jeudi 4 août 2011

Découverte

Au royaume de Timür le Boiteux

Tachkent, Bazar Chorsu

Si les conflits avec le Kirghizstan font éviter l’est du pays et la vallée de la Ferghana, l’Ouzbékistan reste un pays sûr, tant la population est accueillante. Les hôtels, inspirés du goût soviétique, sont confortables, mais d’un mauvais goût clinquant.

Tachkent, gamin au Musée des Arts Décoratifs















Une dictature peu éclairée
Les occupants russes, présents en Asie Centrale depuis le XIX è siècle, puis les Soviétiques qui ont englobé l’Ouzbékistan dans leur République Socialiste ont su préserver les innombrables mosquées, madrasas (écoles coraniques), caravansérails hébergeant les caravanes de la Route de la Soie, khanakas des derviches tourneurs et tchaïkhanas ou maisons de thé. Si le nom du grand conquérant du XIV è siècle, Timür Lang surnommé Timür le Boiteux après une chute de cheval, Tamerlan pour les Occidentaux, ne fut plus prononcé jusqu’à l’Indépendance, ses édifices ont retrouvé leur splendeur. Quand éclata l’empire soviétique, le Premier Secrétaire du Parti, Islam Karinov, s’autoproclama Président le ler septembre 1991. Et le dictateur de 72 ans tient toujours les rênes du pouvoir.

Du Bazar Chorsu à l’ensemble Hazrati Imam
Tout s’imprègne de démesure à Tachkent, capitale de la République Indépendante d’Ouzbékistan : avenues boisées, jardins alimentés par les eaux de la Chirchik, tours de verre, arrogance stalinienne des bâtiments officiels et splendeur des vestiges médiévaux.
Au cœur de la vieille ville, les coupoles modernes du Bazar Chorsu abritent les paysans des environs venus y vendre leurs produits. Les femmes en robes bariolées portent un petit foulard noué sur la nuque. Heureux musulmans ouzbeks qui ne voilent plus leurs épouses, se rendent de façon épisodique à la mosquée, boivent allègrement et adorent les blagues salaces ! On peut goûter à tout, sur les étals du marché, toujours accueilli par un éblouissant sourire… en or. Les fausses dents sont un signe de coquetterie qui ne coûte pas cher dans un pays produisant 80 tonnes de ce métal par an.


Tachkent, Monument aux Morts

Au nord de la ville, l’ensemble Hazrati Imam, faisant face à la madrasa Barak Khan, constitue un modèle d’architecture aux cours surmontées de dômes couverts de briques vernissées d’un bleu tendre. Sur la place Mustakillik ou de l’Indépendance a été édifié le monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale.
Les Maisons de Thé permettent de s’initier à la cuisine ouzbek : chi-tochi, mélange de spaghettis, viandes, pommes de terre, oignons et yaourt, plov, riz agrémenté de viande, raisins secs et carottes, soupe shourba aux légumes, shap-shap, si l’on a encore faim, gâteau au miel fariné, arrosé de Bagizagan, vin capiteux.
Deux heures de vol mènent à Ourgentch, à l’ouest de la capitale et au sud de la mer d’Aral, porte d’entrée du Khorezm.

Khiva, la belle endormie
Trente kilomètres de mauvaise route conduisent à Khiva, ville musée ayant fêté ses 2500 ans d’existence en 1997. Ce qu’on peut en voir aujourd’hui date des XVI è et XVII è siècles. Située sur le passage de la Route de la Soie, Khiva se composait de deux villes, la citadelle et la ville fortifiée ou Ichan Kala, puis la ville basse ou Dichan Kala. Il reste quatre kilomètres de remparts autour de la ville fortifiée et seulement quelques pans pour la ville basse. Restaurée par les Soviétiques avec l’aide de l’Unesco, Khiva est un musée à ciel ouvert faisant oublier les 49° qui y règnent.

Khiva, Ora Darvoza ou Porte du Père


Khiva, photo de famille


Khiva, Bazar du Mariage


Au cœur du désert rouge, Boukhara, couleur de lapis
Boukhara se mérite. Il faut compter huit heures de route dans un paysage monotone alternant désert rouge du Kyzil Kum et steppes chétives où paissent les moutons astrakans pour atteindre ce qui fut « la perle de l’Islam ». Détruite par les hordes de Gengis Khan, puis de Tamerlan, rendue insalubre par ses eaux polluées, Boukhara est devenue une oasis où se cultive le coton. Le coeur en est le bassin du Liab-i-Khaouz dominé par la madrasa Nadir Divanbeg, aux carreaux de faïence lapis. On s’y retrouve le soir pour écouter de la musique, boire ou dîner. Les femmes ont revêtu leur kaftans de fête, les petites filles sont habillées en princesses et les gamins arborent leurs casquettes.



Boukhara, porte du
Mazar Chachma Ayoub



Boukhara, mausolée Ismaïl Chamani


Boikhara, danses traditionnelles à
Navir Divanbeg

Les bâtiments anciens se concentrent au nord et à l’ouest de ce bassin et peuvent se visiter à pied, marchés couverts, échoppes où l’on vend tapis et suzanis ou tentures brodées, mausolée Samani, ensemble Poy Kalon ou « le Pied du Grand », fermé par deux portes, celle de la mosquée et celle de la madrasa. Un coup d’œil aux prisons Zindan assure que tout n’était pas rose ou bleu autrefois.

Samarkand, légendaire capitale de Tamerlan, « l’émir de fer »
Il faut encore cinq heures pour couvrir les 260 km séparant Boukhara de Samarkand, mythique cité de Tamerlan. De retour dans sa capitale après ses campagnes, le destructeur se faisait bâtisseur. Il y fit venir les meilleurs artisans du monde musulman. De l’univers enchanté de « l’émir de fer », subsistent le Gour Emir, commencé de construire en 1401 par Muhamad Sultan, son petit-fils préféré en qui il voyait son successeur. Tamerlan y fut enterré à sa mort, en février 1405, près de Muhamad et de son maître spirituel, le cheik Mir-Said-Berek.

Vieil homme prenant le frais dans le jardin
du palais de Musaphar 


Boukhara, mosquée de Chor Minor


Boukhara, devant la madrasa de Nadir Divanbeg

Derrière le mausolée, s’étale le Registan, jadis place du marché et des exécutions. Aujourd’hui, des échoppes occupent les chambres des madrasas. En continuant dans la même direction, on parvient à la mosquée Bibi Khanum, à la large coupole bleue émaillée de motifs jaunes et blancs. Pour stimuler l’architecte en l’absence de son époux, Bibi Khanum lui accorda un baiser, si torride que la marque en resta sur sa joue. Fou de jalousie à son retour, « l’émir de fer » ordonna que sa belle fût précipitée du haut de son minaret, mais la rusée avait revêtu tant de jupons sous sa robe qu’ils se déployèrent en parachute. Tamerlan prétendit y voir un signe du ciel, mais ordonna qu’à l’avenir, les femmes de son empire fussent voilées…

Samarkand, ensemble Shaki Zinda


Samarkand, ensemble Bibi Khalum


Samarkand, sourire en or dans la mosquée


La superbe gare de Samarkand


Fiche pratique :  
Ce « Circuit des Princes » de huit jours est organisé par Asia, 1, rue Dante, Tél. : 01 44 41 50 10 et coûte environ 1500 euros, tout compris, repas, déplacements, entrées des sites et spectacles.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire