mercredi 31 août 2011

PROPOS D'ECRIVAIN



Lorsque le livre paraît



Tintine, toujours un peu naïve, arbore la satisfaction du devoir accompli. Comme un gosse à l’école, tout content d’avoir su sa poésie, même s’il n’y a rien compris. Isaure, plus circonspecte, ressent alors la vraie panique : est-ce que le livre plaira ? Les copains journalistes vont-ils l’ignorer, le détester ou lui donner une bonne note – on est encore à l’école… A-t-elle su faire passer l’émotion qu’elle ressentait en l’écrivant ? N’aurait-il pas dû être mieux ciselé ? Jusqu’à quel point peut-on parfaire une histoire sans l’abîmer, comme un sculpteur épris de son œuvre et détruisant finalement sa créature ? Comment ses lecteurs vont-ils réagir à ce conte de « La Kahina » où elle a tant mis d’elle-même, où elle a tenté de faire passer son amour pour le désert, les contrées sauvages non policées par la civilisation, échappant encore à toute règle ?


Comme cette rebelle, j’ai été une enfant sauvage ne rêvant que plaies et bosses, apprenant tôt à dompter ma nature de fille pour me faire respecter dans un univers de garçons ou plutôt où il n’y avait place que pour les garçons. Pour les hommes. Et je n’ai découvert le féminisme que beaucoup plus tard, non pas bien sûr en brodant des napperons ou en apprenant le point de croix, mais en me battant aux côtés de femmes cherchant la même chose que moi : prouver notre valeur mais cette fois sans nier notre féminité. En faisant nos alliés d’hommes pensant comme nous. J’ai aimé les peuples nomades et la poésie de leur vie quand ils me permettaient de la partager, dans les déserts, dans les montagnes. J’ai appris avec eux à croire aussi aux dieux de la terre, une montagne fière, une cascade plus audacieuse que les autres, un désert faisant croire aux jardins des délices. C’est pourquoi j’ai tant aimé cette Kahina, venue à nous de son lointain VII è siècle par des chroniques arabes.


Proclamée par son père chef de leur tribu berbère, La Kahina, la sorcière comme la nomment les Arabes, a voulu gagner son droit à combattre comme un homme pour commander comme un homme. Elle s’est bien sûr éprise du plus valeureux d’entre eux, Aksel qui a su être un grand guerrier sans jamais chercher à la soumettre. Amants, époux, rois ensemble, ils ont rassembler les Berbères en oubliant les séculaires querelles de clans pour prouver aux Arabes qu’ils ont aussi formé un peuple, une nation et qu’il faut compter avec eux. Un idéal toujours valable aujourd’hui, dans une mutuelle compréhension des différences et du même amour pour la même terre.


 
                                                  En hommage à Prévert,
                     un cimetière rural et le jardin des copains

Moment de tendresse familiale

Avec l'éternelle clope qui lui coûtera la vie


Jacques Prévert est enterré auprès de sa femme Janine qui lui survivra seize ans et de son ami Alexandre Trauner qui lui fit découvrir ce lieu ayant nourri ses poèmes et ses collages dans le cimetière proche d’Omonville. Pour respecter son solide athéisme, Janine, au lieu d’une croix ou d’une stèle portant de pieuses pensées, plaça sur sa tombe un simple « grattoir pour vaches », frustre pierre érigée comme il y en a tant dans le Cotentin.


Auto-portrait réalisé en collage

Un simple grattoir à vache pour stèle
Janine souhaitait que leur maison devînt un lieu de mémoire. Ce fut grâce à elle qu’elle fut rachetée par le Conseil général de la Manche et devint un musée deux ans après sa mort, avec l’accord de leur petite-fille Eugénie.
La « maison Prévert » est aussi un lieu d’exposition. En ce moment et jusqu’au 12 mars 2012 y est exposé le drôle ou émouvant bestiaire de la photographe Ylla, qui avait réalisé avec lui deux livres consacrés aux animaux, « Le petit lion » et « Des bêtes ».


Un jardin presque sauvage où les amis ont planté leurs arbres

Un jardin menant à l’œuvre du poète
Une maison et son bout de jardin, ce n’était pas encore un hommage suffisant à la mémoire de Prévert pour Janine. Celle-ci, avec la complicité de leur ami commun depuis plus de vingt ans, Gérard Fusberti, qui possédait une sorte de cabanon et un joli terrain accidenté en bordure de bois à Saint Germain des Vaux, non loin de chez eux, invita tous les copains du poète à venir planter un arbre en hommage à Prévert. Au fil des ans, Gérard a peaufiné ce jardin étiré tout en longueur, le long d’un cours d’eau, de petites cascades, de minuscules mares. Iris, roses, pivoines et Gunnera bien sûr y prospèrent dans un savoureux désordre qui n’aurait pas déplu à Prévert. Ce réfractaire à l’ordre. Gérard a glané dans ses lettres, carnets et souvenirs plus de trois mille maximes tendres ou cruelles, jetées par Prévert qui ne pensait pas toujours à les noter au cours de leurs conversations. Ses préférées figurent sur des écriteaux, posés en pleine nature. D’arbre en arbre, de fougères en roses, on a ainsi l’impression de progresser dans l’impertinente pensée du grand poète. Un très bel hommage…



Des poèmes qui se confondent avec la nature






Maison Jacques Prévert, Le Val, 50440
Omonville-la-Petite, Tél. : 02 3352 72 38 et musée.omonville@cg50.fr
Jardin en hommage à J. Prévert, 50440 Saint Germain des Vaux.

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