maîtres

Le naginata ou voie du bâton est surtout pratiqué par des femmes
Les arts martiaux japonais ont été connus en Occident à partir du XIX è siècle, certains même plus tardivement, mais leur tradition est bien plus ancienne au Japon, puisqu'elle remonte à l'introduction du bouddhisme dans le pays, au VI è siècle. Ces techniques de combat codifiées par les moines itinérants qui devaient se défendre contre les bandits de grand chemin connurent leur apogée durant l'ère samouraï, qui correspond à l'époque médiévale, à partir du XII è siècle. Impliquant toujours une discipline mentale et physique, les arts martiaux sont devenus plus spirituels au XIX è siècle, relevant alors du zen : concentration, méditation, dépouillement. Ces arts sont enseignés dans des dojo par des maîtres vénérés de leurs élèves ou disciples. On connaît bien en France le judo, jiu-jitsu, karaté, kendo ou voie du sabre, kyudo ou tir à l'arc ou même l'aïkido fondé plus tardivement. On connaît moins bien une discipline plus spécifiquement féminine, le naginata ou la voie du bâton, mot désignant aussi bien l’art martial que l’arme, autrefois un sabre fiché sur une perche, aujourd’hui un bâton au bout recourbé. Le dojo où il se pratique est un vaste stade situé dans la banlieue nord de Tokyo.
Un combat réglé comme une chorégraphie

L'arrivée en gare de Tokyo annonce un autre monde, affairé et grouillant, dans cette mégapole de plus de huit millions d'habitants ne cessant de s'accroître en gagnant des quartiers sur la mer. A la nuit tombée, les enseignes de Shinjuku s'allument comme de bouquets de lumières. C'est le lieu des plaisirs, bars à hôtesses et pachinkos,  machines à sous verticales.
Mais dans le dojo, on pourrait encore se croire à l’héroïque période médiévale, celle des samouraïs. Deux femmes en pantalon bleu et tunique blanche, maître Takeko Kajiyama et maître Mitsuko Tsujimura, nous accueillent avec les profondes salutations d'usage et j'apprendrai avec stupéfaction que toutes deux sont âgées de 76 ans, ont commencé le naginata à l'âge de 3 ans et ont été championnes du monde.

Le naginata, dot d’une jeune fille
Le cours commence par une méditation devant le tokonoma ou alcôve renfermant un kakemono ou rouleau suspendu représentant en l'occurrence un disque lumineux propice à la concentration. Suivent des exercices d'assouplissement avant que ne commence le cours proprement dit. Les dix-huit élèves se placent face à face, deux par deux, prenant en main le long bâton à peine recourbé à une extrémité et répètent indéfiniment les gestes de l'attaque et de la parade en glissant comme pour un ballet sur le parquet du dojo. Pour l'étape suivante, elles revêtent le masque grillagé ou men comportant des protections pour les épaules et la gorge, les gants rembourrés ou kote, les jambières et la cuirasse protégeant le torse, sune ate et do, le tablier de protection des hanches ou tare, tels qu'ils furent imaginés par les moines cinq cents ans plus tôt. La prise du bâton change sans cesse et les assauts se poursuivent, parfaitement réglés et élégants sous l'oeil précis des maîtres, ponctués de cris sauvages destinés à libérer le flux du qi ou force vitale. Ce ne sont pas des assauts pour rire, les coups étant porté avec force, les regards devenant ceux de vraies tueuses.
Pour nous honorer, les deux maîtres nous proposent alors une démonstration. Un silence profond règne dans le dojo tandis que les deux maîtres, sans casque ni cuirasse, s'affrontent en une parfaite chorégraphie de violence tranquille. C'est magnifique et les applaudissements des élèves retentissent longtemps.
- Maîtriser le tokonoma, me dit maître Takeko Kajiyama, c'est maîtriser son corps et son âme, c'est parvenir à ce que le corps soit parfaitement réglé par l'esprit. Cette voie du bâton correspond bien aux femmes, souvent plus agiles et souples que les hommes, car elle ne demande pas de force véritable. C'est aussi un moyen d'auto-défense efficace capable d'utiliser n'importe quelle forme de barre ou branche et qui peut tuer, bien sûr.

L'école de geishas d'Hakone


Les geishas du quartier de Gion
Bien différente est l'ambiance de grâce et de séduction régnant dans une maison de bois traditionnelle d'Hakone, où d'anciennes geishas ont formé une association pour transmettre leur art. Hakone est une jolie ville de province qui s'étend entre la vallée volcanique d'Owakudani et le lac d'Ashino. Cette maison paisible et hors du temps où nous sommes reçus par le maître Misao, une ancienne geisha, est vouée à l'apprentissage des jeunes filles désireuses de devenir à leur tour des geishas ou de perfectionner leur art : savoir évoluer avec grâce dans le lourd kimono de soie, sur d'inconfortables patins de bois, apprendre à se grimer de blanc, yeux ourlés de rouge vers les tempes, bouche en forme de pétale, nuque peinte dans la tradition du temps des samouraïs, savoir chanter, danser, dire des poèmes, animer une conversation, servir le thé dans les règles, cérémonie esthétique et philosophique codifiée au XVIè siècle par le maître Sen no Rikyu. Maître Misao s'agenouille pour plaquer des accords très lents sur son samisen, luth à trois cordes, tandis que ses deux élèves, Momoyo et Kotone, de vraies geisha qui désirent se perfectionner, s'exercent à l'art difficile de manier l'éventail et l'ombrelle. De temps à autre, maître Misao se lève, s'approche de l'une des jeunes filles pour donner un conseil : on déploie l'éventail dans un geste pudique, manche levée vers le visage, on ouvre l'ombrelle en la dirigeant vers l'hôte que l'on souhaite honorer.

Des geishas trésor national vivant
Il y a trois siècles, les geishas vivaient en communauté dans les quartiers de plaisir des villes, dits le monde flottant. Elles étaient d'avantage des hôtesses, parfois même reconnues comme trésor national vivant, que des prostituées, même si la frontière n'était pas très nette - et ne l'est toujours pas, n'en déplaise à maître Misao et ses élèves. Ces hôtesses payées à prix d'or pour recevoir des hôtes de marque ou animer des banquets par leur charme, leur culture et leur grâce pouvaient bien sûr outrepasser ces fonctions. Elles avaient généralement un danna ou protecteur fortuné étant leur amant et assurant leur bien-être matériel. L'écrivain William Golden a fait connaître leur mode de vie au monde occidental dans son livre Geisha. Aujourd'hui, on compte encore environ dix-huit cents geisha au Japon, dont mille à Tokyo et cinq cents dans l'adorable quartier de Gion de Kyoto où l'on peut aisément les apercevoir à la nuit tombante, se glissant furtivement vers les restaurants spécialisés et maisons de thé où elles reçoivent leurs clients.
Leçon de danse à l'éventail dans l'école de geishas d'Hakone
Momoyo et Kotone interprètent à présent pour nous ces pas glissés et harmonieux des danses de cour de jadis, tandis que maître Misao, elle-même une ancienne geisha, joue du samisen.
- Aujourd'hui, m'explique Misao, les geishas ne vivent plus dans les karyukai d'autrefois, mais restent chez leurs parents jusqu'à leur mariage. Ce qui ne les empêchera nullement de continuer à exercer leur profession, très honorable et respectée, et d'avoir des enfants. Nous avons fondé cette association pour préserver notre art et transmettre nos traditions aux plus jeunes. Ce serait triste que toute cette beauté se perde.
- Etre une geisha, ajoute Momoyon avec son ravissant sourire, n'empêche nullement de trouver un mari, bien au contraire. J'ai choisi cette profession pour toute l'harmonie qu'elle suppose. J'adore porter un kimono traditionnel, mais aussi savoir répéter et exercer le mieux possible, et je continue à m'améliorer grâce à ces cours, les gestes et les arts des courtisanes de jadis.

L'heure des rendez-vous !
Fiche pratique :
Comment y aller : Par Japon airline, 4, rue de Ventadour 75001 Paris, Tél. : 01 44 35 55 72 et en consultant le site de l'Office du Tourisme, même adresse et Tél. : 01 42 96 28 89, www.tourisme-japon.fr.
Comment organiser votre voyage :
        Voyageurs du Monde, 55, rue Sainte-Anne 75002 Paris, Tél. : 08 92 23 56 56, grand spécialiste du Japon, vous organisera un voyage sur mesure et vous procurera le passe JR, qui vous permettra de voyager sur la plupart des trains japonais.
        L'agence NostaAsie, 19, rue Damesme, 75013 Paris, Tél. : 01 43 13 29 29 est également spécialiste du Japon.
        Où loger  : Dans bien des villes, les hôtels Prince, 12, rue Vignon 75009 Paris, Tél. : 01 53 05 99 09 jouissent en général d'une belle vue et les prix sont raisonnables.
A Hakone, au délicieux ryokan ou auberge traditionnelle de Mikawaya, 503 Kowakidani, Hakone-Machi.

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