jeudi 4 août 2011

Les bons plans de Titine

Tintine en balade dans le Cotentin


Heureuse, si proche du pays de Bécassine, bien sûr sa copine, Tintine aime la sa   uvagerie de cet autre coin de Normandie qui inspira tant l’écrivain Barbey d’Aurevilly : falaises, grèves désertes, cieux immenses, mer parfois furieuse, lande presque bretonne, belles maisons, manoirs ou châteaux de schiste gris ressemblant au granit, vaches paissant près des gras cormorans, chaluts bariolés de teintes vives, savoureux fruits de mer…

Nacqueville dans son écrin à l'anglaise

Nacqueville, blotti dans son parc vallonné


Florence d'Harcourt devant sa demeure



Un jardin à l'anglaise ménageant une échappée vers la mer

Sur ces terres arides, la gageure est d’y faire pousser de flegmatiques jardins à l’anglaise ou de voluptueux parcs exotiques. A 5kms à l’ouest de Cherbourg, l’ancienne forteresse de Nacqueville datant du XVI è siècle perdit son caractère guerrier à mesure que la région se pacifiait. Il ne reste ainsi que la poterne d’entrée de cet ancien ouvrage de défense. Pourtant, l’occupation de la propriété par les Allemands, puis les Américains au cours de la Seconde guerre mondiale laissa le château dans un état désastreux : tout le corps de bâtiment central était à demi en ruines. Ce fut Marcel Hersent, propriétaire à ce moment, qui entreprit à partir de 1946 la reconstruction à l’identique, si soigneusement menée à bien que vieilles et nouvelles pierres se mêlent avec harmonie.
Le parc quant à lui fut créé en 1830, quand on abattit le mur d’enceinte du château. C’est un parc à l’anglaise, romantique, jouant avec l’eau qui court partout et les trois vallons convergeant vers la demeure. Etang, cascades, fontaines, l’eau murmure partout, propice à des jaillissements d’iris, arômes, Gunnera encore et fougères arborescentes, roses et surtout rhododendrons géants et azalées venus d’Asie.
La propriétaire en est aujourd’hui Florence d’Harcourt, dont le mari anglais eut pour ancêtre l’un des compagnons de Guillaume le Conquérant resté sur place pour administrer le nouveau royaume ajouté à la Normandie. Tapis d’eau ou d’herbe verte,  bleu de la mer et fleurs éclatantes des rhododendrons réveillent les pierres un peu austères et semblent là pour les faire revivre.

Tél. : 02 33 03 21 12 et voir www.nacqueville.com
Le cap de La Hague, comme au bout du monde


Cléophée de Turckheim dans son jardin tropical
Vauville et son jardin botanique
Juste en face de Nacqueville, mais sur la côte ouest du Cap de la Hague et du célèbre Nez de Jobourg qui semble faire un pied de… à l’océan, s’élève le manoir de Vauville, à demi refermé sur sa cour intérieure pour le protéger du vent que rien ne semble pouvoir arrêter sur cette plate anse du même nom. Hormis un chétif jardin clos plus potager que floral, rien ne poussait sur ces landes toujours ébouriffées par une tempête.
Un foisonnement de fleurs tropicales bien à l'abri du vent

Une échappée vers la mer

Une ancienne forteresse
Ce défi plut à Eric Pellerin, alors propriétaire du manoir, qui décida peu après la Seconde guerre mondiale de métamorphoser la lande en… jardin botanique où croîtraient des espèces rares et tropicales. Pour réussir sa gageure, il édifia d’abord, face à la mer et au courant chaud du Gulf stream, comme un stratège de guerre, un premier mur de palmiers de toutes sortes, puis un véritable bois de palmiers plantés serrés, aux bizarres troncs aussi velus que ceux des mammouths de jadis. A l’abri de cette double enceinte, il put alors faire croître nombres d’espèces tropicales et subtropicales issues de l’hémisphère austral. On a la féerique impression de cheminer dans une serre, mais en plein air. Son épouse, Cléophée de Turckheim, s’est à son tour passionnée pour cette œuvre, rapportant chaque fois de ses voyages de nouvelles plantes rares qui éclosent comme par miracle dans ce vaste enclos protégé.


Le souvenir de Tess d'Uberville et celui de Millet
Plus ferme qu’ancienne maison seigneuriale, le manoir du Tourp, bien restauré et devenu centre d’expositions permanentes et médiathèque, évoque le beau visage de Nastasia Kinski, qui interprétait pour Roman Polanski l’émouvante Tess d’Uberville, l’héroïne du roman éponyme de Thomas Hardy.
Le manoir du Tourp où fut tourné Tess

Buste de jean-François Millet
Quant à la maison de Jean-François Millet, mondialement connu sous le nom de « peintre de l’Angélus », située dans le hameau de Gruchy, à Gréville-Hague, ce n’est qu’une simple maison de village aujourd’hui transformée en musée. La première pièce, à la fois salle et chambre, contient encore un beau mobilier rustique évoquant la vie des paysans d’alors. Un film, une exposition permanente des esquisses préparatoires, tableaux ou reproductions accompagnées des outils agricoles d’alors, kannes à lait (anciens bidons, d’abord en cuivre, puis en fer blanc), baratte pour faire le beurre ou van  du vannier montrent les gestes simples de la vie quotidienne au XIX è siècle que Millet a su immortaliser. Une autre partie de l’exposition, juxtaposant certaines de ses œuvres avec celles de Vincent van Gogh, illustrent la fascination que ce dernier éprouva pour Millet, allant jusqu’à reproduire exactement quelques unes de ses peintures.
La maison de Millet

Un intérieur paysan

Le délicieux Bain de gardeuse d'oies

Une autre partie du musée montre toutes les œuvres naïves et très kitch, vaisselle, globe de mariée, vases ou boîtes de camembert inspirées de l’Angelus, la prière du soir que l’on récitait dans les champs quand sonnaient les cloches de l’église. Les solitudes sévères du Nez de Jobourg ou du Cap de La Hague, les contrastes entre univers marin et rural ont aussi largement inspiré Millet et l’on pense à lui en regardant les vagues venues battre les grèves.

Vincent Van Gogh s'est souvent inspiré des oeuvres de Millet

Une collection d'objets naïfs inspirés de l'Angelus


Les saveurs de la terre… et d’ailleurs
Les bonnes tables ne manquent pas dans cette région du Cotentin, telle que celles de La Bruyère, place de l’Eglise à Jobourg (Tél. : 02 33 52 78 24), où il faut savourer les menus du terroir ou celles de la pittoresque épicerie du Racine, rue du Haut, à Saint-Germain des Vaux (Tél. : 02 33 52 64 61) pour son jambon à l’os, ses terrines et pâtés. Mais Tintine a surtout apprécié l’art de jongler avec les épices du chef de La Malle aux Epices, à Auderville (Tel. : 02 33 52 77 44), qui vous invite à découvrir les ingrédients aux saveurs étranges qui font tout le prix de sa cuisine. Rassurez-vous, c’est quasiment impossible de tout trouver, surtout dans ses sorbets qu’il parfume au curry, basilique ou cardamome.
Christophe Barjettas et ses étranges saveurs
de La Malle aux Epices

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